Skip to main content

Full text of "Bulletin"

See other formats


Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/s3bulletin01inst 



BULLETIN 



DE 



L'INSTITUT ÉGYPTIEN 



Troisième Série. — N° 1 



ANNEE 1890 




LE CAIRE 

IMPRIMERIE NATIONALE 

1891 






Ï>1 

16/ 1 



IZCTSTITTJT EG-YPTIEIT 






PROCES-VERBAUX 



MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS 



TABLE DES MATIÈRES 



MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS 



Pages 

Les origines du Caire, Babylone et Fostâtt par W. Abbate 5 

Éloge de M. A. de Kremer, par M. Franz pacha 19 

L'alimentation du bétail au moyen du tourteau de graine de coton, par 
M. Piot 22 

La bronchite vermineuse épizoolique du chameau, par M. Piot 31 

Le transfert du Musée de Boulaq à Guizeh, par M. Grébaut 44 

L'Influenza en Egypte, par M. le D r Abbate pacha 54 

Les inscriptions arabes en caractères carrés, par M. Walter Innés 61 

L'étiologie et le traitement des boutons du Nil, par M. le Dr Fouquet... 67 

Discours prononcé par M. le Dr Abbate pacha à l'occasion de la translation 
du tombeau de Mariette pacha 76 

Discours prononcé par M. Chélu 79 

Discours prononcé par M. Grébaut 81 

Les défauts du système d'arpentage à la Kassaba de les corrections à y 
faire, par M. Saber bey Sabri 96 

La nitrification des Koms, par M. Ventre bey 126 

Note additionnelle aux défauts du système d'arpentage à la Kassaba, par 
M. Saber Bey Sabri i$j 

La mouche el Dèbeh, par M. Piot 13>, 

Note sur la reproduction des chefs-d'œuvre de l'art égyptien et arabe, 
par M. Luigi bey 142 

Note sur un cas particulier de chirurgie, par M. le Dr Cogniard 149 

Suite au mémoire sur l'arpentage en Egypte, par M. Saber bey Sabri. .. 150 

Comparaison entre les températures de plusieurs villes de la Basse-Egypte 
par M. Barois 157 

Suite au mémoire sur la maladie de la mouche, par M. Piot 170 

L'Andalousie et ses monuments arabes, par M. Franz pacha 177 



— II 



Pages 

La Pasigraphie ou écriture universelle chez les anciens et les modernes, 
par M. le comte Zaluski 193 

L'usage des similia découvert dans le Thalmoud et ses commentateurs à 
propos de la rage, par M. le D r Abbate pacha 208 

Observation sur cette communication, par M. Piot 212 

Rapport du Trésorier bibliothécaire pour 1890, par M. Barois 215 



PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES 



Séance du 10 Janvier 1890 19 

» du 7 Février 1890 30 

» du 7 Mars 1890 52 

» du 4 Avril 1890 84 

» du 2 Mai 1890 93 

» du 6 Juin 1890 131 

» du 7 Novembre 1890 156 

» du 5 Décembre 1890 173 

» du 26 Décembre 1890 191 



DIVERS 



Analyse d'un échantillon du limon du Nil faite par M. Schlœsing de 
l'Institut de France 75 

Liste des ouvrages envoyés à l'Institut Égyptien par le Ministère de 
l'Instruction publique et des Beaux-Arts de France, reçus par les 
soins de la Société Archéologique du Caire 128 



— III 



Pages 

Catalogue dos ouvrages reçus en novembre 1890 par l'Institut Egyptien 

de la part du Ministère de l'Instruction publique de France 189 

Bureau de l'Institut Égyptien en 1890 219 

Liste des membres résidants 220 

Liste des membres honoraires 222 

Membre correspondant élu en 1890 224 

Inventaire des objets entrés dans la collection du Musée d'antiquités de 
Guizeb pendant l'année 1890 22> 



LES ORIGI NES DU CAIRE 



ESQUISSE HISTORIQUE 

SUR 

BABYLONE ET FOSTATT 

PAR W. ABBATE 



Babylone et Fostàtt, telles sont les origines du Caire ainsi que 
nous l'enseignent les documents de pierre et ceux non moins 
intéressants laissés par les auteurs qui ont écrit sur ce sujet. 
Cependant Babylone n'a jamais été une ville, encore moins une 
bourgade; ce n'était qu'une forteresse élevée, comme nous pouvons 
en avoir une idée encore aujourd'hui, sur un des contre-forts du 
Mokattam. 

La Babylone qui s'élevait non loin des bords du Nil, fut bâtie par 
des prisonniers babyloniens. A la faveur des troubles et de l'invasion 
(des Hycsos, les Syriens), les esclaves étrangers, pour la plupart 
babyloniens ou cluldéens, que les Pharaons de la XVIII me et de la 
XIX me dynastie avaient amenés en Egypte, se soulevaient de toutes 
parts, et Diodore de Sicile nous apprend que ceux des prisonniers 
de Sésoôsis qui étaient babyloniens se révoltèrent contre le roi, 
incapables qu'ils étaient de supporter plus longtemps les travaux 
auxquels on les soumettait ( 2 ). Ils s'emparèrent d'une position très 
forte qui domine le fleuve, livrèrent divers combats aux Egyptiens 



(0 La publication de ce mémoire ayant été omise dans le bulletin de 
l'année 1889, nous l'insérons en tèle du bulletin de 1890. C'est la préface d'un 
ouvrage en préparation : Le Caire monumental. 

(-) Voir G. Maspéro — Histoire ancienne des peuples de l'Orient. 



— 6 — 

et gâtèrent tout le pays environnant; à la fin, quand on leur eut 
accordé l'impunité, ils colonisèrent la place et l'appelèrent Babylone, 
du nom de leur patrie — C'est alors qu'à l'entour de cette forte- 
resse et presque jusqu'au Nil se forma une sorte de ville, tolérée 
par les Pharaons. 

L'existence de la f )rteresse nommée Babylone est indiscutable , 
tous les auteurs sont d'accord sur ce point ; l'existence d'une ville 
nommée Babylone peut être discutable et, en effet, quelque peu 
problématique, car nous n'avons à ce sujet aucune donnée cer- 
taine ( 1 ). 

Il n'en est pas de même de Fostàtt. Cette ville nous a été décrite 
par plusieurs auteurs et surtout par Makrizi, l'historien arabe du 
Caire, ( 2 ) qui nous a donné sur ce sujet tant de renseignements 
que nous n'avons qu'à le prendre pour guide, sans crainte d'être 
trompés. Cependant avant de dire ce qu'était Fostàtt, il est néces- 
saire de savoir aussi quelle en était l'origine, et son histoire nous 
amène forcément à remonter à l'invasion de l'Egypte par les 
Arabes, guidés par Amrou, et à la chute d'Alexandrie, une des 
capitales de la chrétienté, la plus importante. 

Nous sommes en plein VII me siècle. — La politique de Byzance 
avait revêtu le christianisme primitif des formes païennes et contri- 
bué ainsi à le répandre dans toutes les populations idolâtres de 
l'Empire. Il y avait eu fusion de partis. Le christianisme avait 
modifié le paganisme. Cette religion devenue bâtarde courait main- 
tenant toutes les provinces romaines. 

Héraclius, l'exarque d'Afrique sous Maurice, à peine monté sur le 



(') Description des pyramides de Ghisè, de in cille du ('aire et ses en ri- 
rons. — J. Grobert, chef de brigade d'artillerie, membre de l'Institut de 
Bologne. — Paris, chez Rémont, libraire, (quai des Augustin*, N° 41, an IX), 

Babi/lone s'étendait entre la rive orientale du Nil et le Mokattam» 

Des débris considérables attestent que cette surface a été couverte d édi- 
fices. On a observé ;ivec raison que trois puits semblables à celui de Joseph, 
étaient dons l'espace que nous venons de désigner. Après quelques recher- 
ches, je suis parvenu à les reconnaître. On n'a pas pratique un escalier au- 
tour de leurs parois. Ils étaient moins profonds, vu que le sol où ils étaient 
excavés, était plus bas; cette construction coûteuse était inutile. 

Dans l'état actuel, ces puits sont comblés de [lierres jusqu'à une certaine 
hauteur. 

(*) El-Makrizi, originaire de Balbek, né à Misr, en Egypte, l'an 760 de 
l'hégire ("1358 de J.-C), mort en Egypte le dimanche de Ramadan 8'?5 de 
l'hégire (14H de J.-C). 



— 7 — 

troue a à lutter contre Chosroës; il est battu, et la croix du 
Sauveur est envoyée comme trophée en Perse. L'Europe est aux 
prises avec les dissensions intérieures et les calamités de son organi- 
sation sociale qui s'écroule. Les barbares l'envahissent de tous côtés; 
l'oligarchie règne en Occident. Rome et Bjzance se disputent l'em- 
pire du monde. La religion chrétienne est ébranlée dans ses bases 
mêmes par les sophistes, qui s'appellent : basilidiens, carpocratiens, 
gnostiques, jacobites, marcionites, marionistes et collyridiens. Les 
dogmes sont discutés les armes à la main. Les sectes naissent et les 
défections commencent. 

Près du berceau même du christianisme, aux portes de la Judée, 
une nouvelle religion vient de naître : le mahométisme du nom de 
son fondateur Mohammed. 

Ce prophète, instruit par le moine Babirah dans le couvent de 
B >srah de la doctrine des nestoriens, sut mettre à profit les leçons 
reçues, et choisir, en éclectique, tout le côté pratique qu'on pouvait 
tirer des autres religions qui n'en faisaient qu'une à ses yeux. 

Mahomet ne tarda pas à découvrir que le plus convainquant des 
arguments était l'épée. Du reste, c'est lui qui a dit, avec cette élo- 
quence spéciale aux Orientaux : « On trouvera le Paradis à l'ombre 
des épées ! » — Aussi établit-il son système sur le sabre d'un côté et 
sur l'hygiène de l'autre ; il renferma le tout dans un livre, sorte de 
code, qui devait répondre aux besoins du moment, tout en s'adres- 
sant à une horde guerrière et quelque peu grossière qu'il fallait 
retenir dans d'étroites limites de paragraphes et d'articles résumant 
la révélation divine : Le Koran. 

Ce n'est que plus tard que le mahométisme changea de nom ; ce 
fut lorsqu'il se répandit presque dans tout l'Orient avec une rapidi- 
dité qui étonna le monde. Alors il prit le nom d'islamisme, nom qui 
lui fut donné par les apôtres de la nouvelle religion d'Islam, le 
salut ; les nouveaux adeptes s'appelèrent désormais : moussélimins, 
les sauvés; à ce nom ils ajoutèrent, mais pour les fervents, le nom 
de mouémenins, les croyants. 

Les chrétiens étaient nommés par les réformateurs : les asso- 
cia le tirs. 

La force, comme but, le sabre, comme raison déterminante, tels 
ont été les deux facteurs qui ont servi de base à une nouvelle reli- 






gion guerrière qui devait ébranler jusqu'à ses fondements la religion 
du Christ avilie par le byzantinisme. 

Il restait encore un rempart puissant au christianisme d'Orient. 
Il fallait frapper fort et le briser à tout jamais ; l'Egypte. C'était là 
que le christianisme s'était épanoui, c'était là aussi, et malheureuse- 
ment pour lui, qu'on le discutait. C'était là que les docteurs de toutes 
les religions discutaient; c'était là que des pères de l'Église le 
commentaient ; c'étaient là qu'étaient nés les différents systèmes et 
les diverses sectes. 

C'était donc au milieu de ce désarroi général qu'il fallait tomber. 
Le génie consiste sourtout à savoir profiter des circonstances ; Amr 
Ibn-el-As était l'homme qu'il fallait pour tenter l'aventure. « En 
avant donc à la grâce de Dieu, s'écria Amrou, Dieu et le Kalife nous 
l'ordonnent ! ». Amr Ibn-el-As entra en Egypte l'an 18 de l'hégire 
( 639 de l'ère chr.), et, dans sa course rapide, traversa les provinces 
égyptiennes depuis El Ariche jusqu'à Menf { l'ancienne Memphis). 
Le lieutenant du Kalife Omar appartenait à la tribu des Koraï- 
chites, et, chose curieuse à noter, il fut dans les premiers temps de 
sa vie un des adversaires les plus acharnés de Mohammed. 

On dit que dans plusieurs de ses épigrammes et vers satiriques, il 
ne ménagea pas l'illustre Prophète et qu'il s'oublia au point de le 
ridiculariser. Il parait même qu'il persécuta jusqu'en Abyssinie les 
adeptes de Mohammed qui s'y étaient établis. 

Quoi qu'il en soit de la valeur qu'il faudrait attribuer à ces faits 
qui ont peut-être eu pour but de lui faire, comme à Saint Paul, 
(corrélation assez bizarre) son chemin de Damas, il n'en est pas 
moins vrai que le guerrier Amr devint aussi ardent que son opposi- 
tion avait été fougueuse. 

Tout tombe devant ce conquérant qui ne sait s'arrêter que p)ur 
reprendre de nouvelles forces. 

A la tête de quatre mille hommes seulement, mais animés de la 
foi des martyrs, Amr' prend Peluse, malgré la défense acharnée 
de la garnison placée par César pour défendre cette ville : la clef de 
l'Egypte. 

L'étendard du Prophète se dresse aussitôt devant les murs d'Ale- 
xandrie. Le croissant, nouveau symbole des croyants, brille d'un 
éclat étrange, tandis que là haut, sur les remparts armés de 



— 9 — 

magonneaux, (') la croix et l'étendard à l'aigle noire sont encore 
vaillamment tenus par une garnison qui sera bientôt affolée, 
travaillée par les louches menées du Gouverneur de Menf, le 
cophte Makokas, qui trahira bientôt et sa foi et son César. 

Si nous nous reportons à cette curieuse époque de désagrégation, 
que voyons-nous en Egypte? Quelques villes presque abandonnées 
dans l'intérieur; puis deux grandes villes et une petite sur 
les bords de la Méditerranée, petite ville manufacturière et 
éminemment industrielle. Les deux grandes villes sont : l'une, au 
nord, Alexandrie, et l'autre, au sud, Menf. La première peuplée 
presque entièrement de Grecs, ville du plaisir et de la philosophie des 
sophistes; la seconde, Menf, peuplée d'Egyptiens natifs, voyait avec 
regret, dit Marcel, son orgueilleuse rivale lui enlever successivement 
non seulement son influence politique et ses droits anciennement 
acquis, mais aussi les dépouilles de ses plus beaux monuments : les 
marbres et les ornements dont étaient revêtus les édifices des Pha- 
raons, les obélisques, les colonnes des palais et des temples étaient 
arrachés, démolis avec violence et transportés à Alexandrie, pour 
embellir la ville favorite, la ville impériale. 

Une violente haine divisait les populations de ces deux villes ; 
l'armée sarrazine lut accueillie par les Memphites comme une 
libératrice qui venait les délivrer, eux jacobites, des melchites ( 2 ) 
d'Alexandrie et de Gonstantinople. Aussi déclaraient-ils, par la voix 
de leur chef Makokas qu'ils ne voulaient plus avoir aucune com- 
munion avec les Grecs dans ce monde ni clans Vautre et qu'ils 
abjuraient pour toujours le tyran de Byzance et son concile de 
Chalcédoine. Ils offrirent le tribut au Kalife, réparèrent les routes 
et promirent aide et secours à l'armée des envahisseurs ( 3 ). 

Le Makokas ( 4 ) préfet de l'Egypte du milieu, Menf, et gouverneur 



( J ) Sortes de balistes d'un grand modèle; les arabes altérant le mot 
grec |j.Tf/jzvix-n leur donnèrent le nom de Manganyq appelées mangonneaux 
par les historiens des croisades. 

( 2 ) Les valets du roi. 

( 3 ) Ce traité fait avec Amrou a été conclu l'an 19 de l'hég. (640 de l'ère 
chrétienne). 

(*) El Makyn le nomme aussi El-Maqouquas, et lui donne le titre de roi 
ou de vice-roi. Le gouverneur de Menf, paraît-il, avait eu déjà quelques 
correspondances avec Mohamed auquel il avait envoyé en présent plusieurs 
esclaves égyptiennes, dont l'une, Maryam, fut admise au lit du Prophète, 



— 10- 
de la forteresse de Babylone était grec d'origine, mais né en Egypte. 
Ses relations de famille et ses affections l'unissaient à la cause des 
cophtes opprimés. 

L'apparition à'Amrou lui fournit l'occasion d'une scission complète 
avec Alexandrie et son gouvernement représenté par un patrice de 
la cour impériale nommé par Héraclius. 

Une redevance d'un dinar ( l ) par tête fut payée par les cophtes 
pour assurer leur liberté religieuse et unejustice impartiale p:mr 
tous. 

Ces Jranc/tises devaient être payées assez cher, car, en peu de 
jours, cloute millions de dinars furent payés ( 2 ). Cette opération 
peut nous donner, d'une façon presque exacte le chiffre de la popu- 
lation de l'Egypte à cette époque. 

Ceux qui ne payèrent ou ne pouvaient payer l'impôt, s'enfuirent 
soit à la forteresse de Babylone soit à Alexandrie. 

Babylone, mal défendue par ceux qui n'avaient pu prendre la 
route d'Alexandrie, fut facilement emportée ( 3 ). 

Une fois maître de Menf et de la forteresse de Babylone, Amrou, 
qui avait vu une armée de guerriers nomades venir se ranger autour 
de son drapeau, ne songea plus qu'à attaquer Alexandrie, dont la 



( 4 ) Le moi dt/nar est dérive du mot latin denarius, environ quinze francs 
de notre monnaie. 

( 2 ) 180 millions de notre monnaie. 

( 3 ) Un écrivain arabe (Osioth) dit que Macaueus, préfet des Égyptiens 
pour Héraclius, quitta Babylon, pour se réfugier dans un fort de l'île de 
Rhoudda, lorsque Amfou escalada les murs de cette ville, et qu'étant réfugié 
dans cette enceinte, il capitula avec les musulmans. 

a Golius in notis ad AJfraganum (ex Osiotho scriptore arabo) (pag 156). 
In insulam hanc cum appositis scalis expugnaretur Babylon (e regione urbis 
Memphis cis Nilum a Cambyse quoridam, aut etiam prius sedificatâ, ubi est 
mine sita Cahira vêtus), confugerat Macaueus Egyptorum pro Héraclio prae- 
fectus; atque ibi ex munito receptu conciones pacis, de quibus historia sèra- 
ceni^a, cum Araro pactus fuit ». 

Les auteurs des croisades nomment parfois le soudan d'Egypte le soudan 
de Babylon, do Bablon ou du Vieux-Caire. 

Le Sire de Villerval en ses voyages. — Mss. au ebap. de la condition etc., 
des soudans, dit : « Item a toujours le dit soudan de Babylone (Melek-Adel), 
la ut au Kaire comme près de lui, dix mille esclaves à ses gages, qu'il tient 
comme ses gens d'armes, qui lui font sa guerre , montés aucun à deux che- 
vaux, et les autres qui en ont plus ou moins. (La Haulqua.) 

Est assavoir que iceux sont d'estranges nations, comme de Tartarie, 
Bourgeriê, eic... Et à ces esclaves donne femmes et casais, chevaux et 
robes, et les met sur de jeunesse petil à petit, en leur montrant la manière 
de faire la guerre ; el selon que chacun se prent, fait l'un amiral de dix 
lances, l'autre de vingt, etc. » 



. 



— 11 — 

garnison s'était accrue par les Grecs accourus de t)us les points de 
l'Egypte. 

Au moment où l'on abattait toutes les tentes du camp, placé entre 
le bord du Nil et la forteresse de Babylone, on vint rendre compte 
au général qu'une paire de colombes avait fait son nid sur le 
sommet de sa tente et que les petits paraissaient sur le point d'éclore. 
Gomme on attendait la réponse d'Amrou : — « A Dieu ne plaise, s'é- 
cria-t-il, qu'un musulman refuse sa protection à aucun être vivant, 
créature de Dieu très-haut, qui se sera placée avec sécurité sous 
l'ombre de son hospitalité; d'ailleurs nous sommes encore dans le 
mois de moharrem, et dans ce mois sacré la religion nous interdit 
tout acte de violence ; qu'on respecte ces oiseaux devenus mes hôtes 
et qu'on laisse ma tente sur pied jusqu'à mm retour d'Alexandrie ». 

Au lieu d'être abattue, cette tente sous laquelle le fougueux 
guerrier avait tant de fois dicté la loi du vainqueur, qui fut maintes 
fois éclaboussée du sang des vaincus, reste seule debout pour protéger 
la naissante couvée des colombes ; et voilà comment un incident aussi 
simple que poétique donna lieu à la naissance d'une grande ville qui 
j ma. un grand rôle dans l'histoire de la civilisation et des arts. 

Il y aura bientôt quatorze mois (\\x An i r-el-Asi a mis le siège 
devant Alexandrie ; habile et téméraire, il pava de sa personne plus 
d'une fois. — Un jour, dans l'entraînement d'un assaut, il fut l'ait 
prisonnier avec son lieutenant Mouslemeh ben Mokhallad et 
Ouerdan, son fidèle affranchi. Conduit devant le commandant 
ennemi, le patrice, il en imposa par la noblesse de son maintien et 
allait être mis à mort comme un personnage de haut rang quand la 
présence d'esprit de son esclave détourna le coup : au moment où, 
'interrogé par le chef ennemi, Arnr allait répondre et se trahir, 
Ouerdan le frappe au visage en lui ordonnant de se taire devant 
ses supérieurs. Ce trait d'audace sauva la vie au général qui fut 
renvoyé au camp musulman, porteur de propositions de paix qui 
furent repoussées; quelques jours après (22 décemb. 640), Héraclius 
n'envoyant pas de secours, Alexandrie était prise d'assaut et les 
Arabes perdaient dans cette affaire 25.000 hommes. 

« Amrou, lui disait après Mouslemeh, c'est le coup de poing de 
Ouerdan qui a sauvé ta tète ! » 

Pendant qu'une partie de la garnison se jetait sur quelques 



— 12 — 

vaisseaux et gagnait la haute mer, Amrou entrait à Alexandrie le 
premier vendredi du mois de moharrem de l'an 20 de l'hégire 
(décemb. de l'an 640 de l'ère chr.) et faisait sa prière sur la grande 
place qui avait vu passer tant de religions disparates. 

Ainsi tomba la seconde capitale de la chrétienté avec ses quatre 
mille palais, ses quatre mille bains, ses nombreux lupanars, 'ses 
quatre mille théâtres, ses quatre mille boutiques pour le commerce 
des esclaves et les douze mille autres pour la vente des denrées 
alimentaires, et sa population de quarante mille juifs qui payaient 
tribut. 

FOSTATT 

« Où irons-nous placer notre camp ? » se demandaient les soldats. 
Un seul cri s'éleva de toutes parts : « A la tente du général !» — En 
effet, l'armée victorieuse, désormais maîtresse de l'Egypte, vint 
camper autour de cette tente de feutre sur laquelle voltigeaient 
de blanches colombes. Peu à peu les tentes cédèrent la place à des 
cabanes faites à la hâte, celles-ci se changèrent en habitations plus 
solides et permanentes; une ville naissait, elle ne tarda pas à se 
développer au point de devenir la capitale de l'Egypte. Fostàtt fut 
son nom de baptême, en souvenir de l'historiette racontée plus haut. 
Au nom originaire on ajouta bientôt la dénomination de Mesr ( [ ) 
(Fostat-Mesr*), spécialement affectée aux capitales de l'Egypte ( 2 ). 

L'islamisme en Egypte, ayant Amrou comme défenseur, montra 
aux populations une tolérance telle que les cophtes furent autorisés 
à habiter Fostàtt et d'y élever des églises au milieu même des soldats 
qui avaient une autre croyance et n'avaient point encore un lieu 
consacré qui fut digne de la religion des c mquérants. 

La tente d'Amrou avait été plantée sur les ruines d'un ancien 
pyrée persan désigné par les arabes sous le nom de Kasr-el-Chamé 
(le château des flambeaux) (an 21 de l'hég.). C'est sur cet emplace- 



(i) Mesr ou Masr est le nom de l'Egypte elle-même et dérive de Mesraym 
fils de Cham ou petit-fils de Noé. 

(2) Ce nom de Fostàtt, nom qui signifie tente, doit être remarqué, car il 
est une des expressions du génie arabe, tel qu'il se manifeste dans l'archi- 
tecture. 



— 13 - 

ment que fut élevé ce monument aujourd'hui solitaire et en ruine, 
la mosquée d'Ami' >u. (') 

Temple d'une race nomade, telle que la vraie race des enfants de 
Kliatau et d'Ismaël, la mosquée «'-tait une maison hospitalière, 
comme devait l'être la maison de Dieu chez un peuple errant, qui se 
s >uvenait de ces t eûtes en feutre ('-) que ses pères avaient dressées 
au centre des pâturages, à proximité d'une citerne. Ceux-là qui 
continuaient la vie équestre, cette vie dont les étapes religieuses 
étaient les sanctuaires orientés vers la Mecque, ceux-là, composant 
le peuple de feutre, affectaient du dédain pour l'Arabe des cités, 
l'Arabe bâtisseur, pour le peuple d'argile, comme ils l'appelaient, 
mais qui ne continua pas mrins à bâtir de plus belle et à devenir 
le peuple chez lequel le sentiment architectural a atteint son apogée, 
ainsi que nous pouvons nous en convaincre par les pages monu- 
tales que nous voyons encore au Caire. 

Mais bientôt s'élevaient des palais magnifiques entourés de jardins 
luxueux ( 3 ). Comme exemple de fortune privée, Makrizi raconte que 

(i) On voit clairement par une multitude de passages de Makrizi que le 
cours du Nil a changé considérablement vers Misr et le Caire, et qu'il est fort 
éloigné de cette dernière ville. ( Clirestomatlne arabe de S. de Sacv.) 

Voici le passage de Makrizi : 

Si, en étudiant attentivement les faits consignés dans cet ouvrage 

vous vous faites une juste idée de l'histoire de l'Egypte, vous reconnaîtrez 
que le lieu où est la mosquée d'Amrou fils d'Al'as', à Misr, était un terrain 
planté en vignes qui du. niait immédiatement sur le fleuve; et que le Nil, 



telle sorte que le rivage du fleuve à Misr s'est trouvé occuper l'espace qui 
s'étend depuis le marché appelé à présent Souk Almaridj, jusque dans le 
voisinage dos sept aqueducs. Toutes les terres où se trouve aujourd'hui le 
lieu nommé Mèraga en dehors de Misr, jusqu'auprès des sept aqueducs, el 
toute la partie du territoire occidental du canal qui fait face à ces terres, 
étaient donc, comme je l'ai dit, couvertes des eaux du Nil. Le terrain situé 
vis-à-vis la chapelle de Zeïn que le peuple nomme aujourd'hui la chapelle 
Zeïn-Elubidin, n'était occupé que par des jardins qui touchaient de l'Orient 
à la mosquée de Sitt-Néflsa, et du couchant aux sept acqueducs. Du nombre 
de ces jardins étaient ceux qu'on nomme les jardins de Benou-Meskin, et 
où Ca foin- Ikhsqhidi fit construire son hôtel sur l'étang qui est en face de 
Cabsch et qu'on appelle aujourd'hui Birket Karroun. Cabsch était le nom 
d'une maison de plaisance bâtie en 640 par un sultan ayoubite, sur la monta- 
gne de Yaschour, (tumulus) prèsde la mosquée d'Ahmed, fils de Touloun. 

(2) Ch. Blaxc — Egj/pte et Nubie. 

( 3 ) Makrizi décrit ainsi le quartier nommé la Terre de la Tùnballtere : 
C'était autrefois un des lieux de plaisance des plus agréables pour les 

habitants du Caire. — Ce canton était donc situé au milieu des positions 
suivantes ; il avait au couchant le grand lit du Nil, au levant le canal, au midi 
l'étang nommé Bahr Abbakara, et les jardins qui se terminaient au lieu où 



/ 

— 14 — 

les jardins de Benou-Sinân plurent beaucoup au khalife de Bag- 
dad, El-Mamoun (fils de Sarôun-el-RacMd, le droitier) qui était 
venu à Fostâtt en 217 de l'hég. (833 de l'ère chr.). Sur sa demande, 
Ibrahim-ben-Sinân répondit au khalife qu'il payait annuellement 
20.000 dinars d'impôts fonciers (le dinar vaut de 12 à 15 fr.) et il en 
estimait le revenu à 100.000 dinars. (Makrizi tom. 1, p. 334.) 

A cette époque, ajoute encore Makrizi, les maisons avaient déjà 
cinq, six et sept étages, et souvent, ajoute-t-il, une seule maison 
contenait 250 habitants {ibicl. 334 et 341). 

Le développement de la ville va toujours en augmentant, à tel 
point que le palais des anciens gouverneurs devenant insuffisant à 
contenir ses armements et ses richesses, Ahmed-ebn-Touloun 
(turcoman d'origine) fait élever à l'est de Fostàtt et du quartier de 
Assaker, Q jusqu'au pied du Mokattam, une citadelle, un immense 
palais, un manège (à l'endroit où s'étendent aujourd'hui les places 
de Roumelyeh). Là se donnaient des carrousels et des revues qui 
passaient pour des merveilles de l'Islam. Puis il créa le quartier de 
Kataï (les fiefs), ville plutôt que quartier. 

Quand, du haut des routes de la citadelle, dit M. Art. Rhoné, ( 2 ) 
on regarde vers la ville, la vue s'arrête, au second plan, en une 
vaste enceinte de riches galeries, du milieu desquelles s'élève une 
c jupole isolée et dont l'ensemble occupe le centre de ce quartier qui, 

sont aujourd'hui la porte de Misr, près de Cobara et l'oratoire de Sitt Nefisn, 
enfin au nord, le canton de Baal, le belvédère dumême nom el les belvédères 
nommés Tadj Khams-Wodjouk el Kobbat Alhawa. Ce lieu offrait un spec- 
le ravissant dans le printemps; il est le sujet de ces vers de Se'p-Eddin Ali, 
Moschidd, fils de Kisil : 

<( Elle prend son nom d'une timballière, cette terre que couvre un tapis 
de fleurs odoriférantes, semblable à une riche étoffe de soie. 

« tMnémone y a écrit des lignes régulièrement disposées, et les gouttes 
de rosée sont les pointes qui en font l'ornement. 

« Telle une jeune mariée paraît aux yeux de son époux, lorsqu'elle lève 
son voile et qu'elle lui montre son visage orné d'une coiffure et des pendants 
d'oreilles. » 

Makrizi parle aussi d'un autre grand jardin situé hors de Misr au lieu 
nommé Mcnschiat-Al-Fadkil, parce que le kadi Fadhil-Abd-Abra/iim 
Beninsïnami y fit faire un grand jardin, dont les fruits et les raisins se ven- 
daient au Caire. Ces raisins étaient en si grande quantité et si estimés, que 
dans la suite, le fleuve ayant recouvert ce terrain après l'année 660, les 
marchands de raisin, en criant leur marchandise au Caire et à Misr, conti- 
nuèrent pendant bien des années à dire: « Que Dieu ait pitié deFadhil! raisin 
à vendre ! ». 

(i) Camp des soldats — les casernes. 

(2) L'Egypte à petites journées par Arthur Rhoné — p. 292. 



— 15 — 

vers le sud, s'avance comme un promontoire dans le désert. C'est 
l'antique mosquéedu khalife Ahmed Ebn Toulon n, ( l ) antérieure de 
près d'un siècle à la fondation du Caire. 

« ... Le petit quartier solitaire et délabré de Kkebscli (') qui 
entoure cette mosquée, est à peu près tout ce qui subsiste des 
immenses quartiers jadis noblement habités, de Katai (les fiefs) et 
(Yaskar (l'armée), qui contenaient plus de cent mille maisons qui 
s'étendaient, sur une largeur égale depuis le rocher de la citadelle 
jusqu'à Fostàtt située près du Nil, à plus de trois kilomètres de dis- 
tance. Tel était, au XI me siècle, le développement atteint par cette 
primitive métropole de Fostàtt ,qui, au VII me siècle, avait succédé à 
la Babyloue de l'antique Egypte et précéda elle-même le Caire de 
trois cent trente ans; réduite, au XI me siècle, à son noyau primordial 
elle fut enfin, au XIl me , brûlée (?) par Amaury I er roi de Jérusalem, 
et aujourd'hui elle ne renferme plus que quelques rues, formant 
auprès du Nil, une bourgade appelée Masr-el-Attika, ou le Vieux- 
Caire. » 
Encore un mot sur la magnificence des khalifes de cette époque : 
« Le khalife Khom eu 'aouiah ( 3 ) (fils de Touloun), dit Makrizi, 
s'étant plaint un jour à son médecin d'une insomnie continuelle, 
celui-ci lui conseilla de se faire masser. Le prince ne voulant pas 
adopter cette recette et déclarant qu'il ne souffrirait pas que personne 
mit la main sur lui, le médecin lui dit de faire creuser un bassin que 
l'on remplirait de vif-argent, ce qui fut exécuté. Ce bassin, qui avait 
dit-on, cinquante coudées de long (environ 25 mètres sur 50 de large, 
coûta des sommes immenses. A chacun des angles on avait placé des 
colombes d'argent massif, auxquelles étaient attachés de magnifiques 
rideaux de soie passés dans des anneaux d'argent. Khomar aouiah fit 
faire un lit de peau que l'on emplissait de vent jusqu'à ce qu'il fût 
bien enflé ; ensuite, après en avoir fortement lié l'ouverture, on le 



(i) Ce prince ne dépouilla aucun ancien édifice pour orner le splendide 
monument pour lequel il avait demandé au Ciel que sa mosquée fut épargnée 
si jamais l'eau ou le feu venaient à détruire Fostàtt. Et cette œuvre admirable 
est encore debout comme si le Ciel eût voulu exaucer le souhait de ce 
prince illustre de l'islamisme. 

■ (2) Kalaat-el-Kebsch signifie le fort du bouc, le conducteur du troupeau 

( 3 ) A l'époque où l'arrière-petit-fils de Charlemagne (879) Louis le Bègue 
régnait en Gaule (279 hôg., 884 ère chr.). 



— 16 — 

plaçait sur le bassin, et on attachait les rideaux de soie aux colonnes 
d'argent. Le prince se couchait sur ce lit qui, sans cesse agité par le 
mouvement du vif-argent, lui procurait un sommeil agréable. 

Ce bassin était une invention absolument nouvelle, qui pouvait le 
disputer à tout ce que le luxe des rois a jamais imaginé de plus ma- 
gnifique. C'était un coup d'œil enchanteur de voir, pendant une 
belle nuit, ce vif-argent réfléchir la lumière de la lune. Longtemps 
après la destruction du palais, le peuple allait creuser le lit du 
bassin pour y recueillir des restes de vif-argent. » Q) 

Sous le règne du malheureux Moustanser-BiUah, des troubles 
surviennent. Les mercenaires turcs ont de sanglantes collisions avec 
les milices nègres du Khalife ( 2 ). Les richesses accumulées par les 
Fatimites s jnt pillées, leurs tombeaux profanés. Le quartier Kataï qui 
contenait plus de 100.000 maisons et jardins est incendié et ruiné ( 3 ). 

Puis, sous le khalifat d'El-Adhel, Amaury I er , roide Jérusalem 
(allié de Chawar) essaye de s'emparer de Fostàtt pour la piller et se 
la faire racheter à prix d'or. 

Les habitants (comme le fit six siècles après Rostoptchine à Moscou) 
mettent le feu à leur ville ( 4 ) dont l'incendie dure 54 jours. Le cupide 
Amaury exige un tribut de quinze millions pour lever le siège, en 
accepte un et demi et les troupes de Nour-Eddin-Atabeg de Syrie, 
appelées à son secours par le khalife Cherkoui, battent Amaury et 
le chassent honteusement de l'Egypte. 

Aujourd'hui Fostàtt n'est' plus qu'un désert parsemé de collines, 
de décombres, que le sable a recouvert ! 

En 358 de hégire (968 ère car.), le khalife fatimite Moëz envoie 
en Egypte son général Djawhar qui réorganise le pays désolé sous 
les derniers règnes précédents. Le nouveau conquérant conçut l'idée 
de fmder une ville qui devait éclipser les splendeurs de Baghdad, la 
ville des Abas ides. Il jeta les fondations d'une nouvelle capitale 

(i) Etienne Quatremère, 1811 — Mémoire* histâriques et géographi- 
ques sur l'Egypte. 

(2) 427 à 487 de l'hégiré (1036 à 1094 J.-f\). 

(8) Kodhaï affirme qu'il y avait à Masr-el-Atlikah ou Fostàtt le nombre 
incroyable de 1030 mosquées,' de 8000 voies publiques de 1170 bains, et encore 
n'arrivait-on au bain de Djemada ;'i Kherafât qu'en fendant péniblement la 
foule. Il rapportail 500 dirhams chaque vendredi. 

( 4 ) On employa à cet effet 20.000 vases pleins d'huile de naphte et 10.000 
torches. 



— 17 — 

qui fut appelée le Caire, Muxr-el-Kliaïi'at, ou la Capitale victo- 
pieuse, qui devait enserrer dans ses murs les quartiers déjà habités 
à'Al-Qatayah, de Al-Askar et de Tonloun. 

Aucun coup de pioche ne devait être donné avant le passage de 
Mars au méridien. Les astronomes veillaient les jeux fixés sur 
leurs instruments; comme ces savants discutaient entre eux sans 
pouvoir s'accorder du moment précis, les travailleurs attendaient ; 
mais des oiseaux de proie vinrent se poser sur les cordeaux tendus 
autour de l'enceinte que l'on avait garnis de sonnettes pour avertir 
tous les travailleurs au même moment. Les sonnettes retentirent, et 
les ouvriers qui attendaient le signal convenu jetèrent à la hâte les 
fondations. On reconnut plus tard que ces oiseaux, plus heureux que 
les astronomes, s'étaient posés sur les cordeaux juste au moment 
précis de l'ascension de la planète Mars ( x ). 

Deux ans .après, Moëz, dit l'historien arabe Ben-Chonah, « appor- 
« tait d'Afrique au Caire des richesses immenses. Ce prince, ajoute- 
« t-il, avait fait fondre, avant son départ, tous ses trésors d'or et 
« d'argent en lingots énormes, dont la grosseur égalait celle d'une 
« meule de moulin (-), et chacun de ces énormes lingots suffisait 
« pour la charge d'un chameau ». 

Ainsi donc Fostàtt-Qatay et Khaïra, primitivement distinctes, 
furent réunies et ne formèrent qu'un seul tout. Cette fusion se 
trouve mentionnée dans ces vers de YAraucàna, épopée espagnole 
composée par Alonzo d'Ercilla, où il parle aussi d'une princesse 
Thoulbiah, p) qui, par son luxe et les édifices qu'elle fit construire, 
s'était acquis une grande célébrité jusqu'en Occident : 

« Myra el Cairo que incluye très ciudades, 

« E cl palacio real de Dultibea, 
« Las torres Jos jardines e heredades 

« Que su espacioso circolo rodea. » 

Araucana, canto xxvin. 

(î) Voir Marcel — L'Egypte moderne. 

(}) II s'agit sans doute de meules de moulins à bras mus par une simple 
manivelle. 

( 3 ) 'loulbiah, princesse tartare, dont le nom fut estropié : Thutbaï 
Thulutnbai, Thulbiâ, Thulubia femme de Meli/e-en-Nâssim (morte l'an 765 dé 
l'hégire). — Voir Mehrén — Sur la topographie du Caire — Bulletin de 
la Société des sciences de Saint-Pétersbourg — 1865. 

Institut Égyptien. % 



— 18 — 

Le Caire moderne se dresse devant nous avec les monuments qui 
sont les parchemins de sa noblesse. Et ceux d'entre eux qui tombent 
en ruine, sont peut être les plus intéressants, en tous cas, les moins 
méprisables, et c'est ici qu'il serait bon de citer les vers que Khou- 
oarezfni attribue à l'imam vénéré Chafeï, et que ce dernier aurait 
adressé à un barbier qui le repoussa ne voulant pas lui faire la barbe 
le trouvant dans un état de délabrement complet : — 

« Quand on vendrait pour une obole tous les vêtements dont je 
« suis couvert, le prix dépasserait encore leur valeur ; mais sous ces 
« habits est une âme dont la moindre partie vaut mieux que tous les 
« hommes ensemble. La lame d'une épée ne perd pas de son mérite, 
« pour être dans un fourreau usé, si c'est un glaive qui coupe tout 
« ce qu'on lui présente. Si l'infortune a rendu mon extérieur mépri- 
« sable, combien de glaives acérés ne sont-ils pas renfermés dans 
« des fourreaux déchirés ! » 



Caire, le 6 décembre 1889. 

W. ABBATE. 



— 19 — 



SEANCE DU 10 JANVIER 1890 



La séance est ouverte à 3 heures l /. 2j sous la présidence 
de S. E. Yacoub Artin pacha. 

M. le Président annonce la nouvelle de la mort de M. le 
baron de Kremer, orientaliste des plus distingués, ancien 
ministre de l'empire austro-hongrois, membre correspon- 
dant de l'Institut depuis 1859. Il exprime les profonds 
regrets que cette perte cause à la science et à l'Institut 
en particulier, et donne la parole à S. E.Franz pacha pour 
la lecture d'une notice sur la vie et les œuvres de M. le 
baron de Kremer. 

M. Franz pacha prend la parole en ces termes : 



Un des derniers courriers de l'Europe nous a apporté en Egypte 
la triste nouvelle de la mort du baron A. de Kremer, membre 
honoraire de notre Institut. 

Une pneumonie a enlevé à Dœbling, près de Vienne, le 27 décem- 
bre de l'année passée, cet homme de tant de savoir et d'un mérite 
si rare. Il n'avait que 62 ans. 

A. de Kremer, né à Vienne le 13 mai 1828, se voua d'abord aux 
études de philosophie et de jurisprudence et se consacra plus tard 
entièrement aux sciences orientales sous le guide de Hammer Purg- 
stall dont il fut le meilleur élève. 

A l'âge de 21 ans il avait déjà parcouru la Syrie et l'Egypte et son 
long séjour en Orient, pendant sa carrière consulaire, lui procura 
l'occasion d'amasser une riche collection de manuscrits orientaux 
(actuellement à Londres) dont une partie fut traduite et éditée par lui. 



— 20 — 

Le contact direct et journalier pendant ce temps avec des savants 
cophtes et arabes le rendit apte à écrire des ouvrages classiques 
sur les sciences des peuples de l'Islam. 

Il enseigna aussi, pour quelque temps, la langue arabe à l'Ecole 
polytechnique de Vienne. 

Nommé, en 1858, vice-consul et en 1859, consul au Caire, il alla, 
en 1862, à Galatz et avec la même qualité en 1870 à Beyrouth. 

Nous trouvons ensuite (en 1872) M. de Kremer c >mme conseiller 
aulique à Vienne, chargé de la direction des affaires consulaires de 
l'Empire, et vers 1875, il parait de nouveau au Caire comme com- 
missaire austro-hongrois de la Dette publique. 

En 1880, il rentra à Vienne omme directeur du département du 
commerce au Ministère des Affaires étrangères, poste qu'il ne garda 
que quelques semaines, parceque le Ministère du c nnmerce lui fut 
offert par le comte de Taafe. 

Opposé à la politique de ce dernier, il crut d'abord devoir refuser 
ce portefeuille et c'est seulement sur l'instance de l'Empereur que 
M. de Kremer accepta ce poste. 

En sa qualité d'obéissant et dévoué fonctionnaire qu'il était, 
refuser lui parut impossible, mais il se consola par la pensée de 
pouvoir limiter son acti >n dans le conseil aux affaires de son ressort 
sans s'occuper de questions politiques. 

Il n'était pas politicien, mais il appartenait par ses sentiments au 
parti allemand libéral. Toute sa vie il fut fonctionnaire de l'Etat, 
doué d'un grand amour pour sa patrie, une et indivisible, l'Empire 
d'Autriche, dont il déplorait les luttes nationales continuelles qui 
en ébranlèrent les fondements. Ses idées à lui étaient pour la plu- 
part en opposition à celles du cabinet et il comprit bien vite qu'il 
devait comme homme de caractère et pour être un véritable conseil- 
ler de la couronne prendre un parti et qu'il ne devait pas se taire 
dans cette lutte vitale qui emporta les esprits en Autriche. 

Etant presque isolé dans s m opinion et ne pouvant pas la faire 
prévaloir il donna, déjà en février 1881, sa démission, au moment oii 
le comte de Taafe, pour remplacer la chambre des seigneurs, soumit 
au conseil des Ministres une liste de nouveaux nombres presque 
entièrement pris dans le parti clérical et fédéraliste. 

Il sortie du cabinat sans recevoir les distinctions usuelles de la 
part de la couronne. 



— 21 - 

La situation générale do l'Empire et lés déceptions qu'il éprouva 
au contact de ses collègues, l'avaient rendu pessimiste, maladie 
qui épargne rarement les esprits les plus distingués en Autriche. 

M. A. de Kremer ne rentra plus au service de l'Etat; il se voua 
entièrement à ses études, publia de temps à autre des articles dans 
les journaux, traitant pour la plupart des affaires de l'Egypte. 

En 1884, il édita une brochure ( L'État et les nationalités), qui 
fit sensati m en Autriche. 

Si M. de Kremer n'eut pas de succès dans la politique -et le parti 
Allemand lui en voulut même pour le seul fait d'avjir accepté un 
portefeuille dans le cabinet Taafe — sa vie scientifique n'en fut pas 
moins riche de distinctions de tout genre. 

Les premières sociétés scientifiques du monde l'admirent dans 
1 urs rangs, et les plus hautes décorations ornèrent sa poitrine. 

En 1886, il présida le congrès orientaliste de Vienne, et brs du 
congrès de Stockholm, le roi Oscar de Suède le combla d'honneurs. 

Les ouvrages qu'il a laissés à la postérité sont nombreux; les 
principaux sont les suivants : 

1. Le voyage da poète Naboulessi, 1850-51. 

2. La géographie de la Syrie septentrionale, 1852. 

3. Traduction du divan d'Abou Nouroâs, 1855. 

4. La topographie de Damas. 

5. L'histoire du Wakidi, 1856. 

6. L'Egypte, (2 vol.), 1863. 

7. Les idées dominantes de l'islamisme, 1868. 

8. Courses à travers l'islamisme, 1873. 

9. Histoire de la civilisation musulmane. (2 vol.), 1875-76. 

10. Sur la grande chronique d'Ibn KhaUloan, 1879. 

11. Sur les grandes épidémies de l'Orient, 1880. 

12. Sur le poète arabe Lébkl, 1881. 

13. Etudes lexicographiques, (2 fascicules), 1883-84. 

14. Siw sa collection de manuscrits orientaux, ( y ) 1885. 

15. Sur l'idée de la nationalité, 1885. 

16. Sur le budget des Abbasides, 1886. 

17. Extraits du divan philosophique du poète el Ma'arri, et 
Études sur sa vie et ses idées, 1888. 

( l ) A présent ;'i Londres. 



— 22 — 

Telle est, en quelques mots, la vie de cet excellent savant qui fut 
enlevé à la science de si bonne heure ! 

Gardons-lui un bon souvenir, Messieurs, et permettez-moi de vous 
inviter à vous lever en honneur de sa mémoire. 

Tous les assistants répondent à cette invitation. 



L'ordre du jour appelle une communication de M. Piot 
sur l'alimentation du bétail au moyen du tourteau de 
graine de coton. 

A la séance de l'Institut Egyptien du 13 janvier 1877, notre zélé 
et savant collègue, Gastinel pacha, donnait lecture d'un mémoire 
sur l'emploi du tourteau de coton comme matière alimentaire pour 
le bétail, et comme agent de fertilisation dans les cultures coton- 
nières. 

La question que j'ai l'honneur de traiter aujourd'hui devant vous 
n'est donc pas nouvelle. Si j'ai cru utile d'appeler une fois de plus 
votre attention sur ce point, c'est p)ur compléter en quelque sorte 
la communication de Gastinel pacha qui avait seulement envisagé 
le tourteau au point de vue chimique, se bornant à conseiller l'usage 
de cet aliment dans l'entretien du bétail. 

La science avait posé un principe ; il appartenait à la pratique d'en 
étudier l'application, 

L'analyse chimique du tourteau montre que la richesse en azote 
de cette substance n'est inférieure que de 1 % à celle des fèves et 
qu'elle est de plus supérieure à celle de l'orge, du bersim sec ou de 
la paille d'orge et de blé. 

A priori donc, le tourteau est tout désigné pour entrer dans la 
ration de nos animaux domestiques. 

Mais on sait que l'analyse chimique seule est impuissante à établir 
d'une façon absolue la valeur alimentaire d'une substance quelcon- 
que. Il est de toute nécessité d'y ajouter l'expérimentation physiolo- 
gique qui permet déjuger du degré de digestibilité de cette substance 
et de ses effets immédiats sur l'organisme. 



— 23 — 

C'est surtout cette dernière partie de la question que je me propose 
d'envisager, en faisant connaître les résultats obtenus l'année 
dernière à l'Administration des Domaines qui a fait entrer le tour- 
teau dans la ration de plus de 1G0 animaux de travail des espèces 
bovine, bubaline, asineet mulasine pendant l'été de l'année 1889. 

Ce n "était d'ailleurs pas une innovation que l'essai à réaliser. 
Dans certains pays d'Europe, en Angleterre, en France, le tourteau 
entre pour une très grande proportion dans l'alimentation du bétail. 
En Egypte même, les négociants de bestiaux de Guizeh et de la 
Haute-Egypte, le font entrer dans la ration des animaux qu'ils 
préparent pour la vente. 

Avant d'entreprendre ces expériences, j'avais demandé l'avis de 
mes savants onfrères, M. Lavalard, administrateur à la compagnie 
générale des omnibus de Paris et M. le professeur Sanson, de 
Grignon et de l'Institut Agronomique. 

Ces deux maîtres, dont la compétence en pareille matière est 
universellement reconnue, m'encouragèrent vivement à tenter ces 
expériences et me promirent une réussite certaine. 

La ration normale du bétail des Domaines est composée ainsi qu'il 
suit : 

( Paille de blé 9 k. 888 



Bœufs et buffles 



( Fèves 5 » 333 

l Paille 6 » 180 

Mulets < Orge 2 » 222 

f Fèves 2 » 666 

f Paille 3 » 705 

" Fèves 1 » 481 



Anes. 



La relation nutritive, calculée d'après les tables de Von Gohren, 

est donc : 



pour les bœufs et les buffles de. 

pour les mulets de 

et pour les ânes de 



1 

4.43 
1 

5.39 
t 

4.46 



— 24 — 

Les essais commencèrent dès la fin du bersim sec ou driss, et se 
poursuivirent jusqu'à la mise au vert, c'est-à-dire pendant six mois 
environ, dans trois cultures des Domaines tant sous ma surveillance 
que sous celle de M. Farrenc, ingénieur agronome de l'Administra- 
tration, ancien élève de l'Ecole d'Agriculture de Montpellier et de 
l'Institut Agronomique de Paris. 

Je dois noter en passant que la paille de blé, d'un usage exclusif 
en Egypte pour toutes les espèces, est finement broyée par le 
battage à la norag, et que, sous cette forme, elle est prise plus 
volontiers par le bétail et plus facilement digestible. 

Au début des essais, les bœufs, les buffles et les ânes reçurent 
d'abord pendant 10 jours le 1 A de leur ration en tourteau avec 3 A 
de fèves ; les mulets, */ a tourteau et Va fèves ; au bout de ce temps, 
la substitution se fit par moitié pour le premier groupe; elle fut 
complète pour les mulets, et ce, jusqu'à la fin de l'expérience, vers 
le 1 er décembre de la même année. 

Le 9 /io environ de ces animaux acceptèrent ce changement sans 
répugnance dès le premier jour ; le reste ne tarda pas à agir de 
même ; pour quelques-uns seulement, on dut ajouter un peu de sel 
à la ration dans les premiers moments. 

Pendant près de six mois que durèrent ces expériences, les ani- 
maux continuèrent à prendre le tourteau avec appétit ; la quantité 
perdue était insignifiante. 

La substitution, poids par poids, du tourteau aux fèves n'a pas 
modifié sensiblement la relation nutritive primitive. On trouve en 
effet par le calcul au moyen des tables de Von Gohren que, par 
l'addition du tourteau, cette relation est devenue : 



Pour les bœufs et les buffles, 


1 
4.42 


au 


1 

lieu de 

4.43 


pour les mulets 


1 

5.39 




1 

» 

5.41 




1 




1 

» 



4.46 4.46 



La différence est donc absolument insignifiante et la substitution 
se fait, au point de vue chimique tout au moins, dans les conditions 
les plus satisfaisantes. 



- 25 - 

Pour tirer de ces expériences des données scientifiques sérieuses 
et incontestables, il eut fallu peser tous ces animaux avant, pendant 
et après les essais, noter exactement la quantité de travail fourni 
par chaque individu l'âge et la taille de chacun d'eux, etc.. Mal- 
heureusement, dans les conditions où j'opérais, il m'étaitabsolument 
impossible de recueillir ces renseignements. Je n'ai pu que surveiller 
et faire surveiller les sujets d'expériences dans le but de m'assurer 
de visu s'ils gardaient leur embonpoint, leur énergie, leur santé ; 
s'ils s'habituaient à ce nouveau régime, si les conditions du travail 
étaient différentes, si enfin les changements en bien ou en mal 
constatés sur ces animaux devaient être mis sur le compte du 
tourteau. 

Il importait d'abord de prouver, contrairement aux assertions 
indigènes, que cet aliment serait pris volontiers par le bétail. 
Sous ce rapport, le succès a dépassé mon attente. Dans le cours des 
expériences, sur un lot de 16 bœufs soumis sans transition à ce 
régime, pas un d'eux n'a dédaigné cet aliment mélangé à la demi- 
rati >n de fèves concassées. 

La santé des bestiaux, pendant les chaudes et pénibles journées de 
l'été, au moment où ils doivent suffire aux durs travaux de la norag, 
de la qassabieh, des labours du chétoui (culture d'hiver), leur santé, 
dis-je, n'a rien laissé à désirer. Ils n'ont pas davantage été affectés 
par la transition de ce régime au régime du vert, dont j'ai signalé 
ailleurs (*) les funestes effets. 

Leur embonpoint n'a pas présenté de variations sensibles; ils se 
sont maintenus constamment en excellent état : leur ardeur au 
travail, le luisant du poil, la vivacité du regard indiquaient suffisam- 
ment que les animaux n'avaient pas souffert de la substitution. 
Comparés à ceux des cultures voisines, l'avantage était incjntesta- 
blement de leur côté. 

Sous le rapport de l'âge, équidés et bovidés se répartissaient à peu- 
près uniformément de 5 à 18 ans, c'est à peine si, dans les 160 sujets 
d'expérience étaient compris 5 ou 6 élèves des espèces asine et cheva- 
line et une douzaine de jeunes bœufs attelés pour la première fois. 

Ces derniers, assujettis d'emblée au dur travail de nivellement 
à la qassabieh, nouvellement castrés, n'ayant pas acquis tout leur 

i 1 ) Lerègime du bersim, ta Bulletin de l'Institut Égyptien, armée 1886. 



— 26 — 

développement, se fatiguèrent sensiblement par suite de leur peu 
de docilité ; aussi la ration normale qui leur était allouée n'était 
pas suffisante pour un tel travail ; la quantité de tourteau fut alors 
portée à 2 k.250 en conservant la demi ration de fèves concassées. Ce 
supplément de ration suffit à maintenir ces animaux en parfait état. 

La transition entre le régime du driss (trèfle sec) et celui du tour- 
teau ne détermina aucun trouble des fonctions digestives ; il eu fut 
de même pendant toute la durée de l'alimentation au tourteau ; ni 
indigestion, ni coliques, ni diarrhée, ni constipation ne fut observée 
sur aucune des espèces soumises à ce régime. La mortalité fut nulle 
si l'on en excepte trois ânes âgés, morts d'affections diverses, mani- 
festement étrangères au genre d'alimentation. 

Je dois mentionner ici une objection toute spécieuse élevée cintre 
l'alimentation au tourteau par des notables indigènes, qui voient 
seulement dans le produit un déchet d'industrie auquel ils refusent 
d'attribuer une valeur alibile quelconque. Ils affirment systémati- 
quement que, par l'effet de cette substitution, les animaux perdent 
de leurs forces, et que nulle substance ne peut remplacer les fèves 
dans l'alimentation du bétail. 

Je ne m'arrêterai pas à réfuter cette dernière assertion qui dénote 
chez leurs auteurs une ignorance absolue des principes de l'alimen- 
tation rationnelle. Quant à admettre gratuitement une déperdition 
de force qu'il n'est guère possible de déterminer, même avec le 
dynamomètre, c'est vouloir se retrancher derrière une appréciation 
toute personnelle contre laquelle les apparences tout au moins 
protestent de la façon la plus formelle. En effet, dans les trois 
villages où la Commission des Domaines a ordonné d'établir les 
expériences, tous les travaux du battage et des labours ont été 
achevés avant l'époque ordinaire ; la surface labourée chaque jour 
était égale sinon supérieure à celle fixée habituellement dans les 
tertibs de culture ; enfin l'habitus extérieur des animaux, à quelque 
espèce qu'ils appartinssent, était loin d'indiquer un affaiblissement 
de l'organisme qui se serait traduit tout au moins par quelque 
indisposition, quelque signe morbide. Or rien de semblable n'a été 
observé . 

Je ne crois donc pas violenter la logique en concluant que le 
tourteau peut entrer avantageusement pour moitié dans la ration du 
bétail égyptien. 



- 27 - 

Mon bat ne serait pas entièrement rempli si je ne montrais les 
avantages économiques de l'emploi de ce produit d'industrie. 

Celui qui a servi aux expériences était du tourteau non décortr 
que provenant des usines d'Alexandrie et de Zagazig. En raison 
de sa cherté, le tourteau décortiqué ne pourrait pas être économi- 
quement substitué aux fèves dans l'alimentation du bétail ; de plus, 
par suite de sa richesse en matières protéïques, la relation nutritive 
se trouverait abaissée dans la ration du bœuf par exemple, -— Il 
faudrait donc joindre à cette ration d'autres substances plus riches 
en matières non azotées, de manière à se rapprocher de la relation 
type Vs. 

Le prix du tourteau non décortiqué en 1887 et 1889 a varié de 220 
à 360 piastres la tonne, soit une moyenne de 300 piastres, ou de 
42 piastres les 140 k., poids moyen d'un ardeb de fèves. 

On voit donc qu'en prenant 84 piastres pour prix moyen d'un 
ardeb de fèves (ce prix est la moyenne des ventes faites à l'Admini- 
stration des Domaines dans ces huit dernières années ), la différence 
en faveur du tourteau est de 42 piastres soit une économie de 50 %. 

Un pareil résultat n'est déjà pas à dédaigner dans la petite culture 
où la terre a tant de peine à fournir à son possesseur le strict néces- 
saire ; mais dans une grande exploitation comme celle des Domaines 
qui compte encore, à l'époque actuelle,, près de 8,000 tètes de bétail, 
l'économie de ce chef se chiffrerait par des centaines de mille francs. 

On voit donc tout l'intérêt que présente l'étude d'une question de 
ce genre. 

Je dois ajouter que le dernier mot à ce sujet n'est pas enore dit , 
la substitution par moitié ne constitue pas l'extrême limite qu'il soit 
possible d'atteindre, et j'ai la ferme conviction que la ration entière 
en tourteau pourrait avoir d'heureux résultats aussi bien dans les 
petites fermes où la surveillance est relativement facile que dans les 
grandes exploitations agricoles où il est si difficile d'obtenir que la 
ration de fèves donnée au bétail ne soit distraite de sa destination. 

J'ai négligé jusqu'ici de parler de l'usage du tourteau pour les 
chevaux de travail, les vaches laitières et les animaux soumis à 
l'engraissement. Pour les premiers, la question n'a plus la même 
importance que pour les bœufs et les buffles, par exemple. Leur 
nouriture est exclusivement composée d'orge et de paille de blé ; or 



le prix de Forge en Egypte est rarement supérieur, quand il l'est, à 
celui du tourteau, de sorte qu'il y a peu d'avantage à essayer cette 
substitution. S\ir mon conseil toutefois, la Compagnie des Omnibus 
à Alexandrie et quelques particuliers ont tenté des essais de ce 
genre en donnant parties égales d'orge et de tourteau et en ajoutant 
une poignée de son. Tous les chevaux sans exception se sont bien 
trouvés de ce changement. Il y a donc là une indication utile à 
retenir dans le cas où l'orge viendrait à renchérir, comme le fait se 
produit quelquefois. 

Depuis longtemps déjà, en France et en Angleterre, le tourteau 
est une des substances préférées pour l'engraissemet du bétail et la 
production du lait, en raison de l'économie notable que son emploi 
permet de réaliser. C'est pourquoi, les "/îoo du tourteau fabriqué en 
Egypte suit expédiés dans ces deux pays. 

Ce serait abuser de votre indulgence et de votre temps que de 
m'astreindre à passer en revue tous les rapports des sociétés, des 
écoles d'agriculture, des particuliers même qui ont fait entrer le 
tourteau dans l'alimentation intensive du bétail en vue de la pro- 
duction du lait ou de la viande; leur exemple est devenu contagieux, 
et actuellement l'emploi en est devenu général.- En Egypte, un 
certain nombre de personnes ont également suivi cet exemple ; elles 
m'ont affirmé n'avoir eu qu'à s'en louer. 

Je me crois donc autorisé à conclure que le tourteau de graines de 
coton non déc )rtiqué peut entrer avantageusement pour moitié au 
moins dans la ration des animaux domestiques quelle que soit leur 
finalité zoitechnique. 

Diverses observations sont échangées au sujet de cette 
communication entre MM. Artin pacha, Abbate pacha, 
D r Fouquet, Ventre bey et l'auteur qui promet de tenir 
l'Institut au courant d'expériences ultérieures sur le 
tourteau. 

L'Institut se forme ensuite en comité secret, afin de 
procéder au scrutin sur deux candidatures à la place de 
membres résidents. 

M. SlCKEJVBERGER est élll. 



- 29 — 

M. i.k Président déclare vacantes deux nouvelles places 
de membres titulaires, en remplacement du regretté 
M. Paolo Golucci bey. el de M. Rabino qui a quitté L'Egypte 

La séance est levée à 5 heures. 



— 30 — 



SÉANCE DU 7 FEVRIER 1890 



La séance est ouverte à 3 heures et demie, sous la 
présidence de S. E. Yacoub Artin pacha. 

Sont présents : 

S. E. Abbate pacha, ) . , ' , 

l vice-présidents ; 
» Larmée pacha, ) 

j\1M. Barois, trésorier. 

Piot, secrétaire, 

Fakhry pacha, 

ISMAÏL PACHA EL FaLAKY, 

Brugsch bey, 

Grand bey, l , , . , , 

> membres résidants 

Grébaut bey. 

D r GOGMARD, 
D r FOUQUET, 
XlCOUR, 

Schweixfurth, membre honoraire. 

Un certain nombre de membres correspondants y as- 
sistent. 

M. le Président annonce à l'assemblée la mort de 
M. Gosson, membre honoraire de l'Institut et botaniste 
du plus grand mérite. Il sefait l'interprète des sentiments 
unanimes des membres de l'Institut en exprimant les 
profonds regrets que leur cause la perte d'un savant 



— 31 — 

aussi éininent qui a grandement honoré la science, 
la France et les nombreuses sociétés scientifiques dont 
il faisait partie. 

La parole est donnée à M. Piot pour la lecture de sa 
communication sur la bronchite vermineuse épizootique 
du chameau. 



La bronchite vermineuse est une affection assez fréquente et 
depuis longtemps décrite chez nos herbivores domestiques. 

Elle est occasionnée par la présence dans les ramifications bron- 
chiques d'helminthes, de la tribu des nématodes qui appartiennent 
tous au genre strongle, ce qui a fait donner à ce groupe de maladies 
le nom de strongylose branchiale ou pulmonaire. On ne compte, 
d'après le professeur Neumann de Toulouse ('), pas moins de sept 
espèces de strongles ayant pour habitat les voies respiratoires des 
herbivores ou des omnivores domestiques. 

Presque toutes ces espèces se rencontrent très souvent en Egypte 
où elles atteignent à la fois un grand nombre d'animaux. 

En Europe et en Algérie, les épizooties de bronchite vermineuse 
sur les bœufs, les veaux, les moutons et les chèvres ont été signalées 
à maintes reprises. Pour ma part, j'ai eu dans plusieurs circonstances 
à combattre la même affection sur des centaines de bœufs et du 
buffles, notamment en 1881 et en 1882. 

Si, chez le chameau, la présence de strongles et, en particulier, du 
strongle filaire a été mentionnée par les auteurs, la strongylose n'a 
pas encore été observée sur le chameau, sous forme épizootique. 

Même en Egypte, de mémoire d'homme on ne se rappelle avoir 
.vu d epizootie vermineuse sur le chameau. Cependant en 1883, dans 
le Charkieh, une dizaine d'individus de cette espèce appartenant à 
l'Administration des Domaines, avaient présenté simultanément des 
symptômes de cette maladie ; à l'autopsie, je constatai l'existence 
de strongles que l'examen du jetage au microscope m'avait déjà 

(*) Traité des maladies parasitaires non contagieuses des animaux 
domestiques — Paris 1888. 



— 32 — 

permis d'affirmer par suite delà présence des œufs de l'helminthe, si 
bien caractérisés par leur forme. La maladie ne prit pas d'extension. 

Vers la fin de l'année 1889, dos clinmeaux.au nombre de 100, 
répartis dans sept villages de l'Administration des Domaines et tous 
situés dans la province de Gharbieh, se trouvent presque à la même 
époque sous le coup de troubles broncho-pulmonaires auxquels une 
dizaine succombent en quelques j >urs. La m une affection est signalée 
dans un grand nombre de villages de cette même pDvince sur les 
chameaux des particuliers. 

A cette époque, l'influenza venait de s'abattre sur l'Egypte après 
avoir ravagé l'ancien et le nouveau monde, et comme les symptômes 
provoqués sur l'espèce humaine par ce redoutable fléau n'étaient pas 
sans offrir une certaine analogie avec ceux que présentaient les 
animaux malades, le bruit courut que l'influenza s'était étendue aux 
chameaux. 

Mais l'étude attentive de l'affection animale et surtout l'autopsie 
d'un chameau mort sous mes jeux, me renseignent vite sur la nature 
du mal : les strongles existent, en effet, en quantité considérable 
dans tous les canaux bronchiques. 

J'ai donc affaire à une épizootie de bronchite vermineuse, la pre- 
mière qae je sache, dont il soit fait ment : on sur l'espèce caméline, 

Symptômes. — Les symptômes présentent une remarquable 
uniformité chez tous les individus, quel que soit leur âge. 

Le premier qui apparaît est de l'ébrouement plutôt qu'une véri- 
table toux ; il se répète par quintes de courte durée. 

Dans l'intervalle, l'expiration est sanglotante ; la glotte s'ouvre 
et se referme à trois, rarement à deux reprises pendant le cours de 
l'expiration qui est suivie d'une inspiration lente et prolongée. L'oc- 
clusion des naseaux qui est synchronique avec celle de la glotte est 
presque parfaite, et à chaque sanglot-, le larynx dont les mouve- 
ments chez cette espèce sont très étendus, est fortement projeté en 
avant. Puis, à la fin de l'expiration, l'encolure et la tète se portent 
dans l'extension, comme pour faciliter l'entrée de l'air dans les voies 
respiratoires et remédier en partie à la dyspnée. 

Chaque expiration partielle s'cccompagne d'un bruit de gargouil- 
lement laryngien produit par le passage de l'air à travers les muco- 
sités pulmonaires entassées dans les cavités laryngo-pharyngïennes. 



— 33 — 

La respiration est à la fois buccale et nasale ; le chameau entr'ou- 
vre la bouche aussi bien à l'entrée qu'à la s u-tie de llair. Souvent 
même, le malade accumule dans les cavités buccale et pharyngienne 
une certaine quantité d'air qui distend les j mes ainsi que la région 
parotîdienne et qu'il déglutit avec un bruit semblable à celui d'un 
lnquet prolongé; quelquefois, l'air ainsi emmagasiné est conservé 
pendant le court intervalle qui sépare l'inspiration de l'expiration, 
puis rejeté par cette dernière. 

Il n'est pas passible de tirer un enseignement quelconque du bruit 
caractéristique que produit le chameau par l'échappement saccadé 
de l'air du repli pharyngien qui vient faire hernie lors de la cavité 
buccale ; ce bruit se fait entendre aussi bien à l'état de santé que 
lors d'une maladie quelconque. Cette particularité si originale paraît 
être l'apanage exclusif, le critérium du chameau né et élevé en 
Egypte (el ghemal moualled). 

Au début de l'invasion du poumon par les helminthes, on voit 
apparaître un jetage d'abord séreux, très liquide, peu abondant, 
s'écoulant par les deux nasaux ; puis il s'épaissit, devient muqueux, 
mousseux, strié de sang et s'échappe à plein orifice; on le voit 
souvent étalé en nappe devant le patient; dans certains cas, il s'ac- 
compagne d'épistaxis. L'examen microscopique même le plus super- 
ficiel y décèle toujours des embryons et des œufs de strongles. 

Les muqueuses apparentes présentent une teinte subcachectique 
pendant toute la durée de la maladie, même lorsqu'elle se complique 
de pleuro-pneumonie. L'appétit, capricieux au début, se perd peu à 
peu ; le chamelier est obligé, pour sustenter l'animal, de lui intro- 
duire la nourriture toute préparée dans la bouche, comme il le fait 
à l'époque du rut. 

La fonction digestive est ralentie ; les crottins petits, durs, secs; 
le ballonnement du ventre indiquent un certain degré de consti- 
pation. 

Presque tous les malades sont poussés par un prurit labial à se 
frotter la lèvre supérieure et le bout du nez contre les objets à leur 
portée, jusqu'à ensanglanter cette partie du corps. 

Je crois p tuvoir attribuer ce fait à la démangeaison qu'occnsi >n- 
nent les mouvements des embryons sur la peau de cette région lors 
de leur expulsion par le jetage. 

Institut Egyptien. 3 



— 34 



Il est bien difficile, sinon impossible, de se rendre compte de l'état 
de la circulation, des qualités du p mis, des battements du cœur. A 
part quelques sujets maigres à peau fine, sur lesquels les perceptions 
sont assez cmfuses, les bruits du cœur ne s'entendent pas et les 
pulsations artérielles sont imperceptibles, en raison de l'épaisseur, 
de la dureté et de la tension de la peau. 

La température rectale expose elle-même le praticien non prévenu 
à des erreurs assez sensibles. L'anus restant légèrement béant, l'air 
pénètre dans le rectum toujours dilaté et en sort violemment à 
chaque mouvement d'inspiration ou d'expiration, de sorte que la 
température reste constamment inférieure de 5 dixièmes à 1° à son 
degré réel. J'ai pu m'assurer cependant que le thermomètre s'élève 
jusqu'à 40° 8 chez les sujets gravement atteints ; il est plus fréquent 
de voir la eolonne mercurielle s'arrêter à 39° 5 ou 4(P, suit en 
moyenne une Iryperthermie de 2° qui persiste jusqu'à la mort ou 
qui diminue graduellement jusqu'à la guéris m. 

Dans les premiers jours de la maladie, les sujets atteints sont 
agités, ne peuvent longtemps rester à la même place ; ils se couchent 
et se relèvent à chaque instant. Lorsque le mal s'aggrave le patient 
garde plus volontiers le décubitus ; il refuse absolument de se lever 
et parait réellement affaibli. 

Les signes tirés de la percussion stéthoscopique et de l'ausculta- 
tion direct 1 varient, cela se conçoit, avec l'étendue du mal et la 
nature des complications survenues. Je djis constater avant tout 
que la région exploitable du p mmon est très limitée, étant donnée 
la conformation de l'animal, et je dois ajouter que l'exploration eh 
est rendue difficile par l'épaisseur de la cage thoracique, la largeur 
et l'épaisseur des côtes, leur peu de mobilité, le grand développe- 
ment des muscles sus-costaux, et souvent le feutrage des poils qui 
amortit les coups du plessimètre. 

Malgré toutes ces difficultés qu'il m'a paru utile de signaler, afin 
de bien faire ressortir c nubien il est peu commode d'obtenir chez 
cette espèce des signes certains pour éclairer le jugement du méde- 
cin afin d'établir sûrement le diagnostic, on perçoit une diminution 
assez sensible de la résonnance dans toutes les parties explorables du 
poumon avec, à l'auscultati m, de nombreux râles muqueux. 
Dans les cas graves, la percussion dénonce de la matité en arrière 



— 35 — 

des deux épaules vers le l / 3 antérieur des deux lobes pulmonaires, 
et un bruit de s >uIHh au niveau des grosses bronches, bruiî qui se 
fait entendre de concert avec les raies m aqueux. 

On peut même suivre h la percussion la marche progressive de 
l'engoué nent pulmonaire qui arrive rarement à dépasser la moitié 
antérieure des poum »ns car le malade succombe généralement avant 
que l'aggravation ait atteint ces limites. 

Lorsque l'affection tourne vers la guérison, c'est-à-dire lorsque le 
sujet est parvenu à se débarrasser de ses hôtes dangereux, les 
symptômes s'amendent peu à peu, le jetage disparaît, l' ippétit re- 
vient avec les forces et la toux ne se produit plus que de loin en loin. 

La maladie décrit généralement s m cycle en 12 ou 15 jours, 
rarement en un mois, et seulement lorsque le séjour des parasites a 
entrainé des désordres assez profonds dans le tissu pulmonaire. 

Altérations anatomiques. — Lorsque le nombre des helminthes 
n'est pas très considérable, leur présence est compatible avec toutes 
les apparences de la santé et n'entraîne aucune lésion anatomique. 
J'ai eu sauvent l'occasion de constater ce fait sur des chameaux 
morts d'accident ou d'une affection n'ayant aucune attache avec la 
strongylose. 

Mais lorsque les strongles existent dans toutes ou presque toutes 
les ramifications bronchiques, soit is dés, s >it par paquets entortillés 
comme un écheveau, on conçoit qu'ils puissent déterminer L'inflam- 
mation de la muqueuse des bronches et, par continuité, celle des 
acinis pulmonaires. 

C'est, en effet, ce qu'il est facile de constater chez les chameaux 
qui ont succombé à cette maladie. 

Sorti de la cavité pectorale, le poumon ne revient que faiblement 
sur lui-même; de couleur rouge vif dans ses Va postérieurs, il est 
brunâtre vers le sommet. Son poids est augmenté considérablement. 
Sur la coupe, il laisse écouler de la sérosité en très grande quantité ; 
son tissu est rouge foncé dans la plus grande partie de son étendue; 
mais cette teinte devient de plus en plus rosée au contact de l'air. 

Le sommet des lobes est toujours franchement hépatisé, de teinte 
brune d'autant plus foncée que la maladie est plus ancienne; cette 
partie ne contient que fort peu de sérosité qui diminue également 
en raison de ïkge des lésions. La section des vaisseaux montre des 



— 36 — 

points d'un blanc grisâtre qu'on serait tenté de prendre à première 
vue pour des foyers purulents, mais qui ne sont autre cluse que la 
section transversale de cylindres fîbrineux dus à la coagulation du 
sang. 

L'hépatisation est très nettement délimitée parles cloisons interlo- 
bulaires qui n'ont pas subi d'épaississement sensible. Au pourtour 
de cette lésion, le tissu pulmonaire est seulement le siège d'une 
inflammation franche avec exsudation inflammatoire à l'intérieur 
des acinis. C'est en somme une lésion aiguë greffée sur une autre 
plus ancienne. 

Les deux feuillets pleuraux sont fortement vascularisés et séparés 
l'un de l'autre par une couche de fausses membranes, épaisse de 5 à 
6 millimètres qui s'étend également sur le péricarde dont il recouvre 
la plus grande partie. Le sac pleural contient un liquide trouble, 
séreux renfermant de nombreux flocons pseudo-membraneux ; la 
quantité de ce liquide peut être évaluée à 1 ou à 2 litres. 

Il existe aussi quelques lésions contingentes du coté des viscères 
abdominaux, particulièrement une congestion de l'intestin grêle 
dans sa partie duodénale et de l'œdème de la partie inférieure de 
l'encolure. 

Telles sont les altérations constantes que l'on rencontre à l'autopsie. 

Il arrive cependant que si l'ouverture du cadavre n'a lieu que 10 
ou 12 heures après la mort, ou si le poumon est abandonné à l'air 
pendant quelques heures, on ne trouve plus trace des helminthes à 
l'œil nu, de sorte qu'on court le risque de se tromper sur la nature 
essentielle de la maladie et de la considérer comme une pleuro-pneu- 
monie franche. On évitera toutefois de tomber dans ce piège en se 
rappelant que la pneumonie dite afrigore n'a pas encore été bien 
nettement observée chez lesruminants domestiques ; il faudra donc 
chercher ailleurs la véritable cause de l'affection. 

Genre de strongles. — Aux caractères que présente le nématode, 
il est facile de voir qu'il appartient à l'espèce strongylus filaria, 
le strongle filaire. Les individus qu'on rencontre quelquefois par 
centaines dans les bronches sont pour la plupart des femelles ; les 
mâles, très rares, sont plus courts et plus grêles que les femelles 
et faciles à reconnaître au premier abord, même à l'œil nu par leur 
bourse caudale, tandis que le corps de la femelle est terminé en 



- 37 — 

pointe mousse. Les œufs sont très visibles à l'intérieur du corps où 
ils se trouvent à différents degrés de développement ; on en voit chez 
lesquels les mouvements de l'embryon sont très apparents à l'inté- 
rieur ; quelques-uns sont même libres dans l'intérieur de la matrice. 
Vous pourrez observer sur les préparations que j'ai l'honneur de 
vous s tumettre le singulier spectacle que j'ai constaté bien souvent 
pour ma part. 

Lorsqu'on porte sur une lamelle, simplement humectée avec de 
l'eau ordinaire, l'un de ces vers encore vivant, on voit bientôt les 
œufs sortir un à un par la vulve, et les embryons briser leur enve- 
loppe et s'agiter dans le liquide. 

Sous l*efïbrt d'une légère pression exercée sur la lamelle couvre- 
objet, les canaux ovariens ne tardent pas à faire hernie en dehors 
de la vulve et à laisser échapper leur contenu. Si on laisse la lamelle 
se dessécher complètement, et qu'au bout de plusieurs jours on in- 
troduise une goutte d'eau entre les 2 lamelles ; on voit les embryons 
reprendre leurs mouvements. 

Ercolani affirme qu'ils conservent cetie propriété de reviviscence 
pendant un an. C'est ce qui permet d'expliquer comment la maladie 
peut se perpétuer d'une année à l'autre. 

Etiologie. — La plupart des auteurs admettent que les embryons 
du strongle fîlaire qui est ovovivipare, ne se développent pas dans 
le corps de leur hôte et qu'ils ont besoin de passer en dehors de lui 
les premières phases de leur existence. Ils rentreraient dans l'orga- 
nisme par l'intermédiaire de l'herbe des pâturages humides ou de 
l'eau des boissons. 

Ces hypothèses, car jusqu'ici l'observation n'a pas encore permis 
.de prendre la nature sur le fait, paraissent assez fondées. 

En Egypte, c'est presque constamment au début du régime vert 
qu'apparaît la maladie, peu après que le bersim (trèfle d'Alexandrie) 
a reçu son dernier arrosage. 

On se demande toutefois comment les autres herbivores qui pâ- 
turent dans le même champ restent souvent indemnes. 

Si l'on admet que les embryons sont apportés par les aliments ou 
les boiss »ns dans les premières voies digestives, dans le pharynx 
notamment et qu'ils pénètrent de là dans le larynx et la trachée, la 
conformation anatomique de la région pharyngienne du chameau 
permet d'émettre, à cet égard, une hypothèse assez plausible. 



— 38 — 

La vaste étendue de la cavité pharyngienne, le long repli muqueux 
dont j'ai déjà parlé précédemment fournissent une surface considé- 
rable qui est en large et fréquent contact avec les aliments et les 
b)issons et qui peut retenir au passage un certain nombe d'embryons 
dont une partie peut facilement gagner le larynx, en raison de 
l'agilité de leurs mouvements. 

Les autres espèces qui ne présentent pas cette particularité anato- 
mique et dont la cavité pharyngienne est beaucoup plus étroite, 
seraient moins exposées à l'envahissement des strongles. 

Il est vrai que le contraire s'est produit quelquefois, par exemple 
en 1881 et 1882, où les bœufs et les buffles seuls étaient infestés, 
tandis que les chameaux étaient restés indemnes. 

Cependant un fait important reste acquis, c'est, dit M.Neumann (*) 
« que les strongles filaires viennent de l'extérieur et que la marche 
« ascendante de la bronchite tient à l'encombrement de plus en plus 
« grand des voies respiratoires par le mucus plus abondant et les 
« vers plus développés ou renforcés par de nouvelles immigrations ». 

La connaissance de ce fait servira pour établir la prophylaxie de 
la maladie. 

Prophylaxie. — Traitement préventif . — L'apparition du fléau 
ayant coïncidé avec la mise au vert des animaux, il m'est venu 
l'idée toute naturelle d'établir entre l'une et l'autre une relation de 
cause à effet, qui indique clairement les précautions à prendre afin 
d'éviter l'extension du mal ; c'est le retour au régime sec. 

En second lieu, le rapprochement des animaux les uns des autres 
pouvant être une cause de contamination, il est également tout 
indiqué de les isoler. 

Enfin j'ai observé que la période pendant laquelle les animaux 
sont susceptibles de contracter la maladie est de ourte durée et 
n'excède pas un mois. Delà la recommandation de ne remettre les 
chameaux au régime du bersim qu'un mois après le premier cas 
signalé. 

Diagnostic. — Le diagnostic est assez facile à établir lorsque la 
maladie a acquis un certain degré. 

Il n'y a qu'à se rappeler la non existence ou tout au moins l'ex- 

C 1 ) Loco citato. 



— 39 - 

trème rareté des phlogoses pleurale ou pulmonaire franches chez le 
chameau, pour être porté à rattacher les trouhles constatés à une 
cause étrangère à l'organisme. 

La toux et le jetage sont déjà bien caractéristiques, et l'examen 
microscopique de ce dernier permet de lever tous les doutes lorsqu'on 
constate la présence des œufs très communs dans le jetage, à la 
période aiguë de la maladie. 

Pronostic. — La bronchite vermineuse est toujours une affection 
grave. Outre qu'elle entraine la mort dans une assez grande propor- 
ti m, elle rend les animaux inutilisables pendant plusieurs semaines 
et quelques-uns même pendant plusieurs mois. 

Traitement médical. — Un grand nombre de procédés peuvent 
être mis en pratique pour chercher à atteindre les strongles par les 
agents médicamenteux, tuer les helminthes et favoriser leur expul- 
sion des bronches. 

En premier lieu, on peut faire pénétrer par le tube digestif, de là 
dans le sang et enfin jusque dans les vaisseaux pulmonaires et 
bronchiques des substances capables d'agir sur les vers. A priori, ce 
moyeu médiat parât peu efficace, quelle que soit l'activité des médi- 
caments absorbés; et de fait, les essais tentés' dans ce sens avec les 
substances telles que la benzine, l'essence de térébenthine, la créo- 
sote, l'alcool, le picrate de potasse, voire même l'acide prussique, 
sont restés sans effet appréciable. 

Il est beaucoup plus simple et plus logique de viser à atteindre 
directement les vers au moyen du médicament. 

On peut y parvenir de deux façons différentes, par des fumiga- 
tions, ou par des injections à l'intérieur de la trachée. Je laisse 
intentionnellement de côté l'administration du médicament par les 
naseaux, car la plus grande partie, sinon le tout, prend la voie 
oesophagienne. Si même une certaine quantité pénètre dans le 
larynx, elle provoque de violents accès de toux et par suite l'expul- 
sion presque complète du médicament. 

Il est donc indiqué de s'en tenir à l'une des méthodes précitées, 
ou mieux de les employer concurremment, si les conditions le 
permettent. C'est ce que, pour ma part, j'ai toujours fait ou recom- 
mandé avec un plein succès. 

Les matières les plus actives et les plus propres pour servir aux 



— 40 - 

fumigations, sont les composés empyreumatiques qui abondent dans 
les trois règnes de la nature. Les débris animaux : poils, crins 
cornes, chiffons de laine, plumes, vieux cuir, eic; les produits 
végétaux aromatiques résineux ou essentiels: goudron de bois, baies 
de genièvre, huile empyreumatique, assa fœtida, etc.; le goudron 
de houille et ses dérivés parmi les minéraux, toutes ces substances 
vaporisées ou incinérées dans un local clos conviennent à merveille 
pour les fumigations ; leur emploi n'offre pas les dangers qu'on 
reproche avec juste raison aux métalloïdes tels que le chlore et le 
soufre. 

En raison de son prix relativement minime et de ses précieuses 
qualités antiseptiques et parasiticides, je donne la préférence au 
goudron de houille qu'il est facile de se procurer partout. 

La vaporisation d'un kilogramme de goudron sur une plaque de 
tôle suffit largement pour un local de 300 mètres cubes d'air pouvant 
contenir une vingtaine de chameaux. Au bout de 2 ou 3 heures 
d'inhalation, il est indiqué de renouveler l'air peu à peu dans le 
manakh. 

On doit répéter cette opération pendant une huitaine de j )urs 
environ. La toux provoquée fréquemment par ces fumigations fait 
rejeter au dehors un jetage mousseux, blanchâtre qui contient 
toujours des œufs, des embryons ou même des strongles entiers et 
peut produire à la longue leur expulsion à peu près complète. 

Mais le moyen de beaucoup le plus efficace est celui des injections 
trachéales, préconisé par le D r Lévi, de Pise, et mis en pratique 
depuis par un assez grand nombre de praticiens. Les avantages 
incontestables que présente cette méthode sont d'abord son innocuité 
parfaite et l'action immédiate des agents parasiticides sur les stron- 
gles jusqu'à l'extrémité des ramuscules bronchiques. 

Parmi les substances à employer, on n'a que l'embarras du choix. 
On doit naturellement la préférence aux médicaments diffusibles, 
aux huiles volatiles tels que l'alcool, l'éther, le chloroforme, l'essence 
de térébenthine, la benzine, l'ammoniaque, l'acide phénique, le 
crésyl, etc. Quelques auteurs ont conseillé l'emploi d'élœolès, 
ou de mixtures dans lesquelles entre comme excipient une huile 
médicinale. Je suis d'avis de proscrire ces composés d'une façon 
absolue, en raison de leur faible diffusibilité et de leur consistance 



— 41 — 

sirupeuse qui empêche leur pénétration à l'extrémité des petites 
bronches, et les expose à être rejetés par les quintes de toux avant 
d'avoir produit un effet utile. 

Ils doivent aussi dans de certaines limites augmenter la dyspnée 
par l'occlusion momentanée des petites bronches et la lenteur de 
leur absorption. 

Je me suis arrêté à' la composition suivante : 

Essence de térébenthine 10 gr. — 

Ether 10 » — 

Teinture d'opium 50 centg. 

Eau phéniquée à 1 % 20 gr. — 

C'est à peu de chose près la formule employée par Hutton {The 
Veterenary Journal — 1885). Bien qu'elle ne soit pas précisément 
conforme aux préceptes de i'art de formuler, elle n'en constitue pas 
moins une préparation très efficace. La dose ci-dessus suffit pour un 
chameau adulte ; il est rare qu'elle doive être renouvelée. 

Le manuel opératoire e^t d'une extrême simplicité ; mais l'opéra- 
tion ne manque pas que d'être délicate en raison de l'indocilité 
extrême de l'animal, des faibles dimensions en diamètre de la trachée 
des mouvements ascensionnels assez étendus de l'organe au moment 
de la déglutition et enfin de sa mobilité latérale dans l'espèce de 
gouttière ou elle se trouve logée, entre les apophyses transversales 
très proéminentes des vertèbres cervicales. Le lieu d'élection de 
l'opération doit être pris vers le y 3 supérieur de la région cervicale. 
Selon l'état d'embonpoint du sujet, cette région est convexe d'un côté 
à l'autre chez les sujets en bon état, rectiligne sur ceux d'un em- 
bonpoint moyen et concave sur les individus maigres. Sur ces 
derniers, l'opération est relativement facile, car la trachée est très 
apparente sous la peau et l'opérateur peut facilement choisir le lieu 
d'élection de la ponction, en maintenant l'organe entre les doigts, 
en vue d'éviter les mouvements latéraux. 

La fixation de l'organe est rendue plus difficile chez les individus 
d'un certain embonpoint, en raison de l'interposition entre la trachée 
nt la peau d'une couche adipeuse qui ne permet guère de saisir des 
détails anatomiques, et expose ainsi a des erreurs de lieu. La pratique 



- 42 - 

seule est un palliatif souverain à ces inconvénients qui sont loin 
d'être sans importance. 

Le trocart dont je me sers habituellement pour la jonction est le 
N° 2 de l'appareil Dieulafoy, d'un diamètre d'environ 2 mill.'/ 2 , relié 
à la seringue au moyen d'un tube en caoutchouc de longueur variable. 

L'animal est placé en décubitus sterno-abd)minal position qu'il 
prend de lui-même et maintenu solidement par des liens de manière 
à l'empêcher de se relever. Un ou deux hommes lui maintiennent la 
tète fixe suivant l'axe du corps, pendant que l'opérateur, après avoir 
coupé les poils au lieu d'élection et maintenu la trachée entre le 
pouce et les autres doigts de la main, enfonce d'un seul coup le 
trocart dans la trachée. 

(J'ai à peine besoin de noter que cet instrument, comme dans 
toutes les opérations que je pratique, a été préalablement stérilisé 
dans une solution phéniquée à 5 % ). 

Je retire ensuite la tige du trocart et j'adapte au tube, resté en 
place, l'ajutage de la l'appareil Dieulafoy non sans m'ètre assuré 
toutefois par le sifflement de l'air à chaque expiration, que le tube 
est bien arrivé dans la trachée. J'injecte ensuite lentement e' seule- 
ment au moment de l'inspiration la préparation indiquée ci-dessus, 
préalablement introduite dans la seringue. En trois ou quatre inspi- 
rations, le contenu de la seringue peut être entièrement versé dans 
la trachée. 

Il va sans dire que cette opération ne s'est pas effectuée sans 
protestations énergiques de la part du patient qui les traduit par des 
mouvements vigoureux de l'encolure et de la trachée, et qui expose 
l'opéré, sans parler des risques que court l'opérateur, à de graves 
dangers. Le tube peut se casser à l'intérieur de la trachée oa se 
dévier dans les tissus environnants, accidents qui peuvent compro- 
mettre la vie même de l'animal. C'est pourquoi l'opérateur doit, 
autant que possible agir seul en maintenant le tube entre les doigts 
tout en lui laissant suivre les mouvements alternatifs d'élévation et 
d'abaissement du canal aérien, pendant qu'il injecte lentement le 
contenu delà seringue, en donnant à l'extrémité libre du piston un 
point d'appui sur la partie de son corps la plus à sa portée. 

L'injection terminée, l'opérateur retire l'ajutage de la seringue et 
introduit de nouveau la tige du trocart dans l'intérieur du tube, sur 



- 43 — 

presque toute sa longueur, afin d'éviter qu'en le retirant, il se casse 
ou se fausse entre ses mains. 

Il n 'y a pas à se préoccuper de la légère plaie cutanée produite 
par le trocart ; avec les précautions antiseptiques indiquées plus 
haut et un léger lavage de la plaie, il ne survient jamais de phéno- 
mènes inflammatoires; la mobilité des organes sous-cutanés empêche 
d'ailleurs l'opposition des ouvertures cutanée et trachéale, et facilite 
la cicatrisation. 

La plupart des opérateurs ont recommandé dans les ponctions 
trachéales chez les grands quadrupèdes d'introduire le tube entre 
deux cerceaux de la trachée. Pour le chameau, il serait presque 
impossible de satisfaire à cette exigence : ces cerceaux sont très 
rapprochés les uns des autres, leur épaisseur peu considérable, de 
sorte que le traumatisme de l'un d'eux n'a pour ainsi dire aucun 
inconvénient. 

Phénomènes consécutifs. — Aussitôt après l'injection, l'air 
expiré répand une forte odeur d'éther et d'essence de térébenthine, 
qui persiste assez longtemps. L'animal est sous le coup d'une ivresse 
modérée ; la démarche est titubante et l'allure incertaine. 

La salivation devient de plus en plus abondante ; le liquide s'écoule 
en nappes mousseuses par les commissures des lèvres ou par la 
membrane muqueuse, sorte de vaste repli pharyngien qui prend 
hors de la bouche la forme sphéroïdale, et que l'animal gonfle à 
volonté en le laissant échapper par l'une des commissures. 

De violentes quintes de toux ébranlent les parois pectorales et sont 
suivies d'expectorations, au milieu desquelles le microscope décèle 
facilement la présence d'embryons d'œufs ou même de strongles 
entiers. 

Au début de l'affection, une seule injection est suffisante pour 
déterminer la guéris m complète. 

Il est à supposer qu'en dehors de l'expulsion des helminthes, la 
médication doit modifier heureusement la muqueuse bronchique, et 
atténuer l'inflammation dont elle est le siège. Mais lorsque leslésions 
sont plus profondes, que les lobes antérieurs du poumon sont déjà 
hépatisés, que les feuillels pleuraux .enflammés sont couverts de 
pseudo-membranes et que la cavité pleurale est envahie par l'exsu- 
dat, l'affection est rebelle à tous les agents thérapeutiques. 



— 44 — 

Il est donc nécessaire d'agir dès l'appariti m des premiers symptô- 
mes, et, dans ce cas, on peut compter sur une guérison certaine. 

A cet égard, les chiffres ont leur éloquence et parlent très haut en 
faveur de la méthode des injections trachéales. 
* En 1884, j'ai traité 7 chameaux par le procédé que je viens d'indi- 
quer; dans le courant de janvier dernier, 36 autres gravement 
atteints, ont subi ce traitement : tous; sans exception, sont guéris. 

Je ne puis donc que conseiller, à mon tour, la médication qui m'a 
si bien réussi, et qui, je le répète, est d'une parfaite innocuité. 

M. lw Préside>t remercie l'auteur de son intéressante 
communication, et donne la parole à M. Grébaut pour la 
lecture de la note suivante sur le transfert du musée de 
Boulaq à Guizeh : 



Le Musée de Boulaq avait conquis une renommée universelle. Ses 
innombrables visiteurs venaient des paj r s les plus éloignés pour en 
contempler les merveilles ; il n'existe plus que dans leurs souvenirs. 
C'est à Guizeh, où ses richesses ont été transportées par ordre de 
S. A. le Khédive, qu'ils viendront désormais admirer les chefs- 
d'œuvre des temps pharaoniques. 

Lorsque le regretté Mariette rassembla les premiers monuments 
de cette incomparable collection , il obtint l'autorisation de les dépo- 
ser provisoirement à Boulaq, dans les bâtiments de l'ancienne poste. 

Là furent ouvertes les deux premières salles d'exposition. Avec le 
temps, les grandes découvertes de Mariette, à Karnak, à Gournah, 
à Abydos, à Tanis, à Saqqarak, à Guizeh, obligèrent d'agrandir le 
Musée. Successivement "toutes les chambres mises en état furent 
ouvertes au public. La découverte des momies royales de Deïr-el- 
Bahari prit la dernière salle disponible. Déjà M. Maspero avait créé 
une salle copte et une salle gréco-romaine. 

Cependant de nombreux monuments restaient cachés aux regards 
dans les magasins séparés du Musée. Dans le Musée même, les anti- 
quités s'entassaient, au point de gêner l'étude, de rendre même la 
circulation difficile. Depuis trois ans, nous étions condamné à déposer 



— 45 — 

on magasin la presque totalité de nos acquisitions. Deux nouvelles 
chounahs avait été remplies. 

L'idée d'agrandir le Musée par des expropriations a été rejetée. 
Les bâtiments du Musée, élevés sur le bord du fleuve, étaient mena- 
cés à chaque crue. Sans être imminent, le danger paraissait réel. 
En 1878, l'eau entra dans le Musée. Le danger du feu n'était pas 
moindre, le Musée étant entouré de chounahs remplies d'alcool, de 
blé et de paille. 

S. A. le Khédive préoccupé de placer en lieu sur les antiquités de 
l'Egypte, et de leur donner un emplacement digne des monuments 
qui témoignent de sa civil isati m des milliers d'années avant qu'il se 
format des nations en Europe, décida de leur consacrer Son splen- 
dide palais de Guizeh, où auj mrd'hui, en exécution des ses ordres, 
reposent les momies des anciens smverains, à côté des mmuments 
témoins contemporains de leur splendeur, des chefs-d'œuvre des 
artistes de leur époque, des statues de leurs fidèles serviteurs et des 
diverses œuvres de leurs sujets. 

Le déménagement offrait des difficultés qu'on s'imagine sans peine. 
Pendante trente ans, les monuments se sont accumulés à Boulaq, les 
uns d'un poids considérable, les autres d'une fragilité extrême. Il 
s'agissait de refaire en quelques mois le travail de trente années. 

Le personnel du Musée s'est chargé de toute l'opération Quelles 
que fussent les fatigues d'un travail exceptionnel, poursuivi sans 
relâche, commencé pendant les chaleurs de l'été et devant au plus 
tard être terminé au mois de janvier, l'obligation même de procéder 
avec la méthode et les connaissances spéciales sans lesquelles on 
n'aurait pu éviter la confusion, ni peut-être, dans un travail hâtif, 
la destruction des pièces fragiles, imposait au personnel du Musée le 
devoir d'assumer toutes les responsabilités. 

Nous sommes heureux d'avoir à lui rendre l'hommage que la 
rapidité surprenante avec laquelle il a acompli le déménagement 
et la réinstallation du Musée, ne l'a pas empêché de procéder avec 
une sûreté telle que dans ces transports il n'y pas eu une seule pièce 
détériorée, et que chaque objet a trouvé immédiatement la place 
nouvelle que lui assignaient s m genre et son époque. Tout s'est 
exécuté si économiquement que sur le crédit ouvert de 6,000 livres, 
il en a été dépensé à peine 4,000 jusqu'au 12 janvier, jour auquel le 
Musée de Guizeh a ouvert ses portes au public. É 



— 46 — 

S >n Altesse a constaté Elle-même la valeur de l'installation. En 
sortant du Musée de Ghizeh, Elle a daigné, en effet, complimenter 
je Directeur général, et dans une lettre adressée à S. E. le Ministre 
des Travaux publics, Elle a manifesté Sa haute satisfaction. 

Les savants de tous pays s'uniront à nous pour exprimer leur 
profonde reconnaissance envers Son Altesse qui accorde une si haute 
protection à la science égyptologique. Le Musée de Guizeh, demeure 
royale, où les trésors historiques et artistiques de l'Egypte ancienne 
sont livrés à leurs études, constitue dès aujourd'hui le Musée égypto- 
logique le plus complet et le mieux installé qui existe au monde. 

Enrichi des monuments laissés précédemment en magasin, ainsi 
que de toutes les pièces trouvées au cours de ces dernières années, il 
offre une collection dont le Musée de Boulaq forme le fond principal, 
mais assez augmentée pour que les antiquités exposées occupent la 
plus grande partie du vaste palais de Guizeh. 

Voici d'abord les divisions principales du rez-de-chaussée où sont 
placés les grands monuments : 

L'ancien Empire. — Premières dynasties jusqu'à la XI e . 

L'Ancien Empire occupe le nouveau salamlek. 

Dans une première salle sont rassemblés les monuments archa- 
ïques antérieurs aux Pyramides de Guizeh, c'est-à-dire plus anciens 
que la -IV e dynastie. On y remarque, outre les bois de Hori, d'une 
sculpture si remarquable, et les monuments découverts par Mariette 
à Saqqarah et à Meïdoun, plusieurs monuments de grande impor- 
tance trouvés dans les ruines du temple de Mit Rehineh. En 1888, 
nous y avons ouvert la fouille d'où est sortie la grande table en 
albâtre, du style le plus archaïque, dont la présence confirme le 
témoignage d'Hérodote suivant lequel le temple de Memphis remon- 
tait à la première dynastie. La table d'offrandes, exposée aujourd'hui 
dans la salle archaïque, a été trouvée à 6 mètres au-dessous des 
fondations du temple rebâti au commencement de la XVIII e dynastie 
sur l'emplacement de l'ancien sanctuaire, détruit sans doute par les 
Pasteurs. 

La statue de prêtre trouvée au même endroit en 1889 est certaine- 
ment la plus ancienne statue des collections du Musée, avec une 
autre statue bizarre que nous avons trouvée à Guizeh en reprenant 



— 47 — 

une fouille de Mariette sur l'emplacement de la stèle, devenue 
célèbre, où le r >i Ctiéo*ps parle de la restaupatbn du sphinx au 
commencement de la IV" dynastie. G ss deux statues sont exposées 
dans cette salle, ainsi que les monuments archaïques trouvés par 
nous à Daschour. 

Le salon qui suit est consacré aux plus beaux monuments des IV e , 
V e et VI e dynasties. On y retrouve le Gheikh-el-Beled, les grandes 
statues de Ptah Hotep, les plus fins Las-reliefs, les plus belles stèles, 
un choix de statues, d'autels, de tables d'offrandes, de vases, etc. 
Plusieurs de ces précieux monuments n'avaient pas encore été 
exposés. Nous avions du les déposer en magasin. 

La troisième salle du salamlek est historique et civile. Au centre 
se dresse le groupe des statues royales découvertes l'an dernier à 
Mit Rehineh, le Ghéphren en albâtre, le Mycerinus en dionite, le 
Usor-n-ra en granit, le Menqahor en albâtre, et un roi anonyme. 

Les quatrième et sixième salles, à droite et à gauche du grand 
vestibule qui forme la cinquième, sont des salles de stèles, biblio- 
thèques de pierres, où l'étude des textes de l'Ancien Empire devient 
facile. 

Le grand vestibule est orné des plus grands monuments, le Ghé- 
phren de Mariette au centre, devant un grand sarcophage en granit 
de la VI e dynastie ; aux murs, les grandes stèles, dont la plus grande 
arrivée récemment de Saqqarah, a été la première antiquité entrée 
au palais de Guizeli. 

Les huitième et neuvième salles sont consacrées à la sculpture : 
statues et bas-reliefs. La disposition permet de comparer ces figures 
qui sont des portraits. 

Les monuments funéraires occupent les dixième et onzième salles. 
Les principaux sont le sarcophage en granit de la IV e dynastie, 
un tombeau de Saqqarah, la momie du roi Ment-m-saf, de la VI e 
dynastie. 

La salle n° 12 et les salles suivantes montrent les monuments de 
l'Ancien Empire trouvés dans la Haute-Egypte, à Abydos, par 
Mariette pacha, et ceux que nous avons rapportés d'Akhmin, de 
Neggadah, de Mechaïeleh, etc. 

On sait qu'après la VI e dynastie les égyptologues signalent une 
interruption dans la série monumentale,, qui recommence avec la 



— 48 — 

XI e . Les inscriptions que nous avons réunies dans cette partie du 
Musée, et que nous avbns rapportées de la Haute-Egypte, nous 
paraissent appartenir aux dynasties intermédiaires entre la VI e et 
la XI e . On n'y reconnaît plus le style de l'Ancien Empire, qui appa- 
raît dans certains monuments d'Abydos et d'Akhmin ; sans parler 
des formes nouvelles de la stèle, on constate une décadence frap- 
pante, après laquelle se place une renaissance sous la XI e dynastie, 
au début du Moyen Empire. 

Le Moyen Empire, dont la puissance arrivée à son plus grand 
développement dès la XII dynastie fut brisée par les Pasteurs qui 
occupèrent l'Egypte pendant de longs siècles, jusqu'à ce qu'Amosis 
les chassât de leur capitale, à la fin de la XVII e dynastie, nous a 
laissé surtout des stèles de particuliers. Cependant la grande galerie 
du nouveau salamlek reste sans rivale. Elle possède, outre de grands 
monuments de la XII e dynastie, tous les monuments connus du 
temps des Pasteurs. Parmi les monuments les plus récents, nous 
citerons le fragment de statue, unique monument du roi Raïan, 
découvert à Zagazig par M. Naville, une table d'offrandes trouvée 
dans la pyramide de Hawara par M. Pétrie, et le buste colossal d'un 
travail admirable, que nous avons rapporté d'Alexandrie. Nous 
croyons ce buste plus ancien que les Pasteurs. Cependant nous 
devons noter l'opinion de plusieurs savants qui crurent y reconnaître 
l'art propre des Pasteurs. Il a été usurpé par Menepthah, fils de 
Ramsès II. Comment s'est-il trouvé sur l'emplacement de la ville 
fondée, dit-on, par Alexandre? D'autres monuments que nous avons 
trouvés à Alexandrie nous font supposer qu'Alexandre a attaché son 
nom à une ville très ancienne, transformée et rebâtie par lui. 

Le Nouvel Empire occupe les galeries qui suivent l'ancien salam- 
lek. Il commence à la cour carrée, annoncé par les statues colossales 
de Ramsès II et les sphinx de Thotmès III. On a séparé les bas-reliefs 
des stèles. Dans les galeries principales sont exposés les monuments 
de tous genres appartenant aux dynasties comprises entre la XVIII e 
et la XXX e . Les plus anciens monuments de la XVIII sont groupés 
à part, dans une salle, autour de la statue de la reine Mut-Nefert, 
que nous avons trouvée à Gournah. L'Epoque Saïte aura aussi sa 



— 49 — 

salle qui sera ouverte prochainement. Les monuments éthiopiens 
provenant du Gebel IJirkal sont rassemblés dans le salon qui suit 
les galeries de la seconde cour, et précèd i les musées grec, romain, 
copte, byzantin, dont l'installation n'est pasencore achevée. 

Telles sont les distributions des grands monuments au rez-de- 
chaussée. 

Les objets de peu de poids sont exposés au premier étage. Les 
divisions de cette partie du Musée qui intéressent le plus le public 
sont les suivantes : 

1° Salles d'histoire naturelle. — Pour le moment, on n'y voit 
que les fleurs de l'ancienne Egypte, trouvées dans les tombeaux, et 
préparées par notre savant collègue, le professeur Schweinfurth. 
Cette collection deviendra très riche quand toutes les pièces onser- 
vées en magasin auront été montées. 

2° Salles de numismatique. — Nous mentionnons cette divisi in, 
qui n'existait pas à Boulaq. L'installation n'est pas prête, elle exige 
encore six mois pour le nettoyage et le classement des monnaies. 

3° Salle religieuse. — Le salon central du premier étage suffit à 
peine pour l'exposition des statuettes de divinités égyptiennes, tant 
est riche la collection des formes du Panthéon égyptien. Les bronzes 
et les figurines émaillées tiennent le premier rang. 

Au centre du salon, nous avons placé le serpent d'Esculape que 
nous avons rapporté de notre dernière campagne dans la Haute- 
Egypte. Cette' pièce est d'époque pt olémaïque ; elle appartient au 
culte grec. Elle est machinée pour rendre des oracles. C'est, croyons 
nous, la première et l'unique pièce machinée qu'on ait découverte 
jusqu'à ce jour. 

Nous ne pouvons nous étendre sur le détail des salles suivantes. 
La variété des objets exigerait un catalogué. D'une manière générale 
nous dirons que le public y étudiera, classés méthodiquement par 
groupes, les objets et ustensiles du culte ; les menus objets, amulettes 
et scarabées; les objets civils et industriels ; les bijoux; le mobilier; 
la céramique; les manuscrits sur papyrus, sur bois et autres 
matières ; la verrerie ; les tissus et la lingerie ; les poids et mesures; 

Institut Egyptien. 4 



- 50 — 

les outils, armes, ustensiles ; les dessins ; les ébauches de sculpteur, 
etc., enfin les menus objets trouvés avec la momie. 

Après ces salles, la moitié de création nouvelle, le public visitera 
les salles funéraires. 

Dans le salon royal de Deir-el-Bahari, de neuf cent mètres carrés 
environ, au premier étage, repjsent les restes des anciens souve- 
rains du pays, le légendaire Sésostris, à côté d'Amosis, qui expulsa 
les Pasteurs, et de Thotmès III, auquel l'Asie et l'Afrique payaient 
tribut. 

Dans les appartements d'angle, des salles sont réservées aux grou- 
pes suivants : cercueils des prêtres de Menberi ; momies anciennes ; 
genre de Qournah ; genre d'Akhmin ; genre gréo-romain. En 
outre, une salle d'anthropologie est en voie de formation. 

Ces salles intéresseront surtout les savants. Le public, en général, 
se contentera de visiter les galeries dont il rencontrera l'entrée sur le 
premier palier, en descendant l'escalier du salon de Deir-el-Bahari. 

Nous avons rassemblé dans ces galeries les pièces funéraires les 
plus belles et les plus intéressantes de toutes les époques. On y voit 
les lits funéraires, les traîneaux, les beaux masques dorés, les por- 
traits peints à la cire, les momies les plus riches et les mieux 
conservées. 

En redescendant l'escalier, on arrive au rez de-chaussée où, dans 
une vaste salle funéraire, sont exposés les sarcophages en pierre ou 
en bois de la collection du .Musée. La plupart de ces pièces sortent 
des magasins. 

Cette salle est la dernière du nouveau Musée. En la quittant, le 
visiteur se trouve à la porte de sortie. 

Par ordre de Son Altesse, nous avons fait transférer à Guizeh le 
tombeau de Mariette pacha. 

Le personnel du Musée s'est encore chargé du transfert. Le tom- 
beau, pesant 14,000 kilogrammes, a été enlevé et porté d'une pièce, 
sans subir la moindre secousse, de Boulaq à Guizeh. 

Mariette reposera à l'entrée du Musée. Il en restera le fondateur, 
quels que soient les agrandissements de l'avenir. Cependant le 
Musée prendra à Guizeh la forme définitive convenant à un musée 
égyptien en Egypte. Dans les collections d'Europe, ou se préoccupe 
de montrer les plus beaux modèles de l'art des peuples anciens : 



— 51 — 

égyptieiij assyrien, grec* romain. Un Egypte, et en Egypte seu- 
lement, on peut songera créer une véritable école d'égyptologie oii 
l'art et l'industrie de l'Egypte ancienne s'étudieront dans tmtes 
leurs manifestations, sans interruption, depuis les temps les plus 
reculés jusqu'à la conquête musulmane. 

L'orateur reçoit de M. le Président ses plus chaleureuses 
félicitations pour avoir mené à bien dans un si court 
délai, une entreprise aussi considérable hérissée de 
tant de difficultés, et n'ayant à sa disposition que des 
moyens aussi restreints. Le cadre grandiose dans lequel 
S. A. le Khédive a voulu renfermer les richesses incom- 
parables de l'ancien Musée de Boulaq sera, dit M. le 
Président, un attrait de plus pour les nombreux visiteurs 
qui voudront admirer les splendeurs des siècles pharao- 
niques. A peine les salles du nouveau Musée ont-elles 
été ouvertes au public, qu'en un seul jour le nombre 
des entrées à atteint presque le chiffre de 3000, dont 
environ 2500 indigènes. Ce succès inespéré est d'un bon 
augure pour l'avenir, et le gouvernement égyptien doit 
être fier, et à juste titre, de voir que l'œuvre des Mariette 
et des Maspéro est loin de péricliter dans la main de 
leur successeur. 

M. Grébaut informe ensuite l'assemblée que l'inaugu- 
ration du monument de Mariette pacha au Musée de 
Guizeh, où il a été transporté par ordre de S. A. le 
Khédive, aura lieu vendredi prochain, l/i courant à 
3 heures 1/2 de l'après-midi. A l'occasion de cette 
cérémonie, M. le Président invite tous les membres 
présents à y assister : des lettres de convocation seront 
adressées aux membres absents. 

La séance est levée à 5 heures. 



— 52 — 



SEANCE DU 7 MARS 1890 



La séance est ouverte à 3 heures et demie. 
Sont présents : 



vice-présidents ; 



membres résidents. 



S. E. Abbate pacha, 
» Larmée pacha, 
MM. Gavillot, secrétaire général ; 

W. Abbate, 

Amici bey, 

D r Dacorogna bey, 

Tito Figari, 

D r Fouquet, 

Grébaut, 

D r Hassan pacha Mahmoud, 

W. Innés, 

ismaïl pacha el falaky, 

Nicour, 

SlCKENBERGER, 

Ventre bey, 



Le procès-verbal de la dernière séance lu par M. Gavillot, 
secrétaire général, est adopté. 

Il est donné lecture de la correspondance par le secré- 
taire général. 

Elle comprend une lettre de M. Antoine d'Abadie, 
transmettant les résultats d'une analyse de limon du Nil, 



— 53 — 

faite à Paris par M. Muntz et contrôlée par M. Schloësing, 
sur un échantillon recueilli au Caire et envoyé par 
M. Borelli bey. 

Sur la proposition de M. le président, il est décidé que 
cette analyse sera publiée avec le présent procès-verbal 
en y ajoutant, si possible, les renseignements supplé- 
mentaires sur la provenance de l'échantillon et son mode 
de dessication. 

Les envois faits à l'Institut égyptien depuis la dernière 
séance comportent, en outre des publications périodiques 
habituelles : 

1° Un ouvrage intitulé : L'Instruction publique en Egypte, 
par Yacoub Artin pacha, don de l'auteur. 

2° Une protestation de la Société géographique de 
Lisbonne, accompagnée d'une adresse circulaire aux 
sociétés savantes. 

3° Un ouvrage intitulé : U Institut de France — Lois, Statuts 
et Règlements, par Léon Glucoc. 

4° Le Censo agricolo peeunario de la provincia de Buenos- Aires. 

5° Divers ouvrages pour compléter des lacunes, envoyés 
par la Société malacologique de Belgique, par l'entremise 
de M. Léon Maskens, agent et consul général de Belgique 
en Egypte. 

6° Une série de publications orientales, parues en Russie, 
ou éditées par les membres de l'université impériale de 
Saint-Pétersbourg, envoyées, pour partie par la dite Uni- 
versité, et pour le surplus, par la Société Impériale russe 
d'archéologie. La liste et les titres de ces ouvrages en langue 
russe seront communiqués à l'Institut, après traduction, 
dans une prochaine séance. 

M. le Président propose que tous les discours prononcés 
à l'inauguration du nouveau tombeau de l'illustre et 



— 54 — 

toujours regretté président de l'Institut égyptien, Mariette 
pacha, soient insérés in-extenso dans le bulletin de l'année 
courante. Cette proposition est adoptée à l'unanimité. 

La parole est ensuite donnée à M. le D r Abbate pacha 
pour sa communication sur l'influenza en Egypte. 



Ajouter enore quelques mots sur Vinjluensa, qui a régné sou- 
veraine partout, et après que tous les journaux en ont parlé presque 
à satiété, serait vraiment déplacé, et surtout clans cette enceinte, 
si la maladie n'avait fait sa visite formelle en Egypte et si tous 
n'avaient ressenti les phénomènes de la pandémie. J'ai dit : Yinflu- 
erca n'est pas une épidémie; c'est une manifestation générale 
sur un pavs, sur une contrée, sur une population. L'épidémie a des 
limites plus restreintes. D'abord l'origine du mot le prouve suffisam- 
ment. On a appelé en Italie, au seizième siècle, la maladie généralisée 
influença, c'est-à-dire une cause commune qui se décèle partout 
avec les mêmes phénomènes, et sans autre cause apparente que les 
prétendues influences générales météorologiques différentes des 
époques antérieures, et coïncidant avec les phénomènes saillants de 
catarrhe et de rhumatisme avec coryza, irritation de l'arrière-bouche, 
éternuement, toux, extinction plus au moins accentuée de la voix, 
courbature, douleurs de côté, et, partant, avec la fièvre qui accom- 
pagne plus ou rcnins toutes ses manifestations. De là dans différents 
endroits, les épidémies localisées prirent le nom de grippe, de follette, 
de catarrhe épidémique, de rhume de cerveau épidémique et peu à 
peu jusqu'à nos jours même, on l'a rapprochée de la dengue. Mais le 
mot spécifique et gracieux à'i/ijlne/iza reste dominant pour la 
grande majorité, et quoique les manifestations de cette maladie 
remontent à bien des années et des siècles, on se dit partout, on 
repète avec étonnement : qu'est-ce que cette épidémie ? En Europe, 
comme ici, les grandes masses l'appellent la nouvelle maladie, les 
indigènes et les Arabes l'appellent El Aia ghedida ; on en rit un peu 
d'ailleurs, parcequ'elle est bénigne, et n'est pas ordinairement d'une 
durée très longue ; sa période est courte, sa résolution rapide et sans 



— 55 — 

conséquence à la fois. Cependant, tant ici qu'en Europe, et partout, 
l'action que Vinjluensa a exercée sur les individus atteints de 
maladie chronique ou aiguë, causa minoris rcs/'stentiœ, est 
devenue cause de décès rapides, on l'a accusée d'être traîtresse et 
meurtrière. 

Je ne puis omettre de faire ici son histoire sommaire que presque 
tous connaissent, mais qu'on oublie souvent, avec ses conséquences 
moralement désagréables. 

Sous le nom de catarrhe épidémique^ nom qui, presque quatre 
siècles après, fut adopté par les médecins du XVII e siècle, VcUescus 
de Tarente, en 1387, parle d'une maladie tout à fait identique à 
VinfLuensa de nos jours. Aux époques grecque et romaine, l'histoire 
nous laisse des traces incomplètes. Ce fut, en effet, au 16 me siècle 
(d'après Shorts history of the weather) que la maladie commenta à 
être étudiée généralement comme une affection nouvelle. Scenk 
désigne la première épidémie de 1510 comme provenant du nord-est 
à l'occident de l'Europe ; elle envahit successivement l'Allemagne, 
la France. l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre, mais presque en même 
temps partout d'une manière rapide et nullement mortelle. En 1557, 
d'après Fonseca ( Report, by D r Glass, D'' Lattiom's memoir of 
D r Fotherghill), une épidémie arrivée de l'Asie, infesta la Turquie- 
toute l'Europe, et passa en Amérique. Mercato ajoute que la popu, 
lation de tout le royaume d'Espagne, en un seul jour, en a ressenti 
la triste impression. Les expressions et les statistisques de ce temps 
ne doivent pas être prises à la lettre. 

On a eu ensuite de ces épidémies générales et répandues partout, 
en 1580, décrites par Sennert et Forest, et celle de 1658 dont Willis 
nous a laissé une description très claire et détaillée. Sydenham et 
Etmuller décrivirent celle de 1675, qui commença simultanément, 
au mois d'octobre, en Allemagne et en Angleterre. 

En 1703 la maladie fit encore son apparition dans le nord de 
l'Europe, se propagea rapidement jusqu'en Italie, et Lancisi, le 
célèbre archiatre de Rome, tout en éliminant les causes infectieuses 
ou miasmatiques, dirige son attention particulière sur les causes 
naturelles météorologiques, en disant : ea frigoris m plurimè 
mortùlium eoecti et magna œgrotantium freque/itta, il fait 
entrevoir que particulièrement Finfluence des vents du nord-est 



- 56 - 

étaient, d'après ses observations détaillées, aptes à engendrer la 
maladie, laissant indemnes les prisons et tous les lieux clos qui se 
trouvaient à l'abri de ces causes déterminantes. 

En 1729, une grande épidémie décrite par Hoffmann visita toute 
l'Europe pendant cinq mois. Les épidémies de 1732 et 1733 décrites 
par Haller, et celles de 1741 et 1742, par Hnxham et Sauvages, 
fixaient les médecins sur son titre désormais officiel : les uns la 
nommèrent comme par le passé, toujours influença ; les autres 
suivirent Sauvages, le premier, en France, qui la nomma grippe, 
et tous, en sous-entendu, catarrhe épidémique. 

Une apparition très remarquable de la maladie eut lieu en 1762, 
sur laquelle Baker nous a laissé un livre très rempli de sérieuses 
observations. 

Fotherghill signale celle de 1775, Hamilton, Rosa, Webster, 
celle de 1782, venue aussi de Russie, qui dura des années et sévit 
en Angleterre, en Italie et en Allemagne. 

Enfin, et pour résumer, pendant le XVI1P siècle, il y eut dix-huit 
différentes épidémies, et clans le siècle actuel, en commençant par 
1803, on trouve déjà l'énorme chiffre de 43 années pendant lesquelles 
la maladie a été constatée. 

Ceuendant l'épidémie de 1830, appelée en Russie maladie chinoise, 
parcequ'une affection identique s'était déclarée, en 1830, en Chine, 
et les deux grandes épidémies de 1833 et 1837 ainsi que celles de 1847 
et 1848, ont été déclarées les plus saillantes de ce siècle. Hirsc, en 
parlant des deux épidémies de 1833 et 1837, et considérant la rapidité 
avec laquelle elles se sont propagées presque simultanément dans 
toute l'Europe, affirme que plusieurs nations étaient abattues comme 
d'un seul coup. 

La même chose s'est presque répétée en 1847 et 1848. Un quart de 
la population de Londres, selon Peaock, fut frappée; à Paris, 
presque la moitié ; à Xaples, elle atteignit 300.00 ) personnes. 

Une des dernières réapparitions de l'épidémie eut lieu dans l'hiver 
de 1874 et 1875, pendant lequel les État-Unis furent envahis, tandis 
quelle régnait en France, en Allemagne, en Autriche et en Suède. 

Uinfluenza paraît, d'après Pruner bey, n'avoir été constatée que 
trois fois en Egypte : en mars 1833, en janvier 1837 et enfin au prin- 
temps de 1842, époque à laquelle Yinfluënzq se répandit dans tout 
le pays. 



— :>7 — 

II est naturellement fort probable que la maladie a existé à 
d'autres époques en Egypte, sans avoir été enregistrée par les méde- 
cins européens, soit que leur nombre fût très restreint, soit qu'ils 
rissent complètement défaut. 

Pour ma part, je puis assurer que^ tandis que la maladie sévissait 
partout en Europe, ici en Egypte, pendant l'hiver de 1847 à 1848, 
un nombre considérable d'habitants'en a été affecté, et dans un cas 
spécial, j'en ai fait la remarque en 1848 à Primer et De Léo qui se 
rallièrent alors à mon opinion. 

Et voilà, en un coup d'œil, l'histoire sommaire et rapide des plus 
importantes épidémies pendant quelques siècles jusqu'à ids jours. 

Il faut cependant ajouter que presque dans toutes ces épidémies, 
soit par coïncidence ou par connexion de causes, les chevaux, les 
chiens, les vaches, jusqu'aux daims ont été alors successivement 
affectés de catarrhe nasal, de la toux et des autres symptômes 
essentiels à la maladie. Ces faits ont été enregistrés avec soin 
partout en Asie, en Amérique et en Europe, dès que le critérium de 
ll'observation rigureuse est entré dans le domaine médical. 

Quant à ses manifestations en Egypte, je fais remarquer que 
les épidémies de l'Europe et de l'Amérique, en 1874 et 1875, étaient 
concomitantes avee un rhume de cheval. Uinfluérusa, chez les 
hommes n'étaient pas assez apparente ici en Egypte ; cependant 
bous avons subi une des plus fortes épizooties chevalines qui se soit 
manifestée auparavant ou dans la suite, ici ou ailleurs. D'un autre 
côté, on a aussi relevé, toujours avec insistance, comme une des 
causes déterminantes ou occasionnelles, la concordance des épidémies 
avec des changements brusques dans les conditions météorologiques 
en général, et, en particulier, avec l'existence simultanée d'une 
humidité anormale et caractéristique. 

Petit se sert même d'expressions plus hasardées, en disant que, 
parmi ces épidémies, en l'espèce, celle de 1775 en France, était 
ace nnpagnée de brouillards fétides. De Jussieu, pour celle de 1733, 
avait ajouté que les brouillards étaient plus épais que les ténèbres 
d'Egypte. 

Fotherghill, Hamilton, Parc, Darwin, Hoffmann, Rosa, Lancisi, 
Mï»rten&j répètent à peu près la même chose pour les épidémies 
d'Angleterre, d'Allemagne. d'Italie, de Russie, Pendant l'épidémie 



— 58 — 

que nous avons ressentie en Egypte, depuis le mois de décembre 
jusqu'aujourd'hui (mars) on peut considérer que les conditions météo- 
rologiques ont été presque identiques à celles des autres pays de 
l'Europe, et spécialement pour tout ce qui se rapporte à la pression 
barométrique, à l'anémométrie, à l'hygrométrie ou à la présence 
plus ou moins caractérisée d'ozone. Nos observations, ici au Caire, 
se contrôlent parfaitement avec celles faites à Alexandrie par M. Pi- 
rona dans son observatoire. 

Certes, les conditions atmosphériques précitées ne sont plus désor- 
mais calculées par le plus grand nombre des médecins comme 
causes efficientes des maladies et des épidémies en général. 

Mais je me demande, en conscience, est-ce que l'on a étudié à fond 
ces conditions ou ces c /incidences, non seulement pendant les 
épidémies, mais dans la vie ordinaire des animaux et des humains? 
N m ! j'insiste absolument, non! — Les sciences météorologiques 
pures ont fait d'immenses progrès, mais les sciences médicales en 
rapport avec la météorologie ont dédaigné malheureusement ces 
études, et pourtant nous sommes plongés au milieu de conditions 
atmosphériques essentielles à la vie que nous ne connaissons pas 
suffisamment. 

La pathologie, de nos jours au moins, basée comme elle est, sur 
l'observation rigoureuse et l'expérience, cherche à se détacher, et 
avec grande raison, de l'empirisme d'autrefois, c'est-à-dire de l'em- 
pirisme non rationnel (Èu-sip-a, expérience) mais qui n'était qu'une 
expérience inconsciente ou non raisonnée, expérience acquise par 
l'observation journalière des faits, sans contrôle, d'où naquit la 
méthode expérimentale moderne. 

C'est donc un principe absolu, en méthode expérimentale, de 
prendre toujours pour point de départ d'une expérimentai m ou 
d'un raisonnement un fait précis ou une bonne observatbn, et non 
un mot vague. 

C'est pour ne pas se conformer à ce principe analytique que, le 
plus souvent, les discussions des médecins et des naturalistes n'abou- 
tissent pas.- 

En un mot, ainsi que le proclame Claude Bernard, il est de rigueur 
dans l'expérimentation sur les êtres vivants, comme sur les corps 
bruts de bien s'assurer, avant de commencer l'analyse expérimentale 



— 59 - 

d'un phénomène, que ce phénomène existe, et de nejamais se laisser 
illusionner par les mots, qui nous font perdre de vue la réalité des 
faits. 

C'est ainsi que le doute est la base de l'expérimentation; toutefois 
il ne faut pas confondre le doute philosophique avec la négation 
systématique qui met en doute même les principes de la science. 

Maintenant, grâce à la voie ouverte par Pasteur et Koch, la plu- 
part des causes déterminantes des maladies vont être cherchées dans 
les infiniment petits, dans les germes infectieux, dont l'air, la terre, 
l'eau sont saturés par des millions de millions d'êtres végétaux ou 
animaux. Aussi les savants investigateurs ne pouvaient manquer de 
chercher les microbes d'une maladie à allure pandémique, Vinflu- 
cn:a, comme d'une maladie à infection spécifique. Il y a quelques 
années, au commencement de l'époque moderne microbiologique 
Siefert de Wiirzburg, ainsi que M. Zoller, de Vienne, qui le 
rapproche pourtant du pneumococeus de Friendlander, a trouvé 
et décrit un microbe spécial, comme le microbe pathogène de Y in- 
fluença, microbe se trouvant constamment dans les crachats de ceux 
affectés de maladie et jamais chez ceux atteints de simple bronchite. 
Sackers, à Vienne, s'occupe actuellement, dans son laboratoire de 
microbiologie, d'étudier l'évolution de ces observations. Siefert et 
Muller persistent à dire que le microcoque en question, qui pullule 
dans le mucus vitré des fosses nasales, est l'agent pathogène de 
l'influença ; mais, jusqu'à présent, on n'a pas réussi à l'inoculer 
avec succès ou à le cultiver. 

Mais toutes ces observations restent encore indéterminées et n'ex- 
pliquent pas la concordance des autres symptômes de Yinjluenza, 
en dehors du catarrhe nasal ou bronchique, la rapidité de son 
évolution, sa simultanéité ni la grande extension de la maladie. J'ai 
la conviction que dans ces investigations, on oublie de considérer 
les autres causes ainsi que les éléments essentiels et déterminants 
des maladies, causes auxquelles malheureusement on ne fait plus 
attention. Devons-nous donc mettre de côté, ou brûler même les 
livres où sont consignées les expériences et les observations faites 
auparavant par des milliers de savants consciencieux? 

Dans l'état actuel de la science biologique, qui a fait pourtant des 
progrès énormes et étonnants, nul ne saurait avoir la prétention 



— 60 — 

d'expliquer complètement la pathologie par une seule causé, et non 
par des causes complexes; il faut y tendre, parce que c'est la voie 
scientifique; mais il faut se garder de l'illusion de croire que le 
problème est résolu. 

Félix qui potuit rerum cognoscere causas. 

Un dernier mot — On a répété ce qui du reste, dans les précé- 
dentes épidémies avait été mis en avant, que Vinfluenza précédait 
toujours les invasnns de peste, ou de choléra. L'alarme partit de 
Pétersbourg. Le professeur Zedkaucr, à la Société hygiénique 
Russe, déclara formellement que « Vinjluenza, par elle-même, 
« n'est pas une maladie dangereuse, mais il y a certaines circons- 
« tances qui nous obligent à prêter à cette épidémie une attention 
« particulière. 

« Dans le courant de ma vie, il s'est produit quatre épidémies 
« cholériques et chaque fois le choléra était précédé par Yinflueiua 
g de sorte que l'on pourrait aussi supposer aujourd'hui qu'elle est le 
« précurseur d'une épidémie cholérique qui marche vers nous de 
« l'Asie et notamment de la Perse ». Le professeur Zedkauer est une 
illustration médicale, qui pourrait avoir des raisons à l'appui de sa 
thèse, quant aux conditions et causes complexes des épidémies. Pour 
ce qui regarde la question des causes spéciales, admises seulement 
et trop exclusivement de nos jours, je ne ferai que répéter les mémo- 
rables paroles de Pasteur sur cette question : « ... non, il n'y a rien 
de fondé dans ces prévisions. » — Et certes le microbe du choléra^ 
comme le microbe de Xinjïuenza, ne peuvent pas s'engendrer réci- 
proquement, de même que le germe des choux et des orangers ne 
produiront jamais non plus que des choux et des oranges. Pourtant, 
quoique je ne sois pas du tout pessimiste, je me confesse de n'être 
pas exclusiviste en science, sous le rapport bien entendu et sans 
équivoque des causes complexes de maladies. 

Quant à l'Egypte, si nous avons été éprouvés par Yinflueiua qui 
s'est montrée tant soit peu anodine, il faut espérer que les prédic- 
tions des alarmistes ne se vérifieront pas en entrant, du reste, dans 
l'été, saison très saine, dans un pays où les plus grands, les plus 
bienfaisants et les meilleurs désinfectants sont les rayons majestes- 
tueux du soleil. 



— (11 — 

M. Walter [nnes l'ail ensuite sa communication sur des 
inscriptions arabes en caractères carres. 

Le sujet de cette communication n'est pas étranger à la plupart 
d'entre vous ; en 1881 Rogers bey, votre regretté collègue, vous a 
présenté, dans un fort intéressant mémoire quelques-unes de ces 
curieuses inscriptions qu'il avait relevées sur divers monuments 
religieux du Caire et de Rosette, et auxquelles il appliqua le nom 
de caractères coufiques carrés. 

Ces ingénieuses compositions dont le peuple et même les classes 
lettrées de l'Egypte avaient perdu la tradition, et dans lesquelles on 
ne voyait plus, depuis bien longtemps déjà que de simples motifs de 
l'art décoratif arabe, n'avaient pourtant pas échappé à l'observation 
de Marcel et plusieurs artistes qui composaient également la célèbre 
commission scientifique qui accompagnait l'armée française en 
Egypte en ont copié quelques-unes que nous, retrouvons dans leurs 
travaux. 

C'est ainsi que dans la planche de la Description de l'Egypte qui 
représente le côté nord de la mosquée du sultan Hassan, nous pou- 
vons voir la moitié de l'inscription qui se trouve sur la paroi gauche 
de la haute voûte qui surmonte le portail extérieur, 

Dans son mémoire sur les inscriptions coufiques recueillies en 
Egypte, .Marcel publie une inscription de ce genre qu'il appelle 
Coufîque du moyen-àge et qu'il caractérise ainsi : a Ces inscriptions 
présentent une configuration singulière et entièrement composée 
de lignes droites s'assemblant entre elles par des traits toujours 
parallèles les uns aux autres et se coupant à angles droits et sans 
mélange d'aucun contour arrondi ». 

L'inscription qu'il publie sous le n° 3 de la planche qui accompagne 
son mémoire et qui est l'invocation qu'on retrouve en tète de presque 
tous les chapitres du Coran, appartient probablement à une époque 
très réculée au temps où l'écriture coufîque était seule en usage 
chez les Arabes. 

Les nuits petits carrés qui entrent dans la composition de cette 
inscription, nous engagent à la rapporter à une époque antérieure 
au 2 me siècle de l'hégire car il est très probable qu'après l'introduc- 



- 62 — 

tion des signes diactriques par Nasr ben Asem ou Yahia ben Amer, 
sous le règne d'Abd-el-Melek ben Mérouan, l'artiste aurait hésité à 
se servir de ces points de nature à donner ici une fausse interpréta- 
tion à ses lettres. 

Si nous considérons, en effet, ces points comme des signes diac- 
triques, nous avons trois j au commencement de la phrase ; lej et le 
j du mot jj^ j acquièrent la valeur de J et de Jj et lej dey>.j se 
change en J, ce qui dénature la phrase et la rend illisible. 

L'artiste a donc composé son inscription en lettres coufîques et 
devait ignorer les points diactriques qui furent, par la suite, l'un des 
principaux caractères de l'écriture neshi 

On objectera peut-être que la disposition des lettres qui devait 
présenter quelques difficultés dans certains cas, aura pu amener 
l'auteur de cette inscription à employer ces carrés dans le but de 
ompléter son dessin. Nous voyons, en effet, que les espaces ménagés 
centre les lettres forment autant de lignes de même largeur que les 
lettres elles-mêmes; un espace plus large produirait un vide qu'il 
serait impossible de ne pas remplir sans détruire toute l'harmonie 
de la composition. 

Cette difficulté ne peut pourtant s'objectera l'opinion que je viens 
d'émettre relativement à l'âge de l'inscription, car nous retrouverons 
cette même invocation disposée de deux manières différentes dans 
deux autres compositions que nous devrons, pour des motifs que 
j'exposerai plus loin, rapporter à une époque plus rapprochée. 

L'artiste avait donc la possibilité de disposer ses caractères dans 
un autre ordre et aurait certainement profité de cet avantage, s'il 
eût craint que celle qu'il avait adoptée pût donner lieu à une méprise. 

De tous les faits nombreux qui plaident en faveur de l'ancienneté 
des caractères carrés, je rapporterai deux inscriptions que Niebuhr 
releva à Mesched-Ali, ville située à un mille et quart de l'ancienne 
ville de Goufa, en Arabie, et qu'il reproduit par de simples traits, 
sans tenir compte ni de la largeur des lettres ni des espaces. 

Vous pouvez voir par les deux copies que j'ai l'honneur de vous 
présenter (voir pi. 6 fig. 9) et dans lesquelles j'ai rétabli les 
distances, que les mêmes règles ont présidé à leur construction. 

Ces inscriptions n'étaient donc pas usitées en Egypte seulement, 
elles ornaient encore les monuments d'une des plus anciennes villes 



— 63 — 

de l'Arabie qui devint célèbre par la belle écriture qui y prit 

naissaïuv. 

Malgré toute leur simplicité, c - deux petites inscriptions n'ont 
pas été déchiffrées par Niebahr, qui se contenta de les publier sans les 
faire suivre d'aucun commentaire. 

Vous en trouverez plus loin le sens ; ce ne s mt point des versets 
du Coran, mais bien de simples prières. 

Si ces inscriptions nous amènent à ranger les caractères carrés 
parmi les lettres coufiques, il y en a d'autres qui, au contraire, nous 
p u'tent à les en distraire. 

Malgré le désaccord qui existe parmi les auteurs arabes au sujet de 
l'inventeur des points-voyelles et diacritiques, il n'en est pas moins 
bien établi que l'écriture coufique n'en possédait pas originairement, 
et que les signes que présentent beaucoup de manuscrils coutiques 
sont d'un temps postérieur, et ajoutés ultérieurement pour en faci- 
liter la lecture 

Les points diacritiques et les signes orthographiques furent des 
inn ovati >ns dont profita surtout le neshi, la nouvelle écriture cur- 
sive inventée par Ebn Moda dans le IV me siècle de l'hégire; les 
caractères carrés pouvant, en outre, représenter tout aussi bien des 
caractères neshi, il n'y a pas de raisons p >ur classer toute inscrip- 
tion en caractères carrés, qui porte de ces signes, parmi celles du 
genre coufique. 

C'est donc au caractère neshi qu'appartiennent les inscriptions 
4 et 5 de Rogers bey, et c'est à ce groupe que je joindrai celles que 
je publie sous les n os 1 et 2. 

La regrettable disparition de quelques-uns des originaux publiés 
par Rogers bey et la restauration plus nuisible qu'utile de quelques 
autres inscriptions encore inédites, m'ont conduit à relever toutes 
celles que j'ai pu retrouver sur les monuments du Caire, et à les 
consigner dans ce mémoire. 

J'ai dû souvent, dans l'intérêt commun de la phrase et du dessin, 
rétablir quelques signes et corriger les inexactitudes résultant de la 
réparation maladr »ite qu'elles ont subie ; mais il ne m'a pas été tou- 
jours possible d'y réussir. 

Je n'ai pu jusqu'ici reconstituer la seconde moitié d'une des trois 
inscriptions qui ornent l'intérieur de la jolie mosquée de Bordeni. 



— 64 — 

Cette inscription ne sera pas, par conséquent, publiée ici ; mais elle 
n'en est pas moins intéressante, car elle servira à nous démontrer 
combien ces jolies compositions présentent de difficultés, et combien 
il est regrettable qu'on les ait laissé tomber dans l'oubli. 



INSCRIPTIONS 



N° 1. 

Elle est représentée en double au dessus du portail de la mosquée 
El Gambaki, au Sourgieh. 
C'est une variante du 28 me verset du chapitre XLVIII. 

ji-lj ^jJLl ^J\ ^\ Jj-j jlê -Il VI «JiV 
La allah Ma alla/i Mohamed rasoul allait arsalahou bil 

houda oued haqt/t 
Il n'y a d'autre Dfeu que Dieu, Mohamed est son prophète qu'il a 

envoyé muni de la direction et de la véritable religion. 

N° 2. 

Cette inscription orne les deux côtés de la petite ouverture grillée 
qui surmonte la porte de modeste apparence de la masquée d'El- 
Magrabi, dans la rue du Hamzaoui. 

Elle est remarquable par le nombre de lettres qu'elle renferme 
et la difficulté de sa construction. 

Elle offre l'invocation ordinaire et une partie du 18 me verset du 
chapitre IX. 






lo>L 



•J Li». 



Bism ittah el rahman elrahim Innama y ou amérou masagud 
allah man amana bilahi oual ioum el akher oua kam el salata 
ouaiech el zakat oua lam ha illah allah 

Que les temples de Dieu ne soient visités que par ceux qui 
croient en Dieu et au jour dernier, qui observent la prière et font 
l'aumône et qui ne craignent que Lui. 



PI. 1 




n.,x 




PI. 3 





fTP 





jnl 





*■<■*> 



I ■■■■■ ■■ ■■ 

fil! 



se 




PL 4 




— 65 — 

N° 3. 

Inscription en émail bleu et marbre blanc qui a été retouchée et 
restaurée à l'aide de morceaux de marbre noir. 

Elle orne l'intérieur de la mosquée de Bordeni. 

Elle présente l'invocation usuelle et le principe de la religion 
musulmane. 

Bism illlah el rahman el rahim Lait allait illa allait Moha- 
med rasoul allait 

Il n'y a d'autre Dieu que Dieu, Mohamed est son prophète. 

N° 4. 

Dans la même mosquée et à côté de la précédente. 

Ce sont les quatre versets qui composent le chapitre LXII. 

Qal lion allah ahadallah samadlam ialed oua lam ioulad 
oua lam iakoun lahou houfouan ahad 

Dis : Dieu est un. C'est le Dieu à qui tous les êtres s'adressent 
dans leurs besoins. Il n'a point enfanté et n'a point été enfanté. II 
n'a point d'égal en qui que ce soit. 

N° 5. 

Inscription en nacre sur écaille sur le mambar de la même 
mosquée. 

Elle n'est pas soumi-e aux mêmes règles que les autres inscrip- 
tions. Ce s )nt trois lignes d'écriture superposées régulièrement et 
qui ne présentent aucune difficulté de composition. 

En allaita ouamala ekatahou îousalouna ala annabieh ia 
aiouha el azina amanou salou alelti oua salimov taslima 

Dieu et ses anges bénissent le prophète 6 vous qui êtes fidèles 
bénissez-le et saluez-le. _ 

Institut Egyptien. S 



— 06 — 



N° 6. 



Je l'ai relevée sur la paroi de la voûte qui précède le grand portail 
de la mosquée du sultan Hassan. 

C'est la même phrase que celle que présente l'inscription N° 1 de 
Rogers bey mais la disposition des caractères en est différente. 

-il J^-j u£ m\ VI 4lV 
La illaha illa ail ah Mohamed rousoul allah 
Il n'y a d'autre Dieu que Dieu, Mohamed est son prophète. 

N 0S 7 et 8. 

Ce sont les inscriptions que releva Niebuhr et dont j'ai parlé 
plus haut. 
En voici le sens : 

(N° 7) ôz°^ ^ J A " 1 

Allah ouali el Tahwjik. 

Dieu est le maître de l'harmonie universelle. 

(N° 8) i*jjy Jt i>«-Ii 

Allah iafarli walewaledai 

Dieu, accorde la miséricorde à moi et aux miens. 

N° 9. 

Inscription relevée par Marcel et qui est certainement très 
ancienne. 

Au nom de Dieu clément et miséricordieux. 

N os 10, 11 et 12. 

Ces trois inscriptions ornent la façade de la mosquée de Terbané 
dans la rue Franque à Alexandrie, les N os 10 et 11 sont sur brique 
cuite et appartiennent au style des monuments de Rosette. L'ins- 



PI 


. 5 


m En | 
■ 1 1 1 li 


— i 

6 

7 

8 

-ffj 

y D1 



PL € 









- 67 - 

criptioïl N° 12 qui se trouve placée au milieu, au dessus de la porte 
est composée d'appliques en bois sur fond de moucharabieh. 

(N° 10) #\ VI 4W 

Lah allait Ma allait 

Il n'a d'autre Dieu que Dieu. 

. (N° 11) il J>j ^ 

Mohamed rousoul allah 
Mohamed est le prophète de Dieu. 

(N° 12) &J ç$l> Cm.I\ 

Oudhoulouha bi salant, amenin 
Entrez-y l'esprit calme et confiant. 



M. le D r Fouquet est invité à prendre la parole pour sa 
communication sur YÉtiologie et le traitement du bouton du Nil. 

Je n'ai pas l'intention de retracer ici l'histoire complète du bouton 
du Nil, affectim banale et connue, au m uns de vue, de tous ceux 
qui ont séjourné en Egypte pendant les mois d'été. 

Je laisserai de côté l'historique de la question et l'énumération des 
nombreux écrits qui ont été publiés sur ce sujet avant les dix der- 
nières années. Je ne parlerai pas davantage des causes auxquelles 
on a attribué cette maladie avant que la découverte du microbe par 
Duclaux soit venue jeter un jour nouveau dans cette étude. — Tout 
ce que je pourrais en dire n'aurait qu'un intérêt rétrospectif et 
sortirait absolument du cadre que je me suis tracé. 

Cherchant avant tout le côté pratique, c'est-à-dire les moyens 
par lesquels on doit combattre le mal ; ayant surtout en vue le désir 
de faire connaître et contrôler une méthode nouvelle de traitement 
je dois, pour fixer les conditions du diagnostic, vous dépeindre la 
maladie telle que je l'ai observée au Caire, et, après vous avoir 



— 68 — 

décrit ses différentes formes et leur évolution, vous mettre au courant 
des travaux qui ont permis d'en établir la patliogénie. 

Le bouton du Nil est une affection cutanée endémique en Egypte, 
que l'on observe, le plus fréquemment, au moment de la crue du 
fleuve. Elle frappe indistinctement les étrangers et les indigènes, 
est plus commune chez les enfants, bien qu'elle n'épargne pas les 
adultes. 

Une première attaque ne confère pas l'immunité, et il n'est pas 
rare de voir une même personne être atteinte deux ou trois ans de 
suite, ou à plusieurs années d'intervalle. 

Après une incubation qui, suivant les auteurs durerait de quelques 
jours à plusieurs mois, mais qui ne m'a jamais semblé dépasser 
huit à dix jours et qui est souvent beaucoup plus courte, on voit 
apparaître sur la peau une ou plusieurs élévations sensibles au 
toucher, colorées en rose pâle, qui sont le siège de démangeaisons et 
ne tardent pas à grossir et à durcir occupant toute la peau et une 
partie du tissu cellulaire s jus-cutané, prenant un volume qui varie 
depuis celui d'un gros pois jusqu'à celui d'une noix et même plus. 
Le nombre de ces petites tumeurs est extrêmement variable comme 
leur volume tantôt on en compte des centaines réparties sur tout le 
corps, tantôt on n'en trouve que quelques-unes cantonnées dans la 
même région qui est le plus souvent la face, la poitrine et les mains. 
En général, quand les boutons sont gros, ils sont moins nombreux. 

Les plus volumineux s'observent sur les enfants un peu strumeux 
et portés à la suppuration. Chez eux on voit quelquefois un bouton 
arriver au volume d'une petite mandarine. Il est rare qu'autour 
d'un bouton principal, on ne trouve pas quelques boutons plus petits 
qui l'accompagnent comme des satellites. 

A mesure que la saillie augmente, les parties malades prennent 
une teinte rouge puis violacée, la peau est lisse et tendue, la région 
chaude, indurée, résistante. Les ganglions voisins deviennent sen- 
sibles, s'engorgent légèrement et peuvent suppurer, quoique cela soit 
fort rare, puisque je ne l'ai observé que trois fois sur 137 cas. 

Quand le bouton a acquis les deux tiers de son développement, 
la fluctuation est déjà très nette au centre, elle s'étend de plus en 
plus ; la peau s'amincit et ne tarde pas à se perforer, si la maladie est 
abandonnée à elle-même. Il s'écoule alors un pus épais souvent mêlé 



— 69 — 

de sang, et il reste une plaie irrégulièrement circulaire dont les bords 
amincis, taillés en forme cratère, se décollent et restent flottants sur 
le tissu cellulaire sous-cutané. L'inflammation diminue, la douleur 
devient moins forte, l'épiderme superficiel se lève en écailles ou se 
détache en lambeaux tout autour de l'orifice béant. 

L'écoulement séro-purulent se concrète, se dessèche,, forme des 
croûtes qui tombent et se reproduisent plusieurs fois, tandis que, le 
plus souvent de nouveaux boutons apparaissent dans les régions 
voisines, soit qu'il y ait eu transport à distance des produits septiques 
par le réseau lymphatique de la peau, soit qu'il y ait inoculation 
directe de la sécrétion dans les points ou l'épiderme s'excorie. Dans 
ce cas, on voit souvent les glandes sébacées qui accompagnent les 
follicules pileux se prendre, et au lieu d'avoir l'aspect d'une calotte 
sphérique, les boutons sont acuminés et présentent à leur centre 
un poil entouré d'une petite auréole blanchâtre. Ce fait s'observe 
le plus communément à la face externe des cuisses, sur la poitrine, 
à la face dorsale des doigts. 

Dans d'autres cas plus rares, l'éruption apparaît rapidement con- 
fluente sur tout le corps ; les boutons sont d'un volume beaucoup 
moindre et un petit nombre seulement d'entre eux arrive à suppu- 
ration. 

Mais alors, contrairement à la règle, la multiplicité des lésions 
réagit sur l'organisme tout entier et occasionne de la fièvre, de 
l'anorexie, et l'on paut se croire avec raison en présence d'une ma- 
ladie infectieuse générale. 

Quels que soient la forme, l'aspect ou le nombre des boutons, je n'ai 
que rarement vu, pour ma part, l'affection avoir la durée de plusieurs 
mois que lui attribuent les auteurs. 

Cela tient, à mon avis, à ce que l'antisepsie chirurgicale est telle- 
ment entrée dans nos mœurs que la plupart du temps, dès le début, 
les malades recourent à l'usage des antiseptiques. 

Il n'y a guère que chez les habitants des villages, chez les pauvres 
négligents et chez les gens imbus de cette croyance vulgaire qu'il y 
a danger à amener une cicatrisation trop rapide des ulcères, que l'on 
observe encore les phases jadis classiques du bouton du Nil, persi- 
stant des mois et des années. 

Les travaux de Weber, de Dépérer et Boinet ont démontré l'ino- 



— 70 — 

culabilité du bouton de Biskra. Bientôt après, en 1884, Duclaux 
décrivit le microbe qui cause cette affection. C'est en nous appuyant 
sur ces travaux dont nous eûmes connaissance par le livre de Cornil 
et Babès, que mon ami Walter Innés et moi entreprîmes des recher- 
ches bactériologiques sur le clou du Nil. Nos essais, qui datent de 
la fin de 1886, octobre et novembre, furent d'abord heureux, nous 
obtînmes, en effet, des cultures pures d'un microbe liquéfiant la 
gélatine et constituant des colonies jaune-pâle grumeleuses, ne tar- 
dant pas à prendre vers le dixième jaur une teinte orangée. Inoculé 
en série, ce microbe se reproduisit avec les mêmes caractères. 
L'examen microscopique fait par l'un de nous démontra l'existence 
de microcoques très fins, se colorant par le violet de méthyle et se 
présentant tantôt à l'état de* microcoques isolés, tantôt dediplocoques 
et quelquefois des zooglées. Tous ces faits ont été confirmés et com- 
plétés par M. Chantemesse qui a cru devoir identifier le bouton du 
Nil à celui de Biskra. Dès 1886, nous fîmes des inoculations au rat 
blanc de préférence au lapin qui avait été employé par Duclaux. 
Nous avons été guidés dans notre choix par des raisons spéciales, 
l'organisation de notre laboratoire dans un appartement relative- 
ment petit ne nous permettait guère d'élever des lapins en chambre, 
et nous n'avions pas d'installation meilleure à notre disposition. 
Quelques gouttes de culture pure du microbe délayées dans l'eau 
stérilisée ne produisit qu'une lésion locale sans importance chez les 
deux rats inoculés ; vingt jours après, l'un des rats qui maigrissait 
visiblement depuis le cinquième jour de l'inoculation mourut. A 
l'autopsie je trouvai du pus dans le foie, les autres animaux furent 
indemnes. 

Depuis,, d'autres expériences que nous avons d'intention de publier 
dès qu'elles seront tout à fait complètes, nous permettent d'affirmer 
que dans un grand nombre de cas en Egypte, le microbe du bouton 
du Nil est la cause première de l'hépatite suppurée. Il est certain 
d'ailleurs, ainsi que l'ont établi de récents travaux, que l'hépatite 
ne reconnaît pas toujours la même cause, bien quelle soit toujours 
d'origine microbienne. 

Nos cultures trop échauffées, par suite d'un accident, devinrent 
stériles, nous dûmes interrompre nos recherches. 



— 71 — 

Au mois d'août 1887, au moment de mon départ en France, j'étais 
atteint, pour la seconde fois, de boutons du Nil ; quatre ou cinq 
d'entre eux siégeaient à la poitrine, je fus assez heureux à mon 
arrivée à Paris pour en posséder un parfaitement intact et très bien 
développé. 

Je l'offris à M. Chantemesse qui ayant fait des cultures sur la 
gélatine et sur la pomme de terre, obtint des colonies absolument 
pures du microbe déjà vu par Innés et par moi, inocula des lapins, 
puis des hommes, et reproduisit l'affection avec tous ses caractères, 
Son travail fut publié dans les annales de l'Institut Pasteur en 1887. 
J'en résume ici les conclusions : 

1° Ce microcDque a des caractères spéciaux, morphologiques et 
biologiques qui ne permettent de le confondre avec aucun autre des 
staphylocoques ou streptocoques pathogènes connus. 

2° « Il est la cause unique de la maladie appelée bouton deBiskra, 
« d'Alep, du Nil, et puisque sa culture pure, inoculée à l'homme, 
« reproduit la maladie en question. » 

3° « Il produit chez le lapin des effets variables avec la dose 
« inoculée, tantôt une maladie aiguë rapide amenant la mort dans 
« les premières vingt-quatre heures, et tantôt une affection chronique 
« qui s'accompagne de lésions cutanées semblables à celles que l'on 
« observe chez l'homme. » 

La croyance populaire et l'observation sont d'accord sur la façon 
dont le germe est apporté chez l'homme : on peut affirmer que dans 
l'immense majorité sinon dans la totalité des cas, l'eau est le véhi- 
cule, et bien que cela ne soit pas absolument démontré, il y a tout 
lieu de croire que la gravité du mal varie suivant que les germes 
se sont fixés sur la peau ou ont été ingérés. 

Le microbe étant la seule et unique cause du mal, comment de- 
vons-nous nous y prendre pour en préserver l'organisme ou l'en 
débarrasser quand l'infection a déjà eu lieu ? 

Le traitement prophylactique serait évidemment le meilleur, s'il 
était facilement applicable en pratique. Malheureusement il n'en est 
rien. Comment, en effet, ne jamais boire de l'eau du Nil pendant tous 
les mois d'été ? Gomment faire surtout pour ne jamais emploj^er pour 
les ablutions et les bains que de l'eau devenue aseptique par l'ébul- 
lition ou antiseptique par l'addition d'une substance médicamenteuse 



— 72 — 

assez forte pour détruire sûrement tout les germes sans nuire à 
l'organisme humain ? 

Les termes du problème étaient empiriquement posés depuis 
longtemps, et c'est pour le résoudre que bien des familles indigènes 
ont pris l'habitude au Caire de n'employer au début de la crue et 
quand le Nil est bas que l'eau bien décantée des citernes. Bien sou- 
vent cependant ces mesures sont insuffisantes, et la maladie peut 
se déclarer sans qu'il soit toujours possible de savoir comment le 
microbe pénètre dans l'organisme. Ce doute vient jusqu'à un certain 
point à l'appui de l'opinion d'une théorie qui voudrait que le bouton 
fût la conséquence de la piqûre d'un moustique. Quant à nous, nous 
n'en croyons rien et sur 137 observations que nous avons recueillies 
nous n'avons jamais pu d'une façon légitime incriminer la piqûre 
d'un diptère tandis que dans plus des deux tiers des cas nous avons 
pu voir l'influence nocive de l'eau marécageuse. Dans 50% au moins 
des cas qui concernent des européens, l'usage des bains fréquents et 
prolongés était la cause reconnue et patente. 

Lorsque le mal a paru, le mieux est d'employer d'emblée les cata- 
plasmes antiseptiques chauds et lorsque la suppuration est évidente 
et que la peau amincie menace de se rompre, il est préférable, après 
les précautions antiseptiques préalables, d'ouvrir la collection et de 
l'évacuer, puis, après un lavage de la cavité avec la liqueur de Van 
Swieten, d'appliquer sur la place pour la refermer par première 
intention un petit tampon de collodion élastique Salolé. 

Quand ce pansement tombe, au b)ut de quelques jours, il est bien 
rare que la cicatrisation ne soit pas complète et qu'il faille renou- 
veler l'applicatnn du topique. 

Entre la prophylaxie et le traitement du mal n'y a-t-il qu'à attendre 
que la suppuration s'établisse et que les accidents s'aggravent ? Je 
ne le crois pas, et la méthode abortive, pour être nouvelle encore, 
ne m'en semble pas moins appelée à un grand avenir. 

Mes premiers essais dans cette voie datent de loin, ils n'ont pas 
tous été heureux. Permettez moi d'oublier mes déboires et mes 
rechercbes infructueuses, p)ur ne parler ici que des résultats 
probants. 

Dès que le bouton apparaît et trahit sa présence par une petite 
élévation de la peau, recouverte d'une rougeur diffuse, on peut 



— 73 — 

arrêter le mal en employant comme topique : soit le naphtol camphré, 
soit l'acide sulforicinique phéniqué à 20 %• 

Ce dernier médicament n'a été introduit clans la thérapeutique 
que l'année dernière, grâce aux intéressantes recherches du D r Ruault 
de Paris, qui, l'ayant employé avec succès dans les maladies de 
la gorge, a bien voulu, pendant mm dernier voyage en France, 
me communiquer ses notes manuscrites. 

Depuis fort longtemps, j'avais, ainsi que tous mes confrères du 
Caire, constaté l'heureux effet de solutions phéniquées pour enrayer 
la marche du bouton du Nil. Mais les solutions faibles agissaient 
mal, les solutions fortes étaient trop corrosives, surtout quand on 
s'adressait à la peau du visage ou à l'épiderme des femmes et enfants. 

L'emploi de l'acide sulforicinique comme véhicule fait absolument 
disparaître cet inconvénient. Dissous à la dose énorme 20, 30 et 40 % 
dans ce corps, l'acide phéniqué cristallisé perd toute sa causticité, 
il peut être appliqué même sur les muqueuses (la langue par 
exemple) sans produire autre chose qu'une sensation de fraîcheur 
et de brûlure très légère. Ses effets curatifs sont sûrs et rapides. 

C'est à lui que l'on doit donner la préférence. 

Que l'on s'adresse à ce corps ou au naphtol camphré, la technique 
est des plus simples. 

Le médicament est appliqué au pinceau sur la partie malade en 
dépassant d'un centimètre ou deux les limites du mal ; ensuite, au 
moyen de la pulpe du doigt, on pratique pendant deux ou trois 
minutes un massage d'abord léger puis de plus en plus fort. Cette 
petite opération est répétée deux ou trois fois par jour. 

A mm retour en Egypte, au mois d'octobre dernier, j'obtins la 
guérison, en 24 heures, de tous les boutons traités par ce procédé au 
moment de leur apparition, tandisque les boutons voisins évoluaient 
régulièrement et arrivaient à suppuration. 

J'ai noté plus haut que dans certains cas, la maladie avait une 
tendance à se généraliser, alors on ne saurait trop recommander de 
faire l'antisepsie intestinale par le procédé qui a si bien réussi au 
professeur Bouchard dans la furonculose et que j'ai mri-mème 
adopté avec succès au traitement du bouton du Nil. On accompa- 
gnera cette médication interne de grands bains tièdes faiblement 
antiseptiques, car il ne serait pas indifférent d'enduire tout le corps 



— 74 - 

d'une solution phéniquée forte qui, trop rapidement absorbée sur 
une large surface, pourrait, chez certains sujets, produire des 
phénomènes d'intoxication. 

Dirigée avec un peu de soin, cette thérapeutique a produit de si 
bons effets, qu'il m'a semblé utile de la publier. — Je prie ceux de 
mes confrères qui voudront bien l'expérimenter, de me faire 
connaître les résultats qu'ils auront obtenus, et je leur adresse, 
d'avance, mes remerciements. 

Conclusions — 1° Le bouton du Nil est une affection parasitaire 
dont le microcoque a été pour la première fois étudié par Innés et 
moi en 1886. Chantemesse, avec les germes que je lui avais fournis, 
a identifié le microbe avec celui de Biskra, il a pu le produire expé- 
rimentalement chez les lapins et chez l'homme (1887). 

2° L'emploi de la méthode antiseptique abrège la durée de la 
maladie confirmée. — Le traitement par l'acide phénique sulforiciné 
peut même arrêter son évolution. 

M. le D r Hassan pacha Mahmoud fait diverses observa- 
tions au sujet de la communication du D r Fouquet, qui 
amènent celui-ci à déclarer qu'en général, l'eau du Nil est 
le véhicule du microbe, et que, exception nelloment seu- 
lement, ce véhicule peut être la poussière ; mais si l'eau du 
Nil est presque toujours le véhicule, cela ne veut pas dire 
que toute l'eau du Nil soit infectée. 

M. le D r Hassan pacha maintient son opinion que le bou- 
ton du Nil n'est pas contagieux. 

L'Institut se forme en comité secret. 

MM. Hamilton Lang et Saber bey Sabri sont élus membres 
résidants, M. le marquis de Rochemonteix est élu membre 
honoraire. 

La séance est levée à 5 heures et demie. 



- 75 — 



Analyse d'un échantillon de limon du Nil faite par M. Schlœsing 
de l'Institut de France. 



ANALYSE PHYSIQUE POUR 100 DE LDION SEC : 

Cailloux et graviers néant 

Gros sable 20 

Sable fin 59 

Argile 21 



ANALYSE CHIMIQUE POUR 100 DE LIMON SEC : 

Silice 50, 40 

Potasse 1, 10 dont 0,048 soluble dans 

l'acide nitr. très faible 

Soude 1, 20 

Chaux 4, 70 

Magnésie 3, 20 

Alumine 19, 80 

Sesquioxyde de fer 11, 70 

Acide carbonique 0, 91 

Acide phospborique 0, 08 

Eau combinée et matières organiques 8, 2u 

101, 29 



— 76 — 



DISCOURS 



PRONONCES A L'OCCASION DE LA TRANSLATION DU TOMBEAU 
DE MARIETTE PACHA 



I. 

Discours de S. E. Abbate Pacha : 

L'Institut Égyptien, qui a l'honneur d'assister à la solennelle 
inauguration du monument de Mariette pacha, présente à la haute 
mémoire de son ancien et illustre président, ses profonds hommages. 

Autour de ce sarcophage de porphyre, la grande ombre de 
Mariette s'éveille dans notre imagination ; le souvenir de ses œuvres 
renaît dans notre esprit. 

Stat magni hominis timbra ! «Les mânes sont quelque chose la 
mort ne finit pas tout». Ainsi s'exprimait Properce, un des maîtres 
de l'élégie latine, en souvenir de celle qu'il avait aimée et qu'il 
croyait revoir encore dans ses nuits rêveuses... Et, avec Platon, 
elle revit cette âme, c'est-à-dire le rêve, la pensée de cette âme, 
la mémoire, le souvenir d'elle, et qui font de cette âme, l'immortalité 
Vanimorum immortalitas , l'animorum œternitas de Cicéron 
et de Tacite, dans le souvenir des hommes et des générations. 

Salut aux illustres ! Leurs tombeaux n'ont pas de limites res- 
treintes; ils rayonnent, pour ainsi dire, jusqu'aux lointaines régions 
de la terre, par la respectueuse admiration et la mémoire indélébile 
de l'histoire. 

Le tombeau de Mariette, ici, en face du monument qu'il a créé, 
le Musée de Boulaq, est la glorification de l'œuvre et de son créateur. 

La place choisie est là devant son œuvre, devant ces monuments 
qu'il a rendus à la vie et qu'il a interrogés au profit de la sience et 






— 77 — 

de l'histoire de l'humanité : là, entouré des Pharaons qui, à travers 
les siècles, sont venus lui livrer leurs secrets. 

Son œuvre est son domaine ; il l'a conquis au prix de tant de 
peines et de patients labeurs, pour le grand honneur de l'Egypte à 
laquelle il a restitué les parchemins de sa noblesse, de cette 
Egypte ouverte à la civilisation par la pléiade de savants qui y ont 
semé le germe des grandes idées. Et ce domaine, une volonté au- 
guste a daigné le confier aux dignes et latorieux continuateurs de 
son œuvre, d'abord à Maspéro, l'éminent professeur au collège de 
France, à la vaste érudition, et actuellement à Grébaut, savant 
infatigable, intelligemment sec3ndé dans ses travaux par E. Bvugsh, 
l'habile conservateur du Musée. 

Grâce aux souverains de ce pays, qui ont compris que dans une 
contrée omme l'Egypte, le service des sciences et des antiquités 
devait compter au nombre des premiers services publics, Mariette a 
pu arriver au but de la plus grande entreprise archéologique de 
notre siècle. 

Il l'a dirigée, avec un jugement sûr et une fermeté des plus in- 
flexibles, sans faire aucune concessbn à la frivolité des gens du 
monde, à l'exigence du public, à cette vaine recherche des objets 
de musée, qui font dégénérer la science en un banal amusement. 
Aussi, s'était-il surtout imposé de ne jamais enrichir le Musée aux 
dépens des monuments. 

La persévérance avec laquelle Mariette, assisté par le regretté 
Vassalli, se livra, pendant ses dernières années, à l'accomplissement 
de ses vastes projets est d'autant plus méritoire que, pendant cette 
période, il était loin de jouir de cette tranquillité morale et physique 
qui est si nécessaire à l'étude. Les difficultés contre lesquelles il a 
dû lutter, pour arriver aux résultats que l'on onnaît, sont inouïes. 

Depuis plus d'un demi-siècle, les antiquités égyptiennes étaient au 
pillage et ce qui a été détruit est incalculable. Cependant la science 
égyptologique, dès l'époque de l'expédition française, avait pris un 
grand essor; ses éminents travaux l'attestent, Champollbn, le grand 
initiateur, Young, Kosegarten, Rosellini, suivis par une élite de 
savants, avaient dDnné l'exemple en nous laissant des œuvres de 
génie. La nouvelle épopée vint à son tour : Duminken, Lepsius, 
Brugsh, de Rougé, Chabas, Mariette, qui, avec leurs talents excep- 



— 78 — 

tionnels et leurs travaux remarquables, ont largement contribué à 
asseoir la sience égj r ptologique sur des bases aussi sérieuses que 
positives. Mais la création du Musée est le complément de cette 
activité des savants, ou, pour mieux m'exprimer, le couronnement 
de leur grande œuvre. 

Je ne veux rien dire relativement à la vie scientifique de Mariette 
et à la grande découverte de la liste des rois à Abydos, liste qui a 
ajouté un grand nombre de rois dont il n'y a point de trace dans 
Manéthon. Je ne dirai rien non plus des stèles du Sérapéum et des 
êpitaphes d'Apis, découvertes par lui et qui ont permis de calculer 
exactement certaines dates, comme la conquête de Cambyse et 
l'avènement de Psammétique I er . Je n'en dirai rien, messieurs, car 
il me faudrait faire une longue énumération à la manière des temps 
pharaoniques, pour être dans le style égyptien, comme l'auraient 
conçue Qu-gabu et Enna les fameux scribes du règne de Ménèph- 
tah. Du reste, la vie de Mariette est écrite dans ces pages qui nous 
entourent, dans son œuvre, le Musée. De ce Musée, dont il aurait 
pu dire avec orgueil en réalisant son idée : Exegi monumentutn 
œreperennius, monument dont la France, sa patrie, se glorifie à 
juste titre ; cette patrie qu'il a, comme dit Renan, bien servie et 
honorée, et qui lui doit, à son tour d'honorer dans sa mémoire /un 
de ses plus illustres et plus dignes enfants. 

Et l'Egypte aussi s'honore de lui avoir élevé un monument qui, 
par une heureuse c /incidence, se trouve placé aux alentours des 
plus grands monuments du monde, des plus anciens de l'Egypte, 
aux pieds du Sphinx mystérieux et des Pyramides, à l'extrémité de 
la grande pleine de Memphis, illustrée et fouillée par lui, dans ces 
parages qu'il a tant aimés, aux bords de ce Nil qui a charrié les 
immenses trésors de ses découvertes ! 



— 79 — 

IL 

Discours de M. Chélu : 



Mesdames, Excellences, Messieurs, 

On a avancé que les habitants de la vallée du Nil avaient un 
défaut de mémoire particulier à cette antique terre des pharaons; 
que l'on oubliait vite, en Egypte, où l'homme tombé le matin, est 
enterré le soir, où sa mémoire suit généralement, dans le tombeau, 
sa dépouille mortelle et où même les plus favorisés ne laisseraient 
après eux qu'un souvenir aussi fugitif que la trace du voyageur sur 
le sable du désert. 

On ne saurait se ranger à cette opinion, sans commettre à la fois 
une grossière erreur et une grave injustice, aussi bien en ce qui 
concerne le passé que pour le présent. 

En effet, en ce qui concerne le passé, nulle nation n'a témoigné 
plus de respect pour ses morts que le peuple égyptien ; nul, plus que 
lui, n'a voulu perpétuer le souvenir de ceux qui jouèrent un rôle 
marquant au cours des siècles de son hist)ire, souvenir à jamais 
gravé sur les monuments innombrables et quasi indestructibles que 
l'on rencontre à chaque pas sur les bords du grand fleuve d'Egypte. 

Quant au présent, ne voyons-nous pas, autour de nous la mani- 
festation la plus éclatante du respect de l'Egypte pour ceux qui ne 
sont plus ? Et ne sommes-nous pas dans le palais transformé par la 
munificence de S. A. le Khédive, en un temple ou l'honorable suc- 
cesseur de Mariette a rassemblé, avec un soin jaloux et tant d'art, 
les merveilles que nous a léguées une civilisation antérieure peut-être 
à celle de l'extrême Orient et mère, à coup sûr, de celle qui régna 
depuis sur le monde connu? 

Et, bien que près de dix années déjà se soient écoulées, depuis que 
Mariette pacha, trop hâtivement moissonné, trop tôt enlevé à l'affec- 
tion des siens et à l'admiration du monde savant, s'est couché dans 
la tombe, quel est celui, entre tous ceux qui l'ont connu, qui ne se 



- 80 — 

souvienne de cette grande figure, de l'émotion qui s'empara de tous 
les habitants du Caire, sans distinction de nationalité, à la nouvelle 
de sa mort, et de ses funérailles d une magnificence telle, que la 
Capitale n'en avait jamais vu et n'en re verra jamais, peut-être, de 
semblables. 

Qui a oublié qu'en récompense des services rendus à la science et 
à l'Egypte, S. A. le Khédive voulut bien décréter que les cendres 
de ce grand savant, de cet homme de bien, reposeraient sur les bords 
mêmes du Nil qu'il avait tant aimé, près des monuments qu'il avait 
découverts et du Musée qu'il avait créé ? 

Pareil au soldat frappé sur le champ de bataille, Mariette put 
reposer sur cette terre d'Egypte qu'il avait fouillée avec tant d'ar- 
deur et un bonheur qui ne s'est, pour ainsi dire, jamais démenti, sur 
cette terre où il avait voulu revenir pour mourir, et qui fut aussi 
son champ de bataille et son champ d'honneur. 

Mais, depuis Mariette, les recherches de MM. Maspéro et Grébaut, 
continuateurs de son œuvre et ses dignes émules, avaient amené la 
découverte de nouveaux monuments. Les salles du Musée de Boulaq, 
déjà encombrées, devinrent trop étroites ; il fallut songer à les 
remplacer par de plus vastes. 

C'est alors que S. A. le Khédive, avec une générosité dont peu de 
souverains ont donné l'exemple, offrit un de ses palais, le plus beau 
et le plus somptueux, pour abriter les collections, uniques au monde, 
primitivement formées par Mariette. 

Qu'allait devenir le tombeau de l'illustre savant, à la suite du 
déplacement du Musée ? Telle fut la question que se posèrent avec 
anxiété la famille de Mariette pacha, la ville de Boulogne-sur-mer 
où il est né, ses nombreux amis, l'Institut de France et le comité à 
qui l'on doit le magnifique sarcophage dans lequel il repose du 
dernier sommeil. 

De toutes parts, des lettres alarmées affluèrent à l'Agence de 
France. 

Persuadés que l'auguste Souverain de l'Egypte veillait sur la mé- 
moire de celui qui fut son serviteur fidèle et dévoué et animé, de la 
confiance la plus absolue, M. le comte d'Aubigny calma toutes les 
inquiétudes et toutes les anxiétés. Cette confiance fut pleinement 
justifiée et je suis heureux de proclamer que, si à Guizeh comme à 



- 81 — 

Boulaq, Mariette pacha repose à la place d'honneur, c'est grâce à la 
volonté spontanément exprimée de S. A. Thewfik. Pacha, Khédive 
d'Egypte. 

Cette nouvelle faveur, marque royale de haute estime et de solli- 
citude, est de plus un insigne hommage rendu à la science, dont 
Mariette pacha fut un des représentants les plus autorisés, à sa ville 
natale et à son pays, dont il fut un des plus illustres enfants, à 
l'Egypte qui s'honore d'avoir pu compter, au nombre de ses servi- 
teurs, un homme d'un aussi grand talent et d'une notoriété aussi 
universelle et à sa famille, qui m'a confié le difficile honneur d'expri- 
mer ici ses sentiments de profonde et respectueuse gratitude pour 
S. A. le Khédive. 

La famille m'a en outre donné la mission de témoigner sa vive 
reconnaissance à LL. EE. les Ministres et hauts fonctionnaires du 
gouvernement égyptien ; à MM. les membres du comité des Musées, 
qui ont bien voulu rehausser de leur présence l'éclat de cette céré- 
monie ; à l'Institut d'Egypte, dont l'honnorable vice-président, 
S. E. Abbate pacha, vient de retracer en termes si éloquents la vie 
et l'œuvre de Mariette et le rôle prépondérant de son ami illustre et 
à jamais regretté, dans le sein de cette savante compagnie dont il 
présida si longtemps les travaux ; au savant distingué, à M. Grébaut, 
directeur général du Musée, qui s'est efforcé de me faciliter ma 
mission ; aux membres des diverses colonies, qui ont honoré cette 
cérémonie de leur présence, témoignant ainsi en quelle estime et en 
quel honneur, ils tenaient la mémoire du grand savant français. 



III. 

Discours de M. Grébaut : 

Comme un de ces explorateurs dont les cendres, loin de la terre 
natale, reposent au lieu même auquel leur nom s'est attaché, 
Mariette repose à l'entrée du Musée qu'il a créé, loin de sa chère 
ville de Boulogne, de ses compatriotes, si fiers de lui, de la famille 
orgueilleuse de son nom, de la sœur bien-aimée qui lui survit, mais 
qui ne pourra pas déposer une fleur sur son tombeau. 

Institut Egyptien. g 



- 82 — 

L'Institut égyptien vous convoque autour de cette tombe, que 
l'Egypte revendique : l'auguste souverain du pays a ordonné que 
les restes de Mariette pacha, inséparables désormais de ces antiquités 
qu'il appelait les titres de noblesse de l'Egypte, les accompagneraient 
dans la demeure khédiviale qui leur est consacrée. 

C'est que Mariette appartient à la science et à l'Egypte. A force 
de les servir, il leur a donné des droits sur lui. 

Mariette était du petit nombre de ces savants de génie, auxquels 
il est donné d'élargir le domaine d'une science et, en même temps, 
de la rendre accessible au public ; l'égyptologie lui doit sa popu- 
larité. Qui, mieux que lui, a su frapper les esprits, en montrant les 
richesses d'une civilisation prodigieuse par son antiquité? Quel artiste 
a mieux compris et a su mieux faire comprendre l'art des temps 
pharaoniques? Qui a su mieux communiquer son enthousiasme? 

Aujourdh'hui, l'Egypte lui doit un incomparable Musée dont elle 
connaît la valeur. Un service de conservation veille sur les temples 
de la Haute-Egypte. Mais est-il défendu de rappeler les longs efforts 
de Mariette, les difficultés du début ? Un autre que cet homme de foi, 
savant courageux et artiste privilégié, eût-il mené à bonne fin une 
entreprise aussi laborieuse ? 

Modeste héritier de son œuvre, nous ne prenons la parole que 
pour exprimer publiquement notre reconnaissance envers S. A. le 
Khédive, remercier au nom du personnel des Musées et du service 
des fouilles, l'Institut qui honore la mémoire de son ancien président, 
et toutes les personnes venues à cette cérémonie. 

Nous avons pourtant un enseignement à retenir. Les traditions 
laissées par Mariette seront pour nous, dans la mesure de nos forces, 
une règle de conduite. Nous travaillerons à développer ses créations, 
en nous rappelant son exemple. 

Il y a quinze ans, étudiant l'égyptologie, présenté à Mariette, de 
passage à Paris, nous subîmes le charme de cet homme actif, spiri- 
tuel et bon, qui nous traça un plan de travaux et nous abandonna 
le fruit de ses dernières découvertes, des textes inédits, dont la 
traduction parut sous son patronage. 

Alors que nos premiers essais paraissaient sous la recommandation 
de Mariette, qui nous eût prédit qu'un jour, succédant au maître, 
nous deviendrions les gardiens de sa tombe, au milieu de ses anti- 
quités, dans cette Egypte qu'il a tant aimée ! 



— 83 — 

Permettez-moi de vous citer un mot de Mariette mourant. Il était 
en France, en congé, sur le point de se rendre dans une ville d'eau. 
Pour le déterminer à ne rentrer en Egypte que plus tard, son 
médecin l'avertit que, s'il revenait trop tôt il serait en danger de 
mort. Profondément ému, Mariette répondit: «Et vous ne me le 
disiez pas ! Vous m'auriez empêché de mourir dans mon musée ! » 
Deux jours plus tard, il s'embarquait pour Alexandrie et quelques 
mois après, ses amis avaient la douleur de l'ensevelir dans le jardin 
de son Musée de BDulaq. 

Qu'il repose donc en paix, dans ce pays auquel il avait consacré 
ses jours, près du Musée qu'il a fondé, auquel son nom restera à 
jamais attaché, comme un symbole de science de dévouement et 
d'honneur. 



— 84 — 



SÉANCE DU Ix AVRIL 1890 



La séance est ouverte à 3 heures trois quarts. 
Sont présents : 



vice-présidents ; 



S. E. Artin pacha, président; 

Abbate pacha, 

Larmée pacha, 
MM. Barois, trésorier-bibliothécaire ; 

Gavillot, secrétaire général ; 

W. Abbate, \ 

Amici bey, 

bonola bey, 

D 1 ' Gqgniard, 

Tito Figari, 

D r Fouquet, 

Grand bey, 

GuiGON BEY, 

D r Hassan pacha Mahmoud, 

ISMAÏL PACHA EL FALAKY, 

AV. Innés, 
Saber bey Sabry, 
D r Salem pacha, 
Sickenberger, 
Ventre bey, 



> membres résidents. 



M. le consul général des États-Unis assiste à la séance. 






— 85 — 

Il est donné lecture par M. Gavillot, secrétaire général, 
du procès-verbal de la dernière séance. 

M. Ventre im'v demande quels ont été les renseignements 
qui devaient être réclamés à M. Borelli bey pour connaître 
la provenance et le mode de dessication des échantillons 
de limon du Nil, qui ont fait l'objet de l'analyse envoyée 
à l'Institut Égyptien par M. d'Abbadie, qui a été publiée 
à la suite du procès-verbal de la dernière séance. 

M. Gavillot donne lecture de la réponse qu'il a reçue, 
de laquelle il résulte que M. Borelli bey a compris qu'il 
s'agissait de la provenance d'échantillons d'eau du Nil, au 
lieu de limon desséché, qu'il a envoyés à M. d'Abbadie. 
Ces échantillons d'eau ont été pris à l'escalier de Guizeh, 
à trois époques différentes, eau dite verte, c'est-à-dire pen- 
dant l'étiage; ean dite nokta. c'est-à-dire au commencement 
de la crue, et eau dite rouge, c'est-à-dire en plein crue. 
M. Gavillot, en se reportant à la lettre de M. d'Abbadie 
qui commence par cette phrase: «l'Analyse de l'eau du 
« Nil, faite par M. Muntz n'expliquant pas la fertilité 
« traditionnelle de l'Egypte, ce savant espérait qu'on 
« serait plus heureux avec le limon de ce fleuve, j'en ai 
« donc demandé à M. Borelli qui a eu la complaisance 
« de m'en faire expédier un échantillon recueilli au 
« Caire...», en conclut qu'il y a en deux envois faits 
par M. Borelli, un d'eau du Nil et un de limon desséché, 
et que M. Borelli a confondu ces deux envois en répondant 
à la demande de renseignements qui lui été faite. Le 
secrétaire général explique qu'il n'a pas eu le temps de 
mieux préciser sa demande. 



— 86 — 

Ventre bey, après quelques considérations sur les dif- 
ficultés d'avoir des analyses concordantes, par suite des 
différences de temps, de lieux, et des circonstances, 
lorsqu'on prélève des échantillons soit d'eau, soit de 
limon, conclut en faisant remarquer que l'analyse deman- 
dée à M. Shlœsing et telle qu'elle se trouve formulée par 
ce savant chimiste, membre de l'Institut de France est très 
intéressante. Elle n'infirme en rien ce qui a déjà été dit 
des qualités du limon du Nil. Cette analyse, qui ferme à 
13 °/oo près, n'en contient pas moins près de 1 °/ 00 d'acide 
phosphorique, 11 de potasse, 82 de matières organiques, 
des proportions de kl et 9 de chaux ou acide carbonique, 
le tout correspondant à une riche terre arable nitrifiable. 

Le procès-verbal de la dernière séance est ensuite adopté. 

M. Gavillot, invité par le président à communiquer la 
correspondance reçue depuis la dernière séance, donne 
lecture d'une lettre de M. le Président de la communauté 
hellénique d'Alexandrie, qui sollicite pour la bibliothèque 
récemment fondée dans une des salles du collège de la dite 
communauté, une collection des bulletins de l'Institut 
Egyptien, et d'une autre lettre par laquelle M. Osman, 
secrétaire de la Mission Impériale Ottomane, annonce au 
nom de l'auteur, l'envoi pour la bibliothèque de l'Institut 
de deux exemplaires de l'ouvrage en langue turque, sur la 
Chronologie Orientale que S. E. Ghazi Ahmed Mouktar pacha 
vient cle publier. 

M. le D r Abbate pacha fait remarquer que l'ouvrage dont 
il s'agit a une grande importance scientifique, qu'il est 
basé sur des chroniques arabes des plus intéressantes, et 



— 87 — 

que M. Chefik boy a bien voulu promettre d'en communi- 
quer une analyse en langue française. 

Sur la demande de la communauté hellénique d'Ale- 
xandrie, l'Instiut décide qu'une collection des bulletins 
delà nouvelle série sera mise à la disposition de la nouvelle 
bibliothèque du collège hellénique. 

La liste des ouvrages reçus pendant le mois de mars 
comprend, en outre des périodiques habituels et de l'ou- 
vrage de S. E. Ghazi Ahmed Moukhtar pacha : 

Le numéro de février 1890 de la revue mensuelle 77 
Brasile ; 

. Une brochure de M. H. de Brun, intitulée La fièvre den- 
gue en 1889 ; 

Un ouvrage sur les Yachts de course, etc., par M. Raffard ; 

Un atlas du mémoire présenté au congrès par le général 
Pacheco ; 

Un Essai de météorognosie de la ville de Paebla, par Benigno 
Gonzalez ; 

Enfin un volumineux et très important envoi du Minis- 
tère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts de France 
dont la liste ne pourra être communiquée qu'à la prochaine 
séance. 

Les titres des ouvrages annoncés à la séance de mars, et 
reçus de l'Université Impériale de S 1 Pétersbourg et de la 
Société Impériale russe d'archéologie ayant été traduits, le 
secrétaire général en dépose l'état, dont voici la teneur : 

Troisième Congrès international des orientalistes à St. Pé- 
tersbourg, en 1876. — Vol. 1 et 2; 

Dictionnaire pour la chrestomathie arabe et le Coran, par le 
professeur Girgas; 

Dictionnaire Djagaiti-turc, par M. Veliaminoff-Zernof ; 



L 'Empereur Vassili Bogaroboïtza, par le baron de Rosen; 

ChrestomatJiie arabe, par le professeur Girgas et le baron de 
Rosen ; 

Société Impériale Russe d'archéologie , section orientale , 
Vol. 1,2, 3,4; 

Société Impériale Russe aV archéologie, mémoires — in 4° — 
Vol. 9 et 10; 

Recueil d'inscriptions juives, par M. Chwolson ; 

Le Concile de Constance-, 

Catalogue des manuscrits persans, turcs et arabes, de la bi- 
bliothèque de V Université de Saint-Pétersbourg ; 

Notices sommaires des manuscrits arabes du musée asiati- 
que. — l re livraison; 

Kitab ai ahbar at tiival, par Abou Hanifa al Dinaweri ; 

Cantique des Cantiques, par M. Gaétan Kossowicz. 



La parole ayant été donnée à M. le docteur Abbate pacha 
pour faire ses deux communications inscrites à l'ordre du 
jour, M. Abbate pacha donne lecture de deux lettres qu'il 
a reçues de M. Gh. Gravier, ingénieur-électricien, pour 
être communiquées à l'Institut. 

Dans la première, M. Gravier ayant reproduit certaines 
données scientifiques sur la formation des nuages et leur 
résolution en pluie, décrit, d'après lui, le rôle de l'électri- 
cité dans cette formation et surtout dans la condensation 
des vapeurs et indique une théorie d'après laquelle, au 
moyen de pointes électriques, on pourrait arriver à faire 
tomber artificiellement la pluie sur des points déterminés. 

Dans sa seconde lettre M. Gravier indique qu'un essai 
de mise en pratique du système dont il s'agit a eu lieu en 
Amérique au moyen de petit ballons, mais qu'il ignore les 
résultats obtenus. 



— 89 — 

Dans sa seconde communication, M. Abbate pacba en- 
tretient l'Institut des projets d'égouts actuellement à l'é- 
tude pour la ville du Caire. 

Se plaçant au point de vue exclusif de l'hygiène et de la 
salubrité publique, il indique que le système hydraulique 
est le plus dangereux et que le système pneumatique lui 
est de beaucoup préférable. Pour appuyer cette manière de 
voir, M. Abbate pacha entre dans diverses considérations 
techniques et exprime le regret qu'une Commission com- 
posée d'hygiénistes compétents n'ait pas été chargée de 
donner son avis sur les systèmes en présence. 

M. le docteur Hassan pacha Mahmoud observe que cette 
Commission existe et qu'elle fonctionne en ce moment, 
qu'il en fait partie, ainsi que notre collègue M. Grand bey. 
Il assure à M. Abbate pacha que bien que cette Commis- 
sion n'ait pas d'autre mission que d'étudier le système 
d'égouts proposé par M. Latham, elle serait heureuse d'en- 
tendre les idées de M. le docteur Abbate pacha sur ce sujet, 
et l'engage à les formuler et à les communiquer au prési- 
dent de la dite Commission. 

M. Ventre bey fait ensuite sa communication sur l'épui- 
sement du sol et les expériences de M. Dehérain. 

M. Ventre bey attire l'attention de l'Institut sur une 
brochure de M. P. P. Dehérain, membre de l'Institut de 
France, qu'il a reçue de ce savant en échange d'une com- 
munication sur le sol égyptien. Cette brochure est inti- 
tulée : «Recherches sur l'épuisement des terres arables par 
la culture sans engrais ». 



— 90 — 

En J875, époque de la création des champs d'expérience 
de Grignon, M. Dehérain réserva quelques parcelles qu'il 
laissa pendant douze ans sans engrais, et sur lesquelles il 
fit faire les mêmes cultures (céréales, légumineuses etc.), 
que sur les autres parcelles régulièrement fumées. Les 
parcelles sans engrais ne donnèrent plus en 1887 que 
10,000 à H, 000 kilog. de betteraves à l'hectare, au lieu 
de 35,000 à ftO,000 qu'on obtenait sur les terres voisines, 
et seulement de misérables récoltes de 3,500 à 3,000 kilog. 
de trèfle (bersim) en 1888 et 1889, au lieu de 15,000 sur 
les terres fumées. Il procéda alors à l'analyse comparée de 
ces terres afin d'en déduire quels étaient les éléments dont 
la disparition amenait cette diminution énorme dans les 
récoltes, ci il constata que l'acide phosphorique assimilable 
et la potasse ne manquaient pas, tandis que la matière 
organique, l'humus soumis à une oxydation énergique 
par les labours répétés, avait diminué de plus de moitié. 
Ces résultats sont bien conformes à ceux constatés par 
Ventre bey dans la Haute-Egypte et relatés dans ses der- 
nières communications. 

M. Ventre bey passe ensuite en revue les diverses hypo- 
thèses connues, et que'M. Dehérain discute, sur le rôle que 
remplit dans le sol cette matière organique : J°la matière 
organique contribue à maintenir dans le sol des réserves 
d'humidité ; 2° elle est une source de nitrates, et quand 
elle fait défaut, l'alimentation de la plante n'est plus as- 
surée ; 3° elle est une source d'acide carbonique qui peut 
être absorbée directement par la plante ou servir à la so- 
lubilisation des éléments insolubles, qui diminue d'impor- 
tance à mesure que l'épuisement de la matière organique 



— 91 — 

est plus complet ; 4° enfin, la matière organique solublc du 
sol est un aliment indispensable à certaines espèces végé- 
tales, et pour la confirmation de cette dernière hypothèse, 
l'auteur relate l'expérience de la végétation de deux bet- 
teraves à sucre cultivées, l'une dans une terre riche en 
matières organiques, pesant 730 grammes et renfermnant 
61 grammes 60 de sucre, et l'autre dans une terre pauvre 
en humus, mais additionnée d'engrais soluble, nitrates, 
phosphates, etc., qui ne pesait plus que 165 grammes et 
ne contenait plus que 10 grammes 12 de sucre. 

En résumé : 1° Une terre épuisée par la culture est sur- 
tout appauvrie en matière organique, ce qui résulte de la 
diminution du carbone qu'on y rencontre ; 2° la matière 
organique soluble doit faire partie des éléments de certaines 
plantes conjointement avec les nitrates, phosphates, etc. ; 
3° c'est à l'absence de la matière organique dans les terres 
appauvries par la culture sans engrais qu'il faut attribuer 
la faiblesse des récoltes qu'elles fournissent, quand bien 
même tous les autres éléments, potasse, acide phosphori- 
que, chaux, etc., s'y rencontrent avec abondance. 

M. Ventre bey ajoute, enfin, qi \ si ces conclusions sont 
vraies à la latitude de Grignoi/, ouus le climat de Seine- 
et-Oise, elles doivent s'appliquer avec bien plus de raison, 
et d'une façon générale, à l'Egypte, dans cet air sec, em- 
brasé, sous ce soleil chaud, brûlant, dans ce pays où la 
combustion, destruction de l'humus ou matière organique 
du sol, ne peut être que plus active, et où, à cette destruc- 
tion naturelle, vient encore s'ajouter celle résultant des 
pratiques agricoles, qui ont fait l'objet des précédentes 
communications de fauteur. 



— 92 - 

A l'issue de cette communication l'Institut se forme en 
comité secret. 

M. Barrière bey, ingénieur, est élu membre correspon- 
dant, à l'unanimité des membres présents. 

La séance est levée à 5 heures */ 4 • 



IS, 



93 



SEANCE DU 2 MAI 1890 



La séance est ouverte à 4 heures un quart. 
Sont présents : 



S. E. Artin pacha, président; 

» Abbate pacha, vice-président ; 
MM. Gayillot, secrétaire général ; 

W. Abbate, 

D r Cogniard, 

D r FOUQUET, 

Franz pacha, 

Grand bey, 

W. Innés, 

Ibrahim bey Mustapha, 

ïsm4ïl pacha el falaky, 

Saber bey Sabri, 

Ventre bey. 



membres résidents. 



Il est donné lecture du procès-verbal de la dernière 
séance. 



S.E. Abbate pacha, tout en reconnaissant l'exactitude et le 
soin apportés à la rédaction des procès-verbaux des séances, 
se plaint qu'en rendant compte de sa communication re- 
lative aux moyens de produire artificiellement des pluies 



— 94 — 

dans un endroit déterminé, on ait omis de rapporter les 
considérations développées par lui après avoir donné lec- 
ture des lettres de M. l'ingénieur Gravier ; il demande 
donc à compléter le procès-verbal de la dernière séance 
par l'adjonction de la note suivante : , 

A la suite de la lecture des lettres de M. Gravier, M. le 
docteur Abbate pacha a ajouté les réflexions suivantes : 

Le vaste champ d'expériences sur l'action puissante des pointes 
métalliques, dirigées de la terre dans l'atmosphère environnante, a 
été et est toujours en exploration par les savants et les météorolo- 
gistes. L'idée de son application par M. Gravier, idée au point de 
vue théorique, quoique très ingénieuse, n'est pas nouvelle. En effet, 
M. Gravier lui-même en convient déclarant nettement qu'en Amé- 
rique on vient d'essayer des ballons avec des pointes métalliques, 
lancés dans l'atmosphère dans le but de provoquer de la pluie. 

Dans le siècle dernier, en France, le physicien Bertholon pro- 
pose de fixer des barres métalliques en pointe, pour garantir les 
environs d'une localité des tremblements de terre. 

Les professeurs Santini et Dal Négro, au premier quart du siècle 
présent, appliquèrent, avec résultat très satisfaisant, les pointes mé- 
talliques dans une campagne pour la garantir des grêlons. 

Moi ici, en Egypte, j'ai fait des expériences à un autre point de 
vue, et j'ai adressé à ce sujet, en 1850, à Y Académie royale de 
Turin un mémoire intitulé : Les équilibreurs cosmo-telluriques. 
Quelque temps après, Quetelet père et fils se sont occupés des 
mêmes expériences. 

La question reste maintenant ouverte. 

Sous le bénéfice de cette observation, le procès- verbal 
de la séance du k avril 1890 est adopté. 

M. Gavillot donne ensuite communication de la corres- 
pondance reçue depuis la dernière séance, qui comprend 



— 95 - 

une Lettre de remerciements de M. Je marqnis deRoche- 
menteix pour sa nomination de membre honoraire, une 
demande d'échange de la collection des bulletins de l'Ins- 
titut contre la collection des annuaires de statistique de la 
province de Buenos-Ayres, et une lettre de M. Barois, 
secrétaire général du Ministère des Travaux publics, ac- 
compagnant l'envoi à l'Institut de la carte de la ville de 
Ramleh, dressée par les ingénieurs du dit Ministère et 
éditée par l'Imprimerie nationale de Boulaq. 

Le secrétaire général est chargé d'accuser réception et 
d'adresser les remerciements de l'Institut pour le don de 
la carte de Ramleh ; le bureau examinera ultérieurement 
la demande d'échange proposée par M. le directeur général 
de la statistique de la province de Buenos-Ayres. 

En outre des publications périodiques habituelles et du 
plan de Ramleh, l'Institut a reçu du Ministère des Travaux 
publics de S. A. le Khédive, le catalogue de la bibliothè- 
que de Darb-el-Gamamiz en k volumes, et de divers une 
brochure Sur certains rapports entre l'Arabie heureuse et l'an- 
cienne Egypte, par le D r Schweinfurt ; une autre brochure 
intitulée : La société, l'école, le laboratoire et le musée Broio 
par le D r Topinard, et enfin une dernière brochure sur 
Différentes formes de grêlons observés au sud-ouest de la Russie, 
parle professeur Klossowsky. 

La liste des ouvrages reçus, par les soins de l'École 
française d'archéologie du Caire, du Ministère de l'Instruc- 
tion publique et des Beaux-Arts de France, est ensuite 
communiquée à l'Institut qui, vu l'importance et la valeur 
des ouvrages qu'elle comprend, décide qu'elle sera publiée 
in-extenso à la suite du procès-verbal de la présente 
séance. 



— 96 — 

M. Saber bey Sabri est ensuite invité par M. le président 
à faire sa communication sur les Défauts du système d'arpen- 
tage à la kassaba et les corrections à y faire : 

Il est évident que dans un pays comme l'Egypte, où l'agriculture 
est la seule source de richesse de la population, les principes de l'art 
de l'arpenteur devaient être connus depuis les temps les plus reculés. 

Il est impossible d'admettre le contraire, car si l'on suppose que 
les principes de cet art n'y étaient pas connus, on ne s'expliquerait 
pas comment les terrains cultivables étaient partagés entre les cul- 
tivateurs et comment les impôts, dont ces terrains étaient taxés, 
pouvaient être appliqués d'une manière juste et proportionnelle. 

On doit donc admettre que l'Egypte, comme du reste tous les pays 
agricoles, avait son système d'arpentage et que ce système devait 
être assez exact et assez complet pour résoudre toutes les questions 
relatives aux surfaces des terrains. 

Or un système d'arpentage ne pouvant être exact qu'en étant 
basé sur des principes géométriques véritables, il est hors de doute 
que les arpenteurs égyptiens de l'antiquité se servaient de métho- 
des qui, quoique pratiques, devaient toujours être basées sur des 
théorèmes géométriques réels. 

Du reste, leurs monuments et leurs ouvrages si parfaits ne laissent 
aucun doute à ce sujet. 

Considérons à présent les méthodes d'arpentage employées par les 
arpenteurs coptes modernes, connus sous le nom de massa/unes. 

Ces méthodes, quoique reconnues fausses, ont dû être acceptées 
comme exactes par notre gouvernement, car c'est suivant elles que 
tout le territoire égyptien a été mesuré, pour la première fois, dans 
le temps du grand Mehemet Aly. 

C'est dans le but de changer ce système défectueux que le gou- 
vernement égyptien avait institué un service du cadastre, qui 
n'aurait pu rendre de vrais services qu'après un temps assez long, 
puisqu'il s'agit de faire l'arpentage et les cartes cadastrales de tout 
le pays. 

Le gouvernement se trouve donc obligé, jusqu'à ce moment, d'a- 
dopter l'arpentage des massahines, faute d'un autre système plus 



— 97 — 

exact, et parce qu'il est plus expéditif et moins coûteux que ceux 
auqùels il faudrait avoir recours. 
Le but que je me prop >se, par la présente notice, est de montrer 

non seulement les défauts du système «les massahine? et les limites 
des erreurs dont il est susceptible, mais aussi d'établir un moyen 
pratique de correction à appliquer à ce système, de manière qu'un 
arpenteur copte ordinaire, employant toujours son système de me- 
surage avec le kassabah et sa méthode ordinaire de calcul impar- 
faite, pourra, avec notre procédé de correction, trouver la surface 
géométrique exacte de tous les terrains qui pourront lui être donné 
à mesurer. 

Je me proposerai de démontrer d'abord l'inexactitude du problème 
et ensuite de donner les moyens de corriger cette inexactitude. 

Erreur du système des massahines. 

Pour déterminer la superficie d'un terrain quelconque donné, 
quelle que soit sa figure et le nombre de ses cotés, les arpenteurs 
coptes emploient toujours une règle générale consistant à diviser la 
surface à évaluer en un certain nombre de triangles où de quadri- 
latères et, après en avoir calculé la surface par les méthodes fausses 
que nous indiquerons plus bas, ils les ajoutent pour avoir la surface 
totale demandée. 

Je n'ai pas besoin d'ajouter que la méthode de décomposition n'est 
pas fausse, et que l'erreur principale du système consiste seulement 
dans la manière de calculer les surfaces partielles ci-dessus indi- 
quées. 

Surface du triangle. 

Lorsque les massahines ont à calculer la surface d'un triangle 

a quelconque, comme a b c, ils mesu- 

| nn^ rent ses trois côtés, A B C, et multi- 

\\. plient la moitié du plus petit coté, 

11 ! N \ ^~\c considéré comme base, parla demi- 

\ ^s. somme des deux autres côtés. 

__; \ _^>/, Si nous appelons S la surface du 

triangle quelconque donné et en 

Institut Egyptien. 7 



— 98 — 

supposant que A est son plus petit côté,, nous aurons, d'après leurs 
métlnde. 

c A B + C 

Or, cette expression est tout à fait erronée comme nous allons le 
démontrer ; 
On sait que la surface du même triangle considéra serait 

s = |x H 

H étant la hauteur du triangle. 

Pour que la première expression soit exacte, il faudrait que l'éga- 
lité suivante soit réalisée 

A A B + C 

"2 X ~2 X 2 

Ce qui n'est pas vrai, car il est à la connaissance de tout le monde 
que la perpendiculaire H est plus petite que chacune des obliques 
B et C prise à part. 

C'est à dire que 

H < B 

et H<c 

En ajoutant ces deux inégalités on aura 

2 h < B + ç 
et en divisant chacun des membres par 2 on a 

H< — 2— 

et enfin en multipliant les deux membres par g on aura 

Donc pour le triangle, la valeur de la formule -^ X — i— adoptée 
par les massahines est toujours plus forte que celle de la superfi- 
cie réelle ■* x K. 



Évaluation de l'erreur dans le système des massahines. 

La discussion des deux formules précédentes nous donnera les 
moyens de trouver : 
1° La différence des superficies calculées suivant chaque système 




,,'_A A + A _ A 2A_A2 

b_ 2 X 2 ~2 X 2 _ 2 

_. A „ A w , l~ A3" A2 /3 



— 99 - 

et pour les diverses positions qu'un triangle peut prendre dans la 
pratique. 

Ceci nous permettra évidemment de trouver les limites et l'im- 
p irtance de l'erreur du système des massahines. 

2° Le rapp >rt qui existe entre les surfaces calculées par les deux 
formules ci-dessus indiquées. 

Examinons d'abord le cas du triangle dans sa 
forme la plus régulière, c'est-à-dire le cas d'un 
triangle équilatéral comme celui dont le côté 
est A. 

Appelons toujours H la hauteur du triangle, S 
sa surface dans le système géométrique, S' sa sur- 
face dans le système des massahines et nous aurons 

+ A _ A 2A _ A_2 

2 ~ 2 X 2 — 2 

et par conséquent 

*- s =¥-tVÎ=I(* : v / ^') 

En appelant D la différence S' — S et en réduisant le second 
membre nous aurons sensiblement 

D=^ x 0.134 = 0.067 A* 

Cette expression nous montre : 

1° Que la différence entre les deux systèmes, c'est-à-dire l'erreur 
qui existe dans le système des massahines, pour le triangle équilaté- 
ral, est une fonction de son côté A ; 

2° Que cette erreur augmente avec ce même côté, c'est-à-dire 
que plus le triangle est grand, plus sa surface calculée par la mé- 
thode des massahines est loin de la vérité ; 

3° Le minimum de la différence D se réalise lorsque A = o, et 
dans ce cas. D serait égal à zéro, c'est-à-dire que les deux systèmes 
ne s'accordent que dans une seule supposition théorique irréalisable 
en pratique. 

Le maximum de D serait pour le cas ou A = oo. 

Pour montrer l'importance de l'erreur du système, supposons un 



— 100 — 

triangle équilatéral de cent kassabahs de côté, la valeur de la diffé- 
rence sera : 

D = 0,067 x ÎÔO 2 = 0,067 x 10000 = 670 ka,ssabat}S 2 
Le système des massahines donnerait donc une différence de 670 
kassabahs carrés ou plus de deux feddans sur 15 feddans (surface 
du triangle donné dans le système des massahines), différence im- 
portante et inacceptable. 

Il faut remarquer, en outre, que le triangle supposé est pris dans 
sa position la plus régulière. 



Triangle isocèle. 

Dans le triangle isocèle, l'erreur devient quelquefois plus grave 
que dans le triangle équilatéral. 

Appelions : 
A la base ; 
^ B chacun des côtés égaux ; 
H la hauteur du triangle ; 
S' sa surface d'après les massahines ; 
S sa surface réelle ; 
n le rapport -r entre le côté et la base ; 
Nous aurons : 

A H + R A _ A . A 2 

S' = w x Z = «■ X B — — x A n = -g- n 




et d'un autre côté 



«4*»4^-I4\%-f 



ou 



ou encore 



s=fvM^; 



s^ V /„ 



2 — 0.25 



et par conséquent 



S' '-- s = ù = j-{ " ~ \/" 2 _ °'" ;3 ) 



- 101 — 

De cette dernière expression nous pouvons conclure : 

1° Que la différence D, comme dans le cas précédent, ne s'annule 
que dans deux positions théoriques qui ne se réalisent pas dans la 
pratique, c'est à dire lorsque A — o et B = o. 

2° Que la différence D existerait dans toutes les positions possibles 
que peut prendre un triangle isocèle en pratique, c'est-à-dire tant 
que ses côtés ont une valeur réelle au dessus de zéro. 

3° Que cette différence est une fonction de la base A et du côtéB; 

A I 

elle atteint son maximum quand B = ^> c'est-à-dire quand n = ^— 0.50, 

\- 
et dans ce cas D serait égal à : ,- = 0.25 A. 2 . 

Exemple: — Un triangle isocèle de 100 kassabahs de base et de 
52 de côté, aura pour superficie réelle 713.5 kassabahs carrés, tandis 
qu'un massah donne pour surface du même triangle 2600 kassabahs 
carrés, soit presque le quadruple de la surface réelle du triangle. 



Triangle quelconque. 

Considérons maintenant le cas le plus générale d'un triangle 
quelconque et appel 3ns : 

A le plus petit côté, 

B son côté moyen, 

G son côté le plus grand, 

H la hauteur du triangle 

S, S' et D ayant les mêmes significations 

que précédemment. 
Et suppos ms que 




p. 



c. 



d'où 



— = n et— = /*' 

A A 



B = A/ictG= A n' 
D'après ce que nous avons vu plus haut nous aurons. 



c , A 



Aft+.V«' 



A- 



D'un autre côté, nous savons que gé nnétriquement 
S = \/q (q - A) ( 7 - B) ( 7 - C") 



(1) 
(2) 



— 102 — 
q représentant la moitié du périmètre du triangle donné, c'est-à-dire 

A +B + G _ A(1 + 11 +ii-) 
2 . ~~ 2 

Dans la formule (2) remplaçons q, B, G, par leurs valeurs respec- 
tives et nous aurons 

/A (1 + n -f ri) x A (n + ri — 1 ) x A (1 + n' — 7*; x A (1 -f n — ri') 



•V 



16 

En réduisant nous aurons 



s = T\/[(^«') 2 -l] [\-(ri-nf-] (3) 

En retranchant la formule (3) de la formule (1) on aura 

S' - S = D =^- 2 [(« + ri) - y/[(/t + rif - 1] [1 _ (ri - /O 2 ]] 

De cette formule il résulte que 

1° La différence ne s'annule que lorsque A = o. Cas non réalisable 
en pratique. 
2° Cette différence serait minimum lorsque « = »' = <> et dans ce cas 

A 2 

la différence est D = -j-, ce qui devrait être, car le triangle devient 

isocèle. 
3° Il serait maximum dans les deux cas suivants : 

1° quand ri = n + 1, 

2° quand ri = n — 1. 
Dans la première supposition 



et dans la seconde 



A 2 V 2 

D=^-(n + ri) = - r (2n + \) 



A 2 A 2 

D = ±-(n + ri) = ^(2/1-1) 



Pour apprécier l'importance de l'erreur de la méthode des massa- 
hines quand le triangle est quelconque, c'est-à-dire quand ses côtés 
sont inégaux, supposons un triangle dont les longueur des côtés 
sont 100, 101, 200.5 kassabahs. 

La surface réelle de ce triangle est de 701.1 kassabahs carrés, 
tandisque les massahines donnent pour la même surface 7537.5 
kassabahs, c'est-à-dire plus de dix fois la surface réelle. 



— 103 — 



Quadrilatère. 



Dans le système d'arpentage des 
massahines, toute surface telle que 
a\ b, c, cl limitée par quatre droite 
comme a b — .C, b c = A, c d = D 
et cl a = B, quelle que soit sa nature, 
rectangle, carré, parallélogramme, 
losange, trapèze ou quadrilatère, a 
pour mesure la demi-somme des 
deux côtés oppjsés par la demi-somme des deux autres côtés, c'est- 
à-dire que 

s . = A+g x £+£ (1) 




Une telle expression ne peut évidemment être exacte que dans 
deux cas particuliers savoir : 

1° Quand la figure est un rectangle. 

2° Lorsque la figure est un carré. 

En effet, dans le premier cas, l'on sait que la surface du quadri- 
latère a géométriquement pour mesure l'expression suivante 

S=BXH 
B et H représentant la base et la hauteur du rectangle. 

Or. si n)us posons dans la formule (1) 

A = B et G = D = H, le quadrilatère étant devenu un rectangle, 

on aura en abrégeant 

è. 2B 2H _ „ 

D'où il résulte que 

S'=S = B x H 

Pour le second cas, lorsque le quadrilatère est un carré, les 

cotés A, B, C, D, étant tous égaux, la formule (1) devient 



S': 



A A + A 
— X s 



A X A 



A2 



Cette expression est tout à fait identique à celle que nous donne 
la gé miétrie pour la surface d'un carré dont le côté est A. 

D'où l'on peut conclure que lorsque le quadrilatère est un rectan- 
gle ou un carré, la surface calculée par la méthode des massahines 
est la même que celle résultant de la mesuration géométrique. 



— 104 — 

Mais en dehors des deux cas précédents, la formule (1) adoptée 
par les massahines ne donnerait que des résultats faux et absurdes. 

Car il est évident que dans tout autre quadrilatère non rectangu- 
laire, la connaissance des quatre côtés seulement ne suffit pas pour 
déterminer la surface de la figure. Calculer cette surface en fonction 
des côtés du quadrilatère, comme le font les massahines, serait donc 
tout à fait ridicule et faux. 

Je n'ai pas besoin de dire que, pour établir exactement la valeur 
et l'étendue de l'une de ces surfaces, il serait toujours indispensable 
de connaître au moins l'une de ses diagonales, qui, en divisant le 
quadrilatère donné en deux triangles, permettrait d'en fixer exac- 
tement la valeur et l'étendue. 



Avantages attribués au système des massahines et corrections 
auxquelles il peut être soumis. 

Quoique ce système ait tous les défauts que nous venons de décrire, 
les partisans du dit système lui reconnaissent néanmoins les avan- 
tages suivants qui, selon eux, le font adopter par les cultivateurs, 
les propriétaires et par le gouvernement même. Ces avantages 
consistent : 

1° En ce que le problème ne nécessite, en fait d'instruments, que 
la kassabahs. 

La kassabah est l'unité de longueur chez les massahines ; elle 
c insiste en une perche de 3 m £5 de long, formée d'un roseau ou d'une 
branche de palmier. 

Tout cultivateur ou massah peut confectionner lui-même cette 
perche. 

2° En ce qu'il ne demande que l'application des quatre règles 
de l'arithmétique. 

Ces calculs élémentaires sont à la hauteur des connaissances en 
arithmétique de tout massah ou de tout cultivateur intelligent, qui 
parfois les font mentalement. 

3° En ce qu'il est plus expéditif et donne les surfaces au fur et à 
mesure de la mesuration, sans qu'il soit besoin d'en relever le plan. 

4° En ce qu'il exige enfin une dépense inférieure à tout autre 
système. 



— 105 — 

On voit donc que la méthode des massahines est douée de quelques 
avantages qui la feraient, peut-être, préférer aux méthodes géomé- 
triques si elle n'avait ce défaut inhérant de l'inexactitude. 

Dans mon opinion, une méthode pareille pourrait hien rendre des 
services véritables, si l'on pouvait, par un moyeu de correction 
exact et rationnel, la mettre dans les mêmes conditions d'exactitude 
que le sj-stème géométrique. 

La comparaison de ce dernier système avec celui des massahines 
m'a conduit a trouver, pour celui-ci, une méthode de correction 
aussi simple que pratique et pouvant être employée par les massa- 
hines eux-mêmes. 

C'est la recherche de cette méthode de correction, que j'expli- 
que ci-après, qui a été le but de mon étude. 



Correction du système des massahines^ 

Dans le mode de correction que j'ai adopté, je me suis basé sur le 
principe pratique suivant : 

Tous les terrains pouvant se présenter au mesurage de nos arpen- 
teurs ne peuvent avoir que l'une des quatres formes suivantes : 

1° Un carré ; 

2° Un rectangle ; 

3° Un triangle; 

4° Un quadrilatère ou un polygone quelconque. 

Or, dans les deux premiers cas, il n'y a lieu de recourir à aucune 
correction, puisque, comme nous l'avons prouvé, la méthode des 
massahines s'accorde exactement avec celle des géomètres. 

C'est dans le troisième et le quatrième cas que le système des 
massahines est faux et incomplet. Mais, comme un polygone quel- 
conque peut toujours être divisé en deux ou plusieurs triangles et 
que la somme de leurs surfaces est égale à la surface totale du 
quadrilatère ou du polygone donné, on voit que le quatrième cas 
peut être ramené au troisième et le moyen de correction à trouver 
ne devrait porter que sur les triangles seulement. 

Nous aurons donc a examiner successivement le moyen de c ><r- 
rection à appliquer à chaque nature de triangle : équilatéral, isocèle 
ou quelconque. 



106 - 



Triangle équilatéral. 



Par ce qui précède, nous avons vu que la surface d'un triangle 
équilatéral aj-ant A pour côté, a géométriquement pour valeur 

/3 



A.2 X 



(1) 
et par la méthode des massahines 

S' = £ (2) 

Comparons maintenant les deux expressions et cherchons à pré- 
sent la valeur du rapport ^ entre la surface réelle S du triangle et 
la surface S' calculées par les massahines. 

Nous appellerons toujours R ce rapport et on l'obtiendra en divi- 
sant la formule (1) par (2) et nous aurons 



D où l'on trouve que 



Af A /3 

S 2 Vï • / 3 



= ^1 = 0,8660 



S- Il S' = 0,8660 S' 

et on peut conclure que : 

La surface d'un triangle équilatéral étant donnée par la rhéth >de 
des massahines, on peut toujours en trouver le valeur géométrique 
en multipliant la première surface, celle des massahines, par un 
coefficient fixe 0,8660, que j'appelle coefficient de correction. 

2 J Le coefficient donné est constant quelle que soit la grandeur du 
côté du triangle donné. 

Exemple : 

Supposons une étendue de terrain en forme de triangle équilaté- 
ral, de 50.5 kassabahs de côté, le massah, d'après sa méthode trou- 
verait pour la surface 

<■ — '*t — •2^2" = 1275. 125 kassabahs carrés 
2 — 2 

Or le même massah, pour déterminer la surface réelle de son 
terrain, n'aurait qu'il multiplier par notre c (efficient 0.8660 1e 
chiffre qu'il aurait tro ivé, et il aurait définitivement pour surface 
S= 1275.125 x 0.8660 = 1104.258 kassabahs carrés 



- 107 - 

C'est-à-dire 1104 et l / À de kassabahs carrés au lieu de 1275 et l / g . 

On voit donc que rien n'est plus facile pour un massah que de 
corriger les surfaces qu'il calcule par son système. Cette correction 
consistant en une simple multiplication avec trois chiffres décimaux. 



Confection du triangle isocèle. 

Dans le triangle isocèle nous avons trouvé que la surface géomé- 
trique a pour expression 



s = 



A2 



TV" 



0.25 (1) 



La même surface dans le système des massahines a, par contre, 
pour expression 

S' = 4» (2) 

Les lettres dans ces deux expressions ayant les mêmes significa- 
tions que précédemment. 



En mettant ici 



Nous aurons 



s 

S'= R 



S = S'R 

Cette égalité montre que la surface réelle du triangle donné est 
égal à sa surface, par le système des massahines, multipliée par un 
coefficient R égal au rapport g; 

Pour déterminer ce rapport, divisons l'expression (1) par la valeur 
(2) et nous aurons 

S _ -f* y/1J=Ûïb _ V/n* - 0.25 _ . H* — ° 25 

On voit donc que le rapport R dans le triangle isocèle n'est plus 
constant comme dans le triangle équilatéral et qu'il varie avec le 
rapport » = -centre le côté B du triangle isocèle et sa base A. 

Examinons à présent quelles sont les limites entre lesquelles n 
peut varier. 

Il est évident que n ne peut, en diminuant, être moindre que g 
et qu'en pratique, cette valeur de n ne peut même pas atteindre 
cette limite. 



— 108 — 

Car, dans ce cas, chacun des côtés B du triangle serait égal à la 
moitié de sa base et coïnciderait par conséquent avec celle-ci. La 
surface du triangle deviendrait donc nulle. 

Ceci peut se démontrer par le calcul en faisant » =g dans la for- 
mule 

; -'n* — 0.2ri _ y/(.;)« — Q.25 _ 



R = 

et par conséquent 



s = S' x O : 



La limite vers laquelle n tend à s'approcher en augmentant sans 
pouvoir jamais l'atteindre, corresponderait a. /i = ©o. Dans ce cas 
R serait égal à l'unité et les deux surfaces S et S' seraient égales. 

Entre les limites ci-dessus indiquées, n peut donc avoir toutes les 
valeurs possibles et le rapport R ou le coefficient de correction pour 
le triangle isocèle peut aussi avoir des valeurs correspondantes 
comprises entre le zéro et l'unité. 

Pour déterminer les valeurs de ce coefficient dans le cas qui se 
présentent dans la pratique, les seuls qui nous intéressent ici, j'ai 
calculé toutes les valeurs que ce coefficient aurait. 

1° Lorsque n varie de centième en centième depuis n — 0.50 jusqu'à 
n -— 3, c'est-à-dire pour des valeurs de n = 0.50, 0.51, 0.52,0.53.... 
jusqu'à n ±= 3. 

2° Lorsque n varie de dixième en dixième depuis n == 3 jusqu'à 
n = 10, et enfin 

3° Lorsque n varie d'une unité à une autre depuis n = 10 jusqu'à 
n = 100. 

La table N° (1) jointe ci-après donne les résultats de ces calculs. 
Dans la première colonne sont indiquée les valeurs de n et dans la 
secondé celle de R qui leur correspondant. 

Pour se servir de cette table, le massah qui, d'après son système, 
a trouvé que la surface d'un triangle isocèle est de s' kassabah car- 
ré n'a, pour corriger cette surface, qu'à diviser la longueur du côté 
de son triangle par celle de sa base, le quotient de la division lui 
donnerait la valeur de n cherchée. 

Ce calcul peut être fait facilement et souvent mentalement. 

Cette valeur de n une fois trouvée, il chercherait dans notre table 
N° (1) le coefficient de correction qui lui correspond, ce coefficient 



— 109 — 

multiplié par s' lui donnerait la surface réelle s du triangle con- 
sidéré. 
Exemples: 

1" Etant donné un triangle isocèle dont chacun des côtés égaux 
est de 75.5 kassabahs et dont la base est de 11G.1 kassabahs, sa sur- 
face d'après les massahines serait de 4382.775 kassabahs carrés. 

Pour en trouver la surface exacte, on diviserait 75.5 par 11G.1 et 

le quotient 0.G5 serait la valeur de n. 

i; 
En cherchant alors dans la colonne des rapport n = -v ce nombre 

0.65, on trouvera le coefficient de correction R. 

En multipliant ensuite ce coefficient par le nombre 4382.775 déjà 

trouvé, on aurait 

S = 4382.775 x 0.63809 = 2796.60 kassabahs carrés. 
surface exacte du triangle donné 

2° Un triangle isocèle ayant le côté B = 9 1. 4 kassabahs et la base 
A = 8 kassabahs, aura p >ur surface s'. 

S' = 377.6 kassabahs carrés; 
Pour corriger cette surface mettons 

B 94.4 

Comme cette valeur de n n'existe pas dans notre table, on prendra, 
par approximation, vu que notre table n'est pas encore étendue 
assez, la valeur qui s'en rapproche le plus, soit n = 12 et multi- 
pliant 0.9991, coefficient qui lui correspond, par 377.6 on aurait 
S = 377.6 X 0.9991 = 377.26 kassabahs carrés. 

On voit donc par cet exemple que, si la différence entre les deux 
surfaces S' et S n'existe que dans les décimales seulement, cela 
tient, comme la table le démontre à ce que plus le rapport t = " est 
grand, comme dans l'exemple qui nous occupe, plus le coefficient 
de correction H se rapproche de l'unité. 

Dans ce cas, la différence entre les surfaces calculées par les deux 
méthodes diminuera d'importance et elle tendrait à s'annuler pro- 
gressivement. 

Remarque. — Il résulte de l'exemple que nous venons de donner 
que dans le triangle isocèle, lorsque le coté B dépasse 12 fois la base 
A, l'erreur dans le système des massahines diminue d 'importance 
et serait moindre qu'un millième de la surface calculée par ce 
système. 



— 110 — 

Par contre, cette différence serait moindre qu'un dix-millième de 
la surface calculée, lorsque le côté serait égal ou supérieur à 35 fois 
la base. 

Cette observation n'a pas échappa aux massahines, et c'est en la 
considérant qu'ils préfèrent, autant que cela leur serait possible, de 
diviser les terrains à mesurer en triangles isocèles très allongés, 
dont la longueur des côtés est très grande par rapport à celle de la 
base. 



Correction de la surface d'un triangle quelconque. 

Nous avons vu plus haut que la surface géométrique S d'un trian- 
gle quelconque est 

s = ^ y/[0' + /0 2 - 1] [i - W - «)'] 

et que la surface S' du même triangle d'après les massahines est 

s ' = t{ h ' + ' 1 ) 

En divisant la première expression par la seconde pour en déduire 
ainsi le rapport 

ou le coefficient de correction, nous aurons 

_ 4- 2 \/\{n' + nf — 1] [1 — (tï - nf\ = / [(/<'+ ») 2 — 1| [i - rï - ,7f\ 
R ~ *£ ( n > + n ) V {n' + nf 

et en abrégeant on aura 

— (/*' — n)* 



'^^-«"-"«-^w 



Cette expression permet de calculer les différentes valeurs que le 
coefficient R peut avoir pour les divers aspects d'un triangle quel- 
conque et en former ainsi une table semblable à celle que nous 
avons fait pour le triangle isocèle. 

Mais pour le cas qui nous occupe, il est évident que pour chaque 
valeur donnée à n, correspondraient plusieurs valeurs pour n! com- 
prises entre {n + 1) et (n — 1). 



— 111 - 




Les tables à faire seraient donc, ici, d'une formation très longue 
et d'un emploi difficile 

Afin d'éviter ces difficultés, je me suis tenu, dans la formation de 
ces tables, aux seuls calculs du coefficient II pour les variations de 
n = 1 à n = 10 ; les résultats de ces calculs ont formé la table N° (2). 

Ces résultats et ceux de la table N° (1) suffiraient à la correction 
de n'importe quel triangle quelconque. 

Dans le cas où le rapport n pour un triangle quelconque serait 
plus grand que dix fois la grandeur de la base, on pourrait tou- 
jours subdiviser ce triangle en triangles isocèles dont nous pouvons 
corriger la surface au moyen de la table N° (1). 

Le triangle quelconque restant à la fin devrait avoir un rapport 
n ne dépassant pas dix et la correction de sa surface se ferait au 
moyen de la table N° (2). 

Exemple : Si dans le triangle 
a b c •£ > 10, on prend du point 
a sur le côté a b une distance 
a d = a c et en joignant c cl on 
diviserait le triangle a b c en un 
triangle isocèle a c cl dont on peut calculer la surface et la corriger 
au moyen de la table N° (1) et en un triangle quelconque c b cl. 

Pour ce dernier triangle, si le rapport n était plus grand que 10, 
on devrait le subdiviser encore de la même manière jusqu'à ce n 
devienne plus petit que 10 et alors le coefficient de correction serait 
indiqué dans la table N° (2) dont nous allons donner la description 
et en indiquer l'usage. 

La première colonne verticale intitulée Rapport n = - contient 
les différentes valeurs du rapport entre le côté moyen B du triangle 
et son plus petit côté A pris généralement comme base et variant 
d'unité en unité, depuis n = 1 jusqu'à n = 10. 

La deuxième colonne intitulée Rapport ri = ~ contient les va- 
leurs de n' ou du rapport ~ entre le plus grand côté du triangle et 
son plus petit côte A pris comme base. 

Ces valeurs sont données pour des variations de n' allant de 0.05 
en 0,05, depuis ri = n - 1 jusqu'à ri = n + 1 p ,ur toutes les va 
nations de n que nous avons indiquées ci-dessus. 



— 112 - 

La troisième colonne intitulée « coefficient R = — » contient les 
coefficients de corrections qui correspondent pour chaque variation 
de n et n', coefficients que j'ai calculés par la formule 



R=0i_(n'--»)t]— 1 - 



(ri' -f n-.- 
que nous avons trouvée précédemment. 

Nous allons expliquer la manière de se servir de la table par l'ap- 
plication des exemples suivants : 

Première exemple. — Un triangle dont les côtés ont les longueurs 
suivantes: 5, 45, 49.5 kassabahs, étant donné, il s'agit d'en trouver 
la surface. 

Soit n = T = 9 

et n'=^ = 9.9 

5 

Nous cherchons d'abord dans la première colonne le nombre 9 
comme valeur de n, puis nous cherchons le nombre 9.90 dans les 
limites des variations de n' correspondantes à n = 9. 

Ce nombre 9.90 étant trouvé, on prend dans la troisième colonne 
le coefficient de correction indiqué en regard et ce coefficient est 
celui qui servirait à la correction de la surface du triangle donné. 

En effet, ce coefficient, multiplié par la surface du triangle calcu- 
lée par la méthode des massahines, donnerait la surface réelle. 

Cette surface d'après les massahines serait 

B( 5 4.") + 49.5 5 X 94.5 " . 

S'— -x ■ — -x = 1 = 11S.125 kassabahs carres 

2 2 4 

La surface réelle ne serait que 

S = 118.125 x 0.4352 = 51.il kassabahs carrés. 

Surface moindre que la moitié de celle que le massah attribue au 
triangle donné. 

Deuxième exemple. — Si le rapport n, dans le triangle donné, 
était un nombre fractionnaire, tel que 5.7 ou 5.3 n'existant pas dans 
la table, il faudrait remplacer 5.7 par le nombre G qui en approche 
le plus dans la table et le nombre 5.3 par 5. Et ce, par approximation, 
tant que notre table ne sera pas plus étendue. 

Troisième exemple. — Si le rapport n' dans le triangle dont il 
s'agit ne se trouve pas particulièrement indiqué dans la table, on 



— 113 — 

prend alors, vu l'état actuel de cette table, le coefficient correspon- 
dant au rapprt tabulaire qui le précède et l'on ajoute ou l'on dimi- 
nue de ce coefficient, selon les cas, une partie de la différence entre 
les deux coefficients consécutifs. Ces coefficients correspondent au 
deux rapports tabulaires qui comprennent entre eux le rapport n 
donné. 



CONCLUSION 



Tout ce que nous avons dit plus haut peut se résumer ainsi qu'il suit: 

1° Le système d'arpentage des massahines, tel qu'il est employé 
actuellement, est défectueux, est faux. 

Son défaut capital, que j'ai étudié dans la présente notice, consiste 
non seulement en ce qu'il donne aux terrains triangulaires ou 
quadrilatères plus de surface qu'ils n'en ont en réalité, mais aussi 
en ce que la différence en plus qui en résulte dans les divers cas ne 
se fait pas d'une manière régulière et proportionnelle. 

Nous avons vu, en effet, que plus l'obliquité du triangle est pro- 
noncée, plus l'erreur est grande. 

2° Ce défaut principal du système peut se corriger; on peut, par 
les modes de correction que j'ai donnée ici le rendre assez exact 
pour pouvoir résoudre toutes les questions relatives aux surfaces des 
terrains d'une manière juste. 

3° Les modes de correction que nous avons adoptés ne nécessitent 
aucun changement dans le personnel des arpenteurs actuellement 
en service; les massahines ordinaires peuvent, sans aucune difficulté, 
appliquer eux-mème ces corrections sur les surfaces qu'ils auront à 
mesurer. 

4° On critique avec raison le système des massahines à d'autres 
points de vue, et on accuse les massahines de manque de précision 
dans leur manière de mesurer avec la kassabah, de néglicence dans 
la détermination des sommets des figures à mesurer, de manque de 
soin dans l'alignement des côtés avant de mesurer. Mais, à mon avis, 

1 nul i lui Egyptien. 8 



— 114 — 



tous ces petits défauts, sur lesquels j'ai l'entention de revenir plus 
tard, ne .-ont en réalité que secondaires par rapport à celui que 
nous avons corrigé et leur effet sur l'évaluation des surfaces ne peut 
être que très faible et insignifiant. 



i 



TABLE N° 



PUUR LES 



tiri-A^hsto-i-iIes isocèles 



RAPPORT 


COEFFICIENT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


» 


S 


B 


s 


_B 


s 


H = — 


K = '-.-, 


n = — 


R = — 




R =7T 


A 


fcj' 


A 


s 


" — A 


S' 


0.50 


0.00000 


0.84 


0.80035 


1.18 


0.9054 


0.51 


0.19705 


0.85 


0.80870 


1 19 


0.9074 


0.52 


27467 


0.86 


0.81366 


1.20 


0.9090 


0.53 


0.33166 


0.87 


0.81833 


1.21 


0.9106 


0.54 


0.37685 


0.88 


0.82289 


1 . 22 


0.9121 


0.55 


0.41659 


0.89 


0.82724 


1.23 


0.9136 


0.56 


0.45032 


0.90 


0.83055 


1.24 


0,9151 


0.57 


0.48014 


0.91 


0.83559 


1.25 


0.9165 


0.58 


0.50678 


0.92 


0.83945 


1.26 


0.9179 


0.59 


0.530S5 


0.93 


0.84317 


1.27 


0.9192 


0.60 


0.55268 


0.94 


0.81681 


1.28 


9205 


0.61 


0.57282 


0.95 


0.85031 


1.29 


0.9218 


0.62 


0.59129 


0.96 


0.85334 


1.30 


0.9.230 


0.63 


0.60837 


0.97 


0.85690 


1 31 


0.9242 


0.64 


0.62421 


0.98 


0.86005 


1.32 


0.9254 


0.65 


63809 


0.99 


0.86308 


1.33 


9266 


0.66 


0.65274 


1:00 


0.8660 


1.34 


0.9277 


0.67 


66564 


1.01 


0.8689 


1.35 


0.9288 


0.68 


0.67774 


1.02 


0.8716 


1.36 


0.9299 


0.69 


0.68992 


1.03 


0.8742 


1.37 


0.9310 


0.70 


0.69985 


1.04 


0.8768 


1.38 


0.9321 


0.71 


0.70993 


1 05 


0.8793 


1.39 


0.9331 


0.72 


0.71958 


1.06 


0.8818 


1.40 


0.9341 


0.73 


0.72863 


1.07 


0.8841 


1.41 


0.9350 


0.74 


0.73723 


1.08 


0.8864 


1.42 


0.9359 


075 


0.74466 


1.09 


0.8886 


1.43 


0.9368 


0.76 


75342 


1.10 


8907 


1.44 


0.9377 


0.77 


0.76651 


1.11 


0.8928 


1.45 


0.9386 


0.78 


0.76750 


1.12 


0.8948 


1.46 


0.9395 


0.79 


0.77341 


1.13 


0.8967 


1.47 


0.9403 


0.80 


0.78056 


1.14 


0.8986 


1.48 


0.9412 


0.81 


0.78672 


1.15 


0.9005 


1.49 


0.9420 


0.82 


079256 


1.16 


9023 


1.50 


0.9428 


0.83 


0.79819 


1.17 


0.9040 


1.51 


0.9436 



— 116 — 



RAPPORT 


COEFFICIENT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


n 


S 


B 


S 


B 


S 


n = — 


R= =r; 


Il — T 


R = ct 


n = r 


r» = — 


A 


S' 


A 


s 


A 


»' 


1.52 


0.9413 


1.94 


0.9662 


2.36 


0.9771 ■ 


1.53 


0.9450 


1.95 


0.9 665 


2.37 


0.9773 


1.54 


0.9458 


1.96 


0.9669 


2.38 


0.9775 


1.55 


0.9465 


1.97 


0.9672 


2.39 


0.9777 


1.56 


0.9472 


1.98 


0.9675 


2.40 


0.9779 


1.57 


0.947'.» 


1.99 


0.9678 


2.41 


0.9781 


1.5S 


0.9486 


2.io 


0.968-3 


2.42 


0.9783 


1.59 


0.9493 


2.01 


0.9»; -5 


2.43 


0.9785 


1.60 


0.9499 


2.02 


0.9 188 


2.44 


9786 


1.01 


0.9505 


2.03 


0.9691 


2.45 


0.9788 


1.62 


0.9511 


2.04 


0.9691 


2.46 


0.9789 


1.(33 


0.9517 


2.05 


0.9698 


2.47 


0.9791 


1.64 


0.9523 


2.06 


0.9701 


2.48 


0.9793 


1.65 


0.9529 


2.07 


0.9703 


2 4!) 


0.9795 


1-66 


0.9535 


2.08 


0.9706 


2.50 


0.9797 


1.67 


0.9541 


2.09 


0.9709 


2.51 


0.9799 


1.68 


0.9547 


2.10 


0.9712 


2.52 


0.9800 


1.69 


0.9553 


2.11 


0.9715 


2.53 


0.9802 


1.70 


0.9558 


2.12 


0.9718 


2 54 


0.9804 


1.71 


0.9563 


2.13 


0.97-J0 


2.55 


0.9805 


1.72 


0.9: 


2.14 


0.9723 


2.56 


0.9807 


1.73 


0.9573 


2 15 


0.972;'. 


2 57 


0.9809 


1.74 


0.957S 


2.16 


9728 


2.58 


0.'. 810 


1 . 75 


0.9583 


2.17 


0.9730 


2.59 


0.9812 


1.76 


0.9588 


2.18 


0.9732 


2.60 


0.9813 


1.77 


0.9593 


2.19 


0.9735 


2.61 


0.9815 


1.78 


0.9598 


2.20 


H.973S 


2AV2 


0.9816 


1.79 


0.9603 


2.21 


0.9741 


2.63 


0.9818 


1.80 


0.9607 


2.22 


0.9743 


2.64 


0.9819 


1.81 


0.9611 


2.23 


0.9745 


2.65 


0.9820 


1.82 


0.9015 


£]24 


0.9747 


2.66 


0.9822 


1.83 


0.9619 


2.25 


0.9749 


2.67 


0.9823 


1.84 


0.96C3 


2.26 


9751 


2.6S 


0.9825 


1.85 


0.9627 


2.27 


0.9754 


2.69 


0.9828 


1 86 


0.9631 


2*28 


0.9756 


2.70 


0.9827 


1.87 


0.9635 


2.29 


0.975 S 


2 71 


0.9829 


1.88 


0.9639 


2.30 


0.9760 


2.72 


0.9830 


1.89 


0.9643 


2.31 


0".9762 


2.73 


0.9831 


1 90 


0.9647 


2.32 


0.9764 


2.74 


0.9832 


1.91 


0.9651 


2.33 


0.9766 


2 75 


0.9833 


1.92 


0.9655 


2.34 


0.9768 


2 76 


0.9835 


1.93 


0.9658 


2.35 


0.9770 


2.77 


0.9836 



îr 



RAPPORT 
B 

A 



/' 



COEFFICIENT 

s 

S' 



R 



2.78 
2.79 
2.80 
2.81 

2.82 
2.83 
2.84 
2.85 

2. NO 
2.87 

2.89 
2.90 
2 91 
2.92 

2.93 
2.94 
2.95 

2.90 
2.97 
2.98 
2.99 
3.1 H) 
3.10 
3.20 
3.30 
3.40 
3.50 
3.60 
3.70 
3.80 
3.90 
4.00 
4.10 
4.20 
4.30 
4.40 
450 
4.0 1 
4.70 
4.80 
4.90 



0.9 

0.9838 

9839 

0.9841 

0.9842 

9843 

9814 

9845 

0.9840 

0.9847 

0.9848 

0.9849 

0.9850 

0.9851 

0.9852 

0.9853 

0.9854 

0.9855 

0.9X56 

0.9 

0.9858 

0.9859 

0.9860 

0.9 

0.9877 

0,9884 

0.9691 

0.98 

0.9903 

0.9908 

0.9913 

09917 

0.9921 

0.9925 

0.9929 

9932 

0.9935 

0.9938 

0.9941 

0.9944 

0.9946 

9948 



B 



5.10 
5.20 

5.30 



,40 
50 
.60 

70 
.80 
5. 90 
6.0J 
6.10 

0.:0 
6 40 
6.50 
6.60 
6.70 
6.80 
6.90 
7.00 
7.10 
.20 
.30 
.40 
.50 
.60 
70 
80 
7.9' » 
8.00 
8.10 
8.20 
8.30 
8.40 
8.50 
8.60 
8.70 
8.80 
8.90 
9 00 
9.10 



COEFFICIENT 

S 



R = 



S' 



0.9950 

0.9952 

0.9954 

0.9956 

9957 

0.9958 

0.9960 

0.9961 

9962 

0.9964 

9965 

0.9966 

0.9967 

0.9968 

0.9909 

0.9970 

0.9971 

9072 

0.9972 

0.9973 

0.9974 

0.9975 

0.9976 

0.9970 

0.9977 

0.9977 

0.9978 

0.9978 

0.9979 

0.9979 

0.9980 

0.9980 

0.9981 

0.99-1 

0.9982 

0.9982 

0.9982 

0.9983 

0.9983 

0.9983 

0.9984 

0.9984 



RAPTORT 

B 



9.20 
9.30 
9.40 
9.50 
9.00 
9.70 
9.80 
9.90 
10.00 

11 

12 

13 

14 

15 

10 

17 

18 

19 

20 

21 

oo 

23 
24 

25 
20 
27 
28 
10 
30 
31 
32 
33 
34 
35 
: 6 
37 
38 
39 
40 
41 
42 
43 



COI I [CIENT 



R = 



S' 



0.9984 

0.9985 

0.9985 

0.9985 

0.9985 

0.9936 

0.99.-6 

0.9987 

0.9. 87 

0.9989 

0.9991 

0.99926 

0.99933 

0.99944 

0.99951 

0.99955 

0.99900 

0.99905 

0.99968 

0.99971 

0.99974 

0. 99^)76 

0.99978 

0.99979 

0.99980 

0.99981 

0.99983 

99985 

0.9'. 

0.999N7 

0.99988 

0.99989 

0.99989 

0.99990 

99990 

0.99990 

0.99990 

99991 

0.99991 

0.99992 

0.99992 

99993 



118 



RAPPORT 


COEFFICIENT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


B 


s 


B 


S 


B 


s 


n — — ■ 


n = %■ 


n = — 


R= 7T. 


n =z~ 


R =-5-, 


A 


S' 


A 


S 


A 


S' 


44 


0.99993 


63 


99996 


82 


0.99998 


45 


0.99994 


64 


0.99996 


83 


0.99998 


46 


0.99994 


65 


99996 


84 


099998 


47 


0.99994 


66 


0.99996 


85 


0.99998 


48 


0.99994 


6, 


( j . 99997 


83 


0.99998 


49 


0.9999 1 


68 


0.99997 


87 


0.99998 


50 


0.99995 


69 


999! >7 


88 


0.99998 


51 


0.99995 


70 


0.99997 


89 


0.99998 


52 


0.99995 


71 


0.99997 


90 


0.99998 


53 


0.99995 


72 


0.99997 


91 


0.99998 


51 


0.99995 


i o 


0.99:97 


92 


0.99998 


55 


0.99995 


74 


0.99997 


93 


0.99998 


56 


0.99995 


75 


0.99997 


94 


0.99998 


57 


0.99995 


76 


0.99997 


95 


0.99998 


58 


0.99995 


77 


0.99997 


96 


0.99998 


59 


0.99995 


78 


0.99997 


67 


( '.99998 


60 


0.99995 


79 


0.99997 


98 


0.99998 


61 


0.99995 


80 


0.99998 


99 


0.99998 


62 


0.99995 


81 


0.99998 


100 


0.99998 



TABLE N° 2 



POUR LES 



TZRX^ZLSTGKLiKS QUELCOITQTJES 



RAPPORT 


RAPPORT 


CŒFFICir.NT 


RAPPORT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


B 


. c 


S 


r, 


c 


s 


n = -r 


n= -t- 


R= Ô5 


H = — 


TV = -r- 


I 1 ' = —, 


A 


A 


S 


A 


A 


h' 


1 


0.0) 


o.ouoo 


1 


1.70 


6634 


1 


05 


0. 005-2 


1 


1.75 


0.6162 


1 


0.10 


0.1816 


1 


1.80 


0.5604 


1 


0. 15 


0.2601 


1 


1.85 


0.49:' 1 


1 


20 


0.3317 


1 


1 90 


0.4091 


1 


0.25 


0.3969 


1 


1.95 


0.2938 


1 


0.30 


0.4563 


1 


2 (J0 


0.0000 


1 
1 


0.35 
0.40 


0.5251 
0.5599 














1 


0.45 


0.6052 





1.00 


O.OUOO 


1 


0.50 


0.6-155 


2 


1.05 


0.2949 


1 


0.55 


0.6863 


2 


1.10 


0.4125 


1 


0.00 


7155 


2 


1.15 


0.4905 


1 


0.05 


0.74:»1 


2 


1.20 


0.5699 


1 


0.70 


7714 


2 


1.25 


0.62'. 4 


1 


0.75 


0.7946 


2 


1.30 


0.6805 


1 


0.80 


81-17 


2 


l.:5 


0.7253 


1 


0.85 


8318 


2 


1.40 


0.7610 


1 


.0.90 


0.8400 


2 


1.45 


0.7993 


1 


0.95 


0.8574 


2 


1.50 


8299 


1 


1.00 


0.8660 


2 


1.55 


0.8568 


1 


1 05 


0.8705 


2 


1.60 


0.8301 


1 


1.10 


0.874!) 


2 


1 65 


0.9009 


1 


1.15 


0.8752 


-,» 


1.70 


0.0186 - 


1 


1 . 20 


0.8727 


2 


1.75 


0.9330 


1 


1 25 


0.8674 


2 


1.80 


0.9451 


1 


1.30 


0.8589 


2 


1.85 


0.9522 


1 


1.35 


0.8477 


2 


1.90 


0.9611 


1 


1.40 


8331 


2 


1.95 


0.9li<i2 


1 


1.45 


815:! 


i 


2. 00 


0.9679 


1 


1.50 


0.7937 


2 


2.05 


O 9677 


1 


1.55 


0.7683 


2 


2.10 


0.9640 


1 


1.00 


H.7375 


2 


2.15 


0.95'. '5 


1 


1. .5 


0.7038 


2 


2.20 


0.9516 







- 120 — 






RAPPORT 


RAPPORT 


i 

COEFFICIENT 


RAPPORT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


B 


c 


s 


13 


C 


R s 


n =^ — 


Il = — 


R= 3-, 


n = — 


n= -r- 


R= F7 


A 


A 


s 


A 


A 


S 


2 


2.25 


0.9410 


3 


3.20 


9669 


2 


2.30 


0.9278 


o 
O 


3.25 


0.9556 


2 


2.35 


0.9116 


O 
û 


3.30 


0.9418 


2 


2.40 


0.8925. 


O 

o 


3.35 


0.9256 


2 


2.45 


0.8702 


3 


3.40 


0.9)52 


2 


2.50 


8143 


3 


3.45 


0.8822 


2 


2.55 


0.8199 


3 


3.50 


8557 


2 


2.60 


0.7807 


o 

û 


3.55 


0.8253 


2 


2.65 


0.7421 




3.61) 


0.7905 


2 


2.70 


0.6833 


3 


3.65 


0.7512 


2 


2.75 


0.6441 


3 


3.70 


0.7061 


2 


2.80 


0.5861 


3 


3.75 


6541 


2 


2.85 


0.5193 


3 


3.80 


5934 


2 


2.90 


0.4267 


3 


3.85 


0.5211 


2 


2.95 


0.3052 


o 

o 


3.90 


0.4313 


2 


3.00 


O.00JO 


3 


3.95 


0.3090 


| 






3 


4.00 


0.0000 


3 


2.00 


0.0000 








3 


2.05 


0.3060 


4 


3.00 


0.0000 


3 


2 10 


0.4274 


4 


3.05 


0.3091 


3 


2.15 


0.5166 


4 


3.10 


0.4315 


o 
û 


2.20 


8.5888 


4 


3.15 


0.5216 


3 


2.25 


0.6491 


4 


3 20 


0.5941 


3 


2.3i > 


0.7013 


4 


3.25 


0.6551 


3 


2.35 


0.7472 


4 


3.30 


0.7074 


3 


2.40 


0.7861 


4 


3.35 


0.7528 


3 


2.45 


• 0.8209 


4 


3.40 


0.7926 


3 


2.50 


0.8515 


4 


3.45 


0.8276 


3 


2.55 


0.8781 


4 


3.50 


0.8582 


3 


2.(0 


0.9017 


4 


3.55 


0.8851 


3 


2.65 


0.9219 


4 


3.60 


0.9085 


3 


2.70 


0.9391 


4 


3.65 


8.9286 


3 


2.75 


0.9539 


4 


3.70 


0.9458 


3 


2.80 


0.9651 


4 


3.75 


0.9601 


3 


2.85 


0.9741 


4 


3.80 


0.9717 


3 


2.90 


0.9805 


4 


3.85 


0.9806 


3 


2.95 


0.9845 


4 


3.90 


9869 


3 


3. OU 


0.9866 


4 


3.95 


9908 


3 


3.05 


0.9845 


4 


4.00 


0.9921 


3 


3.10 


0.9815 


4 


4.05 


0.9911 


3 


3.15 


0.9755 


4 


4.10 


0.9873 



121 



RAPPI IB r 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


[(APPORT 


RAPPORT 


-^ 1 

COEFFICIENT 


_ B 


, c 


i> S 


lî 


c 


s 




" = T 


R = zn 


n=z — 


» = T 


R= -àr, 


n ~~ Â 


A 


S' 


A 


A 


S 


4 


4.15 


0.9812 


5 


5.10 


0.9901 


4 


4. -iD 


0.9724 


5 


5.15 


0.9839 


4 


1 . 25 


9811 


5 


5.20 


0.9760 


4 


4.30 


0.9469 


5 


5.25 


0.9636 


4 


4.35 


6.9300 


5 


5.30 


0.9492 


4 


4.40 


0.9099 


5 


5.35 


0.9323 


4 


4.45 


0.8861 


5 


5.40 


0.9122 


4 


4.50 


0.8600 


5 


5.45 


0.88S9 


4 


4.55 


0.8293 


5 


5.50 


0.8621 


4 


4.60 


0.7945 


5 


5.55 


0.8314 


4 


4.65 


0.7548 


5 


5.60 


0.7061 


4 


4.70 


0.7094 


5 


5 65 


0.7565 


4 


4.75 


0.6572 


5 


5.70 


0.7110 


4 


4.80 


0.5962 


5 


5.75 


0.6585 


4 


4 85 


0.5234 


5 


5.80 


0.5974 


4 


4.90 


0.4332 


5 


5.85 


0.5245 


4 


4.95 


0.3102 


5 


5.90 


0.4337 


4 


5.00 


O.0000 


5 


5.95 


0.3109 








5 


6.00 


0.0000 


5 


4.00 


0.0000 








5 


4.05 


0.3103 


6 


5 00 


0.0000 


5 


4.10 


0.4332 


6 


5.05 


0.3110 


5 


4.15 


0.5236 


6 


5.10 


0.4342 


5 


4.20 


0.5964 


6 


5.15 


0.5247 


5 


4.25 


0.6575 


6 


5.20 


0.5976 


5 


4.30 


0.7100 


6 




0.6588 


5 


4.35 


0.7556 


6 


5 30 


0.7119 


5 


4.40 


0.7954 


6 


5.35 


0.7569 


5 


4.45 


0.8305 


6 


5.40 


0.7961 


5 


4.50 


0.8620 


6 


5.45 


0.8319 


5 


4.55 


0.8881 


6 


5.50 


0.8627 


5 


4.60 


0.9109 


6 


5.55 


0.8888 


5 


4.65 


0.9317 


6 


5.60 


0.9136 


5 


4.70 


0.9488 


6 


5.65 


0.9333 


5 


4.75 


0.9631 


6 


5.70 


0.9501 


5 


4.80 


0.9747 


6 


5.75 


0.9647 


5 


4.85 


0.9836 


6 


5.80 


0.9760 


5 


4.90 


0.9899 


6 


5.85 


0.9852 


5 


4.95 


0.9933 


6 


5.90 


0.9913 


5 


5.00 


0.9950 


6 


5.95 


0.9952 


5 


5.05 


0.9932 


6 


6.00 


0.9965 



— 122 



RAPPORT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


RAPPORT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


B 


C. 


s 


B 


c 


S 




/i ' — 


R = ô, 




" = T 


R =rt, 


H = \ 


A 


s 


' ~ A 


A 


S' 


6 


G. 05 


0.99.-4 


7 


7.00 


0.9974 


6 


G. 10 


0.9910 


7 


7.05 


0.9;i02 


6 


6.15 


0.9853 


7 


7.10 


0.9925 


6 


6.20 


0/9765 


1 


7.15 


0.981 il 


6 


6.25 


9650 


7 


7.2) 


0.9773 


6 


6.30 


0.9508 


7 


7.25 


0.9658 


6 


6.35 


0.9: 138 


7 


<;.3> 


0.9513 


6 


0.40 


0.9135 


7 


7 . 35 


9342 


6 


G 45 


0.8901 


7 


7.40 


9143 


(3 


6.50 


0.8633 


7 


7.45 


0.8908 


6 


6.5 5 


0.8328 


7 


7.50 


8639 


6 


6.60 


0.7075 


7 


7.55 


0.8332 


(J 


6.65 


0.7576 


7 


7.00 


0.7981 


6 


6 70 


0.7119 


1"» 


7.65 


0.7582 


6 


6.75 


0.6:9 1 


7 


7 7o 


7125 


6 


6.80 


0.5982 


7 


7.75 


0:6599 


G 


6.85 


0.5'. 


7 


7.80 


0.5986 


6 


6.90 


0.4347 


7 


7.85 


0.5255 


6 


6.95 


0.3113 


7 


7.90 


0.4349 


6 


7.00 


0.0000 


/ 


7.95 


0.3115 








7 


8 00 


0000 


7 


6.00 


0.0000 








7 


6.05 


3114 


8 


7.0 i 


0.0000 


7 


6.10 


0.4346 


8 


7.05 


0.3115 


7 


6.15 


0.5252 


8 


7.10 


0.4350 


7 


0.20 


0.59 13 


8 


7.15 


0.5257 


i 


6.25 


0.0-96 


8 


7.2) 


0.5987 


t 


6.3) 


0.7121 


8 


7.25 


0.6000 


7 


6.35 


0.7578 


8 


7.30 


0.7126 


7 


6.40 


0.7978 


8 


7.35 


. 7583 


7 


6.45 


0.8328 


8 


7.40 


0.7983 


7 


6 . 50 


0.8636 


8 


7.45 


8334 


7 


6.55 


0.8906 


8 


7.5) 


0.8042 


7 


6.(10 


0.9140 


8 


7.55 


0.8911 


7 


6 .65 


0. 9:^42 


8 


7 60 


0.9146 


7 


6.70 


0.9514 


8 


t 60 


0.9348 


/ 


6.75 


0.9657 


8 


7.70 


0.9520 


7 


6 80 


0.9772 


8 


7 7r. 


0.9662 




6.85 


0.9855 


8 


7 . 80 


9779 


7 


6.90 


0.9924 


8 


7.85 


0.9867 


7 


6.95 


0.9959 


8 


7.90 


0.9930 



— 123 — 



RAPPORT R 


APPORT 


COEFFICIENT 


RAPPORT F 


APPORT 


COEFFICIENT 


13 


C 


i, 8 


lï 


c. 


S 


n = -r- 




H = — 


n =: -- 




R= -g-, 


A 


~" A 


S 


A 


~ A 


S 


8 


7.95 


0.9968 


9 


8.90 


0.9934 


8 


8.00 


9980 


9 


8.95 


0:9972 


8 


8.05 


0.9968 


9 


9.00 


0.9984 


8 


8.10 


9930 


9 


9.05 


0.9972 


8 


8.15 


0.9867 


9 


9.10 


0.9934 


8 


8.20 


0.9779 


9 


9.15 


0.9871 " 


8 


8 25 


0.9663 


9 


9.20 


0.9783 


8 


8.30 


0.9521 


9 


9.25 


0.9667 


8 


8.35 


9349 


9 


9.30 


0.9525 


8 


8.40 


0.9118 


9 


9.35 


9353 


8 


8.45 


0.8913 


9 


9.40 


09156 


8 


8.50 


0.cH;i4 


9 


9.45 


O.S916 


8 


8.55 


0.8336 


9 


9.50 


0.8647 


8 


8.60 


0.7985 


9 


9 55 


0.8339 


8 


8.05 


0.7585 


9 


9.60 


0.7988 


8 


8.70 


0.7128 


9 


9.65 


0.758S 


8 


o.YO 


0.6602 


9 


9.70 


0.7131 


8 


8 80 


0.5989 


9 


9.75 


06604 


8 


8.85 


0.5258 


9 


9.80 


0.5991 


8 


8.90 


0.4351 


9 


9.85 


0.5260 


8 


8 95 


0.3116 


9 


9.90 


0.4352 


8 


9 00 


0.0000 


9 


9.95 


0.3118 








9 


LO.00 


0.0000 


9 


8.00 


0.0000 








9 


8.05 


0.3117 


10 


9.00 


0.0000 


9 


8.10 


0.4351 


10 


9.05 


3118 


9 


8.15 


0.5258 


10 


9.10 


0.435.2 


9 


8 20 


0.5989 


10 


915 


5260 


9 


8.25 


0.(5602 


10 


9.20 


0.5991 


9 


8.30 


0.7129 


10 


9.25 


0.6605 


9 


8.35 


7586 


10 


9 30 


0.7132 


9 


8.40 


7986 


10 


9.35 


0.75X9 


9 


8.45 


0.8337 


10 


9.40 


0.7989 


9 


8.50 


0.8646 


10 


9.45 


0.8340 


9 


8.55 


0.8915 


10 


9 50 


8.8648 


9 


8.60 


0.91- r )0 


10 


9.55 


8918 


9 


8.65 


0.9352 


10 


9.60 


0.9153 


9 


8.70 


0.9524 


10 


9.65 


9355 


9 


8.75 


0.9666 


10 


9.70 


0.9526 


9 


8.80 


0.9782 


10 


9.75 


9669 


9 


8.85 


0.9870 


10 


9.80 


0.9785 



— 124 



RAPPORT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


RAPPORT 


RAPPORT 


COEFFICIENT 


B 


, c 

" = Â 


S 


B 


c 

,t, = Â 


«=1 


10 


9.85 


0.9873 


10 


10 45 


0.8919 


10 


9.90 


0.9930 


10 


10.50 


0.8649 


10 


9.95 


0.9975 


10 


10,55 


0.8341 


10 


10.00 


0.5)987 


10 


10.60 


0.7990 


10 


10.05 


0.9975 


10 


10 65 


759(1 


10 


10.10 


0.9937 


10 


10.70 


0.7133 


10 


10.15 


0.9874 


10 


10.75 


0.6606 


10 


10.20 


0.9786 


10 


10.80 


0.5993 


10 


10.25 


0.9G70 


10 


10.85 


0,5261 


10 


10.30 


0.9527 


10 


10.90 


0.4353 


10 


10.35 


0.9350 


10 


10.95 


0.3118 


10 


10.40 


0.9154 


10 


11.00 


0.0000 



S.E. Artjn pacha remercie, au nom de l'Institut, M. Saber 
bey de sa très importante communication. « On conçoit 
dit-il, la non-réussite des différentes tentatives faites pour 
obtenir un cadastre géométrique en 1819 avec M. Mazy, 
en 1858 avec Baghète pacha et en 1879 avec Stone paclia 
et ses successeurs. Cependant, il faut remarquer que les 
massalunes, connaissant les à peu près de leur système, ne 
se hasardent jamais à mesurer des triangles à très longs 
côtés. Il est certain que le contribuable est à leur merci, 
non seulement parce qu'il supporte les erreurs de majora- 
tion de surface inhérentes à leur système de mesurage, 
mais aussi, selon les cas, lorsqu'ils allongent ou diminuent 
les coups de kassabah, de façon à accuser une augmentation 
ou une diminutation de longueur d'une ligne à mesurer. 
M. le président ajoute qu'il a vu un massah trouver 100 kas- 
sabahs comme longueur d'une ligne déterminée, la mesu- 
rer une seconde fois et trouver 1 10 kassabahs, et enfin, après 
avoir su que la longueur antérieurement trouvée à cette 



— 125 — 

même ligne était de 95 kassabas, Taire un troisième mesn-- 
rage et arriver juste à ce dernier chiffré, sans qu'on ait pu 
s'apercevoir, en suivanl son opération, d'aucun artifice 
apparent pouvant expliquer ce troisième résultat. La 
ligue, mesurée au ruban métrique et avec soin, a donné 
une longueur de 98 kassabahs et 90 centimètres, ce qui 
prouve l'habileté du massah et l'exactitude relative de son 
premier chiffre. 

M. Gwn.LOTdit qu'il est à sa connaissance que la plupart 
des propriétés vendues à des Européens sur une mesure à 
la kassabah accusent un déficit de contenance lorsqu'on la 
fait vérifier par un arpentage géométrique basé sur les 
données scientifiques. 

M. Ventre bey présente aussi ses observations ou objec- 
tions sur la communication de }.I. Sabet bey; il vise surtout 
les corrections proposées. Selon M. Ventre bey ; indépen- 
damment des erreurs inhérentes aux procédés des opéra- 
tions sur le terrain, il montre que le choix des figures 
adoptées par les massahines, dans la décomposition des 
surfaces à mesurer, ne conduit pas à des différences d'éva- 
luation considérables, si l'on considère que ces figures sont 
généralement des rectangles, ou du moins des figures 
limitées par des lignes, telles que rigoles ou sillon se 
croisant dans les terres cultivées presque à angle droit; 
la mesure des triangles ne se rencontrera guère que comme 
reliquat de mesure aux angles ou sur certains bords ir- 
réguliers des champs à arpenter. 

S. E. ârtin pacwa annonce que Al. Piot, ayant dû s'ab- 
senter du Caire inopinément, présente ses excuses à 



— 126 — 

l'Institut de ne pouvoir faire la communication portée à 
l'ordre du jour, mais que M. Ventre bey lui a annoncé en 
entrant en séance, qu'il est prêt à faire une communica- 
tion sur La nitrification des Koms. M. le Président invite, en 
conséquence, M. Ventre bey à prendre la parole. 

M. Ventre dey se rend à cette invitation. 

Il passe en revue les diverses théories émises jusqu'ici 
pour expliquer la nitrification des ruines anciennes, par- 
ticulièrements des Koms ou monticules égyptiens, d'abord 
par porosité simplement, mais cette théorie a été détruite 
par les expériences de Boussingault et de Cloëz ; puis par 
l'action oxydante du peroxyde ou sesquioxyde de fer ; par 
l'influence des masses aidée par la déliquescence, l'efflore- 
scence de certains produits, par Téta t électrique particulier 
de l'air ozoniiié en présence des bases alcalines. Après 
avoir expliqué pourquoi ces théories peuvent facilement 
être réfutées, il examine l'explication pouvant découler 
des expériences de Boussingault et de Cloëz en faisant in- 
tervenir pour la nitrification du sol l'influence de l'oxyde 
de fer en présence des matières organiques. La théorie 
vraie, entrevue d'abord par Boussingault, suggérée par 
Pasteur, n'a été réellement établie que par MM. Schloësing 
et Muntz, et se résume ainsi : 

Losqu'un sel est suffisamment perméable à l'air et qu'il contient 
une certaine quantité de calcaire, il est le siège d'une destruction 
rapide des matières organiques par une véritable combustion ; la 
nitrification est la partie la plus importante et la plus caractéristi- 
que de cette action: elle s'accomplit sous l'ifluence d'un organisme 
microscopique extrêmement petit et qui, en présence du calcaire et 
d'une quantité suffisante d'air et d'humidité fixe loxygène sur la 
matière organique en transformant le carbone en acide carbonique, 
l'hydrogène en eau et l'azote en acide nitrique. 



— 127 — 

M. Ventre i:i:v explique que cette théorie, vraie pour les 
suis arables est parfaitement applicable aux kôms d'Egypte 
ou monticules anciennement habités, dont quelques-uns 
constituent de vraies nitrières. 11 en conclut que la nilri- 
ficalion de ces koms doit être attribuée à la présence de la 
matière organique qui a dû s'accumuler et dont l'épuise- 
ment est aujourd'hui manifeste et, subsidiairement, que 
le maintien d'une certaine proportion de matière organi- 
que ou humus dans le sol arable est une des conditions 
essentielles de sa fertilité. 

S. E. Artin pacha annonce ensuite la perte que vient de 
faire l'Institut Egyptien en la personne de M. Mathey, 
membre résidant, décédé récemment dans la force de l'âge. 
M. le Président rappelle brièvement sa carrière scientifi- 
que, trop tôt interrompue, et évoque le souvenir des im- 
portantes et savantes communications faites par lui en 
séance et soigneusement conservées clans les Bulletins 
mensuels. En signe d'hommage à la mémoire de M. Mathey, 
M. le président invite donc les membres présents à se 
lever et à témoigner ainsi que chacun d'eux s'associe aux 
regrets et aux éloges qui viennent d'être exprimés. Il est 
procédé aussitôt à cette manifestation qui est conforme au 
sentiment unanime de tous les membres présents. 

M. le président annonce son prochain départ pour l'Eu- 
rope et rappelle que les vacances annuelles de l'Institut 
Egyptien commenceront aussitôt après la séance ordi- 
naire du premier vendredi de juin pour finir le 31 octobre. 
Il prie S. E. Abbate pacha, vice-président, présent à la 
réunion, de bien vouloir présider la séance qui sera tenue 
le 6 juin prochain. 

La séance est levée à 5 heures et demie. 



— 128 — 



LISTE 

des ouvrages envoyés à l 'Institut Égyptien par le Ministère 
de V Instruction publique et des Beaux- Arts de France , reçus 
par les soins de l'École française d'archéologie du Caire. 

Société d'Anthropologie de Paris. — Bulletin. — 3 e fasic. 1889 

Société d'Emulation des Vosges . — Annales. — 1889. 

n , ,' ( Bulletins. — 2 e série n os 8, 9, 10. 

Société d Ethnographie . , c . . . „ c 

( Actes. — Session de 18/5. 

Société académique Indo-Chinoise.— Mémoires. — Vol. 2,1877-78. 

Bibliothèque de l'Ecole i Philologie. — Fasic. 80. 

des Haute-Études ( Mathématiques. — Juillet à oct. 1889. 

Société d'études scientifiques de Paris. — 1889. — 2 e semestre. 

Abbé Halma. — Preuves de la juste et légale célébration de 
la fête de Pâques. 

Ch. Grenier. — Situation du Gouvernement et du pays au 
commencement de 1833. 

Ch. Giraud. — Le Traité d'L'trecht. 

J. Prudier. — Notes artistiques sur Alger. 

V. Champier. — L'année artistique. — 4 premières années. 

E. Guillaume. — Études d'art antique et moderne. 

J. Mallet. — Cours élémentaire d'Archéologie chrétienne. 

A. Michiels. — L'art flamand dans VEst et le Midi de la 
France. 

Ph. Lauzun. — Le Château de Bonaguil. 

Bulletin des Beaux-Arts. — 1™ année. — Octobre 1877 à août 
1878. 

E. David. — La vie et les œuvres de J. S. Bach. 

A. Maisarini. — Charles Blanc et son œuvre. 

A. Jouin. — Antoine Coysevox. — Sa vie et son œuvre. 

[ Chant. — Cours élémentaire. 
A. Mercadier ~ 

( » — Cours moyen et supérieur. 

Th. Lemaire et H. Lavoix fils. — Le Chant, ses principes, 

son histoire. 



129 

Larroumet. —Discours à la séance du U juin 1889. Réunion 
des Sociétés des Beaux-Arts. 

J. Menant. — Recherches sur la gyptique orientale. 

E. David — J. F. Handel, sa vie, ses travaux et son temps. 

A. Marchand. — Du principe essentiel de VJiarmonie. 

Ch. Marionneau. — Victor Louis, architecte du théâtre de 
Bordeaux. 

A. de Longpirier. — Œuvres, 7 volumes. 

H. Lavoix fils. — Histoire de V instrumentation depuis le 
16 mo siècle. 

Le livre d'or du salon, — Les dix premières années. 

J. Guiffrey. — Inventaire du mobilier de la Couronne sous 
Louis XIV. — 2 volumes. 

A. Jacquot. — ■ La Musique en Lorraine. 

H. Penon. — Études du mobilier national à l'Exposition des 
Arts décoratifs. 

E. Fromentin. — Les Maîtres d'autrefois. — Belgique, Hol- 
lande. 

Clément de Riaz. — Les Musées de Province. 

G. Ciiouquet. — Le Musée du Conservatoire national de 
Musique. 

B. Glodomir. — Traité de l'organisation des sociétés musi- 
cales. 

G. Lafenestre. — Les Maîtres anciens. 

Gh. Ficiiot. — Statistique monumentale du département de 
l'Aube. — GO livraisons. 

H. Havard et M. Vachon. — Les Manufactures nationales. 

Ch. Ravaison-Mollien. — Les manuscrits de Léonard de Vinci. 
— volumes. 

0. Rayet. — Monuments de l'art antique. — 6 livraisons. 

Ch. Nuitter et E. Thomas. — Les origines de V Opéra français. 

V. Pellegrin. — Théorie pratique de la perspective. — 3 
exemplaires. 

L. Cellière. — Traité élémentaire de peinture en céramique. 

Paul Delaroche. — L'Hémicycle du palais des beaux-arts. 

E. Molinier. — Les Bronzes de la Renaissance. — Les Pla- 
quettes. — 2 volumes. 

Institut Egyptien. y 



— 130 — 

M. Despierres. — Histoire du point d'Aleçon. 

G. Guillaume. — La porte touriiissienne à Vutenciennes. 

A. Michiels. - liuhens et l'École d'Anvers. 

F. A. Gruger. - Raphaël, peintre de portraits. — 2 volumes. 

H. Jouin — Esthétique du sculpteur. 

F. de Mély. — Le Trésor de Chartres. 

Pfnor. Le Château de Vaux-le- Vicomte . 

V e H. Delaborde.— La gravure en Italie avant Marc- Antoine. 

Gelis-Didot et Laffillée. — La peinture décorative en France 
du XI e au XVI e siècle. — 3 livraison. 

E. Ciceri. — Cours progressif de paysage. — 4 livraison. 

E. Garnier. — La porcelaine tendre de Sèvres. — 3 livraison. 

A. Dumont et J. Ghaplain. — Les Céramiques de la Grèce 
propre. — 7 livraisons. 

L. Henzey. — Les figurines antiques de terre cuite du Musée 
du Louvre. — 4 livraisons. 

J. Bourgoin. — Précis de l'art arabe. — 4 livraisons. 

Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie 
égyptiennes et assyriennes. — Vol. XI. — Livraison (3-4). 

Mémoires publiés par les membres de la mission française au 
Caire. — Vol. 3. — 3 e fascicule. 

Péquégnot. — Leçons de perspetive. — 2 livraisons. 

Amaury-Duval. — L'atelier d'Ingres. 

H. Gomot. — Marilhat et son œuvre. 

Galerie de la Reine, dite de Diane, à Fontainebleau. 



— 131 



SEANCE DU G JUIN 1890 



La séance est ouverte à 'i heures sous la présidence de 
M. le D r Abbatepacba, vice-président. 
Sont présents : 

MM. Larmée pacha, vice-prësideni ; 
Gavillot, secrétaire général ; 
Piot. secrétaire : 
W. Abbate, 

l) r GOGMMID, 
FlGARl. 

Hassan Pacha Mahmoud. } membres titulaires. 

W. ÏNNES, 

Ismail Pacha el-falaky, 
Saber bey S abri. 

Le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la 
dernière séance. M. Saber bey demande à lire une note 
rectificative sur les observations que M. Ventre bey a faites 
dans la séance précédente et l'insertion de cette note au 
procès-verbal de la séance actuelle. 

Voici cette note : 

Dans la dernière séance, à la suite de la lecture de ma communi- 
cation sur l'arpentage en Egypte, M. Ventre bey avait observé que 
dans le calcul des triangles, il serait plus avantageux et plus facile 
pour les massahines d'employer la formule, 

qu'il croyait ne pas exister dans ma communication. 



— 132 — 

La séance étant levée, j'ai remis à M. le Président une note 
sommaire sur l'observation de notre honorable collègue, pour que la 
note soit mentionnée dans le procès-verbal de la séance, à la suite 
de l'observation dont il s'agit. 

Mais M. Ventre bey, constatant que la formule qu'il recommande 
existait dans mon travail, et que je l'avais rejetée pour des raisons 
données dans la note, retire son observation. Sur quoi, ma note, 
n'ayant pas sa raison d'être, m'a été remise par M. le Président. 

Ce n'est alors que par le Bosphore Égyptien du 7 mai et par le 
Journal Officiel du 12 du même mois, que j'ai appris que notre 
éminent collègue a communiqué sur mon travail des remarques 
plus ou moins en dehors de l'observation faite par lui au cours 
de la séance. 

En conséquence, je me trouve dans la nécessité de maintenir ma 
note déjà mentionnée, en me permettant de répandre aux remar- 
ques de M. Ventre bey. 

Notre honorable collègue, tout en reconnaissant l'inexactitude 
des formules adoptées par les massahines dans les calculs des 
surfaces et la grossièreté de leurs procédés dans les opérations 
proprement dites de mesurage, fait cependant remarquer que les 
différences entre les évaluations données par les massahines et le 
calcul géométrique exact ne sont pas aussi considérables qu'on 
pourrait le croire, car, dit-il, «les figures qu'ils adoptent dans la 
décomposition des parcelles à mesurer sont généralement des rec- 
tangles ou du moins des figures limitées par des lignes existant sur 
le sol, telles que celles des rigoles et des sillons tracés à la charrue 
et se coupant suivant des angles qui ne s'écartent pas beaucoup de 
l'angle droit, et s'il est fait mention du triangle dans l'arpentage, 
ce n'est guère, en général, que partiellement pour compléter les 
mesures vers les parties limitées de champs, c'est-à-dire comme 
résidu du calcul en dehors du grand canevas régulier formé par ces 
lignes». 

Sans vouloir contester l'idée émise par notre éminent collègue 
qui, paraît-il, n'a eu l'occassion d'examiner les travaux des mas- 
sahines que sur des terrains s'approchant des figures rectangulaires, 
je me permets, cependant, de faire la réflexion suivante : 



— 133 — 

Il est évident que dans les questions purement mathématiques, et 
surtout quand il s'agit d'étudier une question d'une certaine impor- 
tance comme celle qui nous occupe, on ne doit jamais se baser sur 
des à peu près ou des hypothèses approximatives et exceptionnelles, 
mais bien sur des vérités établies et des faits réels que Ton peut 
prouver. 

Or d'où nous vient et comment peut-on prouver que les rigoles 
qui se tracent ordinairement suivant des directions favorables pour 
l'irrigation ou le drainage des terrains, c'est-à-dire selon des consi- 
dérations tout à fait en dehors de la question d'arpentage, aient des 
directions divisant les dits terrains en figures toujours rectangu- 
laires ? 

De même, les sillons de charrue tracés par les cultivateurs dans 
des directions choisies par eux et suivant l'intérêt de la culture, ne 
peuvent être considérés non plus comme formant toujours des 
angles droits avec d'autres lignes n'ayant aucun rapport avec 
l'arpentage. 

Par conséquent, on ne peut pas admettre la remarque de notre 
collègue d'après laquelle les rigoles et les sillons de charrue décom- 
posent les terrains en figures rectangulaires et que le triangle n'est 
employé en arpentage que comme résidu du calcul. 

Dans une seconde remarque, M. Ventre bey s'est montré partisan 
de l'emploi de la formule 

S = |/<T(7^Â) {q - B) (q - C~) 

dont l'emploi, d'après lui, serait plus facile pour les massahines que 
l'adoption du mode de correction que j'ai proposé. 

Mais cette formule, que j'ai donnée dans ma notice, n'y a été 
citée que pour la comparer tout simplement avec celle des massa- 
hines et non pas pour l'admettre comme pouvant être emploj'ée par 
ces derniers dans les calculs de triangles. 

En effet, la formule préférée par notre collègue exige l'exécution 
de neuf opérations arithmétiques, savoir : 

Une addition de A + B -f- G pour avoir 2q. 

Une division de la somme 2q par 2 pour avoir q. 

Trois soustractions pour calculer (q— A) (q — B) (q — G). 

Trois multiplications pour calculer la quantité qui se trouve 
sous le radical. 



— 134 - 

Une opération de racine carrée. 

Tandis que, en suivant l'ancienne méthode, et en y appliquant 
mon système de correction, on n'a qu'à faire cinq opérations 
beaucoup plus simples savoir : 

Une addition de 1 — - 

2 ' 2 

Une multiplication de la somme par — 

Deux divisions de B par A et de G par  pour trouver n et n'. 

Une multiplication de la surface trouvée par le coefficient R 
correspondant. 

On voit donc que l'adoption de la formule ci-dessus indiquée 
obligera le massah à faire quatre opérations, en plus de ce qu'il 
faisait d'après son ancienne méthode. 

En outre, parmi les opérations que nécessite l'emploi de la for- 
mule recommandée par notre collègue, il y en a quelques-unes, 
comme l'extraction de la racine carrée, dont l'exécution est non seule- 
ment difficile, mais encore impossible pour un massah. 

Tandis que, en suivant son ancien calcul habituel et en y 
appliquant la correction proposée, le massah ne sera exposé qu'à 
faire des opérations très ordinaires pour lui, auquelles il est telle- 
ment habitué qu'il peut en faire quelques-unes par le calcul 
mental. 

Du reste, notre savant collègue n'ignore pas que, dans la plupart 
des pays les plus civilisés, on a fini par sentir le besoin de trouver 
des méthodes d'arpentage aussi simples que pratiques, pour vulga- 
riser cet art et le rendre plus à la portée de tous les propriétaires, 
même les moins instruits. 

En France, par exemple, les efforts des savants, portés depuis 
quelques années vers ce but, ont conduit à trouver les principes de 
la Tachyméirie et à l'invention du Taçhymètre Décamètre. 

Cet instrument de M. Mélinge a été imaginé justement dans le 
but d'abréger les opérations d'arpentage en réduisant toute surface 
en un ou plusieurs triangles et en calculant chaque triangle en 
fonction de deux de ses côtés et d'un coefficient de l'angle compris 
entre eux. 

Ce nouveau système d'arpentage rapide, que son auteur a appelé 
pour cette raison la Tachymétrie, est fondé sur des principes 
presque semblables à ceux qui ont servi de base depuis des siècles 



— 135 - 

au système d'arpentage égyptien, quand on y applique la correc- 
tion que j'ai proposée. 

Gomment donc, en Egypte, peut-on recommander l'emploi de la 
formule préférée par notre éminent collègue, si, en France même, 

on a dû avoir recours à d'autres moyens plus expéditifs pour s'en 
débarrasser l . 

Sous le bénéfice de cette rectification, le procès-verbal 
est adopté. 

M. W. Abbate fait hommage à l'Institut de l'intéressante 
Notice qu'il a publiée sur Bonaparte et l'Institut d'Egypte. 

Cette brochure est ornée de fines gravures reproduites par 
rauteur d'après ïv* portraits existant dans la galerie de 
l'Institut et réprésentant Bonaparte, Monge, Kléber et 
Joiuard. 

L'ordre du jour porte une communication de M. Piot, 
secrétaire, sur une prétendue maladie, dite de la mowhe, 
désignée en Egypte sous le nom d'El-Débeh. 

M. Pior prend la parole en ces termes : 

Une croyance très généralement répandue en Egypte attribue à 
la piqûre d'une espèce de taon le développement sur la plupart des 
espèces domestiques d'une maladie lente dans son évolution, mais 
presque touj jurs mortelle. 

L'insecte est connu dans le nord de l'Afrique, notamment en 
Egypte et en Algérie, sous le nom de El Debab ou Debatie (expres- 
sion générique de la mouche), la maladie qu'il provoque sous celui 
iïEl-Dcbeh et l'animal piqué est dit fnadboub. 

S'il faut en croire les Arabes, bédouins ou fellahs, les ravages 
qu'occasionne cet insecte sont considérables ; les uns et les autres 
voient avec la plus vive terreur approcher les époques de l'année 
où apparait l'insecte parfait. Les caravanes s'éloignent soigneuse- 
ment des localités où la mouche se cantonne de préférence et ne 
reviennent à leur campement qu'après la disparition complète de 
l'insecte. A cet égard, les deux faits suivants, que je rapporte parmi 



— 136 — 

un grand nombre d'autres parvenus à ma connaissance, paraîtront 
suffisamment instructifs. 

En mai 1888, un troupeau de plusieurs centaines de chameaux 
servait au transport des matériaux pour la construction du Canal 
d'eau douce aux environs d'Ismaïlia. Dès que la présence de la 
mouche fut signalée aux environs du campement, les bédouins 
émigrèrent en masse et le transport dut se faire à dos de mulet. 

La même année, étant allé aux environs de Tel-el-Kébir re- 
cueillir des échantillons delà mouche en question, je priai trois 
bédouins des environs de m'accompagner dans la région où, selon 
leui? dires, l'insecte se trouvait en très grande quantité. Deuxd"en- 
tre eux, redoutant pour leurs montures les effets de la piqûre du 
diptère, refusèrent de m'accompagner à cheval ; le troisième voulut 
bien me suivre, mais monté sur un cheval de très faible valeur. 

Après une chasse très fructueuse, dans laquelle nos montures 
furent assaillies par des nuées de ces taons, dont chaque piqûre était 
suivie d'hémorrhagie, mon compagnon m'affirma que c'en était fait 
de nos montures, qu'elles ne survivraient pas à cette téméraire 
tentative, une seule piqûre étant largement suffisante pour tuer le 
chameau le plus fort. 

Je dois ajouter que l'événement n'a en rien justifié les prévisions 
pessimistes du bédouin; son cheval, celui de mon aide et le mien 
sont aujourd'hui encore en parfaite santé et n'ont jamais paru 
ressentir le moindre malaise de leurs piqûres. 

Voyons maintenant sur quels fondements vrais ou faux repose 
la croyance des Egyptiens en ce qui concerne la maladie précitée 
et si les causes d'un tel effroi sont imaginaires ou réelles. 

Dès mon entrée en fonction à l'Administration des Domaines, je 
reçus de loin en loin quelques avis de décès attribués à la piqûre 
de la mouche. Je crus tout d'abord soit à l'existence en Egypte en 
la fameuse mouche Tsé-Tsê (Glossina Morsitans), dont tous les 
explorateurs africains, Livingstone, Stanley, Schweinfurth, et 
capitaine Gasati, etc. ont signalé les terribles effets sur les animaux, 
sut à la présence d'un insecte tel que la mouche du Cayor, au sujet 
de laquelle mon ancien condisciple Lenoir, vétérinaire aux spahis 
sénégalais a publié une intéressante relation. (1). 

(1) Arc/iivc? Vétérinaires, 1884, p. 207 



— 137 — 

Les premiers renseignements qui me furent adressés sur le diptère 
égyptien me permirent tout d'abord d'éliminer la mouche du Cayor 
dont les larves seules occasionnent les ravages qu'on a souvent 
décrits, tant sur l'h mime que sur les animaux. 

Quanta la tsé-tsé, notre illustre collègue, M. Schweinfurth, m'as- 
sura que son aire géographique ne s'étend pas au Nord plus haut 
que le Soudan Egyptien et qu'elle n'existe pas dans la Basse- Egypte. 
Les détails zool )giques que voulut bien me donner le savant explo- 
rateur et ceux que je recueillis plus tard, très gracieusement, de 
M le capitaine Casati, me permettent d'affirmer actuellement qu'il 
n'y a rien de commun entre la tsé-tsé et la Débab. Cette dernière 
est un diptère de la famille des Tabanidés, de l'aspect du petit 
taon des pluies, mais plus grand, qui se comporte comme tous les 
individus de cette famille ; il enfonce sa trompe puissante et acérée 
dans les endroits où la peau est fine, ne la retire que gorgée de 
sang, en laissant après s m départ une légère héin irrhagie. 

Si réellement la piqûre à'El-Débab entraînait dans l'organisme 
des désordres tels que la mort dût s'ensuivre, à court ou à long 
délai, ce ne pourrait être que par l'effet d'un poison ou d'un venin 
sécrété par l'organisme de l'insecte, à la manière des abeilles ou 
des guêpes, ou encore par le transp :>rt. au sein des tissus de la 
victime, d'un produit virulent pris sur un cadavre ou sur un animal 
atteint de maladie contagieuse. 

Dans la première lrypothèse, on devrait retrouver, à l'endroit de la 
piqûre des traces d'irritati m locale, de gonflement inflammatoire 
qui serait bientôt suivi de symptômes généraux. 

En tous cas, l'évolution de la maladie se ferait rapidement, en 
quelques heures ou quelques jours au plus. Rien de semblable ne 
se produit, toujours au dire des Arabes, carilsaffirment que El-Débab 
peut durer des mois, voire même des années, en provoquant un 
affaiblissement graduel de l'économie, une véritable consomption. 

J'ai renouvelé, en ce qui concerne la mouche égj'ptienne, les 
expériences que mes savants maîtres, MM. Nocard et Raillet, (1) 
ont tenté sans succès sur la tsé-tsé, l'insertion sous la peau de l'âne, 
du cheval et du lapin, de la tète, du corps entier ou dilué après 
broiement dans l'eau distillée. 

(1) Bulletin de la Société Centrale vétérinaire de France (1884). 



— 138 — 

Je n'ai réussi qu'à produire de petits abcès aux points d'insertion, 
gans autres conséquences fâcheuses pour les animaux d'expérience. 

Il est donc à peu près certain que le taon d'Egypte n'agit pas 
comme porte-venin. 

On ne peut logiquement s'arrêter davantage à la seconde alter- 
native, qui ferait assigner à la mouche le rôle de porte-virus. S'il en 
était ainsi, ou devrait constater sur le cadavre de la victime les 
traces d'une maladie virulente quelconque. 

Il m'a été donné, une dizaine de fois, de faire l'autopsie de cha- 
meaux, de chevaux, d'ânes, aj^ant suc ombé, de l'aveu des chame- 
liers ou des bédouins, à la maladie dite El-Debab. Or, sur aucun de 
ces animaux je n'ai rencontré de lésons qu'il fût possible de ratta- 
cher, de près ou de loin, soit à une intoxication par piqûre veni- 
meuse, soit à une affection contagieuse quelconque ; les altérations 
organiques tenaient toutes à des cas sp iradiques bien déterminés. 

11 ne paraît enfin guère possible que l'insecte puisse, par sa piqûre, 
transporter des embryons ou des œufs de parasites qui se dévelop- 
peraient ultérieurement dans le sang ou dans tnit autre milieu 
organique et qui détermineraient à la longue les divers accidents 
attribués à El-Debab. 

On pourrait cependant m objecter l'opinion récente du D'Manson, 
sur le transp >rt d'un individu à un autre par le cousin ou moustique, 
des embrv >ns de la filaire hématique. Mais il est loin d'être 
prouvé que le fait soit constant ; on ne serait d'ailleurs nullement 
autorisé à conclure pour le cas actuel. 

Je me refuse aussi à voir une analogie quelconque qu'on serait 
peut-être tenté d'invoquer entre le développement de cette maladie, 
de la mouche et celui actuellement bien connu de certaines maladies 
telles que la rage et la pébrine, par l'effet des morsures d'un animal 
malade à un animal sain. 

Si, en effet, nous nous trouvions en présence d'une affection bien 
déterminée par ses symptômes et ses lésions anatomiques, il est cer- 
tain qu'on pourrait la rapprocher au point de vue pathogénique 
d'un groupe nosologique quelconque. Mais rien n'est plus vague, 
plus équivoque, plus mal déterminé, plus inconnu en somme que 
la monographie à'El Debab. 

Symptômes. — Voici les renseignements que j 'ai pu recueillir 



— 139 — 

des vétérinaires indigènes et des bédouins que j ai interrogés à ce 
sujet. Tous s'accordent à dire que la maladie est très lente dans son 
évolution et qu'elle se termine toujours ou presque toujours par 
la mort. 

Elle se décile par la faiblesse graduellement croissante, la diffi- 
culté dans la marche, l'appétit capricieux, le ballonnement du 
ventre, les alternatives de constipation et de diarrhée, le poil terne 
et piqué, la pâleur des muqueuses, la rareté des sécrétions, de 
l'urine en particulier; dans les derniers moments de la vie, on 
verrait survenir de l'œdème des parties déclines et de l'encolure 
chez le chameau. De loin en loin, des coliques sourdes accompagnées 
d'une fièvre légère, tourmentent les animaux pendant un, deux ou 
trois jours; elles se renouvellent à des périodes de plusieurs semaines 
ou de plusieurs mois, et cela pendant trois ou quatre ans. Si au bout 
de ce temps le malade n'a pas succombé, il est dit beùti<j-el-debeh, 
c'est-à-dire doué de l'immunité contre une nmvelle piqûre (littéra- 
lement, préservé de la mouc/ie). 

Lorsque la guérison est complète, l'animal a sensiblement aug- 
menté de valeur; c'est pour cette raison que les chameaux d'El Ariche 
se vendent très cher et sont très appréciés sur le marché égyptien. 
La maladie atteindrait surtout le chameau, mais quelquefois aussi 
l'àne et le cheval. 

A l'autopsie, on constaterait les lésions ordinaires de l'anémie : 
atrophie et décobration de toutes lésinasses musculaires; pâleur 
livide des organes abdominaux ; hydropisies passives des séreuses, 
vacuité absolue de l'intestin ; la chair livrée à la cons)inmation 
provoquerait la diarrhée. 

Gomment dès lors admettre une relation de cause à effet entre la pi- 
qûre d'un insecte quelconque et les troubles si vagues, si lents dans 
leurévolution et si peu caractéristiques de la présence d'un poison au 
sein de l'organisme? Il ne viendra à l'idée de personne de considérer 
cet état morbide comme la conséquence de la présence dans l'écono- 
mie d'un produit de sécrétion de la mouche. 

Mais alors que devient la légende ? 

« Une tradition populaire, si tenace qu'elle soit, écrivait avec tant 
de raison mon excellent maître M. Trasbot, (*) peut bien, il faut le 

(') La gourme nu variole du citecal. — Paris, Masson, 1890. 



— 140 — 

reconnaître, reposer sur une simple superstition ou un événement 
purement accidentel ; mais ce n'est guère pourtant que quand elle 
se rapporte à une question sentimentale. Lorsque, au contraire, elle 
touche à un intérêt matériel, il y a de grandes chances qu'il n'en soit 
pas de même, et qu'elle ait pour hase de solides faits d'observation. » 

Or, s'il est un fait indéniable, c'est la grande mortalité qui règne 
sur les chameaux en Egypte (de 30 à 40 °/„ annuellement) principa- 
lement dans les endroits considérés comme le lieu d'élection par 
excellence de la mouche égyptienne. 

Passons donc en revue les causes de cette mortalité effrayante du 
chameau, et voyons s'il ne serait pas possible de découvrir dans cette 
étude la base originelle de la légendaire maladie de la mouche. 

Les causes, je les ai signalées déjà à maintes reprises dans cette 
enceinte; elles s)nt toutes d'ordre parasitaire. 

Et de fait, peu de paj*s offrent, plus que l'Egypte, des conditions 
climatériques et telluriques aussi favorables à la pullulation des 
parasites de t3us ordres. 

Je signale, en premier lieu, le développement en quantité consi- 
rab'.e de volumineux échinocoques dans le poumon et dans le foie du 
chameau, surtout dans le premier de ces organes; j'en ai compté 
jusqu'à 62 dans le poumon et 7 dans le foie d'un chameau; leur 
\olume varie de la grosseur d'une noisette à celle d'une tète d'en- 
fant. On conçoit facilement que sous l'influence d'une cause banale 
quelconque, par exemple du plus léger surmenage, la partie du 
poumon restant nbre p3ur l'hématose se trouve excessivement 
réduite et la moindre congestion de l'organe peut rapidement déter- 
miner la mort. 

Les conditions dans lesquelles se produit l'infection des herbiv ires 
par le parasite sont aussi bien connues. 

Le ténia parfait dont le cvsticerque représente seulement un 
stade évolutif est le ténia êchinococcus de Siehold, qui habite l'intes- 
tin da chien, du bup et du chacal, toutes espèces si communes en 
Egypte, et toutes amplement pourvues du parasite. 

A leur maturité, les anneaux du strobile se détachent, sont 
rejetés avec les excréments et laissent échapper leurs œufs qui 
peuvent alors être entraînés ou se répandre sur les aliments ou dans 
les mares qui avoisinent presque tous les villages de la Basse- 



— 141 — 

D'ailleurs, dans l'été, les chiens des villages sont tout le jour 
vautrés dans ces marais fangeux. 

C'est, sans aucun doute, par l'eau de ces mares, ingérée en boisson, 
que le chameau ingurgite les œufs du ténia qui vont bientôt se 
transporter dans le poumon pour former les énormes kystes hyda- 
tiques dont j'ai parlé. 

D'autre part, étant donné que les taons apparaissent particulière- 
ment dans le voisinage des marais, les indigènes auront été tout 
naturellement portés à incriminer leur piqûre pour expliquer la 
mort des chameaux, d'autant plus que le fait, visible à tous les 
yeux, doit frapper davantage l'imagination de gens qui ne peuvent 
avoir la moindre idée de l'évolution des ténias. 

Conclusions. — Je crois donc pouvoir tirer des faits que je viens 
d'exposer les conclusions suivantes : 

1° L'affection connue en Egypte sous le nom de maladie de la 
mouche n'existe pas en tant qu'entité morbide ; 

2° La piqûre de la mouche égyptienne peut être comparée à 
celle du taon d'Europe ; elle ne saurait avoir en elle-même aucune 
conséquence fâcheuse ; 

3° Elle ne deviendrait grave qu'en tant que la trompe servirait 
de porte-virus; 

4° Il est plus probable que la prétendue maladie de la mouche est 
une affection parasitaire très fréquente en Egypte sur le chameau 
et due à la présence dans le poumon de nombreux kystes hydra- 
tiques. 

MM. Gogmard et Innés font remarquer, au sujet du fait 
avancé par Manson, que la transmission de la filaire par 
la piqûre du cousin ne se fait pas instantanément, mais 
que l'embryon subit dans l'appareil digestif du cousin di- 
verses métamorphoses, à la suite desquelles il peut être 
introduit dans le sang des personnes piquées par l'insecte. 

M. W. Abbate donne ensuite lecture d'une note sur la 
reproduction des chefs-d'œuvre de l'art égyptien et arabe, 
d'après un projet de M. Luigi bey. Voici cette note: 



— 142 — 

Ce n'est pas une communication, mais bien une présentation, que 
) ai l'honneur de vous faire aujourd'hui d'un mémoire sur la reproduc- 
ti m des chefs-d'œuvre de l'art égyptien etarabî, lequel mémoire est 
écrit par \l . Luigi bey, un ancien Égyptien, que vous avez connu et 
dont il vous a été sans doute djnné d'apprécier le talent aussi mo- 
deste qu'original. 

Ayant été chargé par l'auteur de ce mémoire et par notre ami 
ommun. M. A. M. Piétri, d'en faire une sorte d'analyse, j'ai 
pensé que l'on ne pouvait mieux choisir qu'en la faisant ici même, 
dans cette enceinte où les occasions sont assez rares pour parler des 
clives d'art. 

Il suffit de jeter les jœux sur la brochure de M. Luigi bey pour 
s'apercevoir aussitôt que l'auteur est un enthousiaste de l'art 
égyptien et de ses dérivés. Il voudra bien me permettre, pour des 
raisons qui me suit absolument personnelles, et qui puisent leur 
raison d'être dans l'émanation même de l'art égyptien, de ne point 
partager en tout et pour tout son enthousiasme qui, comme la foi, 
une des manifestations de cet état de l'àme, fait souvent soulever 
les montagnes, résultat que de tout cœur je souhaite à l'auteur du 
projet en question si tant est qu'il ait à surmonter des difficultés 
qui, sel m moi, n'existeront parfois que dans l'exécution. 

Je ferai observer que l'idée mise en avant par M. Luigi n'est pas 
abs dûment neuve. A Rome, dans les célèbres galeries du Musée 
du Vatican, se trouvent savamment reproduits les différents monu- 
ments de l'antiquité. A Paris, au Musée des Arts rétrospectifs du 
Trocadér ), dans les immenses salles de l'Art gothique, on se promène 
à travers des portails, la plupart de grandeur naturelle, exécutés 
en plâtre ou en carton pâte, moulages absolument remarquables. 
D'un autre côté, à l'École des Beaux-Arts, on rencontre l'admirable 
collection des chefs-d'œuvre de l'antiquité dans les salles du musée 
des copies: ici la frise du Parthénon (en partie), plus loin, un 
fragment du temple du Soleil à Balbek, du temple de la Fortune à 
Segeste, des c donnes de Selinunte. Dans d'autres galeries, pour 
l'étude seulement, le temple d'Agrippa, la maison Carrée d'Arles, 
de Nîmes, le Colysée, le temple de Vesta, le joli petit temple de 
Pandrose, etc., réduits à l'échelle et exécutés, pour la plupart, 
en liège, ce qui ajoute, pour quelques-uns, cet aspect original que 



- 143 — 

la patine des temps donne k la pierre. C'est aussi dans les célè- 
bres galeries du musée de lEcole des Beaux-Arts que l'on peut 
remarquer les incomparables reproductions — fragments, gran- 
deur naturelle, ou ensemble, le tout réduit à l'échelle — des motifs 
de cette architecture si gracieuse, si élégante, de YAlhambra qui 
semble avoir été créé par les péris pour les plaisirs d'un calife des 
Mille et une nuits ! 

Des éditeurs d'objets d'art, adroits et consciencieux omme Susse, 
Barbedienne, Durand, Ruel, Mathieu et d'autres, ont supérieurement 
reproduit de curieux et gracieux motifs, en albâtre ou autres pierres 
malléables et plastiques, ou simplement en plâtre durci. 

Eh bien! Pourquoi ne reproduirait-on pas par les mêmes procédés, 
ou des procédés différents, ou enore mieux en albâtre, genre de 
travail dans lequel les artistes toscans sont passés maîtres, les innom- 
brables chefs-d'œuvre que l'Egypte possède et n'a jamais gardés 
avec une jalousie farouche, tant a été grande son indifférence ? 
Yoilà ce que s'est dit M. Luigi, et voilà en quoi son projet offre un 
intérêt réel. 

Envoyer en Egypte un certain nombre d'artistes ouvriers, qui, 
habilement dirigés pour un art nouveau pour eux, arriveraient 
à réduire, toutes proportions gardées, ces chefs-d'œuvre auprès des- 
quels on passe le plus souvent sans s'y arrêter. Former une s)rte 
d'école où les indigènes puiseraient les éléments d'un art nouveau 
et feraient des progrès rapides, tant est vive la faculté d'assimila- 
tion des Orientaux ; constituer de cette façm une sorte d'éducation 
artistique, qui, non seulement, deviendrait lucrative, mais surtout, 
répandrait, en le vulgarisant, le goût des choses d'art. . .voilà le but 
que se proposerait M. Luigi. 

L'art ancien, le plus reculé dans les annales des civilisations, ses 
différentes manifestations à travers les âges, puis cet art original 
par son élégante beauté, l'art arabe, depuis l'humble coupole et le 
pauvre minaret jusqu'à cette riche coupole où daignent courir, 
comme pour l'embrasser, les versets du Coran et à ce minaret orfè- 
vre où les hirondelles semblent se complaire à s'accrocher à ses 
dentelles, tout, tout ici est à foison ; il n'y a qu'à choisir dans ce 
riche coffret où nous pouvons admirer les plus beaux joyaux de l'art 
égyptien et arabe. 



— 144 — 

11 est cependant incontestable que la plupart des monuments n'ont 
leur valeur réelle et leur raison d'être que dans le milieu pour 
lequel ils ont été. créés, profilant leurs lignes et leurs arêtes dans 
un ciel toujours bleu, baigné d'un soleil éclatant, émergeant au 
milieu des bouquets de palmiers qui mêlent leurs panaches aux 
massifs de tamarix et d'acacias mimosas, ou bien, omme le Parthé- 
non dessinant sa silhouette sous un ciel olympique, sur les horizons 
bleus des collines de l'Attique où croissent le lentisque épineux et 
l'olivier à la verte ramure. 

C'est pourquoi quelques-unes de ces reproductions perdront un 
peu de l'intérêt qu'on attache à l'idée poétique. Ce qu'il faudra y 
chercher, c'est l'utilité pratique d'une part telle que l'étude de cet 
art, sans pour cela recourir au dessin souvent faux ou à la photo- 
graphie qui altère et quelquefois déforme la pureté des lignes. 

Quant à la question de l'ornementation dont parle M. Luigï bey, 
elle a été discutée, adoptée et utilisée depuis longtemps. 

Nous savons tous que l'ornementation des anciens Egyptiens est 
entrée depuis quelque temps dans le domaine des arts décoratifs par 
excellence, et que des peintres décorateurs habiles l'ont exploitée et 
l'exploitent encore en Europe et qu'ici même il y a deux ou trois 
décorateurs, entre autres celui du Musée de Boulaq-Guizeh, qui ont 
décoré quelques salles du Musée et quelques salons particuliers 
d'une manière originale et je dirais presque remarquable. 

M. Parvis a utilisé, lui aussi, l'art ornemental égyptien ; des meu- 
bles qui ont figuré à certaines expositions et ceux qui se trouvent 
dans son atelier témoignent du parti que l'on peut tirer, par l'adap- 
tation, des arts décoratifs de l'ancienne Egypte. 

Toutefois, il faut être et très sobre et très exact ; autrement on 
tombera facilement dans le pastiche décoratif, dans l'ornementation 
digne de l'imagerie d'Epinal, ou dans la caricature de l'antiquité 
par Corbon et Caran Dache. Je ne partage pas non plus les idées 
de Luigi bey lorsqu'il veut faire admettre officiellement, on le 
croirait, le signe hiéroglyphique, le verbe égyptien, non seule- 
ment comme prétexte à décoration, mais aussi comme écriture 
monumentale, relatant les faits et gestes des héros modernes, les 

fastes d'une nation, ou les annales d'un peuple, et finissant 

par faire tomber ce langage auguste jusqu'à servir d'estampille aux 



— 145 — 

timbres-poste. Mais il faut excuser M. Luigï ; il s'est , mon 

Dieu, comment dire le mot ! en tout cas excusez-le ; il s'est emballé, 
voilà tout; son projet est dans son ensemble très acceptable et du 
reste, ce qui n'est pas peu, il a eu l'encouragement d'un maître 
illustre, notre ancien président, Gaston Maspero, et du savant Schiap- 
parelli de Florence. 

En regardant les ornements Egyptiens, il est facile de se con- 
vaincre que les Grecs les ont empruntés aux Egyptiens, tels orne- 
ments comme les guillochis, les méandres, les enroulements habile- 
ment combinés, les délicats chapiteaux à volutes et les curieuses têtes 
de bœuf (les bucranes) qui donnent à l'ornementation égyptienne 
un cachet d'originalité tout spécial. Et, de même que les artistes de 
Memphis ou de Thèbes prenaient pour motifs de leurs décorations 
les fruits, les fleurs et les plantes de leur pays, comme le lotus 
par exemple, les Grecs se servaient dans leur ornementation du 
lys marin, de la feuille d'eau, des chapelets d'olives et d'amandes et 
des grappes de raisin. 

Mais ce qu'il y a de remarquable dans l'art égyptien, c'est l'archi- 
tecture et une sculpture toute spéciale, voilà où le projet de M. Luigi 
bey trouvera une mine inépuisable par l'exécution à l'échelle de 
ses admirables monuments qui trouvent tant de délicatesse {morbi- 
de.zza) dans l'albâtre. Quel touriste ne voudra pas emporter une 
réduction, aussi petite soit-elle, du temple de Dendérah, de celui de 
Louqsor, du délicieux et poétique petit temple hypèthre de Philœ ? ou 
bien une délicate réduction de la mosquée d'Hassan, de Kait-bay, 
du grandiose portail de Sultan Hassan, du double clocher bul- 
boïde de El-Azhar, du portique de Toulon ou des rosaces de Kait- 
bay? 

Ainsi pour ne parler que du temple de Dendérah, dont l'architecture 
estaussi imposante et aussi grandiose que si elle dataitdes plus beaux 
temps de l'Egypte, comment s'en faire une idée bien exacte si ce 
n'est par une reproduction plastique des plus fidèles ? 

« Lignes simples, grandes, non rompues, inclinaison des murs 
latéraux vers le sommet d'une pyramide imaginaire, expression de 
calme résultant de l'horizontale continuée, heureux profil d'une 
corniche qui se dégage par une moulure oncave, par un seul 
cavet, tout ce qu'il y a de beau dans l'ancienne architecture égyp- 

Institut'Egyptien. io 



— 146 — 

tienne se retrouve dans le temple de Dendérah (contemp). » 
de J.C, inscriptions de Tibère, Cais, Claude et Néron; 24 colon- 
nes en quatre rangées). Voyez quels seront les renseignements 
que, sans se déplacer, pourront prendre de visu et les architectes 
et les artistes, quels renseignements leur fourniront ces reproduc- 
tions en leur mettant sous les yeux, en leur faisant toucher des 
doigts les admirables sculptures des pylônes de Louqsor, taillées 
dans le granit, mille ans avant Phidias (palais de Ramsès III, chef 
de la 20 ,ne dynastie). Et quelles observations ne feront-ils pas sur 
l'art égyptien et sur l'art grec, lorsqu'ils seront à même de les 
comparer par une confrontation. Ainsi, lorsqu'ils verront les piliers 
osiriaques, c'est-à-dire auxquels sont adossées d'énormes statues 
d'Osiris ( signification symbolique funéraire ) et les prisonniers 
sculptés sous les balcons qui pèsent sur leurs épaules, l'artiste, le 
savant, le chercheur s'apercevront aisément qu'il faut reculer de 
beaucoup le récit de Vitruve touchant l'origine des cariatides qui, 
d'après cet auteur,, remonteraient aux guerres médiques. Après la 
bataille de Platée, dit Vitruve, (470 av. le Christ) les Lacédémoniens 
élevèreat à Sparte une galerie qu'ils appelèrent persique, dans 
laquelle l'entablement était soutenu par des statues de captifs vêtus 
de leurs habits barbares. 

L'idée de faire jouer le rôle de support à la figure humaine appar- 
tient à l'Egypte, l'exemple frappant en est donné sous les balcons 
du Gynécée de Ramsès III (sept cents ans av. la bataille de Platée). 

Permettez-moi de remarquer ici que les premiers qui substituè- 
rent une figure de femme à la colonne furent les Grecs du Pélopo- 
nèse, qui voulurent, de cette façon, punir par une image humiliante, 
les habitants de Carya pour avoir soutenu les Perses. 

Deux mots encore sur la sculpture égyptienne; cet art représente 
un caractère éminemment symbolique et rappelle toujours sa 
première destination, qui fut d'exprimer des idées religieuses et 
d'en être l'écriture imagée. Son berceau est dans le temple. Son 
origine, dit Charles Blanc, est l'architecture, et sa raison d'être, le 
symbole. 

L'art égyptien, qui semble retenu dans une éternelle enfance, est 
un art grand majestueux hautement formulé. Il est majestueux par 
l'absence du détail, dont la suppression a été voulue, préméditée 



— 147 — 

par le prêtre. Monumental par le laconisme du modèle, par l'austé- 
rité des lignes et par leur ressemblance avec les verticales et les 
U trizontales de l'architecture. 

L'art égyptien n'était pas libre; il est érige idré par un principe 
autre que l'imitai ion. L'artiste s'écarte de la vérité imitative, c'est 
volontairement, car il ne faut point croire qu'il ne puisse pas rendre 
fidèlement la nature. Fous en avez la preuve irréfutable dans la 
saisissante vérité que présente parfois la figuration des animaux, 
vérité d'autant plus saisissante lorsqu'elle est comparée à la figure 
humaine exprimée d'une façon absolument conventionnelle. 

Il n'en pouvait être autrement chez un peuple dont les prêtres 
imposaient le symbole à l'imitation et prohibaient par des peines 
sévères l'étude de l'homme physique et la connaissance de l'anatomie, 
respectant ainsi la mort plus que la vie, la mort une sorte d'initiation 
à une vie impérissable. (Les dissections anatomiques étaient formel- 
lement défendues). 

Dans son savant Cours d'archéologie, M. Raoul Rochette s'expri- 
me ainsi : 

« En montrant aux yeux un corps d'homme surmonté d'une tète 
de lion, de chacal ou de crocodile, l'Egypte n'eut certainement pas 
l'intention de faire croire à la réalité d'un être pareil ; c'était une 
pensée qu'elle voulait rendre sensible plutôt qu'une image vraie 
qu'elle prétendait offrir. Ce mélange des deux natures était là pour 
avertir que ce corps humain servant de supp »rt à une tète d'animal 
était une pensée écrite, la personnification d'une idée morale et non 
pas l'image d'un être réel. » 

Et, afin de mieux exprimer ma pensée, j'emprunterai à un écri- 
vain compétent ces lignes : « Le symbole fut pour la sculpture 
égyptienne ce qu'étaient pour les morts embaumés les aromates qui 
les conservaient ; il le momifia, mais en le momifiant, il le rendit 
incorruptible. » — Ch. Blanc. 

Je ne veux point abuser de votre attention, Messieurs, aussi je ne 
puis ici, en parlant de l'art arabe, lui consacrer quelques pages à 
cause du développement qu'il réclame, car c'est aussi la reproduc- 
tion des monuments de cet art, dont l'encorbellement est le signe 
distinctif, que vise la seconde partie du mémoire de M. Luigi. 



— 148 — 

C'est l'encorbellement qui donne cette grâce toute spéciale aux 
minarets du Caire. Cette toursvelte, allégée, fouillée comme le plus 
beau joyeau d'orfèvrerie est le clocher des églises mahométanes. Si 
maintenant vous la supposez brodée d'ornements tissus dans la 
pierre ou dans le stuc, gauffrée de sculptures à peine saillantes qui 
sembleront champlevées au burin, si tel étage est enveloppé d'un 
réseau de figures géométriques, tel autre composé d'une colonnade 
à pans ou percé de folies fenêtres et d'une porte pour donner au 
muazzin accès sur le balcon ; si les encorbellements ont des profils 
divers et des saillies inégales; si les balustrades sont variées dans 
leurs entrelacs ou leurs découpures. . . vous aurez un type accompli 
des minarets du Caire dont celui de Kaït-bay est le plus remarqua- 
ble d'entre tous. Rompus à cette science des encorbellements les 
architectes arabes ont su bâtir les coupoles à pendentifs des Khalifes 
et des Sultans turcomans. Pour être bref, je ne citerai comme 
exemple que celle de la mosquée de Barkouk, le premier sultan de 
la dynastie circassienne. 

Tout cela, Messieurs, ne vous est point étranger, et il en est de 
nombreux parmi vous qui, tout en ayant bien voulu m'accorder 
une attention complaisante, excuseront généreusement mon audace. 
Cependant, je ne puis pas, après avoir essayé de pénétrer dans le 
vaste domaine de l'esthétique, rebrousser chemin sans vous dire ce 
que je pense de la valeur que peut donner une planche photogra- 
phique lorsqu'il s'agit d'un détail sculptural ou architectural. 
Je ne veux point médire de la photographie et de ses dérivés, je 
suis loin de vouloir faire son procès, vu qu'aujourd'hui elle rend 
à l'art des services éclatants et qu'elle fait tous les jours des progrès 
énormes. 

Pour la reproduction de l'architecture qui offre une surface 
presque plane, ses défauts sont peut-être beaucoup moins sensibles.— 
Cependant, voyez le contraste choquant des ombres portées. L'ombre 
la plus légère est déjà extrêmement noire ; la pierre, même grise 
et peu éclairée est complètement blanche ; une façade en pleine 
lumière ne pourrait avoir plus d'éclat. Le reproduction plastique de 
certains monuments, obviera à cet inconvénient qui le plus souvent 
devient une pierre d'achoppement pour celui qui veut se faire une 
idée exacte de tel ou tel morceau d'architecture. 



— 149 — 

Enfin, Messieurs, je pense que le projet de M. Luigi, pour ce qui 
concerne surtout la reproduction en albâtre ou en d'autres pierres 
malléables des chefs-d'œuvre égyptiens ou arabes, est en soi très 
recommandable et, par conséquent, je demeure convaincu que si 
jamais son auteur avait à le soumettre à quelques-uns d'entre 
vous, il peut être assuré d'avance de le voir prendre en considération. 

Les membres de l'Institut sont unamimes à approuver l'idée d3 
M. Luigi bey, ils seraient heureux d'en voir l'application. 

Le D r Gogsiard présente, au nom du D r Brossard, un 
corps étranger que ce dernier a été appelé à retirer du 
rectum d'un homme de soixante ans. 

Après avoir rapidement énuméré les corps étrangers du rectum 
observés jusqu'à ce jour et qui fourmillent dans les musées patho- 
logiques d'Europe où, par leur diversité de formes et de dimensions, 
on peut se faire une juste idée de l'ingéniosité des inventeurs, le 
D r Gogniard donne les dimensions de celui retiré par son confrère : 
l'instrument mesure 23 centimètres de longueur, et un diamètre 
maximum de 3 centimètres et demi à la base; il est de forme conique 
et est constitué par un p^rte-plume de bois entouré d'un manchon 
de paraffine et de cire blanche. 

Les manœuvres d'extraction ont été, comme dans tous les cas ana- 
logues, laborieuses et ont demandé deux séances. Dans la première, 
le chirurgien parvint avec les plus grandes difficultés à atteindre du 
bout de l'index l'extrémité inférieure du porte-plume, c'est-à-dire 
qu'il ne réussit ce jour-là qu'à se piquer la pulpe digitale avec le bec 
de la plume dont le patient avait eu l'imprudence de laisser l'instru- 
ment armé. Celui-ci était donc remonté à une grande hauteur, 12 
ou 13 centimètres. 

Le lendemain, le D r Brossard, après avoir essayé vainement de 
s'aider de spéculums variés, imagina de tailler en forme de valve de 
spéculum un long morceau de bambou qui lui permit en effet de 
conduire une longue pince courbe, pince à polypes, sur le corps 
étranger, de saisir celui-ci perpendiculairement à sa direction et de 
1 e retirer définitivement. 



— 150 — 

Le malade s'est rétabli très rapidement et il n'est pas douteux que 
cet heureux résultat ne soit dû à la dextérité avec laquelle a été pra- 
tiquée l'extraction, étant donné que de pareilles manœuvres détermi- 
nent trop souvent une issue fatale par perforation de l'intestin et 
péritonite suraiguë. 

Après quelques observations présentées par S. E. le D r 
Abbate pacha, M. Saber bey Sabbj est invité a donner lec- 
ture de la suite de son mémoire sur V Arpentage en Egypte : 

Dans la première communication que j'ai eu l'honneur de pré- 
senter à l'Institut Egyptien dans la séance du mois dernier, j'ai 
étudié les principes et les formules de l'arpentage des massahines, 
et après avoir montré le défaut principal du système, j'ai donné un 
mode de correction à y appliquer. 

Dans la communication d'aujourd'hui je vais étudier, comme je 
l'ai promis dans la première communication, les autres défauts 
secondaires du système et indiquer les moyens avec lesquels on 
peut y remédier. 

Ces défauts secondaires peuvent être résumés dans les suivants: 

a — Détermination inexacte des sommets des figures à mesurer. 

(j — Négligence d'alignement des distances à mesurer, avant de 
procéder à la mesure . 

c — Elasticité de la mesure à la kassabah. 

d — Ommission des pentes de terrains inclinés, en les considé- 
rant comme surfaces horizontales. 

Nous avons donc à étudier successivement chacun de ces défauts 
et à le faire suivre de la manière de correction que l'on peut y 
appliquer. 

a — Pour déterminer les sommets des figures à évaluer, les 
massahines choisissent ordinairement les pierres plus ou moins 
grossières qui limitent chaque propriété, quand celle-ci pourrait 
être prise en une seule figure. 

Dans le cas contraire, ils ajoutent à ces mêmes pierres des fosses 
plus ou moins larges pratiquées dans le sol, qui serviront de som- 
mets aux figures partielles auquelles la surface totale est divisée. 



— 151 — 

Or, de telles marques volumineuses, dont chacune peut être 
assimilée à un solide sphéroïdal de 15 à 30 centimètres de diamètre 
ne peuvent guère indiquer la position exacte des sommets, si l'on 
considère que ceux-ci ne sont que des points, dans le sens géomé- 
trique du mot. 

On peut facilement obvier à cet inconvénient en obligeant les 
massahines à imiter le procédé des géomètres, par l'adoption des 
jalons et piquets à la place des pierres et des fosses. 

b — Quand les massahines ont à mesurer une distance comprise 
entre deux p oints donnés, ils ne s'inquiètent pas beaucoup de ce 
que la mesure soit faite sur la ligne droite qui joint ces deux 
points, condition très essentielle dont ils comprennent peu l'impor- 
tance. 

En mesurant, ils décrivent, sans le vouloir, entre les points 
donnés, une ligne sinus oïdale en zigzag, dont la longueur sera 
naturellement plus grande que celle de la ligne qu'ils devaient 
suivre. 

Il suffirait tout simplement, pour obvier à cet inconvénient, de les 
contraindre à dresser avec s un l'alignement de la distance à 
mesurer en y plantant de distance en distance des jalons visés et 
distribués convenablement sur la longueur de la distance donnée. 

De cette manière, le massah tenant la kassabah ne pourra pas 
dévier de la direction alignée, les jalons qui lui servent de guide 
étant assez rapprochés. 

c — Quand on assiste pour la première fois à une opération de 
mesurage à la kassabah et que l'on voit la manière et la vélocité 
avec lesquelles l'opérateur manœuvre l'instrument pour lui impri- 
mer un certain nouvement de rotation dont le centre est toujours 
en sa poignée, on ne pourrait jamais croire qu'une telle opération 
soit capable d'aucune précision. 

Cependant, en examinant la question de près sur des opérations 
faites sans aucune partialité par un massah consciencieux, on change 
complètement d'opinion, en voyant que les erreurs de mesurage 
que l'on peut attribuer à l'emploi de la kassabah même, ne s'écartent 
pas beaucoup de celles qui résultent quelquefois en mesurant à la 
chaîne, surtout quand l'opérateur manœuvrant la kassabah est 
très exercé et qu'on a eu soin de bien aligner la ligne avant de 
procéder à sa mesure. 



— 152 — 

Ce n'est que quand le massah n'est pas consciencieux et que l'occa- 
sion de montrer son adresse et son habileté lui est offerte que 
l'élasticité de la mesure à la kassabah se fait voir. Cette élasticité 
permet alors au massah de faire, suivant les circonstances, des 
différences en plus ou en moins, pouvant atteindre parfois plus de 
5 % et peut-être même 10 %. 

Heureusement les occasions de cette nature sont rares, grâce au 
zèle et à l'esprit toujours chicaneur de nos villageois qui, sachant 
presque tous manier la kassabah pour vérifier la mesure des mas- 
sahines,, ne cessent leurs réclamations que quand ils sont complète- 
ment satisfaits. 

Je regrette beaucoup de n'avoir pu vous présenter, cette fois- 
ci, les résultats des expériences qne j'ai déjà commencées pour 
comparer entre elles l'opération proprement dite de mesurage à la 
kassabah, et celle de mesurage à la chaîne ; ces expériences n'étant 
pas encore achevées. 

Cependant je puis, en tout cas, affirmer que le mal le plus grave 
du système d'arpentage des massahines ne se trouve pas, en grande 
partie, dans l'emploi de la kassabah elle-même, comme on pourrait 
le supposer, mais bien dans le mode défectueux et les formules 
erronées employées dans les calculs des surfaces. 

Du reste, pour empêcher toute espèce d'abus, il serait facile de 
substituer à la kassabah en roseau dont l'emploi est susceptible 
d'élasticité, un ruban en acier semblable au ruban métrique, et 
dont la longueur soit toujours un multiple de la kassabah actuelle, 
comme cinq kassabahspar exemple avec des subdivisions en vingt- 
quatre parties égales ou kirats, selon l'usage des Coptes. 

cl — Lorsque les terrains à évaluer sont inclinés, comme les 
terrains des berges du Nil, livrés ordinairement à la culture après 
le retrait des eaux et ceux provenant des lits des cours d'eau 
abandonnés, les massahines procèdent à la mesure sur ces terrains 
inclinés comme ils le font sur les surfaces horizontales, sans consi- 
dérer la pente plus ou moins prononcée qui affecte les dits 
terrains. 

En arpentage, on peut omettre sans danger, certaines pentes 
insignifiantes comme les pentes générales de la vallée du Nil, les 
dites pentes variant de — — à — — - pour les pentes longitudinales 



— 153 — 

du sud au nord et de — à — pour celles transversales se diri- 

2000 5000 1 

géant des rives du fleuve vers les deux déserts. 

Mais quand la pente du terrain à évaluer est d'une certaine 
importance, comme celle de deux de base pour un de hauteur ou de 
un de base pour un de hauteur, on ne peut la négliger dans 
la mesure sans risquer de faire des évaluations préjudiciables aux 
propriétaires. 

Nous verrons en effet par les calculs suivants, que deux terrains 
avant la même superficie et soumis aux mêmes conditions de fertilité, 
ne peuvent cependant pas donner les mêmes quantités de produc- 
tion, si l'un d'eux est horizontal et l'autre en pente. 

Appelons D, la longueur d'une distance me- 
^x surée sur une pente, D' la projection horizontale 

\P de cette distance a l'angle que fait la pente 

n. avec la verticale, et nous aurons 

X D'=D sin a 

On sait d'ailleurs que 



/ 1 
: y i— tang 2 a 



Remplaçons donc sin a dans la première formule par sa valeur 
et nous aurons, 



D '=»s/r+^ 



tang 2 a 

Par cette dernière formule, on peut calculer la longueur D de la 
projection horizontale de toute distance D, mesurée sur une pente 
formant un angle a avec la verticale. 

Soit, par exemple, une distance de 10 kassabahs mesurée sur une 
pente de un de base pour un de hauteur, c'est à dire de —, on aura 

tang a = 1 et tiïïg -2 a = 1 
et par conséquent 

D ' = [ D \/i = y/ " 50 ] = 0,70: ! D 

D étant 10 kassabahs par hypothèse, on a 
D' = 7. 071 kassabahs,, 
C'est à dire que 10 kassabahs sur la pente donnée ne font que 
7,071 kassabahs en projection horizontale. 



— 154 — 

Revenons maintenant à comparer les deux terrains déjà men- 
tionnés, prerion-y, comme termes de comparaison, deux lignes de 
longueur égale, 10 kassabahs, par exemple, prises, la première dans 
le terrain horizontal et la seconde dans le terrain incliné et dirigée 
dans le sens de sa pente; et voyons si ces deux lignes plantées en 
cotonniers ou en cannes à sucre, peuvent donner la même quantité 
de production. 

En supposant que la première ligne horizontale peut contenir 70 
cotonniers à 50 centimètres de distance l'un de l'autre ou 140 
cannes à sucre à 26 centimètre de distance l'une de l'autre, la 
seconde ligne, celle en pente, ne peut évidemment contenir que 49 
cotonniers ou 98 cannes, si l'on considère que la projection horizon- 
tale de cette ligne n'est que 7.071 kassabahs, et qu'il faudrait 
toujours conserver entre les arbres plantées sur la pente les mêmes 
distances horizontales comme dans le premier cas. On voit donc que 
les productions des deux lignes comparées, et par conséquent celles 
des deux terrains qu'elles représentent, ne peuvent pas être égales, 
mais bien dans le rapport de 10 à 7, quoique les deux parcelles aient 
la même superficie et la même fertilité. 

Gela étant démontré, il serait donc injuste d'appliquer le même 
mesurage sur les terrains inclinés que sur les terres horizontales, 
comme le font généralement les massahines et de répartir les impôts 
sur ce procédé erronné. 

Pour parer à cet inconvénient, il serait nécessaire de réduire à 
l'horizon toute distance mesurée sur une pente donnée. Les massa- 
hines peuvent eux-mêmes faire cette réduction par le procédé 

pratique suivant : 

Quand il s'agit de mesurer 

f\~ \ d une distance comme a b incli- 

^\i née, sur l'horizontale c b, ils 

^^ I e doivent commencer le mesu- 

^<^— ,<■ rage depuis le point «, extré- 

| ^\^^ ' mité supérieure de la pente, 

F\^ ] et au lieu de poser la kassabah 
| _\! ou le ruban qui la remplace- 
rait, si Ton veut, sur le sol 
même de la pente, ils dressent cet instrument rectiligne dans une 
position horizontale a cl audessus du sol. 



- 155 — 

Ils projettent ensuite de l'extrémité cl de la kassabah un caillou 
qui inarquera le point cl', projection du point cl sur la pente. La dis- 
tance ad' de la pente aura donc pour projection horizontale ad, 
c'est-à-dire une kassabah. 

On rapporte alors la kassabah dans la position cl' e et l'on projette 
son extrémité e en e' et ainsi de suite jusqu'à ce que l'on atteigne 
le point p, extrémité inférieure de la pente. La projection horizontale 
de la distance a b à mesurer, c'est-à-dire la longueur qui doit 
remplacer cette distance dans le calcul de la surface de la pente, 
sera donnée alors, par le nombre des positions dans lesquelles on a 
placé la kassabah pour arriver du point le plus haut au point le 
plus bas de la pente donnée. 

On peut aussi réduire à l'horizon une distance donnée, mesurée 
sur la pente même du terrain, en multipliant cette distance par 
un coefficient variant suivant les différentes valeurs de la pente. 

Pour déterminer les valeurs de ce coefficient même, on emploie 
la formule suivante, 

c-,/ 1 

V 1 + tang2 a 

dans laquelle C représente le coefficient inconnu et a, l'angle que 
fait la pente avec la verticale. 

Donnant, dans cette formule, à l'angle a différentes valeurs, on 
trouvera pour le coefficient G les valeurs qui leur correspondent. Ce 
qui conduit à former une petite table contenant les coefficients 
nécessaires pour la réduction des pentes que l'on rencontre en 
arpentage. 

L'Institut se forme ensuite en comité secret. La séance 
est levée à 6 heures. 



— 156 — 



SEANCE DU 7 NOVEMBRE J890 



Sont présents : 

S. E. Artin pacha, président ; 

MM. le D r Abbate pacha, ) 

T , > vice-présidents : 

Larmee pacha, ) > 

Barois, trésorier ; 

Piot, secrétaire ; 

Peltier bey, 

D r Fouquet, i 

D r CoGNIARD. f 

W. Abbate/ 
W. I^Ès, 
Sickekbergeb, 

Le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la 
séance du 6 juin dernier; aucune observation n'étant 
faite à son sujet, le procès-verbal est adopté. 

La correspondance imprimée comprend un très-grand 
nombre de volumes et de brochures éditées par des Sociétés 
savantes ou constituant des travaux originaux dont les 
auteurs font hommage à l'Institut. Le nombre des sociétés 
littéraires ou scientifiques étrangères avec lesquelles 
l'Institut fait échange de son bulletin,, selève à 168. Dans 
ce nombre la France tient le premier rang avec k2 sociétés, 
puis viennent : l'Italie, 19 sociétés, l'Autriche 7, l'Espagne 
et le Portugal, les Etats-Unis 5, la Russie 4, l'Allemagne 



— 157 — 

le Mexique el le Canada .'3. l'Angleterre, la Belgique et la 
Suisse 2. le Japon, le Brésil el la Plata 1, l'Egypte 12. non 

compris (> publications périodique.-. 

M. le président est heureux de constater en quelle 
haute estime est tenu l'Institut Égyptien dans le monde 
savant : c'est, pour le présent, le meilleur éloge qui puisse 
être fait des travaux de ses membres et. pour l'avenir, un 
puissant encouragement à de nouvelles recherches dans 
toutes les branches de la science qui ont leurs représen- 
tants parmi nous. 

M. le président donne la parole à M. Barois pour la com- 
munication suivante portée à l'ordre du jour : 

Comparaison entre les températures de plusieurs villes 
de la Basse-Egypte. 

Ayant étudié en détail, l'année dernière, dans une communica- 
tion que j'ai eu l'honneur de présenter à l'Institut Egyptien (1), le 
climat du Caire, il m'a paru intéressant de rechercher les différences 
qui existent entre ce climat et celui de quelques autres villes de la 
Basse-Egypte. 

Les seuls points de cette région où l'on fasse des observations 
météorologiques régulières sont, en dehors du Caire, Alexandrie, 
Port-Saïd, Ismaïliah et Suez. Le but de cette note est d'indiquer, 
par comparaison avec les phénomènes constatés au Caire, quels 
sont les mouvements de la température dans ces quatre dernières 
villes. 

Je rappellerai d'abord que les cinq villes ci-dessus sont toutes 
comprises entre 30° et 31° 20' de latitude nord, et entre 27° 40' et 
30° 30' de longitude est, par rapport au méridien de Paris. Alexan- 
drie, tout à fait à l'ouest du Delta, est b'-tie sur une langue de terre 
étroite et basse qui s'allonge du S. 0. au N. E. entre la mer et le 
lac Mariout. Port-Saïd s'étend sur une plage aride d'alluvions, a 

(1) Voir le bulletin de l'Institut Egyptien, année 1889. 



— 158 — 

l'autre extrémité de la base du Delta, à l'entrée du canal de Suez, 
sur' la rive orientale du lac Menzaleh qui n'est lui-même séparé de 
la mer que par une mince chaîne de dunes peu élevées. Ismaïliah 
est en plein désert, au milieu de l'isthme de Suez, sur le fcbrd du 
lac Timsali, non loin de la petite vallée de l'Ouadi qui prolonge ses 
maigres cultures jusque dans ces parages. Suez est située au fond 
d'un golfe de la mer Rouge, à l'extrémité sud du canal, sur une 
côte entièrement nue et désolée, abritée du côté de l'ouest par le 
plateau de l'Attaka. Enfin Le Caire est placé à la pointe du Delta, 
sur le bord oriental de la vallée, à peu de distance de l'endroit 
où se ramifient les différentes branches et dérivations du Nil, qui 
rayonnent jusqu'à la mer entre Alexandrie et Port-Saïd. 

Les documents qui ont servi à la rédaction de cette note sont les 
observations météorologiques publiées chaque semaine dans le 
Journal Officiel du Gouvernement égyptien, pour les années 1887, 
1888 et 1889. Ces observations sont faites : pour Le Caire, à l'Obser- 
vatoire khédivial de l'Abbassieh; pour Alexandrie, par M. A.Pirona, 
sous le patronage de l'Institut central météorologique de Vienne ; 
pour Port-Saïd, Ismaïliah et Suez, par la Compagnie du Canal de 
Suez, sous le patronage du bureau central météorologique de Paris. 
Elles sont prises avec les précautions en usage dans les observa- 
toires météorologiques bien installés. (1) 

Températures moyennes. — Les températures moyennes pu- 
bliées dans le Journal Officiel sont calculées pour Le Caire avec les 
observations faites à minuit, 3, 6, 9 heures du matin, midi, 3, 6, 
9 heures du soir. Pour Alexandrie, on prend la moyenne des 
observations, de 9 heures du matin et de 9 heures du soir, des 
maxima et des minima. Ces deux manières de calculer la tempéra 
ture moyenne sont à très peu près comparables. 

Pour Port-Saïd, Ismaïliah et Suez, les moyennes sont déduites des 
observations de 7 h. du matin et de 5 h. du soir, des maxima et des 
minima. La moyenne ainsi obtenue donne un chiffre un peu plus 
élevé que la moyenne vraie ; mais la différence doit être faible ; car 
si l'on prend, pour Le Caire, sur la courbe des variations diurnes de 
la température (2), la moyenne des observations de 7 h. du matin, 

(1) Les températures sont exprimées en degrés t-enli^-rades. 
, (2) Voir la notice sur le climat du Caire, publiée dans le bulletin de l'Institut 
Égyptien, année 1889. 



I 



— 159 - 

de 5 h. du soir, des maxima et des minima, on trouve, pour l'en 
semble de l'aimée, un chiffre supérieur d'un tiers de degré seulement 
;'i la moyenne réelle. 

Les températures m lyennes des années 1887, 1888 et 1S89, ainsi 
établies pour chaque semaine, ont été figurées en courbes sur la 
planche I, et sont résumées par saisons (1) dans le tableau ci-dessous. 



Température moyenne pendant les années 1887-88-89, 



VILLES ET ANNÉES 


HIVER 


PRINTEMPS 


ÉTÉ 


AUTOMNE 


MOYENNES 


( 1887 

Le Caire < 1888 

( 1889 


Degrés 

13 74 
16.01 

16.35 


Degrés 

24.39 
24.39 
24.95 


Degrés 

27.47 
28.80 
28.41 


Degrés 

20.40 
19.23 
19.50 


Degrés 

21.50 
22.11 
22.30 


Moyennes. 


15.37 


24.58 


28.23 


19.71 


21.97 


1 1887 

Alexandrie. < 1888 

(1889 


15.06 
15.59 
15.77 


21.38 
21.00 
20.91 


25.63 
25.97 
25.65 


21.36 
19.53 

20.08 


20.86 
20.52 
20.60 


Moyennes . 


15.47 


21.10 


25.75 


20.32 


20.66 


(1887 

Port-Saïd... 1888 

(1889 


15.57 
14.98 
16.62 


21.65 
21.19 
19.58 


26.16 
26.08 

» 


21.03 

20.35 

» 


21.10 

20.65 

» 


Moyennes . 


15.72 


20.81 


26.12 


20.69 


20.84 


(1887 

Ls.uaïliah . . . \ 1888 

(1889 


14.25 
15.44 

15.90 


24.08 
23.46 
23.71 


27.57 
27.93 
27.76 


20.56 
18.78 
19.85 


21.60 
21.40 
21.81 


Moyennes. 


15.19 


23.75 


27.75 


19.73 


21.60 


(1887 

Sdez 1888 

( 1889 


14.18 
15.02 
16.26 


23.68 

» 
24.60 


27.76 

» 
28.45 


21.04 
18.90 
19.76 


21.66 

» 
22.27 


Moyennes . 


15.15 


24.14 


28.10 


19.90 


21.82 



(2) Dans celte noie, on considère l'hiver comme composé des treize pre- 
1ères semaines de l'année, le printemps des treize semaines suivantes et 



mie 

ainsi de suite 



— 160 — 

Un premier coup d'œil jeté sur la planche I, montre que les 
courbes des différentes villes sont ordinairement impression- 
nées en même temps, mais avec une intensité différente, par les 
mêmes accidents atmosphériques. On y reconnaît d'ailleurs que ces 
villes se partagent sous le rapport de la température moyenne en 
deux groupes. 

D'un côté, Le Caire, Suez et Ismaïliah, avec des courbes de tem- 
pératures moyennes à peu près identiques, enchevêtrées les unes 
dans les autres pendant tout le cours de l'année ; 

D'un autre côté, Alexandrie et Port-Saïd, d)nt la température 
moyenne est nettement moins haute que celle des trois autres villes 
de mars à septembre. Cet écart a atteint, pour certaines semaines 
de 1889, jusqu'à 8° entre Port-Saïd et Le Caire. Pendant l'hiver et 
l'automne, les courbes d'Alexandrie et de Port-Saïd se rapprochent 
beaucoup des trois autres, mais ont cependant une tendance à être 
un peu plus relevées. Pendant le printemps et l'été de 1887, les dif- 
férences des deux groupes de courbes ont été moins accentuées que 
pendant les deux autres années. 

Les chiffres des deux tableaux ci-dessous, qui donnent, pour 
chaque saison, les différences entre les températures m :>yennes du 
Caire et les températures moyennes d'Alexandrie, de Port-Saïd, d'Is- 
maïliah et de Suez, permettent de préciser ces indications générales. 

Diflérences entre les températures moyennes du Caire et les 
températures moyennes d'Alexandrie, de Port-Saïd, d'Is- 
maïliah et de Sue~. 

1° Années 1887-88-89. 



SAISONS 



Hiver 

Prinlemps 

Été 

Automne 

Moyennes. 



ALEXANDRIE 



1887 



degrés 

+1.3 

—3.0 

—1.8 
+1.0 



degrés 

—0.4 
—3.4 
—2.8 
+0.3 



degrés 

-0.6 
— 1.0 
—2.8 
+0.6 



FORT-SAID 



1887 



degrés 
+1.8 

—2.7 

—1.3 
—0.6 



degrés 

—1.0 
—3.2 
—2.7 
-1.1 



degrés 

+0.3 
—o.A 
—3.0* 
)> 



ISMAÏLIAH 



1887 



isgres 

+0.5 
— 0.:i 
+0.1 
+0.2 



+0.1 



-0.6 
-0.9 
-0.9 
-0.4 



188! 



degrés 

—0.4 
—1.2 

—0.6 
-!-0.4 



SUEZ 



1887 


1888 


degrés 


degrés 


+0.4 


—1.0 


—0.7 


— 0.1* 


+0.3 


—0.6* 


+0.6 


—0.3 


+0.2 


—0.5 



—0.1 

—0.3 

0.0 

+0.3 



* Les chiffres marqués d'un astérisque correspondent aux saisons pour lesquelles les obser- 
vations ne sont pas complètes. 



— ICI — 
2° Moyennes des années 1887-88-89. 



SAISONS 


TEMPERATURE 

HOYEHNl 

i) i (. a i R i: 


DIFFÉRENCE POUR 


ALEXANDRIE 


PORT-SAÏD 


ISMAÏLIAH 


SUEZ 




IS.37 
24.58 

2S.23 
19.71 


degrés 

+ h. i 

— 2.5 
+ 0.6 


degrés 

— li.4 

— 3.8 

— 2.5 

— O.G 


degrés 

— 0.2 

— 0.8 

— 0.5 
-f 0.1 




degrés 

— 0.2 




— Il . 'i 




— 0.1 




— 0.2 








21 .97 


— 1.3 


— 1.3 


— 0.4 




— 0.1 



Pour l'ensemble des trois années, la température moyenne du 
printemps d'Alexandrie est inférieure de 3° 5 à celle du printemps 
du Caire ; la différence a atteint son maximum 4°, en 1889. En été, 
la différence est moindre, elle est cependant encore de 2°, 5. En 
hiver, l'écart est tantôt positif et tantôt négatif, mais faible, et, en 
automne, la température d'Alexandrie est légèrement supérieure à 
celle du Caire. 

A Port-Saïd, la température du printemps est en moyenne infé- 
rieure de 3°, 8 à celle du printemps du Caire ; la différence a même 
été de 5°, 4, en 1889. En été, la différence entre les températures 
moyennes des deux villes est de 2°, 5, celle de Port-Saïd étant 
encore la plus faible. Pour l'hiver et l'automne, les écarts sont peu 
considérables, tantôt dans dans un sens, tantôt clans l'autre ; ainsi 
l'hiver de 1887 a été de 1°, 8 plus chaud et l'hiver de 1888 de 1° plus 
froid à Port-Saïd que les hivers des mêmes années au Caire. 

Quant à Ismaïliah et à Suez, les températures moyennes des 
diverses saisons y sont très voisines de celles du Caire et leur sont 
généralement un peu inférieures. Les différences maxima cons- 
tatées sont, à Ismaïliah, 0°, 9 au-dessous du Caire, pour le printemps 
et l'été de 1888 et, à Suez, 1°, au-dessous du Caire, pour l'hiver 
de 1888. 

L'écart moyen entre les températures de l'été et de l'hiver, pen- 
dant les trois années considérées, a été., pour Le Caire, de. . 12°. 86 

Institut Egyptien, a 



— 102 — 

tandis qu'il ressort, pour Alexandrie, à 10. 2Q 

pour Port-Saïd 9. 9g 

pour Ismaïliah 12 . 56 

pour Suez 12. 97 

Enfin les températures moyennes annuelles d'Alexandrie et de 
Port-Saïd sont inférieures respectivement de 1°, 3 et I e , 2 à celle du 
Caire qui est elle-même à peu près égale à celle d'Ismaïliah et de 
Suez. 

Températures maxima. — Pour les cinq villes étudiées dans 
cette note, les températures maxima et les températures minima 
sont représentées, sur la planche II, par des courbes qui sont cons- 
truites en prenant les moyennes hebdomadaires des températures 
maxima et des températures minima des trois années 1887, 1888 
et 1889. 

Gomme on peut le C3nstater par l'examen de ces courbes, les 
températures maxima sont généralement échelonnées dans l'ordre 
suivant, en partant des plus basses: Alexandrie, Port-Saïd, 
Ismaïliah, Le Caire et Suez, et, pour ces trois dernières villes, elles 
sont ordinairement assez rapprochées les unes des autres. Les écarts 
d'une ville à l'autre sont moins forts dans la saison froide que dans 
la saison chaude ; ils commencent à augmenter vers le mois de 
mars et diminuent assez brusquement au commencement de novem- 
bre. La plus grande différence qui se soit produite dans les trois 
années 1887, 1888 et 1889 a été de 12°,pourla 29 me semaine de 1888, 
entre Le Caire et Alexandrie,et pour la 31 mc semaine de 1889, entre 
Suez et Alexandrie. 

Les tableaux ci-dessous permettent de chiffrer pour chaque saison 
la valeur moyenne de ces écarts. Le premier de ces tableaux donne 
les températures maxima du Caire, calculées en moyennes par 
saison, et le tableau suivant indique, par saison également, les écarts 
moyens entre les températures maxima du Caire excelles des autres 
villes. 



— 103 — 



Moyennes par saisons 
des températures maxima journalières du Caire. 



ANNÉES 


HIVER 


PRINTEMPS 


ÉTÉ 


AUTOMNE 


MOYENNES 


1887 
1888 
1889 


degrés 

20.58 
22.39 
22.55 


33 05 
31.42 
32.40 


35 24 
35 88 
34 32 


degrés 

27.41 
25.11 

25.38 


degri - 

29.07 
28.70 
28.06 


Moyennes. 


21.84 


32 29 


35.15 


25 97 


28.81 



Ecarts moyens par saisons entre les températures maxima 
du Caire et les températures maxima des villes dési- 
gnées ci-après : 



VILLES ET ANNÉES 


HIVER 


PRINTEMPS 


ÉTÉ 


AUTOMNE 


MOYENNES 


1 1887 

Alexandrie . < 1888 

( 1889 


degrés 

— 2.6 

— 3.3 

— 3.3 


degrés 

— 8.4 

— 7.5 

— 8.3 


degrés 

— 7.4 

- 8.0 
-10.0 


degrés 

- 3.3 

- 2.9 

- 2.8 


degrés 

— 5.4 

— 5.4 

— 6.1 


Moyennes. 


— 3.1 


— 8.1 


— 8.5 


— 3.0 


— 5.6 


( 1887 

Port-Saïd. ..1888 

( 1889 


— 2.0 

— 1.4 
+ 0.1 


- 6.4 

- 4.7 

- 6.0 

- 5.7 


— 3.6 

— 3.7 

— 0.5* 


— 1.6 

-f- 0.9 
» 


- 3.4 

» 


Moyennes. 


— 1.1 


— 2 


— 0.3 


— 2.4 


(1887 

Lsmaïliah . .'. < 1888 

(1889 


- 1.0 

— 1.5 

— 1.3 


— 1.9 

— 1.3 

— 1.5 


— 0.8 

— 1.0 
+ 0.2 


— 1.1 

— 1.1 

— 0.8 


— 1.2 

— 1.2 

— 0.8 


Moyennes . 


— 1.2 


— 1.6 


— 0.5 


— 1.0 


— 1.1 


(1887 

Suez 1888 

(1889 


-f 0.5* 
— 0.8 
-f 0.6 


— 3 
+ 0.5* 
+ 0.3 


+ 0.7 
— 0.8* 
+ 2.5 


+ 1.0 

0.0 

+ 2.0 


+ 0.5 
— 0.3 
+ 1.4 


Moyennes. 


0.0 


+ 0.2 


+ 0.8 


-f î.o 


-f 0.5 



(*) Les chiffres marqués d'un astérisque sont ceux qui correspondent à des séries incomplètes 
d'observations. 



- 164 — 

Ainsi, au point de vue de la valeur moyenne des températures 
maxima de chaque jour, Alexandrie est inférieur au Caire de 5°, 6 ; 
Port-Saïd, plus élevé qu'Alexandrie, est encore inférieur au Caire 
de 2°, 4 ; Ismaïliah est plus bas que Le Caire de 1°,1 et enfin Suez est 
supérieur au Caire de 0°, 5. Ces résultats confirment les indications 
des courbes. 

Pour Alexandrie, c'est en été que le maximum journalier de tem- 
pérature diffère le plus de celui du Caire; la différence atteint, en 
moyenne, 8°. 5 dans cette saison ; au printemps, elle est de 8°. 1 ; en 
hiver, elle descend à 3°. 

Port-Saïd a, au printemps et en été, des maxima qui sont, en mo- 
yenne, inférieurs de 5°, 7 et 2°, 6 à ceux du Caire ; en hiver, la diffé- 
rence n'est plus que de 1°, 1 et, en automne, de 0°, 3, toujours 
dans le même sens. 

A Ismaïliah, qui a aussi en toute saison ses températures maxima 
inférieures à celles du Caire, les écarts sont moins forts; plus consi- 
dérables au printemps, ils y atteignent en moyenne 1°, 6, et plus 
faibles en été, ils n'y sont en moyenne que d'un demi-degré. 

Enfin à Suez, p^ur la moyenne des trois années considérées, les 
maxima sont en toute saison plus élevés qu'au Caire, mais la diffé- 
rence est petite; elle ne dépasse pas, moyenne pour chaque saison, 1°. 

Températures minima. — Si l'on classe les courbes des tempé- 
ratures maxima de la planche II, en donnant les premiers rangs 
aux courbes dont les ordonnées sont les plus fortes, et qu'on fasse le 
même classement pour les courbes des températures minima, on 
obtient pour chaque ville et dans chaque série des courbes les 
numéros d'ordre suivants : 

Numéros d'ordre dos courbes 
maxima minima 



Suez • •• 1 5 

Le Caire 2 3 

Ismaïliah 3 2 

Port-Saïd 4 4 

Alexandrie 5 1 






— 165 — 

Le numéro d'ordre d'une ville par* rapport aux autres est donc 
absolument différent, suivant qu'on considère les températures 
maxima ou les températures minima ; ce résultat était à prévoir, 
puisqu'on a déjà constaté que les températures moyennes des di- 
verses villes sont très voisines les unes des autres et les tempéra- 
tures maxima, au contraire, assez différentes. 

La planche II montre en outre que les courbes minima sont plus 
rapprochées les unes des autres que les courbes maxima ; donc, à 
un même moment, les températures minima de deux villes diffèrent 
moins entre elles que leurs températures maxima. L'écart le plus 
CDnsidérable des températures minima qui se soit produit de 1887 à 
1889, a été de 9°, 8 pour les 23 rne , 24 m « et 25 me semaines de 1887, et il 
a eu lieu entre Alexandrie et Suez. 

La comparaison exacte entre les températures minima des villes 
d'Alexandrie, Port-Saïd, Ismaïliah et Suez et les températures 
minima du Caire, se déduit d'ailleurs facilement des chiffres ci-après 
réunis en tableaux analogues à ceux qui ont été établis plus haut 
pour les températures maxima. 



Moyennes par saisons 
des températures minima journalières du Caire. 



ANNÉES 


HIVER 


PRINTEMPS 


ÉTÉ 


AUTOMNE 


MOYENNES 


1887 ' 

1888 

1889 


degrf-~ 

7.60 
9.28 
9.32 


degrés 

16.15 
16.00 
15.75 


degrés 

20.51 
20.68 

20.88 


degrés 

14.61 
13.07 
13.49 


degrés 

14.72 
14.76 
14.86 


Moyennes. 


8.73 


15 97 


20.69 


13.72 


14.78 



— 166 — 

Ecarts moyens par saisons entre les températures minima 
du Caire et les températures minima des villes désignées 
ci-après : 



VILLES ET ANNÉES 


HIVER 


PRINTEMPS 


ÉTÉ 


AUTOMNE 


MOYENNES 


( 1887 

Alexandrie . < 1888 

(1889 


degrés 

-f 5.1 
+ 3.9 
+ 4.2 


degrés 

4- 3.0 
+ 2.8 

+ 2.8 


degrés 

-f 3.5 
+ 3.9 
+ 3.4 


degrés 

+ 4.7 
+ 4.5 

+ 4.7 


d egrés 

+ 4.1 

4- 3.8 
4- 3.8 


Moyennes. 


-f 4.4 


-f 2.9 


4- 3,6 


4- 4.6 


+ 3.9 


(1887 

Port-Saïd... 1888 

(1889 


— 0.8 

— 3.7 
+ 1.2 


— 2.4 

— 3.0 

— 2.4 


— 2.6 

— 2.5 

— 5.4* 


- 1.8 

4- 0.6 


— 1.9 

2.2 

» 


Moyennes. 


— 1.1 


— 2.6 


— 3.5 


— 4 


— 1.9 


(1887 

ISMAÏLIAH . . .' < 1888 

(1889 


+ 1.9 
+ 1.5 

4- 1.4 


-f 1.3 

- 1.0 

+ 1-1 


+ 1.2 
+ 1.1 
+ 1.1 


4- 0.9 
4- 1.2 
+ 06 


4- 1.3 
4- 1.2 
+ 1.0 


.Moyennes. 


4- 1.6 


+ 1-1 


+ 1-1 


4- 0.9 


4- 1.2 


( 1887 

Suez 1888 

( 1889 


— 2.2* 

— 2.5 

— 9 


— 4.3 

— 1.4* 

— 0.3 


— 3.6 

— 1.7* 

— 2.1 


— 2.2 

— 2.2 

— 2.8 


— 3.1 

— 1.9 

— 1.5 


Moyennes . 


— 1.8 


— 2.0 


— 2.4 


— 2.4 


2.2 



(*) Les chiffres marqués d'un astérisque sont ceux qui correspondent à des séries incomplètes 
d observations. 



A Alexandrie, la valeur moyenne des températures minima jour- 
nalières est plus élevée de 3°, 9 qu'au Caire ; du reste, en toute 
saison, la température minima journalière d'Alexandrie est supé- 
rieure à celle du Caire, mais l'écart est moindre pendant la saison 
chaude que pendant l'automne et l'hiver ; cet écart varie de 2°, 9 
pour le printemps à 4°, 6 pour l'automne. 

Port-Saïd a toujours ses températures minima de chaque jour 
inférieures à celles du Caire, surtout en été et au printemps, où la 



■ — uf : ; 



ANNEE 




" -a\:-.: vv""." :-'" ", - .^. :. ' ,■ " .' ■- " 3 



i 

i 



1 



COURBES DES TEMPÉRATURES MAXIMA ET MINIMA 
du Caire, d'Alexandrie, de Port-Saïd, d'Ismailiah et de Suez 



ANNEE 1887 



ANNEE 1888 




ANNEE 1889 



JAN. 1 FEV 1 MARS | AVR 1 MAI | JUIN 1 JTI1L \ AOUT | ^EF | QÇT | NOV] 



JAN 1 FEV |MAFS| AVR | 14AI | JUIN | JU1L.|A0UT | SEP. | OCT. [ NOV j DEC 



JAN. FEV MARS AVR. MAI JUIN JIIIL. AOUT SEP OCT. NOV. DEC 



iELLEs(°" 005 P'" w ' f 

0, 002 pou< iuie'.o«utoMie.'. 






— 167 — 

différence atteint 3 ,5 et 2°, 6; pour la moyenne de l'année, cette 
différence est de 1°, 9. 
A Ismaïliah, la température minima j ournaliêre est supérieuree 

toute' l'année, d'environ 1° à celle du Caire ; la moyenne de l'écart 
annuel est 1°, 2. 

Enfin les températures minimia de Suez sont en toute saison infé- 
rieures d'environ 2° aux températures minima du Caire ; l'écart est 
en moyenne de 2°, 2. 

Pour les trois années considérées, l'écart moyen des températures 
maxima et minima journalières a été : 

Au Caire, de 14°. 

A Alexandrie 4.5 

A Port-Saïd 13.5 

A Ismaïliah 11 .7 

A Suez 1G.7 

Résumé et conclusions. — Les chiffres résumés dans cette note, 
étant déduits d'observations faites pendant trois années seulement, 
ne doivent pas être considérés comme donnant des moyennes tout à 
fait indépendantes des m mvements fortuits de l'atmosphère Cepen- 
dant, pris dans leur ensemble, ils paraissent permettre de formuler 
les conclusions suivantes, applicables au moins à la période^consi- 
dérée, sur les rapports existant entre les climats du Caire et des 
quatre autres villes. 

Le voisinage de la mer Méditerranée produit sur la température 
d'Alexandrie, comparée à celle du Caire, les principaux effets sui- 
vants : faible relèvement pendant les mois froids et assez fort 
abaissement pendant les mois chauds, de la température m >yenne ; 
abaissement, surtout pendant l'été, des températures maxima , 
relèvement toute l'année, un peu plus marqué pendant la sais m 
chaude, des températures minima. Comme conséquence, la tempé- 
rature moyenne d'Alexandrie n'est pas très inférieure à celle du 
Caire, mais l'amplitude moyenne des oscillations journalières de 
la température est considérablement moindre à Alexandrie, ainsi 
que l'écart annuel moyen des températures extrêmes. 



— 168 — 

A Port-Saïd, les phénomènes se présentent un peu différemment. 
La température moyenne y est plus basse qu'au Caire pendant 
l'été, mais plus haute qu'à Alexandrie ; en hiver, il y a un léger 
relèvement par rapport au Caire. Quant aux températures maxima 
et aux températures minima, elles sont les unes et les autres plus 
basses à Port-Saïd qu'au Caire, surtout pendant l'été ; les tempéra- 
tures maxima sont toutefois plus élevées à Port-Saïd qu'a Alexandrie. 
Il résulte de là que la température moyenne annuelle de Port-Saïd 
est à peu près analogue à celle d'Alexandrie, c'est-à-dire peu infé- 
rieure à celle du Caire, mais que les oscillation- journalières et 
annuelles de la température y sont presque aussi fortes qu'au Caire. 
Ainsi, à Port-Saïd, l'influence delà mer, combattue par le voisinage 
d'immenses déserts, diminue un peu la température moyenne par 
rapport au Caire, mais n'atténue pas autant qu'à Alexandrie les 
variations du thermomètre. 

En ce qui concerne Ismaïliah, le climat sembl s s'y rapprocher 
beaucoup, au point de vue de la température, du climat du Caire. 
La température moyenne y est à très peu près la même qu'au Caire, 
mais les écarts des températures maxima et minima y sont un peu 
plus faibles. 

Enfin Suez, quoique située sur les bords d'un golfe de la mer 
Rouge, a des fluctuations de température aussi accentuées que dans 
un climat continental. La température moyenne annuelle y est la 
même qu'au Caire, et les oscillations journalières et annuelles du 
thermomètre y sont en moyenne un peu plus fortes. 

M. le D 1 " Abbate pacha relevé, à propos de la communi- 
tion actuelle de M. Barois et de sa première publication 
sur le « Climat du Caire » , toute l'importance de sembla- 
bles recherches, et félicite vivement M. Barois d'avoir 
mené à bien un travail aussi patient et aussi consciencieux. 

M. Piot s'attache à montrer qu'en se plaçant plus spé- 
cialement au point de vue purement médical, le travail de 
M. Barois fournit à la pathologie des données d'une très 
réelle importance. 



- 169 — 

Les variations lentes ou brusques de la température atmosphé- 
rique, dit l'orateur, ont sur l'origine et la marche des maladies 
sporadiqaes ou épidémiques une influence incontestable. Ce point 
doctrinal était tout récemment encore mis en évidence par notre 
honorable collègue, le D r Abbate pacha, dans sa communication à 
l'Institut sur Virijluensa de l'hiver 1888-89. 

Mais attribuer à ces variations, comme l'ancienne médecine le 
professait, un rôle déterminant et exclusif dans la genèse des mala- 
dies d'ordre ougestif inflammatoire ou névrotique, n'est plus guère 
admissible dans l'état actuel de la science. 

Ainsi on a affirmé pendant longtemps que certains cas de tétanos 
qui survenaient parfois sous forme enzootique, chez des individus 
blessés ou opérés, étaient dus à des refroidissements brusques de la 
température ambiante après l'action du traumatisme. 

Avant même que la nature parasitaire du tétanos fut établie 
expérimentalement, s >n caractère infectieux le rendait justiciable 
des antiseptiques employés à titre préventif, et je crois avoir contri- 
bué à démontrer, dans le mémoire que j'ai publié sur la castration 
des bovidés, que l'influence des variations thermiques extérieures 
est de nul effet si l'antisepsie est pratiquée rationnellement. 

Mais il est indéniable que le niveau moyen de la température 
d'un pays exerce une influence bien marquée sur sa morbidité. Si 
l'Egypte est indemne, ou à peu près,, du charbon, de la péripneumo- 
nie. etc., si la marche des épidémies et des épizooties y est très- 
rapide, elle le doit sans aucun doute au niveau très élevé de la 
température de son climat. 



M. le I) 1 ' Fouquet rappelle, dans le même ordre d'idées, 
les expériences de Pasteur sur le charbon des oiseaux, et 
cite également la remarquable conférence de AL le docteur 
Bouchard, au dernier congrès médical de Berlin, dans 
laquelle le savant professeur formule la théorie de l'action 
dufroiddans le développement des phlegmasies infectieuses 
par le trouble qu'un refroidissement occasionne dans les 
fonctions des phagocytes chargés d'arrêter ou de détruire 



— 170 — 

les microbes pathogènes, au moment où ils tentent de 
passer dans les tissus ou les humeurs de l'économie. 

La parole est ensuite donnée à M. Piot, porté à l'ordre 
du jour pour la suite de sa communication antérieure 
sur la maladie de la mouche. 

M. Piot. -- Au moment où j'ai entretenu l'Institut de la maladie 
de la mouche, j'avais adressé en France, pour y être déterminés, 
des échantillons de l'insecte incriminé; la réponse ne m'était pas 
encore parvenue. Je l'ai reçue depuis, et, en outre, j'ai pu recueillir 
quelques autres renseignements relatifs à la même question. Per 
mettez-moi de retenir un moment votre bienveillante attention, en 
vous communiquant ces détails complémentaires. 

M. le professeur Railliet, de l'école d'Alfort, à qui j'avais adressé 
des échantillons de l'insecte égyptien, a prié son collègue de la 
Société Zo dogique, M. Bigot, de bien vouloir déterminer les Taba- 
nidés que je lui ai envoyés. Ces échantillons ont été étiquetés comme 
suit par M. Bigot. : 

Tabanus 'Atylosus) nov. sp. + 
Atylosus Distigmal (n mien prôpositum). 

Cet insecte constituerait donc une espèce inédite, a moins qu'on 
ne veuille le ranger dans l'espèce Tabanus albi/acies; en tous cas, 
ils se rapportent au genre ( ou mieux sous-genre ) Atylosus 
Osten-Sacken, 

Les c. Dsbab •> d'Algérie, que M. Railliet s'était procurés, ont été 
classés par M. Bigot dans l'espèce Tabanus bromius. 

Au sujet de la classification desTabanidés, m on ancien maître me 
fait remarquer qu'en raison des descriptions incomplètes ou mau- 
vaises des espèces connues jusqu'à présent, c'est chose très difficile 
que d'assigner à chacun d'eux la place qui lui revient dans la no- 
menclature zq dogique. J'ai joint, à titre cVaddendiur), la lettre de 
M. Railliet à la brochure relative h la maladie de la mouche. Un 
exemplaire de cette brochure sera déposé dans les archives de 
l'Institut, si l'assemblée veut bien en accepter l'hommage. 

Au moment où ce modeste travail était à l'imprimerie, j'ai reçu 
de M. l'ingénieur Castelnmvo bey, chargé de la direction de travaux 



— 171 — 

sur le Canal de Suez près d'Ismaïliah, une lettre qui confirme les 
assertions de mon mémoire quant à la peur qu'inspire aux chameliers 
et aux charretiers l'apparition de la mouche. « Les chameliers que 
j'ai avec mfoi ici, dit M. Gastelnuovo, se sauvent, abandonnant tout, 
sans se préoccuper autrement du d »mmage qui résulte pour eux d ; 
cette fuite, tant ils craignent la piqûre de l'insecte pour leurs ani- 
maux. » 

La lettre de M. Gastelnuovo corrobore également l'existence, au 
dire des Arabes, des chameaux àtiq-el-debab, qui jouiraient de 
l'immunité pour une nouvelle piqûre. 

Voici, d'autre part, la lettre que vient de m'adresser notre savant 
collègue, le professeur Sickenberger, si compétent dans tmtes les 
questions d'histoire naturelle. 

« Dans la réunion des Amis des Sciences naturelles à Berlin, 
du 18 décembre 1887,1e professeur Ascherson montrait un Tabanidé 
qu'il avait pris dans l'oasis Qatieh (entre Port-Saïd et El Ariche),le 
22 mai 1887. La piqûre de cet insecte est considérée comme très dan- 
gereuse par les Bédouins d i ces contrées, car elle est souvent suivie 
de mort. Les Bédouins prétendent que cette mouche ne se trouve 
qu'à l'oasis Qatieh, qu'il ; évitent soigneusement à l'époque où appa- 
raît cet insecte. Ces dires Lu furent confirmés par M. Paoletti, télé- 
graphiste à El Kantara. D'après M. Pa detti, ce sont surtout les 
chevaux qui souffrent de cet insecte, dont les piqûres amènent sou- 
vent la mort au bout de quelques semaines. Tout danger est passé 
seulement quelques mois après la piqûre. 

M. M. J. Karsch détermina l'échantillon en question comme la 
femelle du Tabanus albifacies.lX n'en existe en tout que deux échan- 
tillons dans les collections de Berlin. Avant la communication du 
professeur Ascherson, aucune autre communication n'avait paru à 
ce sujet. » 

Txit ports donc à croire que l'insecte recueilli par le professeur 
Ascherson à l'oasis de Qatieh et ceux que j'avais saisis en grand 
n imbre aux environs de Tell-el-Kébir, appartiennent à la même 
espèce, le Tabnuus albifades. 

Enfin j'ai trouvé dans le bulletin de l'Institut, de l'année 1876, 
le texte d'une lettre adressée à notre compagnie par M. le colonel 
Ghaillé-Long bev, de l'état-major égyptien, datée du camp de la 



— 172 — 

rivière Jubé, près de son embouchure, à SO kilomètres au sud de 
Téquateur, le passage suivant que je crois devoir rapprocher du 
sujet de cette étude. 

«J'aurais bien voulu, écrit M. Chaillé-Long, pouvoir vous envoyer 
des échantillons d'une espèce de mouche très abondante sur les 
bords de la rivière Jubé, et qui, au dire des indigènes, cause la mort 
des bestiaux qu'elle pique. Peut-être est-ce la fameuse mouche Tsé- 
tsé, citée par tous les voyageurs qui ont parcouru l'Afrique centrale 
et les environs de Zanzibar. » 

Eh bien, à priori, je ne crois pas que la piqûre d'un insecte comme 
la Tsé-tsé puisse produire sur les grands quadrupèdes des effets aussi 
rapidement meurtriers. J'ai eu la bonne fortune de pouvoir causer 
de la Tsé-tsé avec notre illustre collègue, M. Schweinfurth, ainsi 
qu*avec le capitaine Gasati ; en outre, j'ai rappelé dans mon mémoire 
les expériences négatives de mes maîtres M. M. Nocard et Railliet 
sur l'insertion sous-cutanée à des moutons de tout ou partie des 
organes de la dite mouche, tout cela ne fait que confirmer l'opinion 
que j'ai émise ci-dessus. A moins que l'insecte incriminé n'agisse 
comme pDrte-virus, je le crois aussi inoffensif que le Tabantis 
alhifacies pour les chameaux égyptiens et je pense qu'il faut cher- 
cher ailleurs les causes de la mortalité qui règne sur le bétail 
de l'Afrique centrale. L'étude nécropsique seule des animaux qui 
meurent soit-disant de la piqûre de la Tsé-tsé, pourra établir le 
bien ou mal fondé de cette opinion. 

Il est procédé ensuite au scrutin, pour l'élection d'un 
membre correspondant. 

M. le D r Jousseaume, qui a été présenté par M. le docteur 
Fouquet et W. Innés, est élu à l'unanimité. 

Le scrutin sur la candidature de M. Deflers, présenté 
par MM. Gavillot et Sickenberger, est renvoyé à la pro- 
chaine séance. 

A cinq heures, la séance est levée. 



173 - 



SEANCE DU 5 DECEMBRE ISUO 



La séance est ouverte à 3 heures et demie. 
Sont présents : 



S. E. Yacoub pacha Artin, président ; 

» D r Abbate pacha, ) ... 

vice-présidents ; 
» G ral Larmee pacha. ) 

MM. Gayillot. secrétaire général ; 

Piot. secrétaire ; 

W. Abbate, \ 

BONOLA BEY, 
D r CoGMARD. 

D r Dacorogna bey, 

E. FlGARI, 
D r FOUQUET, 

Franz pacha, 

Gallois bey, 

Grand bey. 

Grébaut, 

D r Hassan pacha Mahmoud. 

ISMAÏL PACHA EL F.YLAKY, 
A. M. PlETRI, 

Saber bey Sabiu.' 

SlCKENBERGER, 

Walter Innés, 

Ventre bey. 



membres résidents. 



— 174 — 

M.deOrtega y Morejon, consul général d'Espagne, assiste 
à la séance. 

Lecture est donnée* par M. Piot, secrétaire, du procès- 
verbal de la séance du 7 novembre dernier, qui est adopté 
sans observation. 

S. E. Yacoub pacha Artin annonce la perte que vient de 
faire l'Institut en la personne de M. Ghefik bey Mansour, 
membre résidant. Il rappelle les espérances que le carac- 
tère élevé, la baute valeur scientifique, l'activité et le zèle 
du défunt faisaient naître. Nouvellement admis parmi 
nous (2 mars 1888). Cbefikbey Mansour avait déjà fait 
des communications dont l'importance est présente à 
l'esprit de tous. 

M. le président n'entend pas aujourd'hui faire l'éloge 
dû à ce confrère disparu à la force de l'âge, dont la vie a 
été si bien remplie et qui laisse des regrets universels; 
un ami de Ghefik bey Mansour, M. l'avocat Figari, s'est 
chargé de ce soin pieux et nous promet sa lecture pour la 
prochaine séance, mais il importait de ne pas laisser 
passer sans l'expression des regrets et des sympathies de 
l'Institut, ce décès qui cause un si grand vide dans notre 
compagnie. En témoignage dé ces regrets, M. le Président 
suspend la séance et invite tous les membres présents à 
se lever avec lui, ce qui a été exécuté avec des marques 
non équivoques d'une approbation et d'une émotion gé- 
nérales. 

La séance reprise, M. le président présente un portrait 
en relief de Gaspard Monge, qui fut le premier président 
de l'Institut d'Egypte, et dont l'auteur, M. le professeur 
Luigi bey, fait hommage à l'Institut Egyptien. Ce portrait 



— 175 — 

d'une exécution remarquable, est accueilli avec gratitude; 
il est décidé de le placer dans la salle des séances, et le 
secrétaire général est chargé de remercier M. Luigi bey. 

M. Gavillot donne ensuite connaissance des lettres et 
envois reçus pendant le mois de novembre. 

MM. Bajrois bey, Boinet bey, Nicour et Peltier bey, 
s'excusent par lettres de ne pouvoir assister à la séance 
de ce jour. 

M. le D r Abbate pacha, vice-président, fait remarquer 
la correction de ce procédé, et exprime le vœu qu'il soit 
mis en pratique par les membres résidants empècbés 
d'assister aux séances auxquelles ils sont convoqués. 

M. le D r Jousse\ume écrit pour remercier de sa nomi- 
nation de membre correspondant. 

M. W. Abbate transmet une notice de M. Luigi bey, 
intitulée : Délia fondazione di una Scuola di scultum Archio- 
logka-Egizia in Cairo et explique par écrit pourquoi il 
ne peut se rendre au désir de l'auteur, en donnant 
lecture de cette notice en séance; les raisons sont que 
les statuts s'y opposent, et qu'une précédente commu- 
nication faite par M. W. Abbate sur le même sujet 
ôterait tout intérêt à une nouvelle lecture. Toutefois, 
comme la notice dont il s'agit s'étend sur beaucoup de dé- 
tails négligés par M. W. Abbate, celui-ci propose qu'elle 
soit déposée aux archives de l'Institut pour être consultée 
en cas de besoin. 

Ce dépôt est ordonné. 



176 



M. le I) r Hassan pacha Mahmoud a fait parvenir au bureau 
un certain nombre d'exemplaires de son Rapporta S. E. 
le Ministre de l'Instruction publique, concernant les améliorations 
introduites à l'Ecole de Médecine durant l'année scolaire 4889-90, 
et a demandé la distribution de ces exemplaires aux mem- 
bres de l'Institut. 

M. Gavillot fait observer qu'aucune distribution ne 
peut avoir lieu si l'on ne remet pas au bureau au moins 
cinquante exemplaires de l'ouvrage dont on demande la 
distribution, et il propose, en conséquence, que les bro- 
chures de M. le D r Hassan pacha Mahmoud soient déposées 
aux archives. 

Cette proposition est adoptée. 

Parmi les envois reçus en novembre, M. Gavillot si- 
gnale, en outre des publications périodiques habituelles 
et dont il a été donné une récapitulation à la dernière 
séance : 

Une brochure de M. de Beauregard, d'Aix, sur l'expédi- 
tion d'Alger en 1830. 

Une carte de M. Copo Withehouse, intitulée Plolema'ic- 
Map's. 

Et un envoi considérable de M. le Ministre de l'Instruc- 
tion publique de France, comprenant un grand nombre 
d'ouvrages et de gravures d'une importance considérable . 

M. le Président appelle l'attention de l'Institut sur ces 
envois annuels du Ministère français de l'Instruction 
publique, qui comprennent desouvrages rares et des docu- 
ments précieux principalement pour l'étude des beaux- 
arts, de la pédagogie, de l'histoire, etc. 



— 177 — 

Il est décidé que le catalogue des ouvrages reçus cette 
année sera inséréàla suite du présent procès-verbal. 

M. Bowou iîkv présente à l'Institut, de la part de 
M. Schiaparelli, directeur du musée archéologique de 
Florence , une brochure en italien intitulée La Catena 
Orientale et le second volume de 77 Ubro dei funerali degli 
antichi Egiziani. 

ivi. le Prksidfnt remercie M. Bonola bey et charge M. 
le secrétaire général d'adresser à M. Schiaparelli l'expres- 
sion de la gratitude de l'Institut pour ces beaux ouvrages. 

M. le D r Abbàte eaciia. en faisant l'éloge de M. le profes- 
seur Schiaparelli, propose de le nommer membre corres- 
pondant. 

M. Grébaut en rendant hommage à la notoriété dont les 
travaux de M. le directeur du Musée de Florence jouissent 
dans le monde savant, se joint à M. le D r Abbate pacha 
pour appuyer sa proposition, et la candidature de M. 
Schiapcirelli au titre de membre correspondant, est admise 
et renvoyée, conformément aux statuts, à la prochaine 
séance, pour être soumise au scrutin . 

La parole est ensuite donnée à M. Franz pacha pour sa 
communication sur /" Andalousie et sur ses monuments arabes. 

M. Franz pacha s'exprime ainsi: 

Le voyageur qui a parcouru les pays musulmans de la côte nord 
de l'Afrique, est frappé, en traversant les provinces sud de l'Espagne, 
de rencontrer dans les mœurs et les habitudes du peuple espagnol, 

Institut Egyptien. a 



— 178 — 

une analogie qui rappelle la civilisation de l'Islam, et il est émer- 
veillé à l'aspect des monuments qui proclament la glorieuse époque 
de la domination arabe en Espagne. 

En France, on entend souvent dire : « L'Afrique commence déjà 
au delà des Pyrénées x>. Il y a sans doute beaucoup de vérité dans 
ces mots, mais nous croyons qu'ils visent plutôt l'analogie dans 
l'état de la civilisation du peuple actuel, la littérature et les monu- 
ments des peuples venus d'Afrique en 715 de l'ère chrétienne, q le 
la ressemblance topographique et géographique, la configuration 
des montagnes, la végétation, le climat d'Espagne avec les cotes du 
nord de l'Afrique. 

Le peuple espagnol, qui a cessé d'être musulman il y a prés de 
quatre siècles, n'a pas oublié les actions héroïques des chevaliers 
et la brillante époque de l'histoire de l'Islam, les légendes relatives 
aux tournois et aux champs de bataille de cette époque, les chansons 
et les récits des improvisateurs de nos jours, les danses des Gitanos. 
les jeux nationaux espagnols le prouvent ; c'est en vain que le 
clergé s'est efforcé d'en effacer la mémoire. 

Ce peuple dont l'histoire a été si agitée, est en grande majorité 
d'origine celto-ibérienne avec alliage d'éléments phéniciens et car- 
thaginois déjà dans l'antiquité, et, dans un temps plus voisin du 
nôtre, d'éléments romains, et cela à un tel degré que toutes les 
populations, sauf les Basques, assumèrent un caractère romain. 

Au commencement du cinquième siècle, à l'époque de la migra- 
tion des peuples, des tribus germaniques inondèrent le pays, entre 
autres les Vandales, qui se fixèrent principalement dans les provin- 
ces sud de l'Espagne, et c'est de ce peuple que la province de l'An- 
dalousie reçut son nom. 

Au huitième siècle, des peuples d'Afrique, Berbères et Arabes, 
s'emparèrent de Gibraltar et occupèrent l'Espagne pendant près 
de 8 siècles ; Carthagène fut la ville qu'ils gardèrent 22 ans encore 
après la perte du reste de l'Espagne. 

Aujourd'hui même on rencontre en Espagne des individus de 
nationalité espagnole, qui au point de vue du caractère et de la 
ouleur du visage, ne peuvent dissimuler leur descendance arabe 
ou berbère, mais on ne trouve que dans les Alpujarras de Grenade 
et autour de la ville de Valence, des peuples appelés M orisques ou 



— 179 — 

Mudejarès, qui ont conservé leurs mœurs et leurs langues primi- 
tives. 

Nous ne parlons pas ici de ces Africains que l'on rencontre en 
habit national dans les ports d'Espagne, et qui viennent en assez 
grand nombre de Marocco ou de Tripoli, pour faire le commères 
ou pour chercher du travail. 

En entendant parler les Espagnols, l'oreille est frappée quelque- 
fois de consonances de notre pays ; en réalité leur langue a conser- 
ve bien des mots arabes et la désignation, quoique souvent mutilée, 
de nombreux endroits, qui leur vient du temps du khalifat. 

Lorsque nous traversâmes la Basse-Andalousie, c'était le moment 
de la récolte du blé : les champs de culture n'étaient couverts 
que de cha unes. D'autres parties du sol cultivable formaient un 
désert, dans lequel le sdc de la charrue n'avait probablement pas 
passé depuis longtemps, et sans les quelques rangées d'oliviers et de 
vignes qui apparaissaient de temps à autre, on aurait pu se croire 
dans un véritable désert d'Afrique. La chaleur n'était pas infé- 
rieure à celle de l'Egypte en été. qui n'est ordinairement pas au- 
dessous de 25 à 20° R. Nous ne rencontrions que de maigres traces 
d'eau courante et jamais celles de pluie. 

Gomme enclos de propriété, des aloès gigantesques, à cette époque 
en fleurs, avec des tiges de 4 à 5 m de hauteur, portant en forme de 
candélabres de magnifiques couronnes de fleurs jaunes. Parfois ces 
haies d'alors étaient remplacées par des cactus figuiers. Cette plante 
épineuse, omme l'aloès, est indigène en Afrique et nous la connais- 
sons assez bien aussi en Egypte. 

Pendant ce voyage nous avons remarqué bien des choses nous 
rappelant l'Egypte ; certains clochers nous remirent en mémoire les 
formes des minarets, d'anciens murs et de vieilles tours dominant 
des collines se dessinaient devant nous avec leur caractère de 
constructions arabes. Les govr/is. dans le voisinage des villages 
et des Abadiehs sont à peu près les mêmes qu'en Egypte, 
seulement le noi'ag en Espagne est attelé d'une foule de chevaux et 
de mulets, quelquefois de plusieurs douzaines. Evidemment ici on 
semble tenir plutôt à fouler les tiges par les pieds de ces animaux 
qu'à faire couper la paille par les roues du norag, comme cela 
se pratique en Egypte. Entre autres particularités qui nous rap- 



— 180 — 

pelèrent aussi notre cher pays d'Egypte, nous rencontrâmes de 
temps en temps des sakiehs et des chiens jaunâtres ressemblant 
à leurs frères d'Egypte. Pour compléter l'ensemble, le Jwmar ne 
faisait pas défaut au tableau, mais il y manquait le svelte et intelli- 
gent bourriquier, que remplaçaient des hommes sévères, coiffés de 
sombreros pointus à larges rebords. 

Seulement, après la station de Babadilla, aux approches des mon- 
tagnes de la Sierra Alhama et de la Sierra Nevada, le paysage 
changea ; la fraîche verdure que nous avions quittée aux environs 
de Xérès reparut. Nous entrâmes bientôt dans la pleine de la Véga 
où le Chenil avec ses eaux descendant des glaciers de la Sierra 
Nevada arrose des terres de culture d'une grande fertilité. Le 
chemin de fer longe pendant longtemps le fleuve, bordé des deux 
côtés d'arbustes, de lauriers roses tous en fleurs, ressemblant à deux 
rubans roses ; il nous conduit dans la capitale de la province de 
Grenade. 

En entrant dans cette ville nous y retrouvâmes, comme plus tard 
dans d'autres, nos rues étroites, tortueuses, et ces Alamedàs, places 
publiques, qui jouent un si grand rôle dans la vie publique du peuple 
espagnol. Leur nom n'est pas autre que le nom arabe el Medân. 
Les façades des maisons n'ont plus de balcons avec des mouchara- 
biehs; à leur place sont installés des balcons vitrés appelés mira- 
clores. Les belles Andalouses n'aiment pas, comme nos dames de 
harem, à observer la vie dans les rues, sans être vues elles-mêmes. 
Rarement, excepté dans quelques villes sur les bords de la mer 
Méditerranée, les maisons ont des terrasses, elles ont des toitures, 
même la mosquée de Gordoue et le palais de FAlhambra sont cou- 
verts de tuiles, et on raconte que celles du dernier étaient dorées. 

En Espagne, on entre de la rue dans la maison par un corridor, 
qui conduit dans le patio, souvent la principale pièce de l'habi- 
tation. 

Le corridor fermé du côté de la rue par une porte solide qui 
reste ouverte pendant le jour, l'est du côté du patio par une grille 
en fer, qui laisse voir cette pièce presque toujours ornée de fleurs, 
de statues et de vases. 

Le patio, L'atrium àeis habitations romaines, est notre hoch 
de la maison bourgeoise d'Egypte, accessible de la rue par le 



— 181 — 

Thour'a, toujours rompu, dans le but d'empêcher la vue dans 
l'intérieur du hoch. Il est couvert en été par des tentes et possède 
toujours, comme le hoch, un puits ou de l'eau courante, quelque- 
ibis un jet d'eau. C'est là que la maîtresse de la maison reçoit 
pendant les chaudes soirées d'été. 

Durant nos promenades en ville, nous avons visité quelques 
ateliers d'ouvriers; nous vîmes des tourneurs accroupis par terre, 
tenant par les doigts de pied les ciseaux du tour, tout à fait comme 
chez nous; nous avons vu des caisses en bois, munies des mêmes 
ferrures primitives que celles de nos stmdouk, des portes simples 
de même forme et de même type de fermeture qu'en Egypte, et de 
petits escaliers, dans d'anciennes maisons, dont la construction 
ressemble beaucoup à cel'e de nos escaliers en balàtes. 

Nous n'avons pas rencontré de cabanes qui puissent être com- 
parées à celles des fellahs, mais il existe une certaine analogie 
entre ces dernières et les cavernes creusées au flanc de la mon- 
tagne du quartier d'Albacyn de la ville de Grenade. Elles furent 
taillées du temps des Arabes, alors que la capitale de l'ancien 
royaume, comprenant les 3 provinces d'aujourd'hui de la Haute 
Andalousie, Grenade, Malaga et Alméria, était trop peuplée. Elle 
avait encore, vers 149;?, au miment où Grenade fut reconquise par 
Ferdinand le Catholique, près de 400,030 habitants. Ces cavernes 
donnent l'hospitalité à une sorte de troglodytes, appelés Gitanos, 
sans doute descendants de peuples d'Afrique, principalement ouvriers 
forgerons, avec leurs familles, d'où se recrutent les danseuses 
andalouses et les diseuses de banne aventure. 

Parmi les monuments arabes que nous avons visités en Anda- 
lousie, nous citerons ici comme spécimen de l'art arabe : 

1. La mosquée de Cordoue construite entre 786 et 795, plus tard 
agrandie en 965. 

2. La Giralda de Sévilla, tour de victoire ou observatoire, bâtie 
sous Abou Youssef Yacoub en 1183, et exhaussée et transformée en 
clocher en 1568. 

3. L'Alhambra, déjà commencé en 1136, mais bâti aux 13 me et 
14 me siècles par Abou Walid et Abou Abdallah, et terminé par Muley 
Hassan. 

Le palais de Sevilla dit Alcazar, « n'est pas original pour sa plus 



- 182 — 

grande partie » ; il est, dit-on, la reproduction du monument arabe 
qui a été construit au I0 m - ou ll me siècle, sous 'Nasr-Lydin-AUah, 
par l'architecte Jaloubi de Toledo. C'est Don Pedro le Cruel, qui 
l'a fait reconstruire sur les mêmes fondations, en prenant comme 
modèle les ruines de l'ancienne bâtisse, ce qui expliquerait aussi 
certaines incorrections dans l'écriture arabe qu'on trouve parmi les 
sculptures en plâtre sur les murs du palais. 

En dehors de ces monuments, il y a en Andalousie d'autres 
édifices pour la plupart en ruine et d'une importance inférieure. 

Les constructions faites en style dit hispano— arabe, après l'expul- 
sion des mahométans, comme palais, églises et synagogues, se trou- 
vent plus au nord de l'Espagne, à Tolède, Segovia, Saragosse, etc. 

Mais on a commencé tout dernièrement à faire revivre ce style 
si gracieux ; il a été appliqué pour la construction d'un théâtre à 
Cadix, et des stations du chemin de fer entre le port de Huelva et 
Sévilla. Des arcades et décorations toutes récentes en style de 
l'Alhambra dans les intérieurs de palais, de maisons d'habitation, 
d'hôtels et de clubs, ne sont pas rares en Andalousie. 

Les anciennes petites mosquées que l'on rencontre quelquefois 
et qui ont été changées en églises, ont été tellement transformées 
par les soins du clergé, que l'architecte seul peut deviner leur des- 
tination primitive. Il en est de même des Okelles où ordinai- 
rement les ouvertures d'arcades ont été fermées et des murs de 
division ajoutés, de sorte qu'on peut difficilement reconnaître 
l'ancienne bâtisse arabe. 

La plupart des forteresses arabes avec murs d'enceinte et tours 
rondes ou carrées sont entièrement en ruines. Diverses villes possè- 
dent des murs de défense ou au moins parties de ces murs, dont 
quelques-uns avec des portails d'une telle perfection, qu'on 
peut les comparer à nos portes monumentales du Caire. 

Mais tous ces restes ne sont, en comparaison de ce qu'il y avait 
pendant la fleur de la civilisation arabe, que de tristes souvenirs. 
La plupart de ces magnifiques monuments avaient été déjà détruits 
pendant les guerres que se livrèrent les rois musulmans ; les 
tremblements de terre achevèrent leur destruction. 

Dans les premiers temps où l'Espagne fut reconquise, les chrétiens 
exercèrent la même tolérance vis-à-vis des musulmans, que ceux-ci 



-■ 183 — 

envers eux 1 >rs de la c mquète de l'Espagne. Ils respectèrent les 
mosqué s arabes conservées pour y établir leur- églises, de même 
que les mouslimes avaient transformé en leur temps les églises en 
salles de prière. 

C'est seulement vers la fin d i lG"' e siècle, sous Philippe II, que le 
fanatisme du clergé commença à détruire systématiquement tout ce 
q li rappelait la civili ation arabe. Dans son int dérance.il badigeonna 
ou enduisit les anciennes décorations dans le but de les faire 
disparaître, tandis que les actes de vandalisme de ce genre, commis 
en Egypte, ne furent pas inspirés par la haine, mais au contraire 
par un esprit de vénération religieuse pour ces monuments; les 
cr 'vaut- pensaient, dans leur ignorance, les améliorer, en les 
recouvrant d'un coloris frais et moderne. 

Des bàdigeonnages du genre ci-dessus indiqué existent encore sur 
certaines parti 1 - des sculptures de la Generaliffa à Grenade; on 
avait déjà commencé à remettre ces sculptures dans l'état primitif, 
mais la famille Palavicini, propriétaire, a recule devant les grands 
frais de cette restauration. Ici en Egypte, nous connaissons trop 
bien le prix que coûte le nett >yage de ces décorations parasites. 

X ois avons vu ausji un exemple où les sculptures arabes furent 
enduites de mortier de chaux, 1 n'sque le professeur Adulfo de 
Gastill ) restaura, en 1885, un couvent de religieuses à Ecija. Ce cou- 
v uit était primitivement un palais arabe, richement orné de 
sculptures en plâtre de la meilleure époque. Monsieur de Castillo 
réussit bien à les dépouiller de leur couverture honteuse, mais il 
ne parvint pas à les rendre accessibles au public. Les religieuses 
refusèrent d'échanger leur ancien domicile contre une nouvelle 
bâtisse plus grande, offerte par l'Etat, de sorte que. jusqu'à présent, 
on n'en peut avoir c m naissance que par les photographies qui se 
tr rivent à l'Académie des beaux-arts à Cadix. 

Ce qui nous surprend agréablement en Espagne c'est l'état de 
conservation des quelques monuments arabes qui sont visités ordi- 
nairement par les voyageurs. 11 est presque parfait, c'est ce qu'on 
ne peut dire de h is monuments d'Egypte. 

Mais ici et en Espagne, cette questi m se présente s >us des condi- 
ti »ns bien différentes. 

En Andalousie il s'agit de la conservation de quelques édifices 



— 184 — 

d'une construction uniforme, exécutés en général en briques ou 
béton, revêtus de sculptures en plâtre, tandis qu'en Egypte leur 
nombre est légion, de formes très variées, la plupart de ceux du Caire 
en pierre de taille avec sculptures, d'une hauteur considérable : 
coupoles et minarets y jouent un grand rôle. 

En outre, les monuments de l'art arabe en Egypte furent plus ou 
moins abandonnés pendant des siècles, et c'est seulement grâce 
au climat si doux, sans pluies, ni neiges, qu'ils existent encore 
aujourd'hui, tandis qu'en Espagne les rois chrétiens s'occupèrent, 
immédiatement après l'expulsion des arabes, de l'entretien de ces 
monuments et quelquefois y établirent leur résidence. 

Pourtant il est à noter que ces soins de conservation dégénérè- 
rent plusieurs fois en dégradations. Ainsi que l'histoire nous 
l'apprend, l'empereur Gliarles V, père de Philippe II, permit qu'une 
nef transversale en style plàteresque fût bâtie dans l'intérieur de 
la mosquée de Cordoue, convertie en cathédrale, et, que dans ce but, 
une partie des nefs fût démolie. A cette occasion, les plafonds 
et fermes apparents, richement sculptés et peints, du reste de 
l'ancienne mosquée, disparurent sous des voûtes de berceau d'un 
très mauvais goût, nouvellement appliquées au-dessous des anciennes 
fermes; cette opération diminua encore considérablement la hau- 
teur de l'édifice, déjà insuffisante en principe pour son extension 
immense. 

Le même empereur a sur la conscience la destruction de l'entrée 
principale de l'Alhambra, pour faire place à son fameux palais en 
style Renaissance, qui n'a jamais été achevé. 

Est-ce que le remords d'avoir commis un tel acte de vandalisme 
y fut pour quelque chose, ou est-ce que d'autres travaux plus im- 
portants absorbèrent toute son attention, nous ne le savons pas, mais 
l'histoire nous raconte qu'il exprima en mots amers au clergé de 
Cordoue de grands regrets, pour lui avoir donné l'autorisation de 
faire des modifications dans !a mosquéede Cordoue. contre lesquelles 
la municipalité de la ville s'était si vigoureusement élevée. 

En dehors de ces faits déplorables, nous devons mentionner une 
restauration ridicule en style étrange d'une pièce de l'Alhambra, 
contiguë à la cour des lions ; heureusement il s'agit ici d'une pièce 
de second ordre, dont la restauration porte les chiffres de Ferdinand 
et d'Isabelle. 



— 185 — 

Les plus importants travaux de conservation dans ce palais ont 
été exécutés dans la 2 me moitié de ce siècle parj'architecte Contreras 
père, et lui font honneur.il a fait preuve d'habileté en laissant sans 
coloris les sculpture.? renouvelées par lui. Les tons de l'ancienne 
peinture bien fanés, souvent incertains, sont difficiles à apprécier 
et à imiter, et dos essais de restauration de l'ancienne peinture faits 
par les Espagn >ls troublent la conscience de l'artiste. Own Jons est 
de l'avis que tout coloris qui n'est pas rouge, bleu, jaune ou or, 
n'appartient pas à l'ancienne décoration arabe, et fut ajouté par 
les Espagnols. On s'expliquera les couleurs déteintes de la peinture, 
si l'on apprend qu'elles sont exposées depuisdes siècles à l'air et aux 
vents dans les cours à ciel ouvert. et dans des salles dont les ouver- 
tures sont sans fermetures. 

En Egypte on ne comme.i r ;a à s'occuper timidement de la restau- 
ration des monuments arabes qu'en l'année 1880. Mais en quel état 
se trouvèrent alors ces chefs-d'œuvres de l'art, presque tous en état 
de délabrement, état d'autant plus inquiétant que la technique de 
ces bâtiments laisse beaucoup à désirer. Ce fut seulement en 1882 
que S. A. le Khédive ordonna par décret la création de notre 
comité pour la conservation des monuments de l'art arabe. 

En comparant ces derniers avec ceux d'Espagne, nous trou- 
vons que les monuments d'Egypte dépassent ordinairement en 
grandeur ceux de l'Espagne. Certaines colonnes de l'Alhambra sont 
d'une si petite dimension, qu'un homme moyen peut toucher de la 
main le haut de leurs fûts ; nous n'y admirons pas des formes 
colossales mais la délicatesse extrême des salles et galeries décorées 
par des ornements d'un goût qui n'a pas de pareil au monde. 

En Espagne, la forme des plans, l'arrangement des arcades et la 
construction des plafonds ne diffèrent que dans les détails, tandis 
qu'il y existe une grande variété en Egypte. 

En Espagne ordinairement les surfaces entières des murs, des 
tympans et des reins d'arc des arcades dans l'intérieur des bâtiments, 
sont couverts de sculptures, alors qu'en Egypte ces sculptures ne 
sont réservées, en général, que pour certaines parties que l'artiste 
a voulu relever tout spécialement au moyen de médaillons, enca- 
drements et frises d'ornements ou d'écritures. Le plus ancien exem- 
ple de pareilles sculptures en plâtre, du Caire, se trouve à la mosquée 



— 186 — 

d'Ahmed-ibn-Touloun, mais ici les feuilles et fleurs stylisées ne sont 
pas encore entrelacées comme en Espagne, elles sont encore juxta- 
posées comme celles du style classique. Au XII e siècle et plus tard, 
nous en trouvons se rapprochant de celles de l'Espagne, quoique 
ordinairement inférieures en délicatesse de dessin et pour la techni- 
que, dispersées aux ruines et aux anciennes constructions mal en- 
tretenues de la nécropole, devant la porte deKarafeh, des quartiers 
Setta Neflseh, de Sioufieh, de Nahassine, etc. 

11 est à remarquer que ces sculptures sur les surfaces des salles 
de prière au Caire, et les enduits des murs entre soubassements et 
corniches, sont souvent sans coloris, tandis que leurs plafonds pré- 
sentent ordinairement à la vue une riche décoration polychrome et 
que les soubassements brillent par leurs beaux ouvrages en marbre. 
On ne peut admettre que toutes ces couleurs auraient disparu en- 
tièrement, sans laisser au moins quelques traces, et on ne peut non 
plus supposer que tous ces crépis seraient tombés et remplacé- par 
de nouveaux enduits sans peinture ; il nous semble plutôt que 
l'architecte a créé à dessein les mêmes contrastes dans la décoration 
de l'intérieur que nous trouvons si souvent dans la construction 
des édifices où l'architecte concentra tous ses efforts pour relever 
certaines parties du monument, tandis qu'il laissa d'autres sans 
distinction, même quelquefois toutes nues. 

L'art de bâtir chez les musulmans, en Espagne, fut en général 
plus développé qu'en Egypte. Les ouvrages en marbre dans les 
palais conservés gant d'une exécution plus parfaite et la construc- 
tion des arcades de l'ancienne mosquée de Cordoue d'une hardiesse 
raffinée. Les architectes d'Espagne n'employèrent pas de chaînages 
pour leurs arcades, comme ceux de l'Egypte, ils surent mieux se 
rendre compte de la poussée des arcs, mais aussi ils avaient un sol 
plus ferme pour leurs fondations que cette terre perméable e 
mobile de l'alluvium du Nil. Ce qui distingue principalement les 
arcades de l'Espagne de celles de l'Egypte, c'est l'exécution de leurs 
arcs et tympans. Tandis que dans ce dernier pays, on n'y employa 
que de la maçonnerie massive, les Arabes en Espagne firent fré- 
quemment de pseudo-arcades, où les arcs posés entre architraves et 
montants superposés aux colonnes en marbre, sont exécutés en 
briques, les tympans par un réseau composé de briques plates, 



- 187 — 

placées diagonalement, de manière à former une série de losanges, 

ornés de sculpture en plâtre à jour. Les arcs employés sont bien 
divers, généralement eu plein cintre, surhaussés, découpés en den- 
telles, quelquefois garnis de stalactites, et en arcs en fer à cheval, 
souvent aussi en arcs déc >upés de lobes, taudis qu'en Egypte les 
formes de ces arcs sont ordinairement plus simples, composées de 
lignes cintrées, par préférence celles d'une espèce d'ogive, rare- 
ment celles en fer à cheval et celles composées en lobes. 

L'infériorité de l'art de bâtir en Egypte, dont nous avons parlé 
ci-dessus, ne s'étend pas à l'art des mosaïques de ce pays. Tandis 
qu'on n'a, en général, en Andalousie, que des mosaïques en faïence, 
les Egyptiens n'employèrent pour ces ouvrages que des marbres, 
des pierres dures, de la nacre et exceptionnellement des émaux et 
des terres cuites dans les cas où une couleur complémentaire fit 
défaut dans la collection de pierres que l'on eut à sa disposition. 
L'art de la mosaïque en Egypte se rapproche tout à fait de celui 
des Byzantins, et s m effet artistique est bien supérieur à celui des 
faïences en Espagne ou de quelques spécimens de ce genre en 
Egypte. 

Qu'on compare seulement les magnifiques mosaïques des mihrabs 
du mausolée du Moristan Kalaoun, ou ceux de diverses salles de 
prières à la mosquée d'el-Azhar avec les ouvrages de la médresseh 
el Aïni a côté de cette dernière mosquée, et on verra quelle dif- 
férence existe dans leur effet artistique ! 

L'emploi de mosaïques et carreaux de faïence ne fut jamais 
général en Egypte, comme en Perse, mais assez répandu pendant 
la fleur du style arabe-ottoman en Egypte. Il semble, cependant, 
que pour ces ouvrages, les carreaux en faïence, aujourd'hui dis- 
parus pour leur majeure partie, furent importés de la Perse, de 
l'Asie-Mineure et autres pays, et que les mosaïques en faïence 
furent exécutées par des artistes venus des côtes nord de l'Afrique. 
Nous croyons que la spécialité de la fabrication de ces ouvrages 
n'a jamais fleuri en Egypte, quoique nom sachions qu'une certaine 
catégorie de carreaux vernis, d'une technique inférieure, fut exé- 
cutée dans le pays. 

Aussi, en Espagne, la plupart des belles mosaïques et des beaux 
carreaux en faïence ont disparu, et ont été remplacés dans les palais 



— 188 ~ 

par des ouvrages modernes, qui sont faciles à distinguer des anciens 
par leur infériorité. Heureusement certaines anciennes frises 
d'écritures aux soubassements du palais de l'Alhambra ont été con- 
servées et forment ordinairement l'objet de l'admiration des visi- 
teurs. 

Nous ne parlons pas des mosaïques splendides du mihràb de la 
mosquée de Gordoue et de la coupole devant ce mihràb, parce que, 
par la forme de la taille des ornements et par leur technique, ils 
appartiennent spécialement à l'art byzantin ; il n'y a rien en elles 
d'arabe en dehors de la belle écriture kpufique qui, sans doute, avait 
été dessinée par un calligraphe arabe. 

Voilà, messieurs, les observations rec -eillies au cours de mon 
voyage en Andalousie, quej'ai cru devoir vous présenter en vous 
remerciant delà bienveillante attention que vous avez bien voulu 
m 'accorder. 

Caire, le à décembre 1890. 

J. Franz. 



M. le Président exprime à M. Franz pacha les remercî- 
ments de tous pour cette si intéressante lecture, puis 
l'Institut se forme en comité secret pour procéder à l'élec- 
tion d'un membre résidant, renvoyée à celte séance par 
suite de l'insuffisance du nombre des membres présents à 
la séance du 7 novenbre (art. 6 des statuts). 

Il est procédé à cette élection au scrutin secret, M. Al- 
bert Deflers est élu membre résidant, à l'unanimité des voix 
moins une, représentée par un bulletin blanc. 

La séance est levée k heures 3 / 4 . 



— 189 — 



CATALOGUE 



des ouvrages reçus en novembre 1890, par l'Institut Égyptien, de la part 
du Ministère de l'Instruction publique de France. 



Envoi reçu de France. 

Virot. — Musée graphique. — Collections Wallace, Louvre, 9, in-f. 
Société des Aquafortistes français. — Salon de 1886. — 3 fasc, in-4°. 
Pfxor. — Architecture et décoration du palais de Fontainebleau. — 

3 fascicules, in-folio. 
Architecture normande. — xi el xn siècles. — 2 volumes, in-folio. 
L'art pour tout. — in-f., années 1877, 1878, 1879. 
Les arts décoratifs à toutes les époques. — 2 vol., in-f. 
Bibliographie des beaux-arts. — 2 livraison, in-8°. 
Bijoux, orfèvrerie, armes, bronzes des collections célèbres. — in-f. 1. 
Les catacombes de Rome. — 2 vol , in-f. 
Catalogue de la bibliothèque des beaux arts. — in-8 . 
Catalogue du musée de Lille. — in-4°. 
Centenaire de Boieldieu. — in-18. 
Congrès de C/>e;zo. — Chant liturgique. — in-8°. 
Delacroix. — Œuvre complet. — in-8°. 
Dictionnaire de l'Académie des beaux-arts. — lOliv., in-8°. 
P. Ives. — Collection île dix eaux-fortes. — in-fol. 
Guide de l'Ecole des beaux-arts. — in-8° 
Enci/clooèdie d'architecture. — 4 vol. in-4°, 1875 à 1878. 
Viollet-le-duc. — Sur V enseignement des arts du dessin, — in-8°. 
Etat civil d'artistes français depuis 1823. — in-8°. 
Etat civil de peintres et sculpteurs de 1648 à 1713. — in-8°. 
Fouilles de Poitiers. — Cimetière du 2 e au 3 e siècle. — in-8°. 
Esquisse d'une histoire de l'architecture. — in-s°. 
Bayet. — Précis 'le l'histoire de l'art. — in-8°. 

Ch. YriarTF.. — Malien drilale. — in-4°. 

Cochix. — Mémoires inédits 'le Ch. Nicolas. — In-8°. 

Muser Napoléon III. — Bijoux. — In-18. 

Musées et collections. — 3 me livraison in-folio. 

Enseignement de In musique. — Vol. 2, in-8°. 

Ronchaud. — Le Parthènon — In 18. 

Rcclœrches sur la ville de Sens. — In-4°. 

Souvenirs numismatiques de 1848. — In-8°. 

Tableaux et dessins. — In-4°. 

La tapisserie dans l'antiquité. — In-8°. 

Trésors archéologiques de l'Armorique. — In-folio. 

Le Cabinet des antiques. — 3'»e livraison in-folio. 



— J.90 — 

Réorganisation de l'Ecole des beaux-arts. — Iu-8°. 

École française de Rome. — Mélanges d'archéologie H d'histoire. — 
Vol. 2, in-8°. 

Le Livre d'or du Salon. — 1SS9. — In-S°. 

Musée Guimet. — Annales. — Vf.]. 15, 10 (en deux parties) 17, in-4°. 

Misée Guimet. — Reçue de l'histoire des religions. — Vol. 20 et21 in-8°. 

La peinture décorative en France. — > lC livraison in-folio. 

La porcelaine tendre de Serres. — ^ livraison, in-folio. 

Cauchy. — Œi ir /v',-. — Vol. 7 cl 8 de la 2«' e série, in-4°. 

Grammaire de Lhomond, traduite en arabe. — In-8°. 

Observations pluviomètriques et orages dans la Gironde. — 2»? livraison. 

Enquêtes et documents sur l'enseignement supérieur.— 2mè livraison, m-8°. 

Académie de Caen. — Mémoires. — 1889. — In-8 : . 

Académie de Législation de Toulouse. — Recueil. — 1888-89. — In-8°. 

École des hautes études. — Sciences mathématiques.— Nov.-déc 1889 
et janv.-fév. 1890, in-8°. 

Société Académique de Nantes.— Annales.— 2'»e semestre 1889, in-8°. 

Société eranco-hispano-portugaise de Toulouse. — 1890, in-8°. 

Société d'Anthropologie de Paris. — 4 me trimestre 1889, in-S°. 

Société Archéologique du Midi de la France. — Mémoires.—. Vol. 14. — 
3me livraison, in-;". 

Société Archéologique du Midi de l\ France. -•- Bulletin \'° 4. 1S90, 
in-8°. 

Société des sciences physiques et naturelles de l'Algérie. — Bul- 
letin 1889, in-8°. 

Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux —Mémoi- 
res 1888, in 8°, el I er cahier Mémoires 1889. 

Société des sciences naturelles et mathématiques de Cherbourg. — 
Vul. 2G. — i880, in-8°. 

Inventaire général des richesses d'art de la France.. — Paris. Monu- 
ments civils. — Vol. 2. 

Maspero. — Un manuel de hiérarchie égyptienne. 

Recueil des travaux relatifs a la philologie ri a l'archéologie égyp- 
tienne et assyrieiuie. — Vul. 13. — l"* et 2*** livraisons. 

Talde générale des archives des mi.<.<inu.~ scientifiques et littéraires. 

Al. Bertrand, — Archéologie celtique et gauloise. 

Bulletin delà Société d' Anthropologie. — 1 er fascicule 1890. 

Annales de la Société académique 'de Nantes. — 1 e1 ' semestre 1890. 
\nnales de la Société d'émulation des Vosges. — 1890, el Tables de 
1860 à 1889. 

Méritoires de l' Académie de Stanislas, — 188J 

Mémoire.-: de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Due ,— 1890. 

Bibliothèque de l'Ecole des liantes études. — 8 fascicules. 

Enquêtes et documents rclati/s a l'enseignement supérieur. 

Revue de l'histoire des religipns. 

Ernest Vinet. — L'ont et l'archéologie. 

Michel Sabbagh. -- La colombe messagère. — (Traduction de Silvestre 
de Sacy). 



- 191 - 



SEANCE DU 26 DECEMBRE 1890 






La séance esl ouverte à :> heures. 

Sonl présents : 

S.E. Yacoub pacha Artin, piésident ; 

» D 1 Abbate pacha, ) 

_, . _ > vice-présidents : 

)) G" Là RM Et PACHA . S 

MM. Barois. trésorier-bibliothécaire : 
GtAvjllot, secrétaire ; 
Piot, secrétaire-adjoint : 
W. Abbate, 

D r COGNIARD. 

D r Dacorogna rey, 

A. Deflers, 

S.E. Fakhry pacha, 

T. FlGARI, 
D r FOUQUET. 

Gallois rey. 

Gréraut, 

D r Hassan pacha Mahmoud, 

Ibraihm rey Mustapha, 

D r ISSA PACHA HauDI, 

Wàlter Innés, 
Osman beh Ghaleb, 
Peltier bf.\ . 

A. M. PlÈTRI, 

Sarer dey Sabry. 

E. SlCKENRERGER. 
TlGRANE PACHA , 

Ventre rey. 



membre* 



— 192 - 

M me Neuman, M. de Oriega y Morejon, consul géné- 
ral d'Espagne; M. L. de Lalande , consul de France; 
MM. Georges Le Chevalier et le chevalier Morana, com- 
missaires-directeurs de la Caisse de la Dette publique; 
M. Bernardi, président de la Chambre du rôle spécial au 
tribunal mixte; M. et M me Philippoteaux, honoraient la 
séance de leur présence. 

La lecture et l'approbation du procès-verbal de la séance 
du 5 décembre ayant été renvoyées au 9 janvier 1891,1e 
secrétaire général dépouille la correspondance, qui com- 
prend, en outre des publications périodiques habituelles, 
une lettre de M. Borelli bey, par laquelle il s'excusait de 
ne pouvoir assister à la séance du 5 décembre et qui n'est 
pas parvenue en temps utile, une lettre de M.A.Deflers qui 
remercie l'Institut de sa nomination de membre résidant, 
et une lettre de M. Bonola bey s'excusant d'être empêché 
de pouvoir assister à la séance de ce jour. 

M. Gàvlllot dépose ensuite sur le bureau trois brochures 
très intéressantes, dont les auteurs font hommage à l'Ins- 
titut : 

La première en langue arabe, intiluée : Etude bibliogra- 
phique sur les Encyclopédies arabes, par Ahmed bey Zeky. 

La seconde en langue italienne, ayant pour titre : Consigli 
ai cattivi poeti, et pour sous-titre : Poema Indostanico, tra- 
dotto da M. Puglisi Pico. 

La troisième, de M. Fernand Daguin, docteur en droit, 
avocat à la Cour d'appel de Paris, membre correspondant 
de l'Institut Egyptien, et intitulée : Xote sur le rejet de la 
loi relative à l'assurance obligatoire contre les maladies dans le 
canton de Bàle-Ville. 



— 193 



S. E. Yacoujb pacha Artin, président, présente les excu- 
ses de M. T. Figari, empêché de pouvoir faire aujourd'hui 
la communication portée en Lète de l'ordre du jour ; il 
demande qu'elle soit renvoyée à la prochaine séance, ce 
qui est accordé. 

M. le Président annonce ensuite que le D r Abbate pacha 
ayant bien voulu céder son tour de parole à M. le comte 
Zaluski, il prie celui-ci de faire sa communication sur la 
Pasigraphie ou écriture universelle chez les anciens et les modernes. 

M. le comte Zaluski s'exprime en ces termes : 



Messieurs. 

C'est pour me conformer au désir de S. E. le président de l'Insti- 
tut, que je viens vous présenter quelques idées sur un thème qui, à 
coup sur, n'est pas entièrement dépourvu d'intérêt. 

Je n'oserais en dire autant des idées qu'il m'a suggérées. 

Jetées à la hâte sur le papier à l'aide de notes prises autrefois au 
ours de mes lectures, ces idées, je le crains, ne vous paraîtront ni 
assez développées, ni surtout assez soigneusement coordonnées, 
pour pouvoir servir d'esquisse à un système de pasigraphie moderne. 
Aussi n'ai-je point cette ambition. Ce que je souhaite, c'est de tenir 
votre curiosité en éveil pendant une causerie pour laquelle je ré- 
clame toute votre indulgence. 

Si l'imprimerie a été considérée ajuste titre comme l'un des plus 
puissants moyens de civilisation, et si les Guttenberg, les Aide Ma- 
nuce, les Elzévir, les Estienne, les Bodoni et les Plantin ont passé 
pour de grands propagateurs de lumières, l'adoption d'une écriture 
idéographique, dont les caractères conventionnels représenteraient 
les mots de toutes les langues et fondraient en une seule toute les 
littératures, contribuerait plus efficacement encore à la diffusion et 
aux progrès de la culture intellectuelle. 

Imtitut Egyptien. 13 



— 194 — 

Les plus importantes découvertes n'ont presque toujours été que 
des applications ou des perfectionnements de principes déjà recon- 
nus. C'est ainsi que les estampilles des Assyriens, l'impression ta- 
bellaire des Chinois et les sigles des Romains ont précédé d'une 
série de siècles la typographie moderne. 

La pasigraphie, c'est-à-dire l'écriture universelle, a été en usage 
à des époques très reculées, et l'est encore, de nos jours, chez plus 
d'un tiers des populations de la terre. Ses nombreux systèmes sont 
basés sur le principe de la représentation des idées par des signes 
graphiques. Les idées sont représentées soit directement par des 
figures d'objets, s oit symboliquement par des images convention- 
nelles. Les idéogrammes purs sont simples ou complexes, et tels 
sont aussi les symboles. 

M. Maspéro (Histoire ancienne des peuples de l'Orient) indique 
dans l'appendice consacré aux écritures de l'anti [uité, comment les 
symboles se sont ajoutés aux signes d'objets matériels, comment 
ils ont été formés par synecdoche (en peignant la partie pour le 
tout, p.e. la prunelle pour l'œil); par métonymie (cause pour effet, 
effet pour cause, instrument pour œuvre, p. e. disque solaire pour 
jour, pinceau pour écriture); par métaphore, etc., principes que 
suivent aussi les idéogrammes complexes. Ce même savant donne 
une liste des déterminatifs les plus usités, qui se divisent en 
génériques et spéciaux. 

Tous les systèmes d'écriture ont commencé par l'idéographisme ; 
mais la vue des signes ne tarda pas à éveiller l'écho des mots ren- 
dant ces mêmes idées, et finirent par faire oublier la valeur pure- 
ment graphique des signes, en lui subsistant l'impression des sons 
des langues parlées. Le premier essai de phonétisme, remarque M. 
Maspéro, se fit par rébus. On peignit des mots semblables de son, 
mais divers de sens, des homophones. Puis on exprima les sons 
directement au moyen de syllabaires, ou indirectement à l'aide 
d'alphabets. Les premiers Chaldéens nous ont laissé l'exemple le 
plus ancien d'une écriture syllabique. Les travaux du marquis de 
Vogué ont fait connaître le syllabaire cypriote. Dans les langues 
monosyllabiques, comme le chinois, chaque signe idéographique^ 
pris dans son acception phonétique, représente une syllabe. Les 
Japonais n'ont point d'alphabet; ils le remplacent par un syllabaire. 



— 195 — 

Dans les inscriptions hiéroglyphiques de l'ancienne Egypte, on ren- 
c mi rc des signes syllabiques dont la plupart^ont polyphones, c'est- 
à-dire susceptibles de plusieurs sons, et auxquels on ajoutait des 
compléments ph méthiques. Il est prouvé aujourd'hui que les carac- 
tères syllabiques ont précédé les lettres de l'alphabet. Chez les 
Egyptiens, l'ibis fut choisi pour premier signe de l'alphabet, cet oiseau 
étant consacré à Hermès, l'inventeur des lettres ; l'oie devint la 
lettre S, qui a c mservé chez nous la figure du volatile aux sons 
sibillants.Champollion s mtint que l'alphabet phénicien dérivait des 
hiéroglyphes d'Egypte, et le vicomte de Rougé le prouva d'une 
façon indubitable. Le système graphique des Grecs fut emprunté 
aux Phéniciens, et celui des Etrusques aux Grecs (Tacite). 

On voit donc que le phonétisme a prévalu de bonne heure dans 
l'écriture des anciens, de même qu'actuellement il joue un très 
grand rôle dans l'écriture chinoise. Cenpendant, si les travaux des 
Zoëga, Young et Champollion, sans parler des égyptologues plus 
récents, ont fourni la preuve que l'écriture hiéroglyphique est, en 
majeure partie, de nature phonétique ; si les déchiffrements des 
caractères cunéiformes par le général Rawlinson, le D" Hincks, 
M. de Sanley, M. Oppert et tant d'autres savants, ont donné le 
même résultat, il ne s'en suit pas que le système phonétique ait été 
exclusivement employé dans les écritures égyptiennes et assyri- 
ennes. Saint Clément d'Alexandrie (Stromata Y), dans un passage 
reproduit par M. Letronne (voir son tableau synoptique), nous 
apprend, dans des termes positifs, que les Egyptiens avaient deux 
sortes d'écriture, l'épistolographique et la hiératique. La première, 
qu'Hérod)te désigne sous l'appellation de démotique, et qui est plus 
communément connue suis celle d'enchoriale, exprimait les sons 
de la langue égyptienne, tandis que l'écriture sacrée se composait 
d'éléments kyriologiques, tropicaux et énigmatiques, constituant la 
hiéroglyphie proprement dite, dont les caractères étaient le plus 
souvent symh cliques. C'est dans ce sens qu'ont peut affirmer que 
la connaissance de la langue parlée en Egypte n'a pas toujours été 
indispensable pour lire ses plus anciennes inscriptions hiérogly- 
phiques. Les Ethiopiens se sont également servi des hiéroglyphes 
pour écrire leur langue, et probablement aussi plusieurs peuples 
de la Sj'rie et de l'Asie Mineure, comme en font foi les textes 
hittites. 



— 196 — 

Une aussi nette distinction entre leurs éléraei ts idé graphiques 
et phonétiques n'est peut-être pas rigoureusement applicable aux 
caractères assj'ro-babyloniens. Pourtant il est certain que les peu- 
ples de l'antiquité employaient, pour exprimer leurs pensées, des 
procédés participant de l'art du dessin, autant que de l'écriture, et 
qu'ils se servaient surtout de cette méthode pour transmettre à la 
postérité la mémoire des faits historiques les plus importants. Pour 
répondre à leur but, les inscriptions tracées sur les rochers ou les 
colonnes marquant le terme des conquêtes ou les frontières des 
États, devaient nécessairement être de nature idéographique. Telles 
étaient, en effet, les plus anciennes inscriptions en caractères 
cunéiformes. Ceux-ci acquirent avec le temps une valeur phonétique 
différente, selon l'idiome dans lequel on les lisait, d'où provinrent 
leurs variétés, parmi lesquelles trois sont marquantes et c onnues s jus 
les noms de caractères assyro-babyloniens, perses et médiques, ou, 
selon Rawlinson, scy tiques. 

La plus grande difficulté qu'on rencontre dans la lecture des 
légendes hiéroglyphiques et cunéiformes, consiste donc dans la 
distinction des signes représentant des objets d'avec ceux qui, tout 
en les figurant, doivent être traduits par des sons de syllabes ou de 
lettres, écriture secrète dont il faut avoir la clef, et qui a continué à 
exister chez la plupart des peuples même après qu'ils eurent adopté 
l'usage des caractères alphabétiques. Thucydide, dans sa Guerre 
du Péloponnèse, fait mention des scytales ou chiffres secrets dont 
les Grecs se servaient dans ieurs correspondances politiques et mili- 
taires. J'ignore s'il nous en a été conservé quelques spécimens. 
Quoiqu'il en soit, nous ne manquons pas nous-mêmes de systèmes 
de signes conventionnels propres à produire la manifestation exté- 
rieure de la pensée, sans l'aide de l'écriture alphabétique . Le lan- 
gage par coups frappés aux parois des prisons, celui des sourds- 
muets exprimé par les seuls dix doigts, les divers genres d'écriture 
chiffrée, ceux de la télégraphie, les codes des signaux maritimes 
et sémaphoriques, les signes mathématiques, algébriques, ou chi- 
miques constituent de véritables sy.-tèmes d'écriture qu'on lit dans 
toutes les langues. 



— 197 — 

[/idéographie la plus complète, la plus développée et la plus 
répandue est incontestablement l'écriture chinoise. On peut dire 
d'elle, qu'elle est l'écriture universelle de l'Extrême-Orient. Ses 
caractèrôs, jadis parement figuratifs et de tous temps invariables, 
sont lus par t rites les populations de l'Empire du Milieu, parlant 
quarante différents patois, et de plus, par les habitants de la 
Corée, du Japon, de l'Indo-Ghine, de Siam, du Thibet et de plu- 
sieurs contrées de l'Asie Centrale, c'est-à-dire par plus d'un demi 
million d'hommes souvent fort dissemblables entre eux de race et 
d'idiome. Aussi les sinologues européens expliquent-ils des textes 
chinois sans avoir bes3in de connaître la langue de l'auteur qu'ils 
lisent, ni même la langue littéraire qu'on désigne sous le nom de 
langue mandarine ; et cependant ils réussissent parfois à saisir le 
sens de passages restés obscurs pour les lettrés chinois eux-mêmes. 

Les caractères chinois, en tant qu'idéographiques, peuvent, par 
conséquent, être considérés comme les premiers éléments d'une 
véritable pasigraphie, dont l'adoption générale réaliserait le rêve de 
ceux qui croient à la possibilité d'une écriture intelligible à toutes 
les nations du globe. En Cbine, ainsi que s'exprimait l'autre jour 
un sinobgue distingué, M. de Lalande, l'écriture a précédé la 
lecture. En effet, après avoir inventé les caractères, les Chinois 
ont eu soin d'en fixer la prononciation en créant la langue man- 
darine, la langue littéraire, le chinois proprement dit. C'est en pro- 
cédant de la même manière qu'on pourrait, de nos jours, après 
avoir adopté une écriture universelle, créer aussi une langue in- 
ternationale. 

Primitivement, l'écriture chinoise parait avoir consisté, comme 
les «Kipou» des Incas péruviens, en une série de nœuds et de 
lacets le long d'une fil ou d'une corde, système dont on peut rappro- 
cher les «Qoua» ou huit trigrammes formés par deux éléments 
graphiques, une ligne simple et une ligne double. L'invention de 
l'écriture a nouée» remonte à la huitième dynastie des temps 
fabuleux ; celle des « caractères tracés » est attribuée par les 
annalistes à l'empereur Fô-Hi (2852-2738 avant notre ère). 

Ce fondateur de la civilisation chinoise, représenté, comme Moïse 
et Alexandre, avec des cornes, aurait copié les aQoua^> des dessins 
naturels sur les écailles de dragon et de tortue. fD'aucuns préten- 



— 108 — 

dent qu'ils SDnt l'imitation de traces laissées sur le sable par des 
pieds d'oiseau. L'origine de l'écriture dite des «têtards», à cause- 
de ses lettres en forme de petites queues et introduite par un sage 
nommé Tsang-Kié, se retrouve également dans les lignes ornemen- 
tales de la carapace d'une tortue, laquelle âgée de plus de mille ans, 
fut offerte en cadeau à l'empereur Ya) (2356-2^.56 a.c.) Tsang-Kié 
passe du reste généralement pour l'initiateur des Chinois dans l'art 
d'exprimer les idées par des signes II n'est pas prouvé que ces 
signes aient été de nature phonétique, et cela est même peu pro- 
bable. Ils servaient à transmettre les ordres du souverain à ses 
fonctionnaires, et voilà pourquoi Steinthal a pu dire qu'en Chine 
aussi, ce ne furent point les commerçants qui inventèrent les lettres, 
mais les rois et les prêtres. 

D'après la préface de l'ode composée par l'empereur Kien-Loung 
et intitulée «l'Eloge de Moukden», Fô-Hi, en dessinant les figures 
dites «Qoua», aurait donné la première impulsion à l'invention des 
caractères écrits; Tsang-Kié les aurait enrichis de six espèces 
nouvelles, et les continuateurs de son œuvre se seraient ingéniés à 
la perfectionner toujours davantage. Cette même préface cite à ce 
sujet le passage suivant d'un ouvrage de Lou-Yang-Ping, auteur 
qui florissait sous la dynastie des Tsoung : « Le ciel, la terre, les 
« monts et les fleuves ont servi de types pour la représentation de 
« ce qui est rond ou carré, immobile ou changeant; le soleil, la 
« lune et les étoiles, pour ce qui est brillant ou uni, pour les pro- 
« duits des arts et des industries; dans les nuages, les arbres et les 
« plantes on trouva les indicateurs des couleurs, de la croissance et 
« de l'étendue; dans les poissons, les insectes et les oiseaux, ceux 
« du mouvement, lent ou rapide, de l'activité et de l'inertie. C'est 
« ainsi qu'à l'aide des choses les plus communes, visibles à tous, les 
« sages de l'antiquité ont inventé l'art de donner des formes jus- 
ce qu'à des idées abstraites et de figurer ce qui se soustrait à nos 
« seis; c'est ainsi que le pinceau transmis de main en main, 
« est arrivé à rendre parfait ce que les anciens n'avaient pu 
« qu'ébaucher ». 

Il est évident que le nombre des caractères fut d'abord très 
restreint. Leur augmentation coïncida avec la propagation du 
bouddhisme. Les bonzes venus des Indes, après avoir vainement 



— 190 — 

tenté d'introduire en Chine l'alphabet sanscrit, inventèrent une 
sorte de syllabaire pour la reproduction des noms et des formules 
de leur religion. D'après un essai de M. deBrandt, actuellement 
ministre d'Allemagne à Péking. travail intéressant auquel s^nt 
empruntés les détails qui précèdent, la diffusion des caractères 
brahmaniques dans le Royaume fleuri, essayée par le 1 onze Ckin- 
Ki au commencement du règne de la dynastie des Tsin, vers la 
seconde moitié du troisième siècle de notre ère. n'eut qu'un résultat 
très incompl ;t. En effet, les caractères d'origine nationale se sont 
maintenus dans toute leur pureté. Un petit nombre d'entre eux 
sert a la reproduction des lettres et. par leur moyen, des noms et 
des mots des langues étrangères ; 214 clefs indiquent à quel ordre 
d'idées appartient chaque caractère; leur masse, enfin, se divise en 
six classes, savoir : 

1° Imitatifs au nombre de 600 

2° Significatifs » » » » 107 

3° Idéographiques » » » 740 

4° Antithétiques » » » 372 

5° Métaphoriques » » » 598 

6° Phonétiques » » » 21.810 

ce qui donne un total de 24.325 caractères, 

dans lequel ne sont cependant pas compris tous ceux dont se com- 
posent les dictionnaires, vu que celui de l'empereur Kang-Hi 
en referme 44.449 en 32 volumes in 8°, que les deux lexiques com- 
pilés sous la dynastie des Kin (1115-1234) en contiennent 53.524, 
et que le jésuite P. G • Magelhaëns ( fin du 17 œe siècle ) et des sino- 
logues plus récents indiquent des chiffres variant entre 54.409 
et 260.899. 

Ces chiffres, dont le dernier n'est peut-être même pas exagéré, 
puisque le dictionnaire français de Boiste renferme, dit-on, 124.000 
mots, s'expliquent par l'insertion, dans les vocabulaires, de mots 
appartenant à diverses époques historiques et depuis longtemps tom- 
bés en désuétude. Les neuf classiques, grands et petits, de la litté- 
rature chinoise ne contiennent que 4.601 caractères différents. Il 
semble que le double de ce chiffre suffirait pour exprimer tous les 



— 200 — 

mots usuels et scientifiques de la Chine moderne. En apprenant à 
distinguer huit caractères par jour, ce qui ne paraît pas excessif, 
on épuiserait donc en trois ans le vocabulaire écrit de la langue 
mandarine. Ainsi tombe d'elle-même l'assertion si fréquemment, 
répétée, que la connaissance du chinois exige celle des 80.000 
caractères qui servent à l'écrire. Le livre dans lequel les enfants 
chinois apprennent à lire, n'en contient que mille. 

Vous avez sans doute remarqué avec surprise, Messieurs, dans 
quelle écrasante proportion les caractères phonétiques se trouvent 
mêlés aux caractères idéographiques dans un système d'écriture intel- 
ligible à tant de peuples divers, proportion qui, d'après le petit 
tableau ci-dessus, est celle de huit et demie à un. Cela tient au soin 
tout particulier qu'en Chine, comme ailleurs, on a eu de tout 
temps, de conserver pure la langue orale. Il fallut établir la pronon- 
ciation des mots, et fixer les modulations dans leur prononciation, 
ce qu'on appelle les «tons» de la langue chinoise. Nos alphabets, 
accents, cédilles et apostrophes, les «Harakàt» (mouvenents ou 
signes voyelles) du Coran, les indications mélodiques au-dessos des 
vieux textes des psaumes de David, bref, tous les moyens employés 
par d'autres peuples pour empêcher la corruption de leurs idiomes, 
auraient été insuffisants pour la conservation de ceux de la Chine, 
et surtout pour la formation de sa langue littéraire, dans laquelle 
la prononciation et les tons jouent des rôles si importants. Un mot 
chinois, que nous croyons pouvoir écrire avec deux ou trois de nos 
lettres, admet un nombre infini de prononciations délicatement 
nuancées, qui changent à chaque fois le sens du monosyllabe, et 
correspondent à autant de caractères parfaitement distincts. Le 
son Y, par exemple, répond à 1.165 caractères différents. Cela tient, 
dit M. Imbault Huart, à ce que le clavier de la voix humaine 
est limité, tandis que le domaine des connaissances ne l'est pas. 
Quant aux tons, je ne saurais mieux vous donner l'idée de leur 
valeur, Messieurs, qu'en vous racontant une petite expérience 
personnelle. Pendant mon séjour à Bangkok, je me suis souvent 
trouvé dans une chapelle avec des chrétiens chinois. Leur ferveur 
était édifiante. Ils chantonnaient en chœur des prières. Cependant 
l'effet de cette mélopée m'agaçait les nerfs au plus haut degré. 
Je ne tardai point à en apprendre la raison. Ces néophytes étaient 



— 201 — 

de quatre provinces différentes: du Kouang-Tong, de l'ile de Haïnan, 
du Yun-Nan et du Fô-Kienn, c'est-à-dire qu'habitués à ces dialectes 
particuliers, ils se serraient d'intonations différentes! 

La iixati m des tons pour le chinois, proprement dit, e-t attribuée 
à un sage du nom de Ghèn-Yô (né en 441, mort en 513), lequel, dit 
son biographe, expliqua aux hommes ce que pondant des milliers 
d'années ils n'avaient pas compris d'eux-mêmes. Il parait qu'à une 
ép)que f >rt reculée, les tons n'étaient qu'au nombre de deux, puis 
de trois aux jours de Koung-Tseu ( Gonfucius ). Ghén-Yô en fixe 
quatre, généralement en usage à présent. En écrivant on les 
indique par de petits zéros, placés en bas ou en haut, à droite ou à 
gauche des caractères. Voici leurs noms chinois : « chang-p'ing », 
« chang-chêng », « tchu-chèng », « hia-p'ing » , qui se traduisent 
ainsi : haut et égal, ton ascendant, t)n descendant, bas et égal. 
Les grammairiens y ajoutent un cinquième ton, le « dju-chèng », 
t)n initial, qui se répartit parmi les quatre autres et n'est observé 
que dans le dialecte de Nan-King, et en récitant des morceaux lit- 
téraires, a Le contraste » , dit Steinthal , «entre la simplicité de 
« ces myvens et l'étonnante richesse de ses effets, place la langue 
« chinoise au premier rang des systèmes de communication d'idées 
« dus au persévérants eff >rts de l'intelligence humaine. » Aussi les 
chinois onsidèrent-ils à b >n droit leur système graphique comme 
le plus beau joj^au entre le ciel et la terre. En outre des signes, il 
y a des règles qui fixent la prononciatnn des caractères quand ils 
doivent être lus en langue mandarine, dans laquelle se composent 
aussi les poésies littéraires. Toutefois les Chinois attachent généra- 
lement bien moins d'importance aux s)ns qu'aux signes de leur 
écriture ; on ne s'exerce guère à prononcer les premiers d'une 
façon tout à fait cjrrecte ; on passe sa vie à tracer les sec nids 
d'après des modèles de calligraphie, et dans ce sens le chin)is est 
bien plus une langue écrite que parlée. 

C'est pourquoi le marquis d'Hervey de Saint-Denys l'appelle un 
instrument idéographique. «Chez nous», dit-il, « les signes graphi- 
ques n'étant que la représentation de la parole, demeurent néces- 
sairement solidaires de toutes les modifications de la langue orale ; 
chez les Chinois, au contraire, où nous voyons l'écriture traduire 
directement la pensée, on comprend qu'ils possèdent leur autono- 



— 202 — 

mie et qu'ils traversent les siècles sans avoir à subir les mêmes 
vicissitudes, dès qu'une muette tradition les a consacrés » 

Je m'aperçois que ma digression, à propos des éléments phoné- 
tiques du dictionnaire chinois, m'a éloigné quelque peu démon 
sujet. J'ai hâte d'y revenir et ne m'attacherai plus qu'à fournir la 
preuve, comme quoi les difieultés qu'ont rencontrées jusqu'ici les 
faibles tentatives de créer et de faire adopter nue écriture univer- 
selle, sont moins insurmontables qu'elles paraissent l'être de prime 
à bord. 

En 1797. M. de Maimieux proposa une pasigraphie. Il allamème 
plus loin : il pensa à une langue internatbnale que l'on obtiendrait 
en donnant aux signes indicateurs d'idées des valeurs phonétiques 
En cela M. de Maimieux indiquait la seule voie praticable, celle 
qu'ont suivi les Chinois, et c'est l'inversion de cet ordre de procé- 
dés qui fit échouer les efforts des philologues rassemblés a Londres. 
il y a trois décades d'années environ, sous la présidence du cheva- 
lier de Bunsen, al >rs ministre de Prusse près la Cour d'Angleterre. 
Ces savants essayèrent de retrouver la palilalie. c'est-à-dire l'idio- 
me primitif, dans les radicaux étymol igiques communs à toutes 
les langues. Cet idiome devait servir à la construction d'une langue 
universelle qu'on * p réservait, de doter ensuite d'un système d'écri" 
ture spéciale. Il était à prévoir que ces travaux n'aboutiraient 
point; car l'influence des milieux qui a produit la diversité des 
races humaines, a séparé aussi leurs langues, dans la formation 
desquelles sont entrés tant d'efficients impossibles à déterminer 
d'une manière exacte. 

D'ailleurs une pasigraphie constituerait un moyen de communi- 
cation intellectuelle beaucoup plus important et bien plus aisé à 
obtenir que ne le serait une langue universelle, si cette dernière 
devait s'écrire à l'aide des lettres d'alphabet. Car, ainsi que je vais 
tâcher de le démontrer, notre système d'écriture est plus compli- 
qué, plus abstrait et par conséquent plus difficile à apprendre que 
n'importe quel système d'idé (graphie, fût-il bien plus développé 
que ceux dont on a fait usage jusqu'ici. 

En effet, n'est-il pas plus facile de reconnaître la signification 
d'une image ou d'un symbole, et de la traduire dans sa langue 



— 203 — 

maternelle, que de rendre, par des sons incohérents, les figures 
abstraites de l'alphabet, d'en altérer la prononciation pour les lier 
en syllabes qui, le plus souvent, ne représentent nullement des 
parties de l'idée à exprimer, et d'en composer des mots formés 
d'agrégations de sons dont aucune grammaire ne saurait fixer les 
régies? Le travail d'espril qu'exige 'chez nous la lecture est très- 
fatigant et constitue le principal obstacle à la propagation des 
connaissances. Ceux qui ont appris à lire couramment ne se rapel- 
lent plus de ce qu'il leur en a coûté, dans leur enfance, pour 
parvenir à ce résultat. Ce n'est que lorsque l'œil s'est accoutumé 
aux figures graphiques si bizarres et si complexes que présentent 
n >s mots écrits, et que la mémoire, sans l'aide des sons, a réussi à 
attacher des idées à ces inômbrables configurations n'offrant point 
d'analogie avec les cli >ses auxquelles elles correspondent, ce n'est 
qu'alors qu'on a appris à lire l'écriture alphabétique. Ce même 
travail d'analyse doit être accompli chaque fois que l'on aborde 
l'étude d'une langue ayant son alphabet à elle, comme l'hébreu, 
l'arabe, le grec, le russe, l'allemand, etc. Jugez de ombien nos hié- 
roglyphes modernes sont plus malaisés à déchifrer que ceux qui, 
comme les anciens, représentent les choses et les idées directement 
ou qui en contiennent les marques distinctives, comme les carac- 
tères chinois. 

Mais, objectera-t-on, le nombre de lettres est restreint, celui des 
idéogrammes illimité. A cela je répondrai que les permutations des 
vingt-cinq lettres de l'alphabet latin s'élèvent, pour les seuls mots 
composés de six lettres au plus, sans compter leurs répétitions 
ou réduplications, au chiffre imposant de 88.481.297.525. Que 
serait-ce si l'on admettait clans ce calcul les mots formés de dix ou 
douze lettres ! En réalité, les combinaisons de lettres usitées dans 
l'écriture d'une langue équivalent au nombre de ses mots, c'est-à- 
dire à trente ou quaiante mille signes. Remarquons que l'on ne 
fait guère d'éducation, de nos jours, sans enseigner plusieurs lan- 
gues et plusieurs genres d'écriture. 

Dans l'écriture symbolique, au contraire, qui sera unique, on 
aura des caractères combinés empruntant plusieurs images simples 
pour exprimer une idée complexe, ce qui diminuera énormément le 
nombre des signes indicateurs: on éliminera les éléments gramma- 



— 204 — 

ticaux (articles, prépositions, particules, etc.), soit en laissant au 
lecteur le soin de les adapter correctement à sa langue, soit en 
fixant des règles de position qui, comme en chinois, joueront le 
même rôle que dans d'autres langues les flexions indiquant les 
genres, les nombres, les cas, les temps et les personnes. On n'em- 
ploiera enfin des signes phonétiques qu'uniquement pour les noms 
propres et les mots dont on voudra reproduire la prononciation 
dans un idiome donné. Le nombre des caractères pasigrapbiques 
sera donc moindre que celui des figures de mots formées à l'aide 
des lettres de l'alphabet. On n'aura pas besoin d'apprendre une 
nouvelle langue pour lire l'écriture universelle, il suffira d'arriver 
à en distinguer les caractères et à les coordonner sel m la syntaxe 
de la langue dans laquelle on la lira. 

Répandue par l'imprimerie, la pasigraphie mettra à la portée de 
t jus les productions littéraires du génie humain; la poésie y per- 
dra l'harm >nie de ses vers, mais conservera la beauté de ses 
images. L'ouvrage publié dans une édition idéographique sera, 
par cela même, traduit dans toutes les langues ; le lettré chinois 
se chargera de la nouvelle publication de ses classiques, le profes- 
seur européen rééditera ceux de son pays. La tâche du prote même 
en sera simplifiée; car il ne lui faudra ni la connaissance de la 
grammaire, ni celle de l'orthographe; il n'aura qu'à éviter les 
erreurs de sens. Chacun lira l'écriture universelle dans sa langue, ou 
dans l'une de celles qu'il possède ; chacun pourra pénétrer dans les 
mystères des littératures étrangères. 

Si, cependant, en présence de cette séduisante perspective, on 
contestait la justesse de l'assertion que c'est l'ensemble des traits, 
des lignes nécessaires pour écrire un mot qui,par association 
d'idées, en évoque en nous le sens, et qu'on soutint que cet 
effet est produit par les lettres au moyen des sons dont elles sont les 
signes représentatifs, on aurait contre soi les enseignements de 
l'expérience. Ne lisons-nous pas plus rapidement l'écriture moins 
belle à laquelle notre œil s'est accoutumé, que celle qui, quoiqu'elle 
trace mieux les lettres, ne nous est point familière? La sténogra- 
phie n'offre-t-elle pas aux ommençants de bien plus grandes 
difficultés par rapport à la lecture, qu'à l'écriture? Tant que les 
signes nouveaux ne se seront pas imprimés dans sa mémoire, 



— 205 - 

le sténographe, comme l'enfant, devra épeler, c'est-à-dire se servir 
de l'intermédiaire des s >ns des lettres. 

Mais,, en épelant, 0:1 ne trouve que des divisions de sons, et n m 
pas des portions d'idées, indivisibles en elles-mêmes. Or lire c'est 
traduire le signe par l'idée, comme écrire c'est traduire l'idée par- 
le signe. Aucune de ces opérations ne devrait requérir plus d'ef- 
forts mentais que l'autre, puisque signe et idée sont réciproque- 
ment corrélatifs dans la même mesure. Cependant ceci n'est rig »u- 
reusement vrai que si, en lisant, on omet le partage des mots en 
sons simples, partage que i'on fait en écrivant les lettres. Tel est 
rarement le cas chez les sténographes ; ils ne lisent que lentement 
leur propre écriture, et ne déchiffrent qu'avec plus de peine encore 
celle de leurs collègues, bien qu'elle soit basée sur des principes 
identiques. Il faut pouvoir faire entièrement abstraction des sons, 
et partant des lettres prises isolément, pour lire bas, pour s'absorber 
dans la lecture de manière à en oublier le mécanisme, pour lire 
véritablement. Si la grande habitude rend cela possible, malgré le 
phonétisme de notre système d'écriture, de combien les caractères 
représentatifs d'idées ne seront-ils pas plus faciles à lire. Intelli- 
gibles pour toutes les nations, ils le seront aussi pjur les sourds- 
muets, pour les hommes ne sachant aucune langue articulée. 
Aussi, pnir établir un système graphique tel que je l'entends, tour 
à tour aphone et polyglotte, il faudrait étudier d'abord les œuvres 
ingénieuses de Cucuron, de Sicard et de l'abbé de l'Epée, et en 
appliquer les principes aux signes idéographiques empruntés à 
l'écriture chinoise (1). On arriverait ainsi à un développement 
perfectionné de systèmes déjà existants, lesquelles, fondus ensemble, 
serviraient de base à l'écriture de l'avenir. 

Voici, pour terminer, quelques idées sur la manière dont on 
pourrait procéder en vue d'obtenir un si beau résultat. 

Une convention internationale dont les signataires s'obligeraient 
à contribuer aux frais de l'entreprise, instituerait une Commission 
de pasigraphie, dont les membres seraient élus par le congrès 
d'orientalistes. Cette Commission qui seraient permanente et sié- 

(l) Littré cile à l'art; « Pasigraphie », l'idée de de Muit, qui voulait l'aire 
de l'écriture chinoise une sorte d'écriture universelle, Abel Rémusat. Inst. 
Méra. inscr. et belles lettres, t. vm, p. 39. 



— 206 — 

gérait à tour de rôle dans les capitales des principaux Etats, 
adopterait p >ur point de départ de ses travaux, l'appropriation des 
caractères chinois carrés, de nature idéographique, à l'usage d'une 
écriture universelle. A ces 2,425 caractères, modifiés au bes >in par 
l'application d'autres systèmes d'idéographie, la Commission ajou- 
terait des signes phonétiques correspondant aux lettres de l'al- 
phahet, pour servir à la figuration des noms propres et des mots 
techniques ou spéciaux de t iutes les langues. Elle serait donc 
composée, en majeure partie, de sin dogues européens et de lettrés 
chinois délégués par l'académie des Han-Lin à Péking. Elle com- 
mencerait par confectionner de petits manuels à l'usage des j >ur- 
nalistes et des commerçants, contenant dans l'ordre alphabétique 
des mots servant à les traduire, les idéogrammes les plus néces- 
saires à une correspondance du genre indiqué. Elle travaillerait 
ensuite à un dictionnaire plus complet de caractères pasigraphiques, 
dont le nombre ne dépasserait pas, tout d'abord, quatre mille 
environ, traduits dans les principales langues aryennes eb sémi- 
tiques, comme sont le grec, le latin, le français, l'anglais, l'alle- 
mand, le russe, l'arabe et le persan. Il faudrait y aj outer des 
idiomes de l'Estrême-Orient en tant que les caractères chinois 
auraient été modifiés. La Commission publieraitales abrégés de eu 
dicti mnaire à l'usage des éc des publiques, où l'enseignement de la 
pasigraphie deviendrait obligatoire et remplacerait celui des 
langues mortes. Elle poursuivrait l'œuvre d'un vocabulaire idéo- 
graphique complet et ferait paraître séparément, d ms chacune des 
langues employées pour l'interprétati m des signes, des dictionnaires 
alphabétiques permettant de chercher les idéogrammes de tous les 
mots. Son œuvre serait revêtue d'une autorité semblable à celle de 
l'Académie par rapport à la langue française. 

Ceci fait, tout le reste viendra peu à peu. En présence des im- 
menses avantages du nouveau système d'écriture, nul n'hésitera à 
lui consacrer quelques années d'études. La nature rémunératrice 
des travaux lexicographiques susmentionnés, décidera sans doute 
beaucoup de libraires à les confier à des linguistes. Le programme 
scolaire dont l'empereur Guillaume II a retranché les langues 
classiques, ne privera pas la jeune génération des jouissances que 
procurent les auteurs anciens. L'idéographique ne pourra guère, 



— 207 — 

il est vrai, reproduire la métrique, ni l'harmonie imitative ou 
musicale de leurs poésies; mais nous qui avons altéré de tant de 
façons la prononcalion du grec et du latin, qui avons perdu jusqu'à 
la notion de la manière dmt Homère et S mincie, Virgile et 
Horace récitaient leurs vers, nous ne pourrons jamais, sous ce 
double rapport, reprocher grand ch >se à la pasigraphie. D'ailleurs 
chez les Grecs et les Romains, comme chez les Chinois et les 
Arabes, toutes les compositions poétiques étaient faites pour être 
chantées. 

Trbuvera-t-on beaucoup de difficulté à lire et à écrire la pasi- 
graphie? Je ne le pense piiut. En Chine et au Japon, on met géné- 
ralement huit ans à apprendre les caractères, 1 )rsqu'on aspire au 
grade de lettré. C'est le laps de temps consacré en Europe à 
l'étude des langues mortes. 

Des caractères carrés qui ne sont jamais griffonnés, ménagent la 
vue. Un Chinois et un Japonais causant à table les tracent du doigt 
sur la nappe, s'ils ne peuvent s'entendre au moyen de la parole. 
Ils sont du domaine du dessin, ont un coté arti -tique et l'encre de 
Chine sent h m. Les personnes d'un certain âge n'arriveront sans 
d)ute plus à en remplir rapidement, de haut en bas,- des colonnes 
verticales se succédant de droite à gauche, à faire jaillir de leur 
pinceau mille dragons q\ dix mille serpents, cjmme on s'exprime 
en Weng-Tchang ou style fleuri ; mais nos enfants s y habitueront 
aussi facilement que ceux du Japon, qui commencent cependant 
par apprendre le katakana et le hiràkana, deux espèces de sylla- 
baires nationaux, avant d'aborder l'étude de l'écriture chinoise. Enfin, 
ceux qui voudront s'épargner de la peine, emploieront ces « type 
writers», appelés à faire bientôt disparaître toute écriture cursive 
ou manuelle. 

Il s'écoulera probablement bien du temps avant que l'usage de 
l'écriture universelle se répande chez toutes les nations. Mais com- 
bien d'entre elles n'ont pas déjà changé leur système graphique ! 
Les premiers chrétiens de l'Egypte adoptèrent les lettres grecques; 
l'écriture arabe remplaça en Perse l'écriture cunéiforme, et, chez 
les Slaves, les caractères cyrilliques furent substitués aux glagoli- 
tiques. Les peuples de l'Extrême-Orient s'accomoderont d'autant 
plus facilement des caractères pasigraphiques, qu'ils sont familia- 
risés avec eux depuis des siècles. 



— 208 — 

Je termine, Messieurs, ma communication sur ce vaste sujet, en 
m excusant de ne l'avoir pas traité avec plus de concision. Le 
temps m'a manqué pour cela. Il ne me reste qu'à vous remercier de 
l'attention bienveillante que vous avez bien voulu prêter 

A mes raisonnements sur l'art ingénieux 
De peindre la parole et de parler aux yeux. 



La communication de M. le comte Zaluski est accueillie 
par les applaudissements unanimes de l'assemblée. 

M. le Président présente ensuite à l'auteur les remer- 
ciements et les félicitations de l'Institut. 

Après un échange d'observations entre M. le D r Abbate 
pacha et M. le comte Zaluski sur une langue universelle, 
M. le président donne la parole à M. le D r Abbate pacha 
pour faire sa communication sur « L'usage des similia 
découvert dans le Thalmoud et ses commentateurs à propos 
de la rage. » 



M. le D r Abbate pacha s'exprime ainsi : 

Le Thalmoud Babel a été rédigé, il y a presque 2000 ans, par 
les savants juifs de Babylone. Cette époque reculée révèle d'elle- 
même l'ancienneté de croyances, de préjugés, et de certaines doc- 
trines, ou de mœurs habituelles alors en vigueur, et propagés 
parmi les peuples dans les temps postérieurs. 

La médecine de ces époques anciennes était encore dans les son- 
ges mystérieux de l'Orient, et parce qu'on appelait médecine, on ne 
doit entendre que l'emploi empirique de drogues ou de substances 
pour toutes les maladies humaines qui se révélaient par des signes 
distincts, ou par des illusions fantais'stes. Le génie d'Hippocrate et. 
de Galien, les premiers savants sérieux de ces temps ténébreux, y 
apporta un peu d'ordre, de lumière et des connaissances plus justes 
et plus adaptées. 



— 209 — 

Assurément certaines cr >yances enracinées et c unme dériva- 
tion de 1 »ngues observations p ipulaires, ont été transmises intactes 
pendant des siècles el furent de la sorte proclamées choses infal- 
libles et assurées. 

C'est ainsi, je crus, que les savants thalmoudistes prirent 
courage et osèrenl passer hardiment sur les préceptes religieux 
du pur [cacher) et de l'impur (tara), c'est-à-dire les choses dont 
l'usage parmi les Juifs était admis et permis, et les ch >ses abs dû- 
ment défendues et prohibées. 

Dans eelte catég >rie, et nous l'observons avec étonnement et sur- 
prise, j'ai trouvé, comme appliquée un intérêt scientifique spé- 
cial, que je vais signaler, un texte du thalmoud sur la rage 
produite par les morsures de chiens, et en même temps sur le 
remède qui devait y être apporté, qu >ique, je le répète, ce remède 
rentrât dans la série des tare/ ou cluses impures, tels que sont 
considérés tans les viscères et toutes les parties des animaux 
atteints d'une maladie. 

Le texte hébreux du thalmoud que je prends à la lettre dit : 

133 istna im» p^3Kû p* roip 3^3 ■dbw *é 
oJ'jb *p kûy* ff ^nû)* >na enn [3 wnû wv )bv 

Mi scenasco keleb scioté en makilin oto mekassar 
Est défendit chien enragé de manger à celui qui a été mordu 

KABET SCÉLO. WràBI MASSIA BEN KHARRASC MA.TIR. 

son foie. Mais le Rabbin Massia heu Khqrrasc le permet. 

(Mishna thalmoud ioma, page 83;. 

« Il est détendu de donner à manger le foie d'un chien enragé à 
celui qui en a été mordu ; mais le Rabbin Massia ben Kharrasc 
le permet.» 

Il est évident que la permission concédée par les savants du 
thalmoud se réfère à la grande autorité du Rabbin Massia, auto- 
rité qui les faisait sortir momentanément de la règle religieuse 
en vigueur. Il est évident, aussi, que l'efficacité prétendue du 
remède, était reconnue antérieurement et en même temps à 
l'époque de la collection des lois judaïques. 

Institut Egyptien. 14 



— 210 — 

Plusieurs commentateurs du thalmoud n'ont pas porté une 
attention sérieuse sur le texte eu questim. Mais, parmi ces com- 
mentateurs, le savant Maïmounides, médecin et littérateur éminent 
en s )n temps, releva avec sagesse et beaucoup d'esprit la valeur 
de la façon énigmatique et tant soit peu contradictoire ou obscure 
des paroles thalmoudiques. 

Maïmonides explique que la défense des thalmoudistes doit se 
référer en général à la prohibition des tare/, choses impures, mais 
que le foie de chien enragé, donné à celui qui en avait été mordu, 
était considéré par ces savants comme un remède non médical 
ordinaire, mais bien comme un remède sympathique (séghilla). 

Moïse ben Maïmoun, appelé Maïmounides dans l'histoire, était 
né à Cordoue, en Espagne, l'an 1135. 

Il vint en Egypte, et, à l'époque du célèbre Sultan Mulek el 
Xasser Saleh el Din et de son fils Malek el Fadel AU, il j ouissait 
de la part de ces princes, dont il était le médecin et le conseiller 
favori, et de la part de tous les Égyptiens, d'une estime et d'une 
considération illimitées. Il mourut à Fastat (Vieux-Caire) en 
1204. Ses œuvres de médecine,- de théologie et de philosophie 
sont encore très appréciées, et en première ligne, son Guide des 
égarés {More Neouhim) dicté en arabe et, en hébreu, traduit en 
français par S. Munk à Paris avec le double texte original. 

Maïm mnides était l'admirateur et le contemporains d'Averroéset 
d'Avicenne; c'est par lui que leurs ouvrages empreints tout à fait 
des idées philos ophijues d'Aristote, furent cmnus et répandus en 
Espagne et en Eur ope. 

Ici, au Caire, aussi, la grande estime de ce savant juif ne sera 
jamais oubliée, parce qu'il existe chez les israélites du pays la mé- 
moire, très appréciée de leurs coreligionnaires, d'un oratoire de 
Mousa len Maimoun, dont le vénéré hodjet, ou titre de propriété, 
est conservé par la famille Cattaoui. (Je dois à l'obligeance de 
M. Moïse Cattaoui le plaisir d'avoir vu et admiré cet ancien docu- 
ment du grand savant juif ). 

Mais après cette petite digression déterminée par les mérites de 
Maïmounides, retournons à notre sujet. 

L'art médical des anciens s'appuyait en général sur des croyan- 
ces surannées, sur le merveilleux, sur l'usage et l'habitude, non 



— 211 - 

soumis à aucun raisonnement, de son tempsjGaton en condamnait 
la pratique, parce que la c irruption m irale n'avait pas de cause plus 
active que la médecine, avec ses o m positions que le luxe avait 
imaginées, avec l'usage immodéré des bains, celui de vomissements 
provoqués pour manger et boire ensuite sans mesure, l'épilation 
efféminée s'étendant aux parties les plus secrètes du corps, l'usage 
de substances réunies par certains, comme l'antidote de Mithridate, 
etc. « Quel dieu malfaisant, s'écrie Pline, leur a enseigné ces dupe- 
ries? C'est manifestement une vaine ostentation de science et un 
charlatanisme monstrueux ! » Il ajoute: En général, les remèdes des 
anciens ne sont qu'un tissu d'horreurs et d'infamie. . . . , reliqua 
deiestabilia et infanda ; ( cbap. XXIV ). Enfin il conclut ainsi : 
Apprécions non les cluses, mais les causes et les effets, {proindo 
causas qutsque et effectus, non res, estimât. 

En résumé, les anciens croyaient que c'est de la sympatliie ou de 
Vantipathie des choses que proviennent les remèdes. De cette 
idée étrange aux similia similibus de Hahneman, il n'y a qu'un 
pas. Les anciens par l'emploi de choses similaires, sut comme 
substance, sot comme organe ou partie malade, se servaient de 
toutes les choses dont les phénomènes apparentés leur indiquaient 
une cause ou une provenance assurée. La cervelle de chameau, par 
exemple, était employée contre l'épilepsie, parce que ces animaux 
souffraient de vertige et d'ébranlement nerveux. Les Scj'thes, les 
Perses composaient des pastilles avec la vipère, pour se garantie 
de la morsure de ces reptiles. Le foie des hydres. dont le venin ne le 
cédait à celui d'aucun autre serpent, est le remède des morsures 
qu'ils ont faites. 

Quant à la rage spécialement, une foulé de remèdes étaient em- 
ployés par les anciens; mais je trouve qu'on donnait une préférence 
absolue à l'emploi des substances similaires animales, dans la 
croyance que ces parties, ces organes, ces viscères, étaient la cause 
de la maladie qui, par la loi des sympathies, devait disparaître en 
les employant. Ainsi, on donnait le Joie d'hyène, ou le fjie de 
bouc, comme garantie de toute atteinte d'hydrophobie. 

Pline parle du foie de chien enragé donné comme médicament 
préventif et cur&tif, tout à fait comme les savants du Thalmoud 
l'ont relaté, presque en concordance, c'est-à-dire comme une chose 
désormais admise par un usage et une pratique incontestables. 



Dans son grand ouvrage, chap. XXXII, Pline dit : «Dans la mor- 
sure du chien enragé, on préserve de l'hydrophobie en appliquant 

sur la plaie la cendre dune tête de chien (pour sa cervelle) 

cette cendre est bonne aussi en breuvage. . . d'autres attachent au 
blessé un ver pris d'un cadavre de chien enrayé nu introdui- 
sent dans la plaie de la cendre des puis de la queue d'un chien 
enragé. 

Mais ce qui est bien plus utile et assuré, s'est le foie du chien 
enragé qui a mordu, mangé cru. . . multo tamen utilissime jecuv 
ejitSj qui in rabie momorderié, crudum mandendam .' 

L'usage de donner à un mordu iefoie d'un chien enragé, est 
encore existant chez certains peuples de l'Asie, et a été dernière- 
ment constaté au Bengale par le pr >fesseur Hanglianbeek. On 
m'assure que parmi les bédouins de la Syrie, cette habitude est 
en vigueur. On prétend que ce serait aussi un usage pratique chez 
les nègres de l'intérieur de l'Afrique. Ici, en Egypte, il n'existe pas 
et pur les raisons que j'ai développées dans un autre mémoire sur 
la rage, lu à l'Institut, la rareté de l'apparition de la rage, et 
l'exclusion di remède sont d(^ faits appuyés par l'histoire et les 
monuments. 

Cette loi mystique des si mi! in et des sympathies entre, dans notre 
heureux temps, dans le domaine clair et raisonné des investigations 
expérimentales. Si, poorlarage ainsi que pour d'autres maladies 
parasitaires, on emploie les même- substances., les similia comme 
vaccin préservatif, cette loi des si milia a un autre point de dé- 
part, une autre haute et sublime raison d'être, que ce n'est pas le 
moment de développer. Je me réserve de le démontrer dans une 
autre communication spéciale sur le sujet. Pour le moment, il me 
suffit de l'avoir effleuré et de conclure avec Montaigne: « Que (a 
raison a tant de formes, que nous ne savons à laquelle nous 
prendre ; l'expérience n'en a pas moins. » 

M. Piot fait ensuite l'observation suivante : 

De l'intéressant exposé qui vient d'être fait si brillamment par 
notre bon arable vice-président, il résulte tout d'abord que la rage 
était bien connue en Orient depuis près de deux mille ans, puisque le 



— 213 — 

Talmud en fait expressément mention: elle devait en conséquence 
y (Ure observée asssez fréquemment. De nos jours encore, aussi 
bien chez le bédouin nomade que chez le fellah égyptien, cette 
notion de la ru ,;e est encore très vivace. ainsi que je l'ai rappelé 
dans une communication antérieure. On d >it donc en conclure, 
malgré l'assertion souvent reproduite de M. le D 1 ' Âbbate pacha. 
que cette terrible maladie est restée endémique jusqu'à l'époque 
actuelle. Les faits tout récents que j'ai apportés devant vous et qui 
se renouvellent à de fréquents intervalles, prouvent surabondam- 
ment que l'affection rabique est loin d'être rare en Egypte, et qu'on 
l'observe tout aussi bien sur les chiens indigènes et sur les chats 
que sur les carnivores sauvages, comme les loups et les chacals. Il 
est possible qu'elle soit importée par les chiens européens, mais ce 
doit être très exceptionnellement. 

Pour en revenir au sujet plus spécialement traité par M. le 
D 1 ' Abbate pacha, je ferai remarquer que l'emploi médical des 
similia dans l'antiquité, dont notre savant collègue vient de rap- 
porter un si remarquable exemple, paraît avoir été largement 
appliqué dans l'ancienne médecine, bien avant que l'homéopathie 
ne l'eût érigé en principe général, et qu'Hahnemann ne l'eut pris 
pour base de sa doctrine médicale. Actuellement encore, les Arabes 
appliquent sur la morsure produite par un chien enragé, à titre de 
remède préventif, le p >il du chien mordeur, et donnent à manger à 
la personne mordue le cœur du chien extrait de la poitrine, immé- 
diatement après qu'il est mort naturellement ou qu'il a été abattu. 

Tuutes ces pratiques, anciennes ou nouvelles, quelque répu- 
gnantes qu'elles nous paraissent, sont t mtef jis bien an idines. Il 
est en effet dém mtré expérimentalement que le foie, la rate et les 
muscles de l'individu enragé sont dépourvus de toute virulence. 

D'autre part, si L'ingestion de ces tissus ne présente aucun danger 
d'infection, elle ne peut avoir non plus la moindre vertu curative. 

Il ne peut se produire dans ces organes d'atténuatbn en quelque 
s »rte spontanée du virus qui n'existe pas dans ces parties, et il n'est 
pas non plus démontré que l'ingestion par les voies digestives puisse 
remplacer l'insertion s jus-cutanée il u virus atténué. On ne peut 
donc songer à établir le moindre rapprochement entre cette pratique 
toute empirique et l'admirable méthode d'atténuation par la dessi.- 



— 214 — 

cation des centres nerveux, dont la science vient de s'enrichir, 
grâce à M. Pasteur. 

Si beaucoup d'Orientaux ont paru échapper pendant une longue 
suite de siècles aux suites des morsures d'animaux enragés, le fait 
n'a rien de mystérieux et ne doit en aucune façon être attribué au 
produit bizarre d'une pharmacDpêe naissante ; ils le doivent exclu- 
sivement à l'immunité djnt jouit l'espèce humaine à l'égard des 
morsures rabiques, et ce, pour une proportion qu'on évalue en 
moyenne à 80 0/0. La simple constatation de ce fait, aujourd'hui 
bien établi, réduit à sa juste valeur, c'est-k-dire à néant, la pré- 
tendue efficacité des produits variés, anciens ou modernes, que la 
crédulité humaine accepte avec tant d'empressement comme une 
panacée contre la rage. 

M. le D 1 ' Abbate pacha répond que l'opinion de M. Piot 
sur la rage, en Egypte, n'est appuyée ni par l'histoire ni 
par les monuments, ainsi, du reste, que M. le D r Abbate 
pacha l'a développé dans sa précédente communication 
faite à l'Institut sur « l'inaptitude, à la rage, des chiens 
indigènes égyptiens. » 

Quant à l'usage des similia parmi les anciens, qui a fait 
l'objet de la lecture de ce jour, le préopinant se réserve, dans 
une prochaine communication, de mettre ces notions en 
rapport avec les grandes découvertes scientifiques de nos 
jours, concernant les vaccins préservatifs. Aujourd'hui il n'a 
fait qu'effleurer la question au point de vue purement 
historique. 

M. Veatre bey fait ensuite sa communication sur l'ori- 
gine égyptienne des Calendriers solaires . mais , vu l'heure 
avancée, une partie seulement de cette lecture a pu être 
donnée et la suite a été renvoyée à la prochaine séance. 



— 215 — 

M. le Présidem donne la parole à M. Barois pour la lec- 
ture du rapport suivant : 

GOMPTE RENDU DE L'ANNÉE 1890 



Mes chers collègues, 

J'ai l'honneur «le vous soumettre le compte rendu financier de 
l'année 1890. 

Les recettes ont été : 

Solde au 31 décembre 1889 L.E. 21 M. 316 

Subvention du gouvernement » 393 » — 

Vente de bulletins » 6 » 310 

Remboursement de frais de port pour des ouvra- 
ges adressés à diverses personnes par l'inter- 
médiaire de l'Institut » 2 » 250 

Total des recettes L.E. 422 M. 876 

Les dépenses ont été : 

I. — Personnel et frais divers : 

1° Aide bibliothécaire L.E. 175 M. 50 J 

2° Farrache » 13 » 860 

3° Divers » 26 » 693 

Total L.E. 216 M. 53 
IL — Frais de publication : 

1° Solde de l'impression du 2 me volume de mé- 
moires L.E. 69 M. 155 

26 Bulletin de l'année 1889: 
A compte sur les frais d'im- 
pression L.E. 84 M. 865 

Planches » 40 » 55 

Divers » 1 » 160 

» 326 » 280 

Total L.E. 195 » 435 
Total des dépenses L.E. 411 M. 488 
Ainsi notre bilan se résame comme il suit : 

Recetes L.E. 422 M. 876 

Dépenses » 411 » 888 

Reste L.E. 11 M. 388 

somme qui est déposée à la Banque Ottomane, au compte de l'Insti- 
tut égyptien. 



— 216 — 

Cette année, nous avons achevé de payer les frais de publication 
du 2 e volume des mémoires, qui a été distribué dans le courant de 
Tannée dernière; nous avons en plus dépensé L. E. 126 et 280 mill. 
pour le bulletin de l'année 1889, sur lequel nous devons encore une 
somme de L. E. 84 environ. Ce bulletin qui comprend un plus 
grand nombre de matières que les bulletins des années précédentes 
et beaucoup de planches, nous coûtera donc environ L. E. 200. 

Votre bureau ayant récemment obtenu du gouvernement que les 
communications faites à l'Institut soient dorénavant publiés in ex- 
tenso dans le Journal Officiel, et que l'Imprimerie nationale de 
Boulaq publie nos bulletins en utilisant à cet effet la composition 
préparée pour le Journal Officiel, nous espérons obtenir ainsi un 
double résultat : diminution des frais d'impression et plus grande 
rapidité dans la publication de nos bulletins. 

La bibliothèque de l'Institut, dont notre bibliothécaire, M. Yidal, 
s'occupe toujours avec tant de zèle et tant de méthode, s'est accrue 
cette année de 679 livres ou brochures, dons de gouvernements 
étrangers, de sociétés savantes et des auteurs eux-mêmes. Parmi 
ces ouvrages, 358 proviennent de France : un grand nombre de 
ceux-ci se rapportent aux beaux-arts et sont des livres d'une 
grande valeur donnes a l'Institut par le gouvernement français ; 
nous avons reçu, en outre, des Etats-Unis d'Amérique 78 ouvrages, 
d'Italie 60, d'Egypte 45, du Mexique 40, de Russie 25, d'Allema- 
gne 19, etc. Il est fort désirable que nous puissions dépenser un peu 
d'argent pour celte bibliothèque dans laquelle beaucoup de beaux 
volumes ont besoin de- reliures, et dont les armoires sont insuffisan- 
tes ; mais jusqu'à présent, la publication des bulletins et des mémoires 
a absorbé nos ressources, et ne nous à pas permis de doter ce ser- 
vice comme il conviendrait. 

Ce rapport est approuvé, et des remerciements à 
M. Barois, pour son zèle el sa bonne gestion, sont votés 
à l'unanimité des membres présents. 

L'Institut se forme en comité secret. 

Il est procédé ensuite, conformément à l'article J5 des 
statuts, à l'élection de tous les membres du bureau, sauf 



— 217 — 

du secrétaire général, M. Gavillot , élu pour cinq ans 
en 1889, aux termes de l'article 10, dernier paragraphe 
des mêmes statuts. 

Le nombre des membres résidants présents étant de 
vingt-six, la majorité absolue était de quatorze voix. 

Ont été élus au premier tour de scrutin : 

Président : 
S.E. Yacoub pacha Artin, par 15 voix; 

Vice-présidents : 

MM. le docteur Abbate pacha, par 15 voix ; 
le général Larmée pacha, par \!x voix ; 

Trésorier-bibliothécaire : 
M. Barois, par 20 voix ; 

Secrétaire-adjoint : 
M. Piot, par 20 voix. 

Il a été procédé ensuite à l'élection de trois membres 
résidants devant former, avec les membres du bureau, le 
comité des publications prévu par l'article 21 des statuts. 

Au premier tour de scrutin, M. Grébaut seul, ayant 
obtenu 21 voix, soit plus que la majorité absolue, il a été 
passé, conformément à l'article 15 des statuts, à un second 
tour de scrutin pour la nomination des deux autres mem- 
bres de la dite commission . 

A ce second tour, MM. Ventre bey et Osman bey Ghaleb 
ont été élus, le premier par 16 voix, et le second par 
\!\ voix. 



— 218 — 

En conséquence de ces divers votes, le bureau de l'Ins- 
titut Egyptien pour l'année 1891 sera composé comme 
suit : 

Présidents : 
S.E. Yacoub pacha Artin ; 

Vice-présidents : 

MM . le docteur Abbate pacha ; 
le général Larmée pacha ; 

Secrétaire-général : 
M. Aristide Gavillot ; 



Secrétaire-adjoint 



M. Piot; 



Trésorier : 
M. Barois. 

Comité des publications, en outre des membres du bureau : 
MM. Grébaut, Ventre bey et Osman bey Ghaleb. 

Vu l'heure avancée, les élections pour trois membres 
correspondants ont été renvoyées au 9 janvier 1891 . 

La séance a été levée à 5 heures un quart . 



BUREAU 



L'INSTITUT EGYPTIEN EN 1890 



Séance du 27 décembre 1889. 



Président : 
S. E. YACOUB ARTIN PACHA 

S. E. LE DOCTEUR ABBATE PACHA \ 

[ Vice-prés idents . 

S. E. LE GÉNÉRAL L.ARMÉE PACHA ) 

M. Aristide Gavillot, Secrétaire général. 
M. Piot, Secrétaire adjoint. 
M. Barois, Trésorier. 



COMITE DES PUBLICATIOITS 

En outre des Membres du Bureau) 

M. Osman bey Ghaleb, 
M. Grébadt, 
M. Peltier bey. 



— 220 — 



MEMBRES RESIDANTS 



Mars 1891. 



HELOUIS — 20 mai 1859. 

ABBATE PACHA — 18 novembre 1859. 

NUBAR PACHA — 18 novembre 1859. 

KABIS BEY — 2 novembre 1860. 

MUSTAPHA BEY MAGDALY — 7 décembre 1869. 

ISMAIL PACHA FELEKI — 28 août 1863. 

PIETRI (A. M.) — 29 janvier 1869. 

RIAZ PACHA — 14 juin 1874. 

DACOROGNA BEY — |9 novembre 1875. 

AMICI BEY - 4 janvier 1878. 

FIGARI (Tito) — 4 janvier 1878. 

BONOLA BEY — 4 janvier 1878. 

ALY PACHA MOUBAREK. 

ALY PACHA IBRAHIM — 12 mars 1880. 

TIGRANE PACHA — 12 mars 1880. 

LARMÉE PACHA — 12 mars 1880. 

FAKHRI PACHA — 12 mars 1880. 

OSMAN BEY GHALEB — 12 mars 1880. 

YACOUB PACHA ARTIN — 11 février 1881. — (De Noydans) 

ROSSI BEY — Il février 1881 — (Dor Bey). 

BRUGSCH REY — 17 février 1882 — (Letourneux). 

BORELLI BEY — 8 janvier 1884 — (Gaillardot Bey). 

BAROIS — 8 janvier 1884. (Linaxt Pacha). 

SCOTT MONCRIEFF — 8 janvier 1834. — (Ara Bey). 

GAY LUSSAC — 6 février 1885. (Bxlestra). 

PIOT — 6 février 1885. — (Rogers Bey). 

GRAND BEY — 6 février 1S85. — (Gaudard Pacha). 

GRÉBAUT — 18 décembre 1885. (Yassalli Bey, De Rochemonteix.) 

BOINET BEY — 18 décembre 1885. — (Bernard). 

FRANZ PACHA — 18 décembre 1885. — (Colucci Bey, Sonsino). 

VENTRE BEY — 5 mars 1886. — (Mahmoud Pacha Feleki). 

BOURIANT — 5 mars 1886. — (De Yecchi Bey). 



— 221 — 

GAVILLOT — 2 mars 1888. - (Pereyra). 

GALLOIS BEV — 2 mars 1888. — (H. P. Jullien). 

PELTlER BEY — 2 mars 1888. — (Stone Pacha, Mougel Bey). 

COGMARD — 2 mars 1888. — (Bimsenstein). 

Hassan PACHA MAHMOUD — 2 mars 1888. — (Leoncavallo Bey). 

IBRAHIM BEY MUSTAPHA — 2 mars 1888. — (Pirona). 

NICOUR — 'J novembre 1888. — (Mariette Pacha, Maspero). 

SALEM PACHA — 9 novembre 1888. — (Warenhorst). 

ISSA PACHA HAMDI — 9 novembre 1888. — (RÉv. Davis). 

ABBATE (W.) — 28 décembre 1888. — (Néroutzos Bey). 

WALTER INNES — 3 mai 1889. — (Daninos Pacha). 

FOUQUET (D>) — 27 décembre 1889. — (Vidal Pacha). 

SICKENBERGER (E.) — 10 janvier 1890. — (Gastixel Pacha, Kabino). 

HAMILTON-LANG — 7 mars 1890. — (Schweinfurth). 

SABER BEY S ABRI — 7 mars 1890. — (Lefébure, Cadri Pacha). 

DEFLERS — 5 décembre 1890. — (Chausson, Baudry, Mathey). 

(Chéfik Bey Mansour, Gilly). 

(Gltgon Bey, De Kremer). 

Les noms des prédécesseurs des derniers membres résidants élus 
sont indiqués entre parenthèses. 



— 222 — 



MEMBRES HONORAIRES 



Mars 1891 



MM. BONAPARTE (Prince Lucien-Louis) — 17 juin 1839. 

BRUGSCH PACHA — 17 juin 1859. 

DE LESSEPS (Ferdinand) — 17 juin 1859. 

MATTHISON — 17 juin 1859. 

OPPERT — 17 juin 1859. 

RENAN — 17 juin 1859. 

DE ROSSI — 17 juin 1859. 

SCHEFER — 17 juin 1859. 

ZULFICAR PACHA — 17 juin 1859. 

DECAISNE — 17 août 1860. 

ZANO DEL WALL — 16 novembre 1860. 

OWEN (Sir Richard) - 5 mai 1861. 

RAWLINSON (Sir Henry) — 5 mai 1861. 

HUXLEY — 5 mai 1861. 

LEEMANS _ 17 juin 1861. 
S.A. ISMAIL PACHA — 21 mars 1862. 
S.A. HALIM PACHA — 21 mais 1862. 
MM. CANTU — 21 mars 1862. 

OLIYEIRA — 28 août 1863. 

DURUY — 12 mai 1861. 

IBANEZ — 30 décembre 1864. 
S. M. DON PEDRO — 10 décembre 1871. 
M.M. DE RING — 17 février 1882. 

D'ABBADIE — 26 décembre 1884. 

SONSINO — 18 décembre 1885. 

MOUGEL BEY — 5 mars 1886. 

PASTEUR — 5 mars 1886. 

D'AUNAY — (Comte) 5 novembre 1886. 

DE BEAUCAIRE— 5 novembre 1886. 

HITROYO — 5 novembre 1886. 

YINCENT — 5 novembre 1883. 

KARABACEK — 3 décembre 1886. 



— 223 — 

MASPERO — 3 décembre 1886. 
MOUKTAR PACHA GHAZI — 3 décembre 1886. 
Yl NKER — 4 mars 1887. 
RRULL — 13 janvier 1888. 
WARENHORST — 3 février 1888- 
LEONCAVALLO REY — 3 février 1888. 
GILLY — 3 février 1888. 
NEROUTZOS REY — 3 février 1883. 
BIMSENSTEIN. — 3 février 1888. 
DANINOS PACHA — 3 février 1888. 
PIRONA — 3 février 1S88. 
JULLIEN (Rev. P.) 3 février 1888. 
SCHWEINFURTH — 3 mai 1889. 
GASTINEL PA.CHA — 3 mai 1889. 
RAFFARD — 27 décembre 1889. 
ROCHEMONTEIX (Marquis de) — 7 mars 1890. 



— 224 - 

MEMBRE CORRESPONDANT 

Mu pendant Vannée 1890. 



M. le Docteur JUSSEAUMR. 



— 225 - 



INVENTAIRE 

»h.S OBJETS ENTRÉS DANS LA COLLECTION DO .MISÉE d' ANTIQUITÉS DE GHYZEH 
PENDANT L'ANNÉE 1890. 



8UMÉ&0S 

d'ordre 


LIEU ET DATE 


NATURE 


DESCRIPTION DU MONUMENT 


D(" 
CATALOGUE 


DE LA DÉCODVBRTE 


DE L'OBJET 




29093 


Achat Hibeh 
8 février J890 


Terre cuite 

emaillée 

bleue 


Petit vase en forme de fleur de 

lotus. 


29094 


» 


» 


Un pareil plus petit. 


29095 


» 


X) 


Petite bouteille de forme allongée 
avec dessins, et une autre pa- 
reille sans dessin. 


29096 


» 


Marbre 


Petit mortier avec pilon. 


29097 


» 


» 


Un autre sans pilon. 


29098 


Achat Farag 


Terre 

emaillée 
1 ileue 


Petite statuette de 63 millimètres 
de hauteur représentant la dées- 
se Sekhet assise tenant un sis- 
Ire; la coiffure est bleu foncé. 


29099 


» 


» 


lue autre pareille. 


29100 


» 


Lapis lazuli 


Petite statuette de deux centimè- 
tres de hauteur représentant un 
dieu Horus debout. 


29101 


» 


» 


Petite statuette de 18 millimètres 
représentant un dieu Thot de- 
bout . 


29102 


» 


" 


Petite statuette dp même hauteur 
(pie la précédente représentant 
une déesse Nephthys debout. 


29103 


» 


» 


Petit épervier. 


29104 


» 


Terre 

emaillée 

verte 


Petite statuette représentant le 
dieu Shou agenouillé. 


29105 


» 


» 


Pelite statuette de 12 millimètres 
de hauteur représentant le dieu 
Phtah embryon. 



Institut Egyptien. 



— 226 — 



NUMÉROS 










LIEU ET DATE 


NATURE 




d'ordre 






DESCRIPTION DU MONUMENT 


DU 


DE LA DÉCOUVERTE 


DE I.OBJET 




CATALOGUE 








29106 


Achat Farag 


Terre 


Petite statuette de 62 millimètres 






émaillée 


de hauteur: elle représente le 




8 février 1890 


verte 


dieu Panthée â léle de cynocé- 
phale et à queue d'oiseau, mais 
les pieds manquent ; travail re- 
marquable. 


29107 


» 


Terre 








émaillée 


Petite grenouille assise. 






bleue 




29108 


M 


Hématite 


Petite statuette représentant un 
cynocéphale assis. 


29109 


Achat 


Calcaire 


Petite statuette debout, portant la 




Iconomopoulos 




chemise ramenée par devant en 
tablier triangulaire; la tête man- 




7 mars 1890 




que ; inscriptions hiéroglyphi- 
phiques; hauteur 135 milhmèt. 


29U0 


» 


Terre cuite 


Petite lampe grecque de 10 centi- 
mètres et demi de longueur, 
avec l'inscription: KAlEICiiPA. 


29111 


» 


» 


Douille moule rond d'un diamètre 
de 15 centimètres avec représen- 
tation obscène; inscript. : ifOIC. 


29L12 


» 


Bronze 


Petite statuette de 115 millimètres 
de hauteur, représentant un 
Apollon debout, probablement: 
travail médiocre. 


29113 


» 


» 


Petite statuette en bronze, de 9 
centime très de hauteur repré- 
sentant une femme debout te- 
nant sur sa tète un panier où se 
trouvent des fleurs; joli travail. 


29114 


» 


» 


Petite statuette de femme debout 
tenant un amour sur l'épaule 


29115 


DondeM.Chestcr 
7 mars 1890 




droite. 




Bahadieh 


Terre cuite 


Trois briques portant les cartou- 




(près Louxor) 




ches du roi Ra men cheper, 
XXIme dynastie. 


29116 


Don de M.Chester 








7 mars 1890 


Calcaire 


Pierre portant une inscription dé- 




en face Minieh 




motique de quatre lignes. 


29117 


Id. el-Howati 


» 


Fragments provenant d'un tom- 
beau; ils représentent deux fem- 
mes faisant des offrandes et por- 
tant au cou des colliers au nom- 
bre de six : la partie inférieure 
manque ; style Tell Amarna. 



— 227 - 



NUMÉROS 

d'ordre 


LIEU ET DATE 


NATURE 


DESCRIPTION DL* MONUMENT 


DU 

CATALOGUE 


DE LA DÉCOUVERTE 


DE L'OBJET 




29118 


Don 
de M. Chester, 

7 mars 1890. 
là. el Howati 


Ivoire 


Petit bloc quadrangulaire de 15 
centimètres de hauteur percé 
de quatre tubes à collyre et 
gravé sur deux laces; il repré- 
sente une jeune fille tenant des 
fleurs. 


29119 


» 


Bois 


Plaquette de 19 centimètres de 
hauteur découpée et sculptée 
représentant un captif asiatique 
portant un faisceau de flèches; 
la tète manque. 


29120 


» 


Terre 
émaillée 
grisâtre 


Petite bouteille à deux anses. 


29121 


Mit Rahineh 


Bronze 


Lin Imhotep assis ; le travail est 
bon. 


29122 


Abouzir. 

puits des chiens 


M 


Epeivier assis portant le Pshent : 
de sa tète sortent deux cornes. 


29123 


» 


» 


Tète de bélier. 


29124 


» 


» 


Tête d'épervier (couvercle d'un 
vase) . 


29125 


» 


» 


Statuette d'un Hattor debout. 


29126 


» 


» 


Anubis debout dont le corps est 
momifié . 


29127 


Don de M. 
Brugsch Bey 


Terre 
émmllée 
bleuâtre 


Une Sekhet assise tenant un petit 
chat sur ses genoux ; le bras 
gauche manque. 


29123 


Achat 


Terre 

émaillé 

verte 


Petite statuette ressemblant au 
Phtah embryon à tête de cro- 
codile. 


29129 


« 


Cristal 
de roche 


Un cœur portant le disque so- 
laire. 


29130 


Abouzir 


Terre 
émaillée 

verte 


Le dieu Maher (Hobr.) debout 
portant sur la tête la couronne 
Atef. 


29131 


M 


Pierre 
jaunâtre 


Petit vase de 10 centimètres de 
diamètre avec son couvercle. 


29132 


» 


Terre 

émaillée 

bleue 


Petit hyppopotame dont une par- 
tie de la tète et les pieds man- 
quent. 



328 



NUMÉROS 
d'ordre 


LIEU ET DATE 


NATURE 


DESCRIPTION DU MOMUMENT 


DU 
CATALOGUE 


DE LA DÉCOUVERTE 


DE LOB.1ET 




29133 


Abouzir 
7 mars 1890 


Terre 

éinaillée 

bleue 


Petite poupée à tète d'Horus en- 
fant; les bras sont collés au 
corps . 


29134 


» 


» 


Petite coupe. 


29135 


n 


Albâtre 


Pot à collyre tenu par un singe. 


29136 


» 


Bronze 


Miroir avec manche. 


29137 


Echange 


» 


Le dieu Schou à genoux sur une 
corbeille . 


29138 


Abouzir 


» 


Petite statuette de 15 centimètres 

de hauteur; elle Représente la 

déesse Isis debout; elle porte la 

grande perruque et les cornes 

de vache. 


29139 


» 


Bois 


Horus enfant agenouillé sur une 
fleur de lotus épanouie. 


29140 


» 


» 


Petite boite avec son couvercle, 
15 centimètres de longueur et 6 
de diamètre, de forme oblongue. 
Sur les deux extrémités de cette 
boite sont gravées des fleurs de 
lotus; au milieu se trouve un 
tableau représentant des lions 
terrassant des taureaux; joli 
travail. 


29141 


» 


Bronze 


Fragment d'un socle de statue 
sur lequel des antilopes en re- 
lief sont gravées. 


29142 


» 


Porcelaine 

bleue 

et jaune 


Génie funéraire représentant 
Anubis debout. 


29143 


Mag 


Plomb 


Partie supérieure d'une Isis en 
plomb. 


29144 


Achat 

Aklimim 


Bois 


Petite statuette de 16 centimètres 
de hauteur; elle représente un 
homme debout; style Ancien 
Empire au nom d'Erïtef. 


29145 


» 


» 


Statuette de 30 centimètres de 
hauteur; elle représente un jeu- 
ne homme debout,mais les bras 
manquent; sur le phallus on 
voit l'indication de la circonci- 
sion . 



— 229 - 



NUMÉROS 
d'ordre 


LIEU ET DATE 


NATURE 


DESCRIPTION DU MONUMENT 


DU 
CATALOGUE 


DE LA DÉCOUVERTE 


DE L'OBJET 




29146 


Abouzir 
7 mars 1890 


Bronze 


Un Osiris Aah debout ; hauteur 
125 millimètres. 


29147 


» 


» 


Un Osiris debout avec pschent 
complet. 


29148 


Achat 


» 


Petite statuette de 16 centimètres 
de hauteur; elle représente un 
jeune homme ailé, Eros, de- 
bout, tenant le bras gauche sur 
sa tête. 


29149 


» 


» 


Statuette semblable à la précé- 
dente, mais plus petite; elle a 
les bras levés. 


29150 


» 


» 


Une statuette d'Eros assis sur un 
dauphin: 11 centim.de hauteur. 


29151 


» 


» 


Statuette de 17 centimètres et 
demi, représentant une Vénus 
(Alexandrine) debout portant 
la coiffure d'Hathor. 


29152 


Abouzir 


» 


Un chien debout; il tient la tête 

levée. 


29153 


Achat 


» 


Antilope couchée sur les 4 pattes; 
l'objet a formé le piédestal d'un 
meuble. 


29154 


» 


» 


Epervier debout; la patte gauche 
manque. 


29155 


Mit Rahenny 


» 


Statuette de la déesse Neith de- 
bout ; la coiffure est surmontée 
de deux Uœrus. 


29156 


Achat 


» 


Petite statuette de trois centimè- 
tres de hauteur représentant un 
génie à tête d'épervier age- 
nouillé dans la pose de l'adora- 
tion. 


29157 


» 


» 


Un Ibis debout portant le pschent 


29158 


Abouzir 
puits des chiens 


Terre cuite 
jaunâtre 


Coupe avec anse. 


29159 


» 


Bronze 


Statuette de 22 centimètres de 
hauteur représentant un Hor 
Ammon assis ; le bras droit 
manque, les yeux sont incrustés 
en or. 



230 — 



NUMÉROS 
d'ordre 


LIEU ET DATE 


NATURE 


DESCRIPTION DU MONUMENT 


DU 
CATALOGUE 


DE LA DÉCOUVERTE 


DE L'OBJET 




29160 


Abouzir 
puits des chiens 


Rronze 


Statuette du dieu Thot debout; 
le bras gauche manque. 


29161 


» 


Porcelaine 
verte 


Statuette d'Hathor à tète de vache 
debout; hauteur 55 millimètres. 


29162 


» 


» 


Statuette représentant un dieu 
Thot debout. 


29163 


» 


)> 


Un petit lion couché portant la 
coiffure d'Atoum. 


29164 


» 


Id. blanche 


L'esprit Ka (grenouille debout). 


29165 


Achat Zagazig 


Bronze 


Petit sphinx couché tenant un 
vase percé dont le trou traverse 
le socle. 


29166 


Achat 


» 


Flèche de lance en forme de feuil- 
le de saule. 


29167 


» 


» 


Statuette d'une déesse Neith de- 
bout, de 34 centimètres de hau- 
teur; sur le socle se trouvent 
les traces de deux statuettes 
représentant Horus; il ne reste 
que le piédestal d'une seule. 


29168 


" 


Terre 
émaillée 
verdàtre 


Sistre à tête d'Hathor portant le 
Naos ; le monument est d'une 
conservation parfaite et de bon 
travail; hauteur 145 millimèt. 


29169 


Thèbes 
Ramesseum 


Calcaire 


Morceau de calcaire portant le 
cachet de Ramsès II ; 20 centi- 
mètres de longueur sur 17 de 
largeur. 


29170 


Mit Rahenny 
août 


» 


Buste d'un homme représentant 
probablement un empereur ro- 
main. 


29171 


Achat 


Terre cuite 
émaillée 


Hiéroglyphes montés sur la cor- 
beille Nel. 


29172 


» 


Terre 
émaillée 


Phtah embryon à 4 faces; sur le 
sommet du crâne se trouvent 
deux petites tubulures; hauteur 
67 centimètres. 


29173 


» 


Pâte blanche 


Horus enfant sortant d'un lotus 
qui émerge d'un bassin; hau- 
teur 54 millimètres, longueur 
45 et largeur 25. 



— 231 



NUMEROS 
d'ordre 



29174 



29175 



29176 



LIEU ET DATE 

DE LA DÉCOUVERTE 



2917 



29178 



Kafr Batran 



Abouzir 



Mit Rahineh 



Hadra 

(Alexandrie) 



Don 

de M. Chester 

11 décembre 



NATURE 
DE l'objet 



29179 



29180 

29181 
29182 

29183 

29184 
29185 



Haute-Egypte 



Abouzir 



Montagne est 

entre 

Beni-Souèf 

et Hibeh 



Calcaire 



Schiste 
émaillé vert 



Terre 

émaillée 
verte 

Terre cuite 



Marbre 
blanc 



Toile 



Bronze 



Diorite 



DESCRIPTION DU MONUMENT 



Pierre en forme de dalle où se 
trouve la représentation dequa- 
tre colonnes cannelées, trois 
fausses portes et quatre Tats; 
longueur 1 mètre 72 et hauteur 
50 centimètres. 

Petit pot à collyre; autour du 
vase se trouvent cinq scarabées 
ailés et divers dessins, et sur le 
couvercle une rosace à neuf 
branches. 

Statuette de la déesse Hat-Mehit; 
hauteur 75 millimètres. 



Petite statuette grecque repré- 
sentant un enfant semblant fuir 
en emportant un lièvre. 

Dalle carrée de 25 centimètres de 
longueur sur 24 de hauteur, 
portant une inscription grec- 
que : 

NEIAOC 



LKA 
E Y T Y X I 

Masque de momie d'époque greco- 
romaine; autour de la tète se 
trouve une guirlande composée 
de feuilles de roses; hauteur 45 
centimètres. 

Statuette debout sur son socle en 
bois représentant Osiris (an- 
cien); hauteur 12 centimètres. 

Chatte assise. 

Isis assise représentée allaitant 
Horus . 

Statuette d'Anubis debout; hau- 
teur 10 centimètres. 

Le dieu Haroeris enfant. 

Coupe, diamètre 15 centimètres ; 
dans l'intérieur le nom du roi 
Snefrou. 



— 232 — 



NUMÉROS 

d'ordre 


LIEU ET DATE 


NATURE 


DESCRIPTION DU MONUMENT 


CATALOGUE 


DE LA DECOUVERTE 


DE L'OBJET 




29166 


Achat 


Granit gris 


Statue de 50 centimètres de hau- 
teur représentant un person- 
nage debout ; sur le dos se trou- 
ve une inscription en caractères 
hiéroglyphiques. (Cette statue 
est pareille à celle trouvée en 
1881 à Alexandrie; voir catalo- 
gue Maspéro, n°55o4, page 381). 


29187 


» 


Basalte noir 


Poids de 1055 grammes; hauteur 
0,066, diamètre 0,095. 


29188 


» 


« 


Un autre poids de 906 grammes ; 
longueur 0,132, largeur 0,10. 


29189 


Don 

de M. Murch 

Novembre 


Calcaire 


Pierre en formé de brique por- 
tant le nom de Cheops ; IV e 
dynastie. 


29190 


» 


» 


Une semblable, avec inscription. 


29191 


" 


» 


Une autre semblable portant le 
nom de Se hotep ab ra ; XHIe 
dynastie. 



BULLETIN 



DE 



L'INSTITUT ÉGYPTIEN 



Troisième Série. — N° 2. 



ANNÉE 1891 




LE CAIRE 

IMPRIMERIE NATIONALE 
1891 



IIISrSTITTTT EGYPTIEN 



PROCES-VERBAUX 



MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS 



SEANCE DU 9 JANVIER 1891 



La séance est ouverte à 3 heures et demie. 
Sont présents : 



S. E. Abbate pacha! 
» Larmée pacha. 
W. Abbate, 
Amici bey, 
bonola bey, 

D r COGMARD, 
TlTO FlGARI, 
D r FOUQUET, 

Gallois bey, 

Hamilton* Lang, 

D r Hassan pacha Mahmoud, 

Ismaïl pacha el Falaky, 

Saber bey Sabry, 

Sickenberger. 



vice-présidents ; 



membres résidents. 



MM. le comte Zaluski, commissaire de la Caisse delà 
Dette, le colonel Chaillé-Long bey, le professeur Benetti, 
de l'université de Bologne, et le professeur Merx, de l'uni- 
versité de Heidelberg, assistent à la séance. 

M. le Président communique à l'Institut la lettre par 
laquelle S. E. Yacoub pacha Artin s'excuse de ne pouvoir, 
pour cause d'indisposition, assister à la séance. 



— 6 — 

M. Gavillot donne lecture du procès-verbal de la séance 
du 5 décembre 1890, et explique pourquoi le procès-verbal 
de la dernière séance ne pourra èlre présenté à l'Institut 
qu'à la prochaine séance. 

Sur le procès-verbal du 5 décembre, M. Bonola bey 
observe qu'il ne s'est pas borné à présenter à l'Institut les 
ouvrages de M. Schiaparelli, mais qu'il en a aussi fait 
ressortir l'importance et la valeur scientifiques. 

M. le Président reconnaît le bien fondé de la rectifi- 
cation et en donne acte à M. Bonola bey. 

La parole est donnée à M. Tito Figari pour lire sa Notice 
nécrologique sur Chéfik bey Mansour. 

M. T. Figari s'exprime en ces termes : 

Messieurs, 

La mjrt de Chéfik bey Mansour, survenue le 15 novembre der- 
nier, a été, pour la nouvelle génération égyptienne, un véritable 
deuil national et pour nous, ses collègues, un deuil de famille. 

L'impression causée par cette mort prématurée a été d'autant 
plus vive et plus ressentie que déjà nos cœurs s'étaient ouverts à 
l'espoir de le voir recouvrer la santé, malgré les crises terribles 
qu'il subit en Europe, où les plus illustres médecins le considéraient 
comme perdu ; le célèbre docteur Charcot lui-même partageait 
l'avis de ses confrères et ne fondait plus guère d'espoir, pour arriver 
à vaincre enfin cette maladie générale du système nerveux, que 
sur le retour du malade dans son pays natal, en Eg} r pte. 

Et, en effet, à peine rentré au sein de sa famille, grâce aux soins 
affectueux dont il était entouré, Chéfik bey Mansour commençait à 
reprendre ses forces ; déjà il pouvait recevoir ses amis, aller rendre 



— 7 — ' 

visite à ses chefs ; en un mot, il se sentait renaître à la vie, lorsque 
la mort, cette impitoyable faucheuse, est venue brusquement le 
surprendre. 

J'ai dit que sa mort a été une perte réelle pour son pays ; le vide 
qu'elle a laissé sera difficilement comblé ; l'éducation de Chéfik bey 
Mansour, les études solides et consciencieuses qu'il avait faites, la 
carrière qu'il avait si brillamment entreprise, dénotaient en lui un 
homme de grand avenir, qui aurait pu rendre à son pays de très 
importants services. 

Né au Caire le 15 mai 1856, Chéfik be} r était issu de la famille 
Yaken, qui occupe une page glorieuse dans les fastes de l'histoire 
du grand Mohamed Aly, auquel elle était, du reste, attachée par 
les liens du sang ; elle a efficacement coopéré à tous les exploits 
guerriers et à toutes les réformes civiles qui, sous le règne de l'il- 
lustre fondateur de la dynastie actuelle, ont fait entrer résolument 
l'Egypte dans la voie des nations civilisées. 

Dès son plus jeune âge, Chéfik bey Mansour fréquenta les écoles 
primaires égyptiennes, où il apprit les langues arabe^ turque et 
française et les principes élémentaires des mathématiques, pour les- 
quelles il témoigna de bonne heure une aptitude et une prédilection 
marquées. 

Mansour pacha, son père, voyant ces bonnes dispositions, l'en- 
voyait à Paris en 1869, mais l'année suivante Chéfik dut, à cause 
de la guerre franco-allemande, revenir en Egypte, d'où il repartit 
pour la Suisse en 1871. C'est là qu'il compléta et acheva, en 1877, ses 
études de mathématiques. Il se rendit ensuite de nouveau à Paris, 
où il séjourna pendant quatre ans, suivant un cours complet de 
droit, et en revint avec son diplôme de licencié. 

Son retour au Caire coïncidait avec l'époque où le gouvernement 
égyptien préparait ses projets de réforme des Tribunaux indigènes. 
Depuis longtemps déjà, par son intelligence et sa persévérance au 
travail, Chéfik bey avait attiré l'attention de son gouvernement ; 
aussi, dès son retour, le Ministère, appréciant les services que, 
grâce à l'instruction solide qu'il possédait et aux connaissances va- 
riées qu'il avait acquises, le jeune licencié était à même de rendre, 
le nomma d'emblée substitut du procureur général. En cette qua- 
lité, Chéfik bey prit une part très active aux travaux de rédaction 



des nouveaux Godes indigènes et fut chargé de différentes missions 
pour aller instruire des procès spéciaux et importants dans les 
provinces. 

Pendant l'insurrection militaire de 1881 et les tristes événements 
de 1882, il resta fidèle au parti de S. A. le Khédive, dont il défendit 
constamment et courageusement la cause, alors qu'il y avait quelque 
danger à le faire et que beaucoup de fidèles avaient jugé opportun 
de la déserter. Dans son inébranlable attachement pour son Sou- 
verain légitime, il ne fléchit pas plus devant les menaces qu'il ne se 
laissa séduire par les promesses pompeuses qu'on lui faisait, par les 
distinctions qu'on lui offrait ; il ne voulut pas même quitter le Caire, 
restant jusqu'au dernier jour fidèle à son poste ; et les puissants du 
moment durent respecter la sincérité et l'intégrité de ses convictions 
et s'incliner devant la fermeté et l'indépendance de son caractère. 

Lorsqu'en septembre 1882 l'ordre politique fut rétabli, Ghéfik bey 
fut nommé membre de la commission extraordinaire qui siégeait à 
Tantah pour instruire les nombreux procès suscités par les scènes 
de meurtres et d'incendie dont cette région avait été le théâtre pen- 
dant la révolte. Ses réquisitoires éloquents et impartiaux s'impo- 
saient autant aux juges qu'aux justiciables, et la presse indigène 
s'empressait d'en publier les résumés afin de faire connaître et 
apprécier dans tous les pays ce langage élevé qui, par son indépen- 
dance et sa juste sévérité, constituait un fait nouveau dans les an- 
nales de la justice indigène. Et cette mission, qui a duré plusieurs 
mois, représente, à cause de la multiplicité et de l'importance des 
affaires à juger, une somme écrasante de labeur quotidien. 

Grâce à l'œuvre énergique de Ghéfik Mansour, l'action de la 
justice a été tellement salutaire dans cette province que, depuis, 
nous n'avons plus vu s'y reproduire les faits de meurtres et de 
brigandages que l'on constate malheureusement encore jusqu'à ce 
jour dans le reste de l'Egypte. 

Aussitôt cette pénible mission terminée à Tantah, le gouverne- 
ment de S. A. le Khédive, qui avait pu apprécier à leur juste valeur 
les services rendus par Ghéfik bey Mansour, le désigna immédia- 
tement pour faire partie, comme représentant du Ministère public, 
delà Cour martiale siégeant à Alexandrie. Dans cette ville où le 
champ d'action était plus vaste, parce que malheureusement les 



_ 9 — 

crimes y avaient été plus graves et plus nombreux, Chéfik bey 
Mansmr put développer toute son énergie, déployer toute son intel- 
ligence. Non seulement il y prononça, devant un auditoire plus 
n unbreux et plus choisi, des réquisitoires remarquables au point de 
vue de l'éloquence et de la doctrine, mais encore, communiquant à 
la Cour martiale le zèle patriotique dont il était animé, il sut donner 
plus d'impulsion à ses travaux et contribua pour une très large 
part à l'œuvre de juste répression dont elle était chargée. 

Peu après, lorsque l'ordre et le calme étant partout rétablis, on 
put enfin installer les nouveaux Tribunaux indigènes, Chéfik bey 
Mansour fut nommé conseiller à la Cour d'appel du Caire, mais il 
n'eut guère le temps de siéger, car quelques jours plus tard il était 
appelé aux fonctions de chef du parquet de cette Cour, dont Sir 
Benson Maxwell était alors nominativement le procureur général. 

Attaché à l'œuvre des Tribunaux indigènes dès leur création, on 
peut dire que Chéfik bey Mansour fut véritablement l'âme de cette 
nouvelle institution, à laquelle il consacra toutes ses veilles, toutes 
ses forces, toutes ses facultés, toute son énergie et son intelligence. 
Pendant quatre ans qu'il y resta, il fut continuellement sur la brè- 
che, travaillant avec acharnement, veillant lui-même aux moindres 
détails de son service, étudiant sans relâche les modifications qu'il 
convenait d'apporter à l'organisation et au fonctionnement de ces 
Tribunaux, soucieux: toujours d'améliorer l'œuvre qu'il avait vu 
naître et dont, plus que le collaborateur, il fut en quelque sorte le 
soutien. Excitant les autres par son exemple, il a encouragé bien 
des timorés, relevé bien des défaillances, car il avait foi en la réus- 
site finale, et si les Tribunaux indigènes sont entrés auj ourd'hui 
dans une voie prospère, ils le doivent en grande partie à l'impulsion 
intelligente que Chéfik bey avait su leur donner dès leurs débuts. 

En réalité, c'est lui qui était le véritable chef du parquet ; c'est 
lui qui en a installé les services et assuré leur exécution ; en outre, 
pendant les absences du titulaire, il remplit souvent, on pourrait 
dire toujours, car ces absences étaient aussi longues que fréquentes, 
il remplit souvent, dis-je, les fonctions de procureur général par 
intérim. Aussi, lorsque Sir Benson Maxwell crut devoir se retirer, 
tout le monde s'attendait, et c'était équitable, à voir Chéfik bey 
Mansour nommé définitivement à des fonctions qu'il avait remplies 



— 10 — 

si souvent et avec tant de mérite, à titre provisoire. Il en fut 
autrement. Je n'ai pas à examiner ici les m »tifs de cette résolution 
prise. Quoi qu'il en soit, l'échec, si toutefois cela en était un, lui fut 
d'autant plus sensible qu'il était immérité. Ghéfik bey qui se croyait 
justement lésé dans des droits acquis par les services rendus, donna 
sa démission en 1887. Peut-être faut-il chercher dans l'amertume 
qui l'envahit alors et dans le travail accablant qu'il fit pendant ses 
quatre années d'exercice, les causes de la maladie qui vient de le 
conduire si prématurément au tombeau. 

Pour Chéflk bey Mansour, la retraite ne signifiait pas le repos, 
loin de là. Il consacra ses loisirs à ses études privilégiées de mathé- 
matiques, et publia successivement plusieurs travaux remarquables, 
parmi lesquels je citerai, relativement aux sciences mathéma- 
tiques : 

Différentes études publiées dans le journal El-Moktataf, et trai- 
tant des quantités déterminées appliquées à l'algèbre et à la tri- 
gonométrie ; 

Un discours sur «. L'Induction en mathématiques ; » 

Un ouvrage sur le calcul différentiel ; 

Plusieurs traités élémentaires de géométrie, de cosmographie, 
etc.. qui ont été presque tous désignés parie Ministère de l'Ins- 
truction publique comme livres de texte pour l'enseignement dans 
les écoles du gouvernement. 

La traduction, du turc en arabe, du grand et remarquable 
ouvrage de S. E. Mouktar pacha El Ghazi sur l'astronomie d'après 
la méthode arabe ; 

La traduction, également du turc en arabe, d'un autre ouvrage 
de S. E. Mouktar pacha El Ghazi sur la concordance des différents 
calendriers. 

Une étude en français sur l'applicati in des mathématiques au 
droit, qui avait paru une première fois en 1880. 

Outre ces travaux d'un genre spécial, Cheflk bey Mansour a fait, 
en collaboration avec plusieurs de ses amis, la traduction, de l'arabe 
en français, du grand ouvrage du cheikh Abd-el-Rahman El Dja- 
barti. Cette œuvre, très curieuse et très remarquable, raconte, sous 
la forme de chroniques ou d'annales excessivement intéressantes, 
l'histoire contemporaine de l'Egypte et notamment depuis l'expé- 



— 11 — 

dition de Bonaparte jusqu'à îa fin presque du règne de Mohamed 
Al v. La préface de la traduction française, due à la plume de Chéfik 
Mansour, est une page remarquable, oii la philosophie synthétique 
de l'histoire est traitée et exp >sée d'une façon magistrale. 

Les études sérieuses ne captivaient pas seules notre regretté col- 
lègue, il aimait à se délasser l'esprit avec la musique, dans laquelle 
il excellait d'ailleurs. Il a laissé sur la c< musique arabe » une étude 
inédite que j'espère bientôt voir publier. 

En dernier lieu. Chéfik bey Mansour avait entrepris, en collabo- 
ration avec quelques amis, un commentaire du Gode civil indigène. 
J'espère que; les amis de Chéfik bey tiendront à honneur d'achever 
l'œuvre à laquelle il a collaboré, pour ain>i dire, jusqu'à la veille 
de sa mort. 

En 1889, un an environ après avoir pris sa retraite, Chéfik bey 
Mansour, cédant à de pressantes sollicitations, consentit à rentrer 
aux Tribunaux indigènes en qualité de conseiller à la Cour d'appel 
indigène du Caire et fut aussitôt désigné pour présider une des cham- 
bres de cette Cour. Peut-être, au fond, n'avait-il pas fallu le presser 
beaucoup, car il était trop réellement attaché aux Tribunaux indi- 
gènes, il s'y intéressait trop pour vouloir les priver plus longtemps 
de son précieux concours. Pendant longtemps, toujours même, on y 
gardera le souvenir du tact et de l'urbanité avec lesquels il savait 
diriger les débats ; on y regrettera éternellement celui qui a si 
efficacement contribué à leur création, à leur développement. 

Il y a quelques mois, au commencement de l'été dernier, Chéfik 
bey Mansour fut atteint d'une affection des yeux, qui s'aggrava à un 
point tel qu'il fut obligé de se rendre en Europe pour s'y faire 
soigner. 

Après sa guéris m, il devait se rendre à Gonstantinople pour y 
épouser une jeune princesse, de famille auguste, à laquelle il était 
fiancé 

Tout lui souriait d">ncet il entrevoyait un avenir heureux, 1 >rsque 
la m jrt est venue le surprendre dans l'épanouissement de la vie, de 
la jeunesse et de l'amour, dans l'éclat d'une gloire naissante et déjà 
superbe, brisant ainsi des espérances si durées et changeant brus- 
quement en torches funèbres les flambeaux de l'hymen ! . . . 



- 12 — 

En 1838, Ghéft'c bsy Mansouc fut nommé membre de notre 
Institut, et nous ne pourrons jamais oublier la communication 
verbale qu'il fit, à la séance du 8 juin de cette même année, sur un 
instrument appelé Cadran Destour, dont se servaient, il y a quel- 
ques siècles, les savants arabes, pour simplifier les calculs de trigo- 
nométrie et d'astronomie. Notre regretté collègue, après avoir 
décrit l'appareil et indiqué son usage, en expliqua la théorie, 
qu'il appuya de la solution de quelques théorèmes intéressant la 
géométrie. 

Membre de la Société khédiviale de géographie, il fit partie de son 
comité, et, lors de la séance extraordinaire du 3 avril 1820, tenue 
dans la grande salle du Corps législatif par la dite société pour 
honorer Stanley et lui offrir le diplôme d'honneur, Chéfik bey 
Mansour, dans une improvisation en arabe, énoncée dans un lan- 
gage aussi pur qu'élégant, inspirée aux sentiments les plus élevés, 
a salué, au nom de ses c jllègues et de son pays, le prince des explo- 
rateurs africains. 

Ce fut la dernière fois que nous entendîmes sa parole en public ! . . 

Telle est la vie simple et laborieuse de notre jeune collègue, qui, 
pendant une carrière si courte., mais si bien remplie, a su d)terson 
pays d'ouvrages utiles pour l'enseignement, qui a enrichi la litté- 
rature européenne de la traduction d'un ouvrage historique remar- 
quable, qui consacra ses loisirs à l'étude des sciences exactes, et qui 
dans son intérieur et en public était le type de l'homme du monde 
accompli, du véritable gentilhomme. 

Je crois être l'interprète de l'Institut en adressant un salut sym- 
pathique à la mémoire de Chéfik bey Mansour et en formulant le 
vœu que ses jeunes compatriotes, le prenant pour modèle et suivant 
s >n exemple, s'engagent résolument dans la voie des études sé- 
rieuses, le meilleur et le seul moyen pour eux de contribuer à la 
régénération de cette Egypte au passé si glorieux, aujourd'hui notre 
pays d'adoption. 

Cette lecture, aussi élégante en la forme que complète 
et remarquable pour le fond, faite avec l'émotion que 
donnent le talent, les regrets et l'amitié, est accueillie par 
les applaudissements unanimes et prolongés de l'assemblée, 



— 13 — 

M. lé Président remercie et félicite l'auteur d'avoir su 
si bien retracer la vie et les œuvres d'un confrère si sym- 
pa t h i que et si regretté de tous. 

S. E. Abbate pacha, président, fait remarquer la pré- 
sence du professeur Merx, qui veut bien bonorer l'Institut 
d'une lecture sur « L'Origine de la grammaire arabe. » 
Cette communication n'a pu être portée à Tordre du jour 
distribué aux membres de l'Institut, M. le prof. Merx 
ayant projeté de la donner dans une séance ultérieure, 
mais M. Merx devant quitter prochainement le Caire, en 
a averti M. le président, qui propose de lui accorder le tour 
de parole laissé libre par M. Ventre bey. empêché de conti- 
nuer sa communication sur les calendriers solaires. 

La proposition ayant été adoptée, M. le président invite 
M. le professeur Merx à faire sa lecture. 

M. Merx explique d'abord que les réflexions historiques 
sur l'origine de la grammaire arabe sont le résumé d'un 
ouvrage publié par lui en 1888, sous le titre de : Histmia 
artis grammaticΠapudSyros, accidit interpellalio Dionysii Tharcis. 
Syriaca et Severi bar Sakku grammatica syriaca, in abhandlugen 
(1er deuischen morgen. Gese'lschaft. Il développe quelques 
considérations verbales, desquelles il résulte que l'origine 
de la grammaire arabe n'aurait pu être étudiée par les 
historiens arabes faute d'avoir su le grec, puis il continue 
en ces termes : 

Les auteurs arabes qui se sont occupés de l'histoire des études 
philologiques se trouvèrent, un jour ou l'autre, devant le problème 
d'avoir à éclaircir l'origine de la philologie arabe. Ils durent se de- 
mander à quelle époque les Arabes ont commencé à créer le système 



— 14 — 

de leur grammaire, quels furent leurs maîtres, quels furent les pre- 
miers écrivains qui ont posé les f onclements sur lesquels les géné- 
rations suivantes ont construit l'édifice de la grammaire et qu'ils 
n'ont jamais modifié. Aussi n'ont-ils pas reculé devant les difficultés 
du problème, ils ont fait tout ce qui leur était possible pour le ré- 
soudre, et s'ils n'ont pas atteint le but qu'ils s'étaient proposé, c'est 
qu'il leur manquait, à la fois, l'esprit de critique et les connaissances 
historiques indispensables pour mener leur tâche à bonne fin. Xous 
leur sommes donc redevables des matériaux qu'ils ont amassés et 
qu'ils ont soumis à nos recherches critiques, mais il ne faut pas 
s'attendre à ce qu'ils aient même posé nettement la question. 

En étudiant la partie du Fihrist qui traite des premiers grammai- 
rien-, on trouve les noms des auteurs avec des notices biographiques 
et les titres de leurs ouvrages ; on y trouve des renseignements sur 
la division des écoles de Basra et de Koufa. Tout cela est, sans nul 
doute, du plus grand intérêt pour nous, mais ce qui est à regretter 
c'est que l'auteur du Fihrist garde un silence absolu quant aux 
sources où les premiers grammairiens ont puisé. Il n'a pas la 
moindre idée de ce que veut dire former la grammaire d'une langue. 

A peu près cinq siècles plus tard, Ibn Khaldoun, l'esprit le plus 
philosophique de la littérature arabe, a inséré dans son grand 
ouvrage quelques réflexions sur les études grammaticales. Il est le 
premier, à ce qu'il me semble, qui se soit moqué des niaiseries des 
grammairiens et de leur fausse classification, et qui se soit pénétré 
de la valeur et de la beauté de la langue vivante, si méprisée jus- 
qu'alors par des savants présomptueux et fiers de leurs connais- 
sances traditionnelles. C'est aussi à lui que nous devons l'information 
importante que les premiers grammairiens étaient des Persans et 
non des Arabes, information reproduite depuis lors par Hagi Khalfa. 
Mais la recherche des origines de la grammaire était au delà de la 
portée de sa vue. Avec sa sagacité ordinaire il reconnaît que c'étaient 
les besoins des écoles et des cours de justice dans lesquels on s'occu- 
pait de l'exégèse du Coran, de la tradition (Hadit) et des lois, qui 
donnaient l'essor aux premiers essais d'études grammaticales, mais 
il ne comprend pas que, pour en tracer les premières lignes, il fallait 
la logique et des connaissances philosophiques. 



— 15 — 

Il nous apprend que c'étaient des étrangers, des affranchis, qui 
s'occupaient à rendre la langue classique des Koréchites intelligible 
aux Arabes eux-mêmes, qui l'avaient oubliée dans des pajs éloignés 
du Hedjàz, et aux nouveaux convertis qui ne la possédaient pas 
encore, assurant ainsi à tous la faculté de comprendre les textes 
sacrés sur lesquels se fondaient la législation canonique et la juri- 
diction des cours. 

Un demi-siècle plus tard, Geiàl-ed-dîn es Syouti, dans les premiers 
chapitres du recueil immense de notices philologiques qu'il a publié 
sous le titre de Muzhir, c'est-à-dire le Resplendissant, nous a fourni 
des informations du plus grand intérêt sur les essais des Arabes de 
faire la philosophie de la langue. Il nous apprend que les recherches 
des philosophes grecs- sur l'origine de la langue ont été continuées 
par les savants arabes, dont les uns prétendaient que la langue 
doit son origine à l'inspiration divine, tandis que les autres n'admet- 
taient qu*une origine humaine et conventionnelle. Il y avait aussi 
des philosophes qui se demandaient si les racines dans leurs prin- 
cipes étaient une imitation de sons naturels perçus par l'oreille, 
comme le souffle du vent, le roulement du tonnerre, le murmure de 
l'eau, le braiment de l'âne, etc. On voit que la théorie du Vauvau 
n'est ni profonde, ni nouvelle. D'autres penseurs, plus sérieux, ont 
soulevé la question de savoir si les mots avaient une signification 
résultant de la nature du mot même ou si la signification était 
déterminée par une création divine («^'/^j) ou humaine (^L^a^j) 
ou par une combinaison des deux. Il se trouve même dans ses spécu- 
lations l'idée de l'existence de créatures avant Adam, douées de la 
faculté de parler, et l'idée de la concreata sapientia, si bien connue 
des théologiens scolastiques du moyen âge. Mais au long cours de 
ces dissertations, Es-Syouti ne touche pas d'un seul mot à la question 
de l'origine des catégories grammaticales elles-mêmes. Sa manière 
d'envisager les choses, à un point de vue exclusivement arabe, 
Tabsorbe à un tel degré qu'il ne se soucie point du tout de l'origine 
de ces catégories, et pourtant le problème est de savoir où l'on a 
puisé leur connaissaDce. 

La connaissance des parties de la langue, des inflexions, des 
membres constituant la phrase simple, fut le résultat d'une analyse 
philosophique. Il a fallu à l'esprit grec des siècles de travail diffi- 



— 16 — 

cile pour faire la distinction des cas, des temps, des modes et pour 
reconnaître la concordance des membres de la proposition. Platon 
ne connaissait pas encore les parties de la langue et ce n'est que 
vers la fin du premier siècle avant notre ère qu'on parvint à rédiger 
la théorie de la grammaire grecque dans une forme à la fois concise 
et lucide. Cette rédaction se trouve dans la grammaire de Denys de 
Thrace, petit bijou de grammaire, devenu, sous le titre -iyyr, ou art, 
la source où tous les grammairiens de l'Europe, de la Syrie, de 
l'Arménie ont puisé leur connaissance des catégories grammaticales. 
Il serait même permis de dire que ce livre est devenu le Coran ou 
le catéchisme de tous les grammairiens. 

Ce sont surtout les philosophes stoïques qui ont fait l'analyse 
logique de la langue, et les résultats de cette analyse sont contenus 
dans les définitions des catégories grammaticales. Les auteurs arabes 
qui ont parlé de l'histoire de la grammaire n'ont jamais compris 
que le travail fondamental, sans lequel il est impossible de composer 
la grammaire d'une langue quelconque, c'est la découverte des 
parties de la langue ; ils ignoraient le fait que la grammaire repose 
sur la logique. Il faut donc se demander à quel temps de leur his- 
toire les Arabes se sont mis à réfléchir sur ce problème fondamental, 
et, s'ils n'y ont point réfléchi, à qui ont-ils emprunté la connaissance 
des catégories. 

Nous avons déjà admis, plus haut, la justesse de l'observation d'Ibn 
Khaldoun, que les grammairiens arabes n'avaient pas à enseigner 
leur langue à des personnes qui ne la savaient pas, mais qu'il leur 
incombait d'interpréter à leurs orreligionaires les écrits des auteurs 
classiques. Il s'en suit que le besoin le plus urgent était la rédaction 
de la syntaxe ; la dérivation étant connue pratiquement, on s'occu- 
pait de l'interprétation des mots obsolètes et de l'analyse logique de la 
proposition. Un expédient très utile pour faire cette analyse aurait 
été la connaissance des parties de la langue, au nombre de sept, 
comme il avait été fixé par les Grecs. Avec l'aide de ces classes de 
mots, on aurait pu désigner l'article, l'adjectif, les pronoms per- 
sonels, démonstratifs et relatifs, mais malheureusement les Arabes 
ne les ont pas connus, se bornant à distinguer seulement trois parties 
de la langue. Cette observation suffit pour nous faire abandonner 
l'idée, qui se présente au premier moment, de regarder les gram- 



— 17 - 

mairîens syriens comme les maîtres des Arabes. Ceux-là connais- 
saient très bien les sept parties de la langue, et s'ils avaient enseigné 
la grammaire aux Arabes, il n'y aurait pas moyen de s'expliquer 
pourquoi ceux-ci se seraient bornés à trois dans leur enseignement. 
Ce ne sont donc ni les grammairiens grecs, ni les syriens, dont les 
Arabes ont suivi les traces. 

Selon les traditions arabes, le premier grammairien aurait été 
Abn' Laswad-ed-DoualiQ. Cet homme mourut en 650. Depuis ce 
temps jusqu'à la moitié du deuxième siècle de l'Hégire, c'est-à-dire 
jusqu'en 770 de notre ère, il y a un vide dans les récits des historiens, 
mais dans le demi-siècle suivant (770-820), ils relatent la mort des 
véritables fondateurs de la grammaire, d'Et-Takafî, de Younous ibn 
Habib. d'El-Khalîl, de Sibawaihi et, un peu plus tard, d'Asmaï. On 
comprend que l'évolution de la grammaire, l'histoire légendaire 
d'Abn' Laswad ed-Douali mise à part, appartient au deuxième siècle 
de l'Hégire. Un examen attentif des titres des ouvrages de ces gram- 
mairiens démontre, en outre, qu'ils suivaient dans leur travaux une 
double ligne ; d'un côté, ils se livraient à des c élections lexic >gra- 
phiques, de l'autre, à l'analyse grammaticale. Les collections lexico- 
graphiques constituaient la partie la plus importante, parce que la 
langue arabe, comme l'a dit Es-Syouti, contient une quantité innom- 
brable de mots (&*< o' j-JS* ->*.'' f^ùV Mouzhir P. I. ). Enfin, 
pour obtenir une connaissance certaine des origines de la gram- 
maire, il faut étudier les ouvrages grammaticaux appartenant à la 
seconde moitié du deuxième siècle de l'Hégire et, avant tout, le livre 
de Sibawaihi lui-même. 

En lisant les deux grands volumes de Sibawaihi publiés par M. 
Hartwig Derenbourg, on s'étonne d'abord du manque de disposition 
et de clarté, mais on observe néanmoins qu'il a arrangé les maté- 
riaux selon une idée générale. Toute la théorie de la dérivation 
et de la flexion du verbe et du nom se trouve dans le livre, mais 
d'une manière inintelligible pour tous ceux qui ne possèdent pas la 
langue. Il oramence par des observations synthétiques et même 
celles-ci ne sont pas arrangées selon un système raisonné. Ce qui est 
encore plus surprenant, c'est le manque presque total de définitions, 

(i) Voir Ibn Khalikan, s. v. 

Institut Egyptien. „ 



— 18 - 

ce qui prouve que les catégories grammaticales étaient connues en 
quelque mesure de tous les étudiants. 

Il divise les éléments de la langue en trois parties : le nom, le 
verbe et la particule, et voilà la division d'Aristote, perfectionnée 
dans la suite par les grammairiens grecs. Cet état de choses doit 
suggérer l'opinion que les catégories grammaticales employées par 
Sibawaihi et ses prédécesseurs ont été empruntées à la philosophie 
péripatétique. Mais ces études ne florissaient pas chez les Arabes 
avant la fin du huitième siècle de notre ère, c'est-à-dire après 
l'époque de ces grammairiens. 

Après avoir proposé, dans l'énumération des parties de la langue, 
le nom et le verbe sans en donner la définition, il parle de la par- 
ticule ( , -l< 9 ~) et c'est la seule fois qu'il donne une définition. Il dit : 

La particule est ce qui J*« \? f\ ^j ^*-l e ^-, c'est-à-dire : ce qui 

entre dans la phrase et s'emploie à cause d'un sens quelconque sans 
être ni nom, ni verbe. La phrase arabe, un peu obscure, revient à 
l'idée que les particules modifient, en quelque manière, le sens de la 
phrase simple ou en précisent la relation 

Comme on pourrait contester cette interprétation, je citerai encore 
Zamakhshari, qui dit : La particule est ce qui renvoie au sens ren- 
fermé dans la phrase, moins la particule, et elle ne peut être détachée 
ni du nom, ni du verbe, avec lequel elle est combinée ( x ). Cette défi- 
nition de Zamakhshari n'est autre chose qu'une précision de celle 

de Sibawaihi, au lieu de dire ^ e, f U il dit : &*« ^ J^ et son com- 
mentateur Ibn Ya'îsh justifie cette correction en appuyant sur le 
fait que Sibawaihi a introduit dans sa définition l'idée de la causa- 
lité, idée qu'il devrait éviter, parce que la définition doit préciser le 
sens et non pas la causalité ( 2 ). 

(*) Voilà le texte de Zamakhshavi : J* £U« f f °j*- à ^> Je JjU Jy-1 

(2) Le texte d'Ibn Ya'îsh porte : J* ôy J* J— ^ <^ c J ^ J c J^ ç*y-5 

. #•" -"" »" . ^»" ■» * " 

"4VJH 



uV^j^ 1 ^ 1 ^^ 1 *}* 



— 19 — 

Gela posé, la définition de Sibawaihi dit que la particule n'a aucun 
sens en elle-même, qu'elle est sans signification et c'est là préci- 
sément la définition d'Aiïstote. Selon lui le ouvSeffjjLoç, la particule, 
est i'j/r.jj.o;, sans signification, et ses commentateurs se sont disputés 
sur la justesse de cette manière de voir. Il y a aussi lieu de sup- 
poser que ce que dit Sibawaihi dans ses observations sur le verbe 
à propos des accidents (^ J, - A;> - , ), est tiré d'observations semblables 
d'Aristote sur le au|i6e6ï)xô<; au commencement des catégories. Mais 
comme il serait trop long de la traiter ici, nous écartons cette 
question. 

Comme cette division des parties de la langue essentiellement 
aristotélique, il y a encore bien d'autres catégories grammaticales 
qui remontent à la même source. Pour la déclinaison du nom et la 
conjugaison du verbe, la langue arabe n'a qu'un mot : sarf. Les 
grammairiens grecs ont distingué la xXfoi<; tôjv ovoui-ciov, la décli- 
naison, de la ffuÇu-yk twv pT)|MtTuw, la conjugaison et les grammairiens 
syriens ont traduit cette dernière par rukaba c'est-à-dire composi- 
tion (*-*"->), pendant que les Arabes, suivant Aristote parlent du 
tasrîf du nom et du tasrif du verbe. Ils ignorent même la vraie 
signification du mot tasrîf, qui est l'inclinaison, en grec xXfatc, et 
ils se sont efforcés d'en donner une autre explication tout à fait 
inadmissible. Ils le dérivent de saraf Inf. sarîf ( k -V- 9 ) (<-* ^-») ce qui 
signifie le bruit de la porte criante ou de la sakieh. C'est tout ce 
qu'il faut pour démontrer que les Arabes ne savaient rien de l'ori- 
gine de leur grammaire. 

Aristote n'a pas la notion du sujet dans le sens grammatical, 
mais il a la notion de l'attribut, qu'il appelle xivtflopla, de même les 
Arabes n'ont pas la notion du sujet grammatical, mais ils ont celle de 
l'attribut j»~, ce qui n'est autre chose que la traduction de xxnjYopia. 

Toutes ces notions se trouvent dans les écrits logiques d'Aristote, 
mais celui-ci connaît, en outre, les voyelles et les syllabes, dont il 
parle dans la rhétorique et dans la poétique. Le grammairien syrien 
Jacques d'Edesse traduit littéralement syllabe, par segala, et 
voyelle par galanayta. Ces deux notions lui étaient familières, 
par les grammairiens grecs ainsi que par les livres d'Aristote, les 
Arabes n'ayant pas encore étudié la rhétorique d'Aristote n'ont 
introduit ni l'une ni l'autre dans leur système de grammaire. De 



— 20 — 

nos jours on a formé, en partant d'une vue tout à fait opposée à celle 
d'Aristote, un mot pour exprimer syllabe, c'est le mot £■!***, qui 
veut dire partie tranchée, tandis qu'Aristote regardait la syllabe 
comme une combinaison de consonnes et de voyelles. Son point de 
départ est le son simple, ceux qui ont introduit les premiers ç^ 
prennent pour base la forme du mot même. On voit que ce qu'ils 
n'ont pas trouvé chez Aristote, les Arabes ne le possèdent pas. 

Afin d'expliquer les différentes formes du nom et en particulier 
du verbe, les Arabes se sont servis de l'idée du genre. 

Cependant il manquait dans leur langue, ainsi que dans toutes les 
langues sémitiques, un mot pour désigner le sexe. 

C'est un point de vue de plus pour apprécier les emprunts faits à 
la science grecque. Les anciens grammairiens arabes n'avaient pas 
les catégories universelles qui ont causé les sous-distinctions, mais 
ils avaient les sous-distinctions. Ils n'ont pas la terminologie 
technique pour réunir sous une dénomination générale les cas, 
les personnes ou les nombres, mais ils emploient les noms des cas, 
rafs gaw nasb, les noms des temps mâdi, mudâres et ils ont des 
termes pour les personnes du verbe. Bref, ils ont emprunté aux 
sons les résultats de leur analyse sans s'occuper des idées générales 
qui ont produit les distinctions cristallisées dans la terminologie 
grammaticale des Grecs. 

Mais revenons à l'idée du genre. Ceux qui ne se sont jamais livrés 
à l'histoire de la grammaire sont disposés à regarder la catégorie 
du genre dans la langue comme étant donnée par la nature des 
choses, et la division de formes grammaticales, à l'instar du sexe 
chez l'homme et les animaux, serait, selon eux, une des idées qui ont 
présidé à la formation de la langue chez l'homme primitif. Mais 
alors comment s'expliquer l'existence dans l'Afrique méridionale de 
langues qui disposant de plus de deux formes, c'est-à-dire de formes 
servant à désigner l'état social, l'âge etc., formes qui ressemblent 
à celles du genre en d'autres langues ? Et, par contre, comment 
s'expliquer l'existence de langues qui n'ont point de genre du tout? 
On voit donc que l'existence du genre, dans les langues, n'est ni 
naturelle, ni nécessaire. 

Or nous savons qui a introduit le genre comme catégorie gram- 
maticale, c'est le sophiste Protagoras, qui, fidèle à la théorie fonda- 



— 21 — 

mentale des sophistes c'est-à-dire du dogme : l'homme est la mesure 
de toutes choses, a distingué, dans la nature des choses, des mâles, 
des femelles et des objets. C'est ce que nous apprend Aristote dans la 
«Rhétorique». Les grammairiens postérieurs, en mettant à profit 
l'idée de Protagoras, ont substitué les neutres (oûSé-cepa) à la classe des 
objets et c'est ainsi que les grammairiens ont adopté la méthode de 
diviser les noms, selon le genre, en masculin, féminin et neutre. 

Nous avons dit plus haut que l'arabe, pas plus que les autres 
langues sémitiques, ne possédait un mot pour désigner le sexe. ïl 
fallait donc emprunter le mot grec lui-même pour désigner la caté- 
gorie du genre dans tous les sens, car le mot^r-^ n'est autre chose 
que le mot grec *(ïvoç. Nous concluons donc de l'emploi du mot 
grec dans les langues sémitiques à l'emprunt de l'idée du genre 
aussi dans le sens grammatical. 

De plus l'usage du soit-disant féminin dans les attributs ùes^S^r*; 
prouve que l'idée du féminin en arabe diffère essentiellement de 
l'idée indo-européenne, car, dans les indo-européennes, un féminin 
au singulier avec des pluriels masculins serait impossible. 

Nous procédons aux cas. Il manque à la grammaire arabe une 
désignation générale pour les cas, elle n'a que les différents noms 
des cas spéciaux. Nous répétons notre conclusion que le manque 
total de la catégorie générale prouve qu'on a reporté les résultats 
d'une spéculation étrangère sur un terrain qui, selon sa nature, ne 
les aurait jamais produits. En outre, la comparaison du nom du no- 
minatif en grec, opôr, (le cas qui est debout), avec le nom arabe Mj, 
élévation, laisse entrevoir que çb n'est autre chose que l'imitation 
du nom grec 6p6f,. Cela admis, il n'est peut-être pas trop hardi de 
dire que le >, génitif, désigne l'attraction, c'est-à-dire la subordi- 
nation de l'espèce au genre, idée exprimée en arabe aussi par la 
relation du oLa. au «J 1 »JU*«. Et voilà précisément le sens du grec 
Y&vixti, c'est le cas qui exprime la subordination de l'espèce au genre. 
Car en disant la porte de la maison, on exprime par le génitif 
une certaine espèce du mot porte, en distinguant la porte de la 
maison de celle du jardin. Les mots maison et jardin détermi- 
nent le genre dans lequel la porte de la maison et celle du jardin 
sont comprises. 



- 22 ~ 

Nous aimons même à croire que le sens du mot <—■ «=*, accusatif, 
n'est autre que but, fin, comme en grec «txiaxtx^ désigne la cause 
finale. Les commentateurs grecs, en désaccord sur ce sujet, ont 
souvent dérivé ce mot de xhiàsôxt, accuser, ce qui a engagé le 
Romain à le traduire par l'accusatif. 

Tous les termes grammaticaux mentionnés jusqu'ici se trouvent 
dans l'école aristotélique, mais les grammairiens grecs en ont da- 
vantage, p. ex. l'article, le pronom, l'adjectif, l'adverbe, la conjonc- 
tion, la préposition, termes entièrement ignorés des Arabes. Ne 
faut-il pas en conclure que ce sont les livres aristotéliques qui leur 
ont fourni les matériaux pour analyser leur langue et qu'ils n'ont 
tiré aucun profit des grammairiens proprement dits. Mais pour ne 
pas entrer dans de plus longs détails, nous nous bornerons à citer 
encore deux catégories de la plus haute importance, c'est-à-dire le 
<~>Jè et le <^j*\. 

C'était une idée ingénieuse des grammairiens arabes d'embrasser 
nombre d'emplois de l'accusatif sous la catégorie du vaisseau. 
L'emploi de l'accusatif pour désigner le temps dans lequel un fait 
s'opère, et le lieu dans lequel l'opération se fait, s'appelle en arabe 
«J^iiMc^a^ c'est-à-dire le vaisseau désigné par V accusatif. Cette 
manière d'envisager la construction grammaticale doit nécessaire- 
ment avoir pour base une spéculation mûre sur la nature du temps 
et de l'espace. Cette spéculation est due à Aristote et c'est justement 
dans le cours de ces recherches qu'il se sert du mot àyy^ov, vaisseau, 
pour déterminer la nature intrinsèque du temps et de l'espace. Il dit 
qu'ils ressemblent à des vaisseaux, dans lesquels les choses sont 
contenues. Ce mot «yysTov, vaisseau, par lequel Aristote définit la 
nature de l'espace et du temps, se prêtait merveilleusement aux 
premiers grammairiens arabes pour comprendre dans cette caté- 
gorie toute une série de constructions, qu'il aurait été impossible 
de traiter selon la manière des Arabes sans la connaissance de ce 
passage d' Aristote (Phys. Ausrull. Lib. IV.). 

Enfin il nous reste à dire un mot de r«- J b- tl , expression que jus- 
qu'ici les arabisants n'ont pas réussi à expliquer. Cette expression 
n'est rien que la transformation du terme grec ï)l-rc>^ r ^ et son 
application aux besoins des grammairiens arabes. Le £XXr,viap.ôç, c'est 
la manière de s'exprimer correctement en grec en ce qui concerne 



- 23 — 

l'emploi logique des genres, des nombres, et nous ajoutons des cas, 
dans la 'combinaison des sujets, des attributs et des régimes. La 
même chose en arabe c'est le v^ cl ? savoir l'emploi logique des ter- 
minaisons du nom et du verbe. Et, comme en grec le Solécisme est 

opposé à l'Hellénisme, de même en arabe le «-i/*-» est opposé au 
jJu, c'est-à-dire l'homme qui parle correctement à l'homme qui 
n'observe pas les règles de la grammaire. 

Le mot J : i- lui même me semble être d'origine grecque, la racine 
jL. signifie faire bouillir, renverser, percer, ramasser de la 

verdure, souffrir d'un tubercule à la lèvre, et ô^~ J dans une 

signification syriaque, escalader. Le substantif J^- signifie ce qui 

tombé de Varbre, la rave et le féminin ^^J-, PI. J'M~ ce qui est 

_'» 
bouilli, des légumes. Tout cela, de même que <&- la femelle du 

loup, la crieuse, et Ji- la plaine où coule Veau, ne suffit pas 

pour expliquer l'usage du mot dans le vers suivant, qui se trouve 
dans l'Asâs Albalaga de Zamakhshari : 

Le sens du mat dans ce vers est évidement/w^er sa/is se sou- 
cier des règles du Feràb. 

Il faut sans doute aussi attribuer l'usage du terme grammatical 
J^» à la connaissance des spéculations péripatétiques sur la StàOeaiç ; 
nous laissons cependant cette question à part pour prier notre audi- 
toire de s'arrêter un moment avec nous à une autre partie de la 
grammaire arabe, nous voulons parler de la distinction des temps 
du verbe. En arabe le verbe n'a que le passé et le ^jU^ 5 c'est-à- 
dire la forme qui ressemble au nom. 

En présence de ce fait, il était impossible aux grammairiens de 
distinguer les trois temps : le présent, le passé et le futur ; ils ont 
néanmoins essayé de le faire et, pour combler le vide qui se trouve 
dans leur langue, ils ont introduit l'impératif pour remplacer le 
présent des Grecs. Voilà ce que dit Sibawaihi : 

I. — Quant à la forme du passé elle est connue ^y^>^s etc. 
II. — Quant à ce qui n'est pas encore arrivé, c'est-à-dire le futur, 

c'est dans la forme impérative «--*■>! etc. et dans la forme de l'at- 
tribut J--5- 



- 24 — 

III. — Quant à ce qui n'est pas encore terminé et ce qui existe 

encore, c'est-à-dire le présent, c'est J^Â 

Il y a là évidemment quelque chose de trop, savoir le présent, 
pour lequel Sibawaihi ne trouve aucune forme analogue dans sa 
langue. Il a les deux formes J^" et J^ et il attribue deux signifi- 
cations à la dernière forme, il ajoute donc l'impératif, très mal à 
propos du reste, afin de créer une troisième forme correspondant, 
ne fût-ce qu'en apparence, au troisième temps des Grecs. 

Après avoir exposé ces vues sans en donner les preuves détaillées 
qui se trouvent du reste dans notre ouvrage sur l'histoire de la 
grammaire chez les Syriens, (*) il se p)se cette question : par quel 
intermédiaire la philosophie péripatétique est-elle parvenue aux 
Arabes avant son apparition, généralement reconnue, sous le règne 
de Mamoun ? 

Nous y repondrons par l'observation d'Ibn Khaldoun que les 
fondateurs de la grammaire arabe furent des Persans. Or nous savons 
que dans la seconde moitié du deuxième siècle avant l'Hégire, la 
philosophie grecque fit son apparition à la cour des Sassanides, où 
les nestoriens chassés de leur patrie avaient été d'abord accueillis 
avec une certaine bienveillance. 

Les théologiens nestoriens étaient imbus de la philosophie péri- 
patétique ; un de leurs traités, la logique de Paul le Persan, s'est 
même conservé jusqu'à nos jours. 

Vu l'obscurité de l'histoire littéraire de la Perse pendant cette 
période, il suffit de montrer les canaux par lesquels cette philosophie 
passa en Perse ; nous avons prouvé la possibilité de sa transmission 
des Syriens aux Persans, et puisqu'elle était connue des auteurs 
persans, qui firent la grammaire arabe avant le temps de Haroun-ar- 
Rachid et de Mamoun, nous osons affirmer, au lieu de la possibilité, 
le fait. C'est donc par voie de la Perse que les Arabes ont reçu les 
catégories philosophiques à l'aide desquelles ils ont fait l'analyse 
syntactique de la langue. 

Mais les instruments ne sont pas le travail. Il fallait beaucoup de 
zèle, d'application et de sagacité pour apprendre à se servir de ces 
instruments. En premier lieu il fallait ramasser les matériaux iexi- 

(') Hlstoria artis grammaiicœ apud Syros. — Leipzig, 1889. 



— 25 - 

cographiques et c'est là le domaine propre des Arabes. En second 
lieu, il s'agissait d'une partie de la grammaire, dans laquelle les 
Arabes étaient originaux, l'orthoépie et les observations phonétiques. 

L'alphabet, qu'on avait emprunté aux Syriens, ne suffisait pas aux 
besoins de l'orthoépie arabe. On l'avait augmenté et rédigé déjà 
avant le commencement des études grammaticales, dans un ordre 
nouveau fondé à la fois sur la ressemblance des formes et des sons, 
sans que nous sachions à qui l'on doit cette transformation ingé- 
nieuse. (*) On avait également déjà adopté le système de désigner 
les voyelles par des points suivant l'exemple des Syriens inventeurs. 
Cette désignation des voyelles par points, nous la trouvons dans les 
plus anciennes copies du Coran, et, selon un récit légendaire, elle a 
été inaugurée par Abou'l Aswad-ed-Douali. Les grammairiens eux- 
mêmes ont, dans la suite, approfondi ces études et ils ont inventé un 
système dépassant tout ce que l'on trouve de semblable chez les 
Grecs. En outre, leur situation les mettait à l'abri de beaucoup de 
préjugés grammaticaux, dont les grammairiens syriens se trou- 
vaient embarrassés en suivant leurs maîtres grecs. 

Cette liberté de préjugés les amena, dans leur analyse de la plus 
riche des langues sémitiques, à une manière de voir tout à fait diffé- 
rente de celle des Grecs et des Syriens. Car ceux-ci suivaient la 
méthode grecque, admirablement adaptée, il est vrai, au génie des 
langues indo-européennes, mais ne répondant point aux exigences 
des langues sémitiques. Disons, par parenthèse, que le célèbre tra- 
ducteur Honain ibn Ishaq a composé une grammaire arabe selon la 
méthode grecque, dont du reste aucun fragment ne nous a été 
onservé. 

Ensuivant leur propre route, les Arabes ont réussi jusqu'à un 
certain point à démêler la r ;raie nature du Sémitisme, et les Hébreux 
ainsi que les Syriens ont fini par adopter leur méthode. 

Mais cette méthode, comme toutes les productions humaines, a eu 
son temps. Lorsqu'au seizième siècle les protestants en Allemagne 



(*) L'emploi des signes alphabétiques pour écrire les nombres suit l'ordre 
de l'alphabet hébréo-syriaque, c'est dans cette forme que l'alphabet a été 
ieçu chez les Arabes. Car si ces signes de nombres leur avaient été transmis 
par les Syriens, ils auraient employé, après avoir rédigé leur propre alphabet, 
la forme des lettres syriaques et non pas celle des lettres arabes. Ces lettres 
leur auraient servi de chiffres sans modification de la forme. 



— 26 - 

commencèrent l'étude de l'Hébreu, pour approfondir l'exégèse de 
l'Ancien Testament, ils se virent en face de ce système, dont ils res- 
sentirent bientôt vivement les inconvénients. Petit à petit on le 
réforma et les résultats de ces réformes sont comprises dans la 
grammaire comparée des langues sémitiques, science appelée à jeter 
la lumière sur la grammaire de chaque branche individuelle de 
cette famille de langues. 

Le jour n'est peut-être pas loin, où les Arabes, dès lors familiarisés 
avec les résultats de cette science, se convaincront que leur méthode 
est surannée et la remplaceront par la méthode perfectionnée de la 
science moderne. Ce changement de méthode produira des effets 
inattendus parce que, dans l'éducation scientifique des Arabes, sco- 
lastique dans son essence, la manière de traiter la grammaire est 
de la plus haute importance. Les Arabes eux-mêmes reconnaissent 
la vérité de cette observation, car ils disent : ^.ki^ïj jl^>L_*Jl jl 
jAfeU3LVL)l*'ljjl4 ( jA, c'est-à-dire : Les sciences sont des neuves, et 
la syntaxe c'est le pont, est-il possible de traverser les fleuves s'il 
n'y a pas de ponts ? 

En outre, la méthode adoptée par eux pour l'étude des autres 
sciences est si étroitement liée à l'étude de la grammaire, que celle- 
ci changée, celles-là ne pourront plus conserver leur forme actuelle. 
Introduire la méthode européenne dans les études grammaticales 
ne veut donc dire, ni plus ni moins, que réformer l'éducation arabe 
et lui donner un nouvel essor dans le sens du progrès et de la vraie 
science moderne. 

M. le Président exprime à M. le professeur Merx tous 
les remerciements de l'Institut pour sa savante commu- 
nication et invite les membres qui auraient des obser- 
vations à faire sur cette lecture à les formuler. 

S. E. le D r Hassan pacha Mahmoud demande divers 
éclaircissements sur certains points de la lecture faite, 
qui sont immédiatement donnés par M. le professeur 
Merx : puis il est passé à la suite de l'ordre du jour. 



— 27 - 

A la place de S. E. le D r Issa pacha, absent du Caire 
pour le service de S. A. le Khédive, M. Gavillot, secrétaire 
général, donne lecture des notes suivantes rédigées par 
M. Je D r Issa pacha sous le titre de : Un mot sur la découverte 
du D r Koch. 



Le problème que s'est posé la médecine depuis ses origines et 
dont elle poursuit la solution, est la conservation de la santé et la 
guérison de la maladie. Pour plusieurs d'entre elles, dont les causes 
nous étaient inconnues, nous touchons, je crois, à cette réalisation. 

Grâce aux travaux de l'illustre Pasteur, à ses longues et fruc- 
tueuses recherches sur la fermentation, à ses observations sur les 
infiniment petits, la voie a été ouverte. La suite de ses recherches 
nous a donné la prophylaxie de la rage, ce mal terrible et sans 
remède. D'autres disciples éminents, suivant la même voie, mar- 
chant sur les traces du maître, nous ont montré des maladies di- 
verses, où l'on retrouve la présence de ces microbes. Aujourd'hui, 
dans la laborieuse Allemagne, un illustre disciple du savant fran- 
çais, le Dr professeur Koch, après avoir trouvé le microbe du cho- 
léra, nous montre la présence d'un bacille dans la tuberculose, et 
suivant toujours ses laborieuses recherches trouva le moyen de le 
combattre. 

Cette découverte, si elle réalise les espérances qu'elle fait con- 
cevoir, sera certainement une des plus belles en médecine et la 
gloire du XIX e siècle. Déjà, avant la découverte du bacille de la 
tubercolose, l'illustre et savant clinicien français Laënnec décri- 
vait les diverses formes du tubercule comme l'effet d'une même 
maladie. Plus tard on a admis la dualité du mal, les granulatnns 
et le tubercule jaune. La découverte du bacille est venue confirmer 
l'unité de Laënnec. Voilà donc une question résDlue, dont l'honneur 
revient sans conteste au D r Koch. Mais là ne se sont pas bornés les 
efforts de l'illustre chercheur. Après avoir reconnu les êtres, qui 
distinguent ce mal, il a voulu en trouver le remède. 

D'après les relations des journaux et les communications person- 
nelles du docteur, il serait presque arrivé au résultat si obstiné- 



— 28 - 

ment cherché et l'humanité serait bien près d'être délivrée de cette 
affection considérée jusqu'à ce jour comme la plus terrible, puis- 
qu'elle tue plus de 10,000 personnes par jour dans le monde entier. 

La statistique nous apprend, en effet, que du 22 au 28 juillet 1889, 
à Paris, il y a eu 191 décès par tuberculose, plus 40 cas de ménin- 
gite presque toujours tuberculeuse. Ainsi sur 824 morts il y en a 
231 par tuberculose, soit un peu plus d'un quart. 

La tuberculose tue donc un être humain sur 4. 

Les effets de la médication préconisée suggèrent cependant une 
objection. Gomment, dans le cas de tuberculose pulmonaire, s'éli- 
minent les parties mortifiées? Si le médicament produit dans les 
tissus, contenant des tubercules, un gonflement du à dilatation des 
vaisseaux et à l'œdème, puis une nécrose, résultant d.* la forte 
inflammation de ces tissus et qui en arrête la circulation locale, 
amenant une congestion compensatrice dans les autres parties saines 
des poumons, il est évident que cette modification suffrira pour 
amener la mort par asphyxie. En outre, l'impossibilité d'intervenir 
chirurgicaleraent dans le poumon et le calibre des bronches étant 
bien inférieur aux parties mortifiées, ces parties ne pourront être 
éliminées qu'à la longue, après transformation en matière purulente 
liquide et expectorées en crachats. 

A mon avis, il n'est par prudent, en l'état actuel de cette médica- 
tion, de l'employer chez les clients privés, comme traitement, dans 
les cas de tuberculose pulmonaire. Il serait dangereux d'exposer le 
malade aux conséquences de la réaction, qui, du reste, a été funeste 
à quelques-uns d'entre eux. Il est de l'intérêt de la science médicale 
et de l'humanité que l'expérience en soit faite dans les hôpitaux, où 
Tokervation peut être rigoureuse et où le médecin peut être à la 
disposition de son malade, s'il y a lieu. Les résultats pourront ainsi 
être mieux jugés. Jusqu'à ce jour ils sont trop incertains. 

La découverte du D r Koch n'en reste pas moins une des plus 
précieuses et des plus utiles pour la tuberculose des autres organes, 
et il serait grandement désirable, dans l'intérêt de l'humanité, que 
cette solution fut sérieusement étudiée. Aujourd'hui elle se trouve 
un peu partout et quelques-uns de mes amis et confrères en ont. 
reçu des échantillons. La composition en reste encore secrète, sans 
doute pour que l'expérimentation reste dégagée de tout enthou - 



— 29 — 

siasme ou prévention qui pourrait naître de la connaissance de sa 
composition, 

J'ai eu cette bonne fortune d'être autorisé, par mon auguste 
maître et Souverain qui s'intéresse à tout ce qui peut améliorer le 
sort de ceux qui souffrent, dVtre autorisé, dis-je, à suivre les 
expériences faites par mon éminent confrère, le D r Hess, à l'hôpital 
autrichien. 

Qu'il me soit permis ici, avant toute chose, de remercier M. le D r 
Heiman, médecin en chef du dit hôpital, et les religieuses pour les 
facilités que j'ai trouvées auprès d'eux pendant toute la durée des 
observations. 

Le premier cas traité par la solution Koch fut un lupus de la face. 



Première Observation. — Historique. 

Richard Werner, 36 ans, sujet prussien, négociant, maigre mais 
fort, atteint de tubercule à la face (lupus). 

Le mal se constitue d'une grande plaque de tubercules, les uns 
ulcérés, les autres congestionnés, enflammés et couverts de croûtes 
blanchâtres. Les uns s'étendent sur la peau du nez, la joue droite, 
au coin de la moustache, d'autres devant l'oreille gauche jusqu'à 
l'os mastoïdien, en passant sous cette oreille et enfin sur la tempe 
gauche à la base du sourcil. 

Richard Werner n'a jamais été malade; en 1884 apparurent sur 
la peau de l'aile gauche du nez et celle que reouvre la narine de 
ce côté, des tubercules qui rougirent et s'ulcérèrent pendant que 
d'autres paraissaient. En quatre ans, le mal envahit les deux côtés 
du nez sans que le malade entreprît aucun traitement. A cette époque 
le mal affecte la peau derrière l'oreille gauche, gagne, en avant, 
jusqu'à l'ouverture de l'oreille, en bas jusqu'à l'angle de la mâchoire 
inférieure. En même temps les ganglions lymphatiques de ce côté 
se gonflent, enfin le mal se montre au-dessous de la joue droite. 
C'est alors que le malade se décida à aller consulter le D r Heiman 
et Gomanos bey. Le D r Heiman diagnostiqua un lupus, ce qui fut 
confirmé par son collègue et conseilla le grattage des parties affec- 
tées. Après trois séances., la peau du nez offrit une grande amélio- 



— 30 - 

ration. On entreprit alors le grattage de la joue,, le résultat en fut 
aussi satisfaisant, quoique la peau du nez resta toujours rouge; une 
interruption de traitement d'une semaine ramena la rougeur de la 
joue, qui s'ulcéra à nouveau. On fit des applications d'acide lactique, 
sans succès jusqu'au mois de juin de cette année. A cette époque le 
malade partit pour Vienne, où il consulta le D r Chiffet fut traité 
par la cautérisation avec le thermo-cautère et les applications mer- 
curielles sur les parties cautérisées. Le traitement dura trois mois ; 
pendant ce temps, le malade, tous les jours, enlevait les croûtes en 
les frottant avec une solution de créosote et acide salycilique. Au 
bout de ce temps l'amélioration était très grande, pas d'ulcérations, 
pas de croûtes, mais la peau restait toujours rouge. Alors le malade 
cessa tout traitement, jusqu'au jour où fut publiée la découverte du 
D r Koch. Werner voulut être traité par cette méthode et entra à 
l'hôpital autrichien. 

Voici quelle a été la marche du traitement. 

Jeudi matin, 18 courant, je me rendais à Fhôpital ; la température 
prise donne 37.4, le pouls 160, la respiration 14. 

Le malade n'a pas dormi et est émotionné. Le mal actuellement 
couvre le nez, la joue droite, le sourcil gauche, la tempe gauche 
en avant, en arrière et en bas de l'oreille ; les ganglions lympha- 
tiques sont gonflés de ce côté. 

Le D r Hess se lave avec une solution de sublimé, puis avec de l'alcool 
absolu. La seringue Pravaz, neuve, est aussi trempée dans l'alcool, 
la place où doit être faite l'injection, entre les omoplates, est aussi 
lavée au sublimé, et, à 9 h. 40, on injecte au malade un millimètre 
cube de lymphe Koch. 

Vers 10 h. Werner se plaint d'une sensation de brûlure à l'en- 
droit piqué. 

A 11 h., la température est de 37.4, le pouls 120, la respi- 
ration 14. 

La sensation de brûlure a disparu. 

A midi, température 37.4, pouls 120, respiration 14. 

Douleur à la place où l'injection a été faite. 

A 1 h., température 37.1, pouls 106, respiration 14. 
A 2 h. , température 37.1, pouls 106, respiration 14. 



— 31 - 

Sensasion passagère de froid pendant 1/4 d'heure environ, douleur 
à la place où l'aiguille a piqué, s'irradiant en bas et en haut, jus- 
qu'au membre supérieur droit, la piqûre étant plutôt à droite qu'au 
milieu. Le malade n'a pas le goût du tabac et se sent comme fatigué. 
A 3 h., température 3G.5, p)ufs 110, respiration 14. 
Les douleurs du dos continuent, ainsi que le malaise. 

A 4 h. température 37, pouls 110, respiration 18. 
Disposition à tousser, ce qui n'a eu lieu cependant que 3 fois, à 
intervalles éloignés. Le malaise continue, mais toujours léger, un 
peu de faiblesse dans les jambes, tiraillement dans les lombes, 
bouffées de chaleur à la figure, comme après absorption d'un grand 
verre de vin. 

A 5 h., température 37.1, p^uls 110, respiration 18. 
Le malaise continue, léger toujours, les autres sensations ont 
disparu. 

A 6 h., température 37. pouls 110, respiration 14. 
A 7 h., » 36.8, » 110, » 14. 

A 8 h., température 37. pouls 110, respiration 14. 
A 9 h., » 37. » 110, » 14. 

A 10 h., » 37. » 110, » 14. 

A 11 h., » 37. » 110, » 14. 

A minuit, » 37. » 110, » 14. 

Rien autre. Les parties malades n'ont subi aucun changement 
appréciable à l'œil, ni rougeur, ni tuméfaction, ni sécrétion. 

Il résulte de là que 1 millimètre cube est une quantité insuffi- 
sante dans ce cas. Cette injection a produit une réaction générale, 
insignifiante, mais pas de réaction locale sur les parties malades. 
Deuxième injection, de plus de deux milligr. et demi. 
Le vendredi 19 décembre, on procéda à une deuxième injection. 
Cette fois le dosage fut pjrté à 0,0027. 

9 h. matin, la température est à 37.3, pouls 110, avant l'in- 
jection, respiration 14. 

10 h., température 37.3, pouls 110, respiration 14. 

11 h., » 37.7, » 110, » 14. 
Midi, » 37.7, » 110, » 14. 

Mal de tête, malaise général. 

1 h., température 37.7, pouls 110, respiration 14. 



— 32 — 

Disposition à tousser, pas de toux, mais enchifrènement, malaise 
général. 

2 h., température 37.9, pouls 110, respiration 14. 
Sensation de froid, frissons passagers, le malaise continue. 

3 h., température 38, pouls 110, respiration 14. 

Mal de tète plus fort surtout au front ; les paupières sont lourdes. 

4 h,, température 38.2, pouls 110, respiration 14. 
Le malaise continue. 

5 h., température 38.2, pouls 110, respiration 14. 
Le malaise continue. 

6 h., température 38.2 pouls 110, respiration 14. 
Le malaise continue. 

7 h., température 38.2, pouls 110, respiration 14. 

Le malaise continue, la douleur de la deuxième piqûre s'accentue. 

8 h., température 38.2, pouls 110, respiration 14. 
Le malaise continue. 

9 h., température 38., pouls 110, respiration 14. 

Le malaise continue, le malade sent un froid général ; forts fris- 
sons, il se met au lit, s'endort pour ne se réveiller qu'à 6 heures du 
matin. 

Samedi 20. — 6 h. mat., température 38.2, pouls 100, respir. 14. 

Le malaise continue. Ce jour-là, le 20 décembre, n'ayant rien à 
faire, il se rend à son domicile, le malaise continue toute la journée 
et ce n'est que le 21 qu'il en est débarrassé. 

Le 21, transpiration. 

Il résulte de cette seconde injection que plus de deux millimètres 
cubes de liqueur ont été injectés au malade sans autre effet qu'un 
peu de réaction générale, mais aucune réaction locale. 

Le lundi, 22 décembre, à la même heure, une troisième injection 
a été pratiquée à la dose de 5 milligrammes. 

10 h., température 37. pouls 100, respiration 14. 

11 h., » 36.3, » 100, » 14. 

12 h., » 36.5, » 100, » 14. 

1 h., » 36.5, » 100, » 14. 

2 h., » 36.6, » 100, » 14. 
Sensation douloureuse au dos, mal à la tête. 



— 33 — 

3 h., température 36.9, pouls 100, respiration 14. 
Figure rouge, envie de dormir. 

4h., température 36.8, pouls 100, respiration 14. 
Le mal de tète a cessé ainsi que celui du dos. 

5 h., température 36.8, pouls 100, respiration 14. 



6 h., 


» 


36.9, 


» 


100, 


» 


14. 


7 h., 


» 


37 


» 


100, 


» 


14. 


9 h., 


» 


37. V, 


» 


100, 


» 


14. 


10 h., 


» 


38. 


» 


100, 


» 


14. 


11 h., 


» 


38.2, 


» 


100, 


» 


14. 



Fort frisson d'une durée de cinq minutes ; le malade se couche ; 
fort mal de tète, ourbature générale, il dort jusqu'à 6 heures, sa 
température est alors 38, à 6 h. du matin. 

Le 23, à son lever, le malade se rend à son domicile et ne revient 
que le 26 courant, le malaise a continué tout le 23, et le malade a 
toussé plusieurs fois et a éprouvé un peu de gène à la respiration. 
Tout s'est dissipé dans la journée du 24, et le malade dit que les 
croûtes se détachent plus facilement qu'avant. 

Il résulte de cette injection que cinq milligramme- n'ont pas pro- 
duit plus d'effet. 
Il y a un effet général, mais rien de local. 

Le lendemain de la troisième injection, Wernera toussé; en outre 
la desquamation est plus abondante, les croûtes se détachent plus 
facilement. 
Quatrième injection à 0,009 milligrammes, le 26 décembre 1890. 
Avant à 10 h., température 36.2. 

36.5. 
36.4. 
36 5. 
36.5. 
37. 
Un petit frisson qui a duré trois quarts d'heure 

4 h. température 37.5. 

5 h. » 38.6. 

6 h. » 39.5. 

Sensation de froid dans tout le corps, frisson, toux, rougeur le la 
face et surtout des tubercules qui ne sont pas ulcérés, tuméfaction 

Institut Egyptien. 3 



11 h , 


» 


Midi, 


» 


lh., 


» 


2h., 


» 


3 h., 


» 



— 34 — 

de ces tubercules, surtout au sourcil, à la joue, ainsi que des tuber- 
cules non ulcérés qui forment comme des îlots au milieu des plaques. 
Courbature générale, mal de tète fort, froid aux pieds, mal aux mus- 
cles des jambes, aux genoux, malaise général. 
A 7 h., température 39.8. 
Enchifrènement du nez, envie de dormir, la voix devient rauque. 

8 h., température 39.8. 

Nausées, salivation, vomissements de glaires, le malade n'ayant 
rien pris depuis midi. Douleur au cou, à l'endroit ou sont les gan- 
glions lymphatiques engorgés. La peau de ces régions est rouge. 

9 h., température 39.8. 

10 h., » 39.1. Il s'endort. 
Minuit, température 39.5. 

5 h., » 39.1. 

6 h., » 38.9. 

7 h., » 38.8. 

8 h., » 38.7. 

9 h., » 38.5. 

10 h., » 38.3. 

11 h., » 38.2. 

Midi, même état local; le malade tousse de temps en temps. 
Il a pris un verre d'eau purgative qui l'a fait aller du corps une 
fois, la fatigue et le mal de tète ont diminué, l'appétit revient. 

Midi, température 38.2. 

IL, » 38.5. 

2 h., » 38.3. 

3 h., température 38.3. 

4 h., » 38.2. 

5 h., » 37.8. 

6 h., » 37.8. 

7 h., » 37. G. 

8 h., » 37.4. 

9 h., il s'endort. 

7 h., température 36.4. 

8 h., » 36.4. 

Tuméfaction des bords des plaques et des tubercules non ulcérés; 
leur couleur rouge est plus foncée que d'habitude; en outre, il y a 



— 35 — 

des suintements au centre des plaques, desquamation plus qua 
l'ordinaire; les croûtes se détachent très facilement; il se rend à s m 
domicile. 

La tuméfication et la rougeur ne sont pas très considérables comme 
il a été dit dans les journaux; elle se présente comme sur un point 
congestionné et non encore enflammé. 

De cette observation il résulte que 9 milligrammes suffisent pour 
produire un effet général assez évident, puisque la température a 
atteint 39.8 et un effet local accusé par la rougeur et la tuméfaction, 
quoique peu considérable, et la transsudation des plaques dont la 
surface luisante comme si elles avaient été frottées d'un corps gras, 
enfin la desquamation plus abondante et le détachement des croûtes 
plus facile. 

Sur cette lecture, S. E. M. le D r Hassan pacha Mahmoud 
fait observer que plusieurs malades sont actuellement 
soumis par lui, à l'hôpital de Kasr-el-Aïni, au traitement 
par la lymphe du D r Koch, et que ces malades, au nombre 
de cinq, présentent les cas suivants : 

Une tuberculose ganglionnaire. 

Deux phthisiques. 

Une tubercolose du péritoine. 

Un lépreux. 

Parmi ces malades, les uns ont eu une réaction très forte, 
d'autres une réaction légère, d'autres une amélioration 
sensible; mais le D r Hassan pacha Mahmoud ne peut se 
prononcer aujourd'hui sur le résultat de ce traitement. 
Il se réserve de communiquer, plus tard, ses observations 
à l'Institut. 

M. le D r Hadjès lit ensuite la première partie de sa 
communication sur : « Quelques considérations étiologi- 
« ques sur les phlegmasies utérines au Caire et leur trai- 
« tement par le curetage », puis l'Institut se forme en 



— 36 — 

comité secret pour procéder à l'élection de plusieurs 
membres correspondants, dont les candidatures ont été 
admises dans des séances antérieures. 

L'institut n'étant pas en nombre pour procéder utilement 
à ces élections, elles sont renvoyées à la prochaine séance. 

La séance est levée à 5 heures et demie. 



LISTE 



des journaux et ancrages reçus peu- l'Institut Égyptien 
du 28 décembre 1890 au 8 janvier 1891. 



EGYPTE 

Journal officiel, 'lèlègràphos, Moniteur du Caire, Petites-Affiches. 

ESPAGNE 

Académie royale d'histoire. — Bulletin, Vol. 17, fasc. 6. 

FRANCE 

Annales industrielles. — 2* sem. 1890, N' J * 24 et 25. 

Bibliographie de la France 1890. — N°s 51 et 52. 

Pharmacie centrale 1890. — N° 23. 

Société d'encouragement. — Résumé. 12 décembre 1890. 

•Société de géographie de tours. — Reçue, Novembre 1890. 

Société des ingénieubs civils. — Résumé. 7 et 19 décembre 1890. 

ITALIE 

Académie des lincei. — Comptes rendus. 2« sem. 1890, fasc. 8 et 9. 
Bibliothèque Victor-Emmanuel. — Bulletin. Mars 1890. 

MEXIQUE 

Documents sur le commerce. — 4 fasc. de juillet à octobre 1890. 



— 07 — 



SEANCE DU 6 FEVRIER 1891 



La séance est ouverte à 3 heures 1/4. 
Le président Yacoub pacha Artiiv étant momentané- 
ment absent du Caire, et le premier vice-président, 
D r Abbate pacha, étant retenu chez lui pour cause de 
maladie, la séance est présidée par S.E. Larmée pacha, 
deuxième vice-président. 
Étaient présents : 
S.E. le général Larmée pacha, vice-président. 
MM , Gavillot, secrétaire général, 
Barois, trésorier bibliothécaire, 
W. Abbate, 

BoiNET BEY, 
BRUGSCH BEY, 
D r CoGNTARD, 
DACOROGNA BEY, 
T. FlGABI, 
D r FOUQUET, 

Franz pacha, 
Grand bey, 
Hamilton Lang, 
Walter Innés, 
Kabis bey, 
Nicour, 

Osman bey Ghaleb, 
Peltier bey, 
A. M. Pietri, 
Saberbey Sabri, 

S.E. TlGRANE PACHA, 



membres résidents. 



— 38 - 

Madame la baronne de Malortie; MM.de Ortega-Morejon, 
consul général d'Espagne ; le comte d'Aubigny, ministre 
plénipotentiaire, chargé de l'agence et consulat général de 
France; G. Le Chevalier, commissaire-directeur de la 
Caisse de la Dette publique ; Prunier es, vice-président du 
Tribunal mixte; Bernardi, président de la chambre du rôle 
spécial ; Vercamer, président de la chambre de justice 
sommaire; le conseiller Scott; le colonel Chaillé Long bey; 
Boghos pacha Nubar; Cope Whitehouse ; Masson, direc- 
teur du Crédit Lyonnais; le baron de Malortie, etc. assis- 
taient à la séance. 

La lecture des procès-verbaux des deux dernières 
séances a été renvoyée à la réunion du mois de mars. 

M. Gavillot annonce les envois reçus par l'Institut 
pendant le mois de janvier 1891 et dit que l'état en 
sera publié à la suite du procès-verbal de la présente 
séance. 

M. le secrétaire général signale à l'attention de ses 
confrères le don gracieux et des plus importants fait à 
l'Institut par M. 0. Borelli bey, d'un grand nombre de 
documents originaux, ou visés par les chefs militaires de 
l'expédition française en Egypte, qui avaient été envoyés 
à Marcel, interprète de l'armée et directeur de l'imprimerie 
arabe fondée par Bonaparte au Caire, pour y être imprimés. 

Ces documents ont été l'objet, de la part de M. 0. Borelli 
bey, de travaux remarquables : chaque pièce est accom- 
pagnée d'une traduction, de notes historiques et de con- 
cordance, puisées dans tous les auteurs qui ont traité de 
l'histoire de l'expédition française. Le catalogue de ces 
documents sera présenté ultérieurement à l'Institut , 



- 39 — 

M. le Président charge M. Gavillot de transmettre à 
M. Borelli bey tous les remerciements de ses confrères 
pour sa générosité et donne la parole à M. Prompt pour 
faire sa communication sur La Vallée du Nil. 



M. Pro3ipt s'exprime ainsi 



Messieurs, 

Votre président a bien voulu me dire que plusieurs des membres 
de l'Institut désiraient m'entendre dans une conférence sur le Nil. 
L'expression de ce désir est très flatteuse pour moi et je viens 
m'empresser d'y satisfaire. 

Vous connaissez tous le Nil. Vous avez tous admiré ses ravissants 
paysages, ses couchers et levers de soleil, ses monuments admira- 
bles comme style et comme grandeur. 

Je n'ai rien à vous apprendre sur ces questions si intéressantes, 
et mon but est aujourd'hui de vous faire voir la vallée du Nil avec 
les yeux d'un ingénieur. 

Les visions d'un ingénieur sur le Nil lui représentent non seule- 
ment les monuments d'un passé si glorieux, mais aussi ceux d'un 
avenir possible non moins admirable et facile à réaliser. 

Pour ma part, quand je prends une carte de la vallée du Nil 
d'Alexandrie aux grands lacs, et que je mo représente les travaux 
qui peuvent être faits et les résultats qui peuvent être obtenus, 
dans dix ans, par exemple, je vois : 

Le Delta cultivé en entier et recevant de l'eau en quantité suffi- 
sante pour tous ses produits. A droite et à gauche de nouvelles 
terres ont été mises en exploitation de sorte qu'en réalité,la surface 
des terres cultivées a doublé. 

Je vois la Haute-Egypte abandonnant la culture chetwy et pro- 
duisant du coton, du sucre, du café, des arachides, des gommes, du 
caoutchouc, etc. 

Je vois sur le Nil, entre Assouan et Khartoum, une première 
série de quatre à cinq barrages pouvant retenir d'énormes quantités 



— 40 — 

d'eau destinée à être employée dans les cultures pendant l'étiage 
du Nil. Les vannes de ces réservoirs sont manœuvrées à la suite 
de dépêches du Caire, où l'Administration des irrigations veille sur 
les besoins de tous dans la vallée du Nil. 

Je vois aussi, à partir d'Assouan, une autre série de barrages et 
d'écluses permettant à une navigation régulière de remonter le Nil 
jusqu'à Gondokoro. Adroite et à gauche de cette voie navigable, les 
terres Guézireh et celles qui les bordent sont cultivées partout et 
produisent les mêmes récoltes que la Haute-Egypte. 

Je vois aussi l'Egypte couverte de chemins de fer et le long 
ruban de la vallée du Nil relié par une ligne ferrée avec le long 
ruban de la mer Rouge, à 800 kilomètres d'Alexandrie, ce qui 
permet l'échange des produits de l'Arabie et de l'Extrême-Orient 
avec l'Egypte. 

Mais, dira-t-on, toute cette vision n'est qu'un mirage, produit de 
votre imagination. Gomment peut-on, en effet, réaliser de pareilles 
merveilles sans y employer des ressources immenses? Où sont ces 
ressources ? 

Je répondrai : si l'on tient compte des difficultés spéciales que 
l'on a rencontré jusqu'à présent en Egypte pour exécuter de grands 
travaux, on peut dire qu'on a fait beaucoup, autant qu'ailleurs 
peut-être ; mais si l'on cherche à savoir ce qui manque pour l'entier 
développement du pays, on peut dire aussi qu'il reste beaucoup à 
faire ; de telle sorte qu'un ingénieur peut trouver encore en Egypte 
de grandes quantités de travaux de premier ordre, au point de vue 
des résultats qui en seront la conséquence . 

Quant à moi, j'ai choisi, vous le comprenez, ceux qui seront les 
plus avantageux et dont les produits seront obtenus à échéances 
assez rapprochées. On py.irra donc les organiser de telle manière 
qu'ils puissent payer eux-mêmes directement leurs frais de premier 
établissement sans l'intervention d'aucune puissance financière. 

Il sera possible de les entreprendre tous à la fois, même sans que 
le gouvernement soit obligé d'y appliquer une partie quelonque de 
ses ressources. Il n'aura à leur donner que son approbation et sa 
protection. C'est ce que je prétends vous démontrer dans cette 
conférence . 



41 — 



ELEMENTS DE RESSOURCES DE L EGYPTE 

A cet effet, voyons d'abjrd quels sont les besoins et les ressources 
de l'Egypte 

Vous connaissez tous la fable du Khédive et du cheikh; elle 
donne une idée de C3 que L'on psut obtenir en Egypte : 

Le Khédive, devant une plaine aride et peu habitée, fait des 
reproches au cheikh : 

« C'est ta faute, lui répond celui-ci, tu aurais dû nous donner 
de l'eau, et si tu m'en donnais il en serait autrement.» 

« Tu auras de l'eau et je reviendrai pour v >ir la réalisation de te; 
promesses» répond le Khédive. 

Quelques années après, il revient en effet, et est fort étonné de 
voir partout des villages ent >urés de cultures magnifiques. 

La fable ne dit pas quel impôt le gouvernement mit ensuite sur 
ces terres, mais orame le montant total de l'impôt était suffisant 
et ne devait pas s'accroître, on peut affirmer que l'Egypte eut la 
base de ses impôts diminuée omme résultat final. 

Voilà la situation : 

Le soleil est toujours là . 

La surface des terres cultivées peut être indéfiniment augmentée 
mais il faut de l'eau, et avec de l'eau la base de l'impôt foncier sera 
diminuée. 

Il n'y a pas, en effet, à se pré tccuper de la population en Egypte. 
Dès qu'il y a de l'eau assurée et si les impôts sont modérés, la 
population arrive bien vite de tous les points de l'horizon et elle 
augmente aussi plus lentement par la onservation des enfants, 
dont la plus grande partie périt aujourd'hui de misère. 

J'ai quelquefois entendu dire : les ouvriers manquent en 
Egypte. Mais comment expliquer alors que pendant les mois où le 
travail abonde dans la Basse-Egypte, d'août à oct >bre, on laisse, 
dans la Haute-Egypte, sans les occuper, plus d'uu million 
d'hommes et de femmes valides, c >uchés sur les digues sans 
aucune occupation et sans ressources suffisantes. 

Malheureusement un fait nouveau se produit depuis quelque 
temps dans le monde entier. 



— 42 



BAISSE CONSTANTE DU PRIX DES DENREES AGRICOLES. 

Le prix des produits agricoles vont toujours en diminuant depuis 
vingt-cinq ans ; le tableau suivant, pris dans les publications de 
l'administration des Domaines, donne la loi de ces diminutions en 
Egypte. 





COTON 


GRAINES 

de 

coton 


BLÉ 


ORGES 


FÈVES 


FERMAGES 


Années 1880 


P. T. 

277 
262 
290 


P. T. 

72 
72 
62 


P. T. 

107 
120 
104 


P. T. 

61 
67 
58 


P.T. 

86 

82 
92 


P.T. 

126 


» 1881 


144 


» 1882 


151 


Totaux 

Moyennes . 


829 
276 


206 
68 


331 
110 


186 
62 


260 
87 


421 
140 


Années 1887 


245 
255 
259 


54 
63 

58 


76 
81 
81 


50 
46 
46 


79 
79 
82 


128 


» 1888 


122 


» 1889 


107 


Totaux , . 
Moyennes. 


759 
253 


175 

58 


238 
79 


142 

47 


240 
80 


357 
119 


Différences 


23 


10 


31 


15 


7 


21 






Movennes de 1880-81-82... 
1890...-. ...... 


276 
230 


68 
51 


110 

75 


62 
42 


87 
' 81 


140 
105 


Différences 


46 


17 


35 


20 


6 


35 







Si l'on prend, par exemple, le blé, autrefois il valait 110 piastres 
l'ardeb, il vaut aujourd'hui 75 piastres. En retranchant 10 piastres 
en moyenne pour le transport en chemin de fer, il reste 65 piastres, 
soit 195 piastres par feddan, en supposant une production de 3 
ardebs et demi par feddan, dont le demi-ardeb pour la semence. Si 
l'on déduit l'impôt (lOO piastres), il reste 95 piastres. Que peut 
gagner le fellah avec ce prix de vente à Alexandrie de 75 piastres 
par ardeb, qui dans peu descendra peut-être même à 60 piastres ? 

Si l'on prend au contraire le coton et que l'on suppose un 
produit moyen de deux cantars 80 par feddan, le prix à Alexandrie, 



- 43 — 

aujourd'hui, est encore de 641 piastres. Eu retranchant 28 piastres 
pour le transport et 300 piastres pour l'impôt et l'arrosage, il reste 
373 piastres pour la culture et le bénéfice net. 

Cette situation est loin d'être bonne et un abaissement sérieux 
du taux des impôts est indispensable. Cependant on peut encore 
espérer pouvoir continuer à cultiver du coton avec des bénéfices 
faibles, mais est-il raismnable de croire que l'on pourra longtemps 
continuer à cultiver le blé ? Je ne le crois pas et à mes jeux la cul- 
ture chetwi toute entière disparaîtra forcément dans quelques 
années. Que deviendra alors la Haute-Egypte, si en ce moment on 
ne lui a pas encore amené de l'eau séfi ? 

Ce n'est dmc pas l'eau chetwi, l'eau de la crue qui est désormais 
intéressante pour l'Egypte, c'est exclusivement l'eau séfi, c'est-à- 
dire l'eau d'étiage,dont les cultures peuvent permettre des bénéfices 
et un abaissement des impôts. 

DIMINUTION PROGRESSIVE DES ETIAGES DU NIL. 

Malheureusement encore, d'un autre côté, le débit de l'eau 
d'étiage décroît tous les ans dans le Nil. Le tableau ci-après 
le démontre ; il correspond à la dernière période de quinze ans. 

COTES MINIMA AU NILOMÈTRE D'ASSOUAN 

le 6 juin de chaque année, et comparaison. 



ANNÉES 


PICS 


KIRATS 




ANNÉES MAUVAISES 


ANNÉES MÉDIOCRES 








K. 


p. 




P. 


K. 




1877 


2 


3 


13 p. 10 k. 














1878 





M 


en total 





7 










1879 


6 


2p.l6k.V 2 












; 


1880 


3 


4 


en 






~ 






£ 


1881 


1 


19 


moyen n e 






£ 


1 


19 




1882 





20 


7 p. 20 k. 





20 


m 






o 


1883 


1 


17 ( 


en total 






ci 


1 


17 


_o 


1884 


o 


11 


lp.l2k.y 2 






3 
ce 








1885 


Ô 


20 y 


en moy. 





20 


S 






s 


1886 


1 


14 ] 


6 p. 19 k. 






tr 1 


1 


14 




1887 


2 


14 


en total 






O 






% 


1888 


ï 


11 


lp. 7 k. 






1 


11 


3 


1889 





13 


en 





13 










1890 





15 ) 


moyenne 





15 











— 44 — 

Depuis quatorze ans, cinq années mauvaises, quatre années 
médiocres et cinq bonnes. 

Depuis dix ans (1881) quatre années mauvaises, quatre médiocres 
et deux bonnes. 

M. Stanley affirme qu'au lac Nyanza-Victoria, il y a aujourd'hui 
des cultures sur des points que l'eau couvrait autrefois et dont le 
niveau aurait baissé. 

En Europe, le même fait de la diminution des étiages a été observé 
aussi. 

Ce résultat serait déplorable et il y aurait lieu de redouter 
l'avenir, si l'on ne voyait, en même temps que le danger, un remède 
facile à réaliser. 

Le doute n'est plus permis, et il faut reconnaître que l'Egypte 
d'aujourd'hui est menacée dans toutes ses richesses et dans son 
existence même, par la nature des choses, sans avoir besoin, pour 
cela.de supposer que les riverains au-dessus de Wadi-Halfa peuvent 
utiliser l'eau d'étiage et en priver l'Egypte absolument. 

NÉCESSITÉ DE RÉSERVOIRS DANS LA HAUTE-EGYPTE. 

De tous temps, on peut l'affirmer, l'Egypte s'est préoccupée d'avoir 
des réservoirs; on a cherché où était le lac Mœris qui recevait les 
excédents des grandes eaux et les restituait à la» vallée du Nil. On 
croit l'avoir trouvé dans le Fayoum, mais sa surface et son cube 
devaient être bien faibles. 

Pour moi, la solution est celle que j'ai proposée au gouvernement 
dans mon rapport du 27 février 1890. 

DESCRIPTION SOMMAIRE DE LA VALLEE DU NIL. 

Mais, pour bien faire comprendre mes propositions, il faut vous 
dire quelques mots de la vallée du Nil en n'employant que des 
chiffres ronds dans ma description. 

Le trop plein du lac Nyanza-Victoria, le plus grand réservoir 
d'eau douce connu, s'échappe par une c mpure placéeau nord du lac 
vient se réunir à celui du lac Mououtan Uzigueh et forme le Nil, 
qui coule entre 1 equateur et le 31 me degré, à Damiette et Rosette. 

Le fleuve se dirige du sud au nord, en suivant à peu près le 32 me 
degré de longitude dont il ne s'écarte que rarement, excepté entre 



— 45 — 

Khartoura et Assouan, première cataracte située près du tropique 
du Cancer; sa longueur totale est de 5.000 kilomètres. 

La région des lacs est à la cote 1.100 ou 1.130 mètres. Les chutes 
sont très rapides jusqu'à Lado ou Gondokoro dont la cote est 537 
mètres à une distance de 4.600 kilomètres de la Méditerranée. 

La chute est donc très brusque, G00 m pour 400 kilomètres, soit 
l m 50 par kilomètre. 

Le Nil est ensuite bordé du côté gauche par une contrée plate 
appelée le pays des rivières, qui n'est, à proprement parler, dans 
l'état actuel, qu'un immense marais limité au nord par la rivière 
des Gazelles. Le Nil prend ensuite le nom de Nil Blanc et sépare 
le Kordofan du Senaar. 

Entre Gondokoro etBerber, il n'y a aucune cataracte importante, 
et on peut dire que la navigation est libre. 

A Khartoum, le Nil reçoit le Nil Bleu et àBerber l'Atbara, dont 
les sources sont en Abyssinie. 

De Berber à la mer, sur 2700 kilomètres, le Nil ne reçoit aucun 
affluent ni grand ni petit. Les pluies, abondantes au sud de Khar- 
toum, cessent à peu près complètement au nord et le Nil n'est que 
le canal d'égouttement des pluies de la région du sud qui ont lieu, 
surtout à Khartoum, du l or juillet au 15 septembre, et de la rivière 
des Gazelles aux grands lacs, d'avril à n )vembre. 

Les affluents du Nil, y compris la rivière des Gazelles, ne four- 
nissent pas d'eau au Nil en été, de sorte que, si l'on fermait par un 
barrage la sortie des grands lacs, l'Egypte devrait revenir à la 
culture chetwy qui dépend seulement des crues du Nil et renoncer 
à la culture sé/2,à moins de faire des réservoirs dans le Haut-Nil. 

Ce fieuve immense ne charrie aucune espèce de matériaux. Les 
eaux, surtout pendant les crues, sont chargées de limon très divisé 
qui ne se dépose que lorsque la vitesse du courant est extrêmement 
faible. Cette observation est très importante, parce qu'elle prouve 
qu'on peut faire dans le lit lui-même du Nil des réservoirs qui ne 
seront comblés ni par les matériaux roulés ni même par des vases 
comme on l'a dit par erreur. Il y aura seulement des dépôts pen- 
dant le temps où l'eau sera retenue sans vitesse dans les réservoirs 
et quel que soit le système des murs que l'on emploiera. Mais ces 
vases pourront être enlevées tous les cinq ou six ans par des dra- 



— 46 — 

gués à su;oir, au prix d'une demi-piastre le mètre cube, soit 500 
livres par 100,000 mètres, et être vendues comme engrais par toute 
l"Egypte. Ces dépôts donneront donc lieu à une ressource finan- 
cière. 

J'ai dressé un profil en long du Nil, d'après les profils faits à 
diverses ép>ques par M. Fowler, en 1873, pour les études d'un che- 
min de fer de Wadi-Halfa à Cliendy (ligne verte) et par E. Braj,en 
1805, d'Assouan à Khartoum (ligne bleue). 

PENTES TRÈS DOUCES DU NIL ET DES CATARACTES 

J'ai discuté ces profils, qui diffèrent sensiblement, et adopté 
comme probable (d'après les renseignements que j'ai fait rechercher 
moi-même jusqu'à Wadi-flalfa), la ligne noire du profil ci-joint 
jusqu'à Assouan, la ligne bleue d'Assouan à Wadi-Halfa et la ligne 
rouge de Wadi-Halfa à Khartoum. 

L'inspection de ce profil démontre certaines conditions spéciales 
au fleuve et qu'il importe de constater. 

En premier lieu, la pente du fleuve est extrêmement faible de 
Gondokoro à Alexandrie : la pente totale est de 537 mètres pour 
4600 kilomètres, soit une pente de m 117 par kilomètre. 

Entre le dessus de la cataracte d'Assouan et le pied de celle de 
Wadi-Halfa, la chute totale est de 23 m. 18 pour 338 kilomètres, 
soit une pente de in. 069 par kilomètre, c'est-à-dire peu supérieure 
à celle de la Tamise devant Londres à certains moments de la 
marée. 

Entre le dessus de la cataracte de Wadi-Halfa et un point situé à 
511 kilomètres vers le sud, la pente est un peu plus forte, quoique 
encore très faible (0 m. 133 par kilomètres). 

Entre un autre point situé à 115 kilomètres du dernier et Khar- 
toum, sur 630 kilomètres, la pente est de m. 11 par kilomètre. 

GRANDEUR DES RESERVOIRS. 

Il en résulte que des murs de réservoir de 16 mètres correspon- 
dent, comme niveau, à des points situés à 230 kilomètres vers le sud, 
pour la première partie du Nil ; à 120 kilomètres pour la seconde 
et à 145 kilomètres pour la troisième. 

Si l'on suppose une largeur moyenne d'un kilomètre, les réser- 



- 47 — 

voirs renfermer ont respectivement pour une hauteur de mur de 
16 mètres : 

Pour la première partie : un milliard huit cent quarante millions 
de mètres cubes ; 

Pour la seconde : neuf cent soixante millions ; 

Pour la troisième : un milliard cent soixante millions. 

La hauteur de 16 mètres pourrait être augmentée dans de cer- 
taines circonstances ; mais il ne faut pas oublier que les cubes des 
maçonneries des murs de réservoirs augmentent presque proportion- 
nellement aux carrés des hauteurs, ce qui veut dire, par exemple, 
que pour une hauteur double on a un cube quatre fois plus grand. 

En second lieu, les pentes des cataractes s )nt aussi très faibles. Je 
ne connais exactement que celles d'Assouan et de Wadi-Halfa, 
mais je sais que cette dernière est une des plus rapides et certaine- 
ment la plus grande comme hauteur totale. 

Pour Assouan, on trouve m. 60 par kilomètre, c'est-à-dire la 
pente du Rhône devant Lyon. 

Pour Wadi-Halfa, on trouve m. 30 par kilomètre, c'est-à-dire la 
pente de la Seine devant Paris. 

Ce qui rend la navigation impossible, c'est la constitution du lit au 
milieu de rochers innombrables. Ne sait-on pas, en effet., que 1450 
ans avant Jésus-Christ, le roi Usertsem III (toujours vivant) com- 
manda dans la première cataracte la construction d'un canal dans 
lequel il vogua pour écraser Ethiopie (la vile). Plus tard, 
Tottmès III le fit nettoyer ; aucune écluse ne rachète la pente. La 
navigation fut donc possible malgré cette pente. 

QUANTITÉ D'EAU d'ÉTIAGE NÉCESSAIRE. 

Voyons maintenant les conséquences que l'on peut tirer de cette 
situation du lit du Nil. 

On sait qu'avec une rotation bien conçue pour la distribution de 
l'eau séfi à partir du Barrage, la Basse-Egypte actuelle peut être 
bien servie avec un cube de 25 millions de mètres par jour, puisque, 
dans ces dernières années, on a pu marcher, asse;ï mal il est vrai, 
avec 17 millions par jour et que le manque d'eau ne correspond en 
général qu'à 75 jours au plus. 

Il en résulte qu'un milliard et demi de mètres donnant, pendant 



— 48 - 

ces 75 jours 20 millions par jour, les manquants les plus redoutables 
pour les irrigations de la Basse-Egypte seront couverts par 8 mil- 
lions par j »ur. Il restera donc pour augmenter la surface cultivable 
en séfi 12 millions par jour, c'est-à-dire la moitié de ce qui est 
nécessaire pour la Basse-Egypte tout entière, qui compte 4 millions 
de feddans. Ces 12 millions de mètres cubes d'eau sont donc suffi- 
sants pour assurer la culture séfi dans toute la Haute-Egypte, un 
seul réserv.ur placé entre Assouan et Wadi-Halfa peut donc suffire 
pour le moment. 

POSITIONS DES RÉSERVOIRS POSSIBLES. 

Mais on peut, vu la longueur du Nil entre les deux cataractes 
d'Assouan à Wadi-Halfa, y placer deux réservoirs au lieu d'un seul. 
Ils donneraient facilement deux milliards et demi de mètres cubes 
d'eau. 

Une semblable opération pourrait être faite entre Wadi-Halfa et 
un point situé au delà de Dongola. La pente étant plus forte, on 
obtiendrait ainsi un milliard et demi de mètres cubes. 

Une troisième opération analogue pourrait être faite entre Abou 
Hamet et Berber. la quantité d'eau que pourrait fournir cette série 
de réservoirs peut donc être considérée comme indéfinie. 

ÉTABLISSEMENT D'UN PREMIER RÉSERVOIR. 

Le gouvernement a très bien compris l'importance de cette 
question, et il a envoyé un des ingénieurs les plus distingués du 
corps des irrigations pour étudier le projet de réservoir que j'ai 
indiqué dans mon rapport du 27 février 1890, dans les étroits de 
Kalabchah, en amont d'Assouan et sur la ligne même du tropique 
du Cancer. 

Je crois que les études de cet ingénieur donneront les meilleurs 
résultats. 

Diverses personnes m'ont assuré que, d'après lui, le mur destiné à 
former le réservoir doit être dessiné non pas d'après le projet que 
j'ai envoyé à S. E. le Ministre des Travaux publics sur sa propre 
demande, mais d'après le type déjà construit près du Caire par 
l'ingénieur Mougel bey. 

Je ne crois pas devoir entrer ici dans des considérations purement 
techniques, qui ne vous intéresseraient pas, sur le mérite des divers 



— 49 - 

sj r stèmes de mur qu'il est possible d'employer pour former un 
réservoir. Ce qui vous importe, c'est que l'eau soit approvisionnée 
et mise à la disposition des agriculteurs; le reste est un détail 
d'exécution sans grande importance. 

N tus avons donc déjà la certitude que le premier réservoir sera 
entrepris par le gouvernement d'ici peu. 

Le projet que j'ai envoyé au Ministère c >ûterait 350,000 à 403,000 
livres, et des entrepreneurs seraient prêts à l'entreprendre à fjrfait 
pour ce prix et à le commencer immédiatement. 

Bien que l'idée que j'ai émise, il y a seulement un an, dans mon 
rapport du 27 février 1890, de placer des réservoirs dans le lit môme 
du Nil, ait provoqué alors un certain étonnement, elle n'en est d)nc 
pas moins, en ce moment, en voie de réalisation. 

N'est-t-il pas certain qu'avec de l'eau séfi en quantité indéfinie, on 
pourra accomplir une partie des merveilles que je vous ai indiquées 
il y a un instant, et que l'abaissement des impôts, qui en sera la 
conséquence, permettra à l'Egypte de lutter avec la concurrence 
étrangère pour tous ses produits. 



NECESSITE DES RESERVOIRS AU POINT DE VUE DE LA SANTÉ PUBLIQUE. 

Avant de terminer ce qui est relatif aux réservoirs, je dois vous 
entretenir d'une question des plus importantes pour la santé publi- 
que en Egypte 

S.E. Greene pacha a bien v uilu me montrer les courbes remar- 
quables qu'il a fait dresser pour la mortalité, et il en résulte que. 
dans le pays où l'on but de l"eau prise à l'étia'ge du Nil, la mortalité 
croit d'une manière importante quand le Nil est très bas et qu'elle 
diminue successivement à partir du moment où la crue se produit. 

Au contraire, dans les villes où l'on boit toute l'année l'eau appro- 
visionnée pendant les crues : Rosette, Damiette, etc., la mortalité 
n'augmente pas pendant le bas Nil .11 en résulte qu'un ourantrap.de 
dans le lit du Nil est indispensable pour la santé publique. Seuls 
les réservoirs peuvent réaliser cette importante amélioration. et leur 
construction serait au besoin suffisamment justifiée, à mon avis, par 
cette considération seule. 

Institut Égyptien. 4 



50 — 



CANALISATION DU NIL 



J'arrive à la canalisation du Nil : cette seconde série de barrages 
que je vous ai indiquée dans ma vision du Nil de l'avenir. 

Au point de vue p ilitiqae, le prolongement du chemin de fer 
s'imposera peut-être plus tard jusqu'à Assouan, mais au point de 
vue économique, il semble que le point terminus peut rester indéfi- 
niment à Luxor, station jusqu'à laquelle il est déjà question de la 
prolonger. 

Je n'ai donc à m'occuper que de la navigation à partir du pied de 
la cataracte d' Assouan, puisqu'elle est libre jusqu'à ce point. 

COUT DE LA CANALISATION 

Dans mon rapport adressé au gouvernement le 27 février 1890, 
j'ai évalué le prix de premier établissement de cette navigation 
à 2.800.000 livres; mais les renseignements nouveaux que j'ai 
recueillis depuis me font penser que ce chiffre sera réduit notable- 
ment ; je suppose qu'elle coûtera, tous frais ompris, 2.500.000 
livres. 

Je vous donnerai tout à l'heure des explications à ce sujet, mais 
il importe auparavant de suivre mon raisonnement sans arrêt. 

On ne peut nier que le crédit de l'Egypte ne soit aujourd'hui à la 
hauteur de ceux de l'Angleterre et de la France, où les consolidés 
rapp )rtent 3 0/q environ et oii les valeurs industrielles ne donnent 
que 3 à 3 1/4 ,,. 

CONCESSION A UNE SOCIÉTÉ FINANCIÈRE 

Si donc l'on dit aux sociétés de construction de divers pays, 
l'Egypte vous garantit d'abord un intérêt de 3 0/o du capital à em- 
ployer dans une grande opération, mais elle vous donne, en outre, 
des avantages considérables qui vous rapporteront probablement un 
intérêt très supérieur, il n'est pas douteux qu'elles se disputeront des 
travaux ainsi gagés . 



— 51 — 

Or 3 0/o de 2.500.000 livres représentent 75.000 livres. Les frais 
d'exploitation d'une navigation étant presque nuls, les sommes qui 
pourraient être hasardées annuellement, si l'on garantissait à une 
société de construction l'intérêt de 2.500.000 livres, ne pourraient 
dépasser 85.000 livres. 

Examinons s'il pourrait y avoir un risque quelconque à donner 
cette garantie au sujet de l'exécution des travaux de la canalisation 
du Nil. 

Supposons la navigation faite jusqu'à Khartoum. 

Avant le soulèvement de 1885, les statistiques établissaient que 
les produits du Soudan se divisaient en trois groupes : le premier se 
dirigeait sur Souakim, le second sur le Nil et le Caire, le troisième 
sur Massaouah ; le dernier était le m uns important. Les marchan- 
dises étaient de grande valeur : de l'ivoire, des plumes, de la 
gomme, etc. Leur poids était évalué au Caire, d'après le tableau 
ci-dessous, à 9,000 tonnes environ, avec une valeur de 13 millions. 
Dans l'année 1869-1870, à Souakim, la valeur des exportations a été 
de 46 millions de piastres. Nous supposerons un poids de 8,500 
tonnes. Les importations se faisaient principalement par le Caire, 
nous évaluerons le tonnage total à 25,000 tonnes. 

Cire jaune 100.000 kilog. 

Café Moka (Arabie) . . 1 . 300 . 000 » 

Dents d'éléphant 19.000 

Gommes 7.000.000 » 

Peaux brutes 90.000 » 

Plumes d'autruche .. 90.000 » 

Séné 340.000 » 

Tamarin 35.000 » 

Musc 300 » 



Totaux. . . 



440.000 Fr 


2.400.000 


» 


200.000 


» 


8.000.000 


» 


800.000 


» 


1.300.000 


» 


150.000 


» 


32.000 


» 


33.000 


» 


13.365.000 Fr. 



J'ai prouvé dans mon rapport présenté le 27 février 1890, que les 
voies de Kassala-Massaouah ne pouvaient lutter contre la naviga- 
tion du Nil ; celle de Souakim le pmrrait encore moins. 



— 52 — 

TONNAGE ASSURÉ A LA CANALISATION 

On doit donc admettre que l'ancien courant de marchandises se 
reproduira au profit de la navigation du Nil, soit 25,000 tonnes 
bien sûres, qui ne reposent sur aucune hypothèse gratuite. 
Quel tarif peut-on faire supporter à cette marchandise ? 
Dans mon rapport du 27 février 1890, j'ai prouvé que.si un chemin 
de fer était exécuté entre Massaouah et Khartoum, il ne pourrait 
porter à la Méditerranée les marchandises d'exportation à moins 
de 2 L. E. 40; mais ce chemin de fer n'est pas fait et l'Italie n'a 
demandé pour la limite de sa sphère d'influence que Kassala et 
l'Atbara. Ce chemin de fer ne sera donc jamais fait si l'Egypte 
arrive à Khartoum de son côté. 

On pourrait dès lors appliquer à ces 25,000 tonnes un tarif total 
de 4 livres au moins, ce qui donnerait 100,000 livres. 

La voie de Khartoum-Alexandrie aurait donc cette recette assurée 
et elle permettrait de garantir à une entreprise concessionnaire 
85,000 livres, en conservant 15,000 livres pour les frais de trans- 
port entre Luxor et Alexandrie. 
Voilà un résultat bien précis. 

Voyons maintenant quelles seront les autres ressources probables. 
Si une navigation régulière arrive jusqu'à Khartoum, les deux 
bords du Nil seront plus au moins bien cultivés sur toute la longueur 
de cette navigation qui aura 1,700 kilomètres. 

CULTURES NOUVELLES ET TRANSPORTS CORRESPONDANTS 
POUR LA NAVIGATIOX. 

Je n'ai nul besoin de connaître plus ou moins exactement les 
surfaces correspondantes, mais ils est certain qu'elles seront consi- 
dérables. 

D'après tous les renseignements que nous avons pu nous procurer, 
on trouve généralement sur le bord du fleuve, entre Wadi-Halfa et 
Khartoum, des bandes de terrain de peu de largeur, 100 à 200 
mètres, de temps en temps de grandes surfaces cultivables situées 
à la hauteur ordinaire ' des cultures nilotiques. Comme, le long du 
fleuve , il y aura fréquemment des barrages relevant l'eau à 6 m. 
environ au-dessus de l'étiage, les surfaces cultivables auront de 



— 53 — 

l'eau d'arrosage à niveau des cultures sans qu'il soit nécessaire de 
payer des élévations artificielles. 

A Dongoia, à Berber, ces surfaces cultivables seront certainement 
d'une grande importance. 

( ! msidér ms une surface de 100,000 feddans. On peut admettre 
que les agriculteurs feront le plus possible des cultures d'expor- 
tation, et alors chaque feddan, d'après les résultats delà Haute et de 
la Basse-Egypte assurerait au chemin de fer un poids de 300 k. 
d'exportation ou d'importation avec un prix de transport très bas, 
ou un poids de 150 k. avec un prix de transport élevé. 

En somme on peut compter que chaque feddan apportera au 
chemin de fer et à la navigation des recettes minima de 20 piastres 
tarif pour les marchandises seulement. 

100,000 feddans donneront donc au chemin de fer pour les 
marchandises 20.000 livres. 

Et avec les voyageurs 30.000 » 

Je n'ai pas de renseignements précis sur le nombre de feddans 
qui seront cultivés quelques années après que la navigation sera 
établie sur toute la ligne du Nil, mais on peut voir, d'après ce qui 
précède, que si l'on suppose 500, 000 feddans, on aura les produits 
suivants, comme conséquence de l'établissement de cette navigation, 
pour le chemin de fer et en dehors des impôts gouvernementaux. 

Marchandises de grande valeur d'exportation L. E. 103.000 

Marchandises résultat de la culture ordinaire et 

voyageurs , » 150 . 000 



Total... L.E. 250.000 

Il est impossible aujourd'hui de savoir exactement la surface cul- 
tivable des anciennes provinces du Soudan. On sait cependant, pour 
Dongola par exemple, que les habitants ne cultivaient que pour 
leurs bes >ins personnels et qu'ils préféraient se livrer au commerce. 

Il y avait avant la révolte 60,000 feddans cultivés et 6,000 saquiehs 
à raison de 10 feddans par saquieh ; en y joignant les 30,000 ense- 
mencés après le retrait de la crue, on trouve 90,000 feddans qui, 
d'après les renseignements recueillis, ne constituent que le tiers 
des terres cultivables. 



— 54 — 

Dans la province de Dongola seule, on peut donc admettre qu'il y 
a plus de 300,000 feddans qui peuvent être cultivés en séfl quand on 
aura créé la canalisation du Nil et que les eaux d'étiage exhaussées 
seront au niveau du sol . 

Cette province donnait environ 45,000 livres d'excédent de 
recette au budget de l'Etat, malgré l'éloignement des habitants 
pour l'agriculture ; eile possède 600,000 dattiers. 

Vous jugerez si le chiffre de 500,000 feddans, supposé comme sur- 
face qui sera cultivée entre Wadi-Halfaet Khartoum quand la navi- 
gation y sera établie, est exagéré. Je ne le crois pas, et je pense 
même qu'il sera faible par rapport à la réalité. Que dire des déve- 
loppements que le commerce et l'industrie donneront à cette 
immense contrée du Soudan? 

Je reviens à l'établissement de la navigation au point de vue 
technique et militaire. 

MOYENS A EMPLOYER POUR FAIRE LA CONSTRUCTION 

Je le diviserai en trois parties : entre Assouan et le dessus de la 
cataracte de "Wadi-Halfa, de Wadi-Halfa à Dongola et de Dongola 
à Khartoum : 

1° Entre Assouan et Wadi-Halfa, il n'y a aucune difficulté au 
point de vue militaire ni au point de vue technique. Un petit bar- 
rage de 6 m suffira à Assouan. 

Un grand barrage de 15 ni sera nécessaire à Wadi-Halfa. Ces deux 
murs créeront, sur ces points, deux lacs, dont le second aura une 
grande surface ; mais le plan supérieur, dans les deux cas, dominera 
les cataractes. Des écluses permettront à la navigation de passer, 
sans difficulté, en Dut état des eaux du Nil. 

2° Entre Wadi-Halfa et Dongola, cinq à six barrages de 5™ de 
hauteur seront suffisants. En dehors des écluses, leur exécution ne 
donnera lieu à aucune maçonnerie fixe et seulement à la onstruc- 
tion de blocs artificiels qui seront aussitôt immergés et à des cubes 
importants de moellons qui seront placés derrière les murs formés 
eux-mêmes par ces blocs artificiels. 

Les écluses seront d'un modèle très simple et suffisantes pour 
une navigation dont le tirant d'eau sera d'un mètre. 

Au point de vue militaire, l'occupation en avant des travaux sera 



— 55 — 

soutenue par des chaloupes canonnières et ravitaillée par une navi- 
gation régulière à vapeur, entretenue aux frais de la Compagnie 
exécutante. Je regarde comme certain que les indigènes, aujour- 
d'hui révoltés, viendront prendre part aux travaux et gagner de 
6 à 8 piastres par jour, au lieu de les attaquer. 

Que pourraient, d'ailleurs, ces hordes misérables contre des cha- 
loupes canonnières, soutenues par des soldats organisés dans le 
couloir de la vallée du Nil. 

3° Entre Dongola et Berber, les mêmes observations s'appliquent 
à cette partie des travaux. 

Je crois que la conquête du Soudan en dehors de la vallée du Nil 
à travers le désert, sans navigation assurée., est une œuvre difficile 
sin m impossible. L'occupation pacifique et successive de la vallée 
du Nil me paraît devoir être faite, au contraire, sans coup férir. 

En résumé, je regarde comme certain que, si le gouvernement 
veut concéder à une société financière la navigation telle que je 
viens de l'indiquer, avec droit de navigation sur les écluses, pro- 
priété des terrains qui n'ayant pas d'occupants actuels appartien- 
nent au gouvernement, et avec garantie de 3 % sur un capital de 
2,50),000 livres, on trouvera de nombreux prétendants, offrant 
toutes les garanties p)ssibles. 

Le gouvernement n'aurait donc à fournir à cette entreprise que 
son puissant appui civil et militaire et aucune de ses ressources 
financières n'y serait affectée, par le motif que les opérations mili- 
taires elles-mêmes ne représenteront aucune dépense exception- 
nelle, la compagnie constructeur devant être obligée par son 
cahier des charges d'effectuer à ses frais les transports des ravitail- 
lements et des troupes. Cette oncession delà canalisation du Nil 
sera, j'en suis certain, vivement disputée par les sociétés finan- 
cières . 

Vous voyez que deux des parlies de la vision que je vous ai 
décrite, au commencement de cette conférence, peuvent se réa- 
liser sans difficulté et je n'ai plus à vous donner que des explica- 
tions sur la voie ferrée de Kéneh à Koseir. 



— 56 — 



CHEMIN DE FER DE KÉSEH A KOSEIR 



Ici, je suis très tranquille, car je ne propose que ce qui a été jugé 
toujours comme indispensable à toutes les époques de l'histoire de 
l'Egypte. 

Les Romains firent ouvrir une route militaire entre Kéneh et 
Koseir. Le sultan Selim III y fit bâtir un fort et construire la ville 
actuelle. Les Français, au commencement du siècle, y placèrent 
une station militaire importante. Mehemet Alj, le grand homme 
de l'Egypte moderne, s'occupa tout spécialement de Koseir, il y fit 
établir de nombreux bâtiments publics, une douane, des dépôts de 
grains : il y pla^a le siège d'un gouvernorat. 

Il passait, à ce moment, par Koseir .'iO.000 pèlerins, parmi 
lesquels des personnages puissants du monde musulman. 

Le gouvernement égyptien y possédait sept grands trois-màts et 
onze petits navires. 

Sous le règne de Saïd pacha, le chemin de fer du Caire à Suez fut 
inauguré et il contribua beaucoup à la décadence de Koseir. 

Il suffit d'étudier la carte de l'Egypte pour voir que Koseir se 
relèvera rapidement d's qu'il aura un chemin de fer. C'est, en effet, 
le point du chemin de fer de la vallée du Nil le plus rapproché de 
la mer Rouge, 192 kilomètres mesurés le bng d'une vallée qui 
permet, sans grands travaux, l'établissement d'un chemin de fer. 

Le port est formé par une échancrure dans l'immense bordure de 
rochers madréporiques qui longe la côte de la mer Rouge. Cette 
échancrure résulte de l'arrivée, quatre ou cinq fois par an, d'abats 
d'eau, tombant sur la montagne granitique de 540 mètres de hau- 
teur, qui sépare la vallée du Nil de la mer Rouge. Cette eau se 
mélange à celle de la mer devant la ville et empêche les construc- 
tions madréporiques. 

Le p >rt est très beau et assez profond, mais petit, et il faudrait 
exécuter des travaux de jetées en mer pour y permettre le station- 
nement d'un grand nombre de navires de toutes grandeurs. J'esti- 
me le coût des travaux à 75.000 livres au plus. 



— 57 — 

QUANTITÉ CONSIDÉRABLE D'EAU DOUCE ASSURÉE AU CHEMIN DE FER 
ET A LA VILLE DE KOSEIR. 

La description que je viens de donner du port prouve irrécusable- 
ment qu'il se produit dans la vallée de Koseir des abats d'eau pério- 
diques. 

Pden n'empêche d)nc de faire dans cette vallée des réservoirs qui 
approvisionneraient de l'eau excellente pour une ville de 40.000 à 
50.000 âmes. 

Cette question importante de l'abondance d'eau de bonne qualité 
donne donc à Koseir une supériorité marquée sur tout autre point 
de la côte de la mer Rouge. 

SOURCES DE TRAFIC DU CHEMIN DE FER. 

Voyons maintenant quelles seront les sources de trafic du chemin 
de fer de Koseir, en tenant cjmpte de l'augmentation très grande de 
trafic spécial à la mer Rouge que produiront,dans très peu d'années, 
les nouveaux établissements italiens, allemands et anglais de la côte 
orientale de l'Afrique et dont la route de ravitaillement ne peut 
être que celle de la mer Rouge. 

Ce serait une erreur très grande de croire que, dans mon esprit, 
les recettes de cette ligne vont être obtenues au préjudice de celles 
actuellement acquises au Canal de Suez. Il y aura certainement 
quelques points de lutte, mais ce sera beaucoup si le chemin de fer 
de Koseir peut enlever 2 0/0 de recettes brutes au Canal de Suez, 
auquel il rendra lui-même, d'un autre côté, une partie importante 
de cette perte. Je ne cesserai de répéter que ce ne sera pas une voie 
concurrente, mais une voie qui répond à des besoins nouveaux, 
n'ayant aucune relation avec le Canal de Suez. 

Voici un aperçu des sources de recettes de la ligne de Koseir. 

1° Aujourd'hui, l'Arabie prend des grains à Bombay ; quand la 
ligne de Koseir sera faite, elle les prendra sûrement dans la vallée 
du Nil, sans compter ceux du tribut de l'Egypte qui passeront aussi 
par Koseir. L'Arabie paiera ces grains avec du calé, des essences 
qui entreront en Egypte par Koseir. 

2° Les Hadgis qui passaient par Koseir sous Mehemed Aly, au 
nombre de 30,000 aller et retour, trouveront de tels avantages par 



— 58 - 

cette voie qu'ils la choisiront de préférence à celle d'Alexandrie- 
Suez chemin de fer. 

On peut évaluer le nombre des pèlerins qui passeraient à Koseir à 
40,000 sur 300,000, nombre total des pèlerins qui vont chaque année 
à la Mecque. 

3° Aujourd'hui l'Egypte a très peu de ommunications avec les 
Indes ; cependant le coton égyptien y est déjà recherché pour des 
mélanges. Cette exportation sera facilitée par la nouvelle voie ferrée. 

4° L'Egypte possède des pétroles sur les rives de la mer Rouge ; 
mais ils ne sont pas exploitables aujourd'hui par Suez. Ils pourront, 
au contraire, venir se consommer dans la Haute-Egypte. Dans ces 
centres de consommation, le pétrole d'Amérique ou de Russie est 
surchargé de 2 à 3 livres par tonnée mime douane et transport. 

5° Les guanos des îles égyptiennes de la mer Rouge, aujourd'hui 
sans valeur, seront aussi transportés dans la Haute-Egypte. 

6° Le long de cette côte de la mer Rouge et le long de la ligne 
du chemin de fer elle-même, se trouvaient autrefois d'immenses 
carrières de matériaux plusou moins précieux de toute espèce, où les 
Romains envoyaient travailler les chrétiens après leur avoir coupé 
un pied. Près la Gaita seulement, il y avait autrefois 3,000 ouvriers 
dans les carrières. 

7° La quantité de charbon destinée à la mer Roige, aujourd'hui 
peu importante, augmentera en même temps que les établissements 
des Italiens, des Allemands et des Anglais sur la côte de l'Afrique 
Orientale, ces charbons passeront par Koseïr en grande partie. 

8° On peut espérer aussi que les malles et voyageurs destinés à 
ces établissements y paseront. Les voyageurs des malles euro- 
péennes, en petite quantité il est vrai, voudront également se 
rendre à destination en visitant l'Egypte et en évitant un transport 
maritime très fatiguant. 

Quant aux voyageurs des grandes malles anglaises et françaises 
de l'Inde et de l'Indo Chine, j'espère qu'ils co itinueront à passer par 
Suez. Ce serait, en effet, un grand inconvénient pour la nouvelle 
ligne s'ils voulaient en profiter, car on serait obligé de faire de 
nombreux trains de grande vitesse, très coûteux et probablement 
peu rémunérateurs. 

De mes calculs il résulte que les recettes correspondantes à ces 
diverses sources de trafic sur les chemins de fer de Koseir et sur 



— 59 - 

tout le réseau actuel, représentent près de 200,000 livres, qui com- 
prennent les produits du chemin de fer, du port et des réservoirs 
d'eau. 

ÉVALUATION DES DÉPENSES. 

Je n'ai pas encore en ma possession un projet régulier qui puisse 
établir exactement les dépenses de premier établissement de la ligne 
nouvelle, mais on peut, en y comprenant celles du port de Koseir 
et des barrages et canalisations donnant l'eau à la ville, aux navires 
et aux hadgis, l'évaluer à 600,0(30 livres, sans matériel roulant 
nouveau. Ce matériel sera, en effet, inutile, surtout les premières 
années, puisque les trains viendront presque tous d'Alexandrie et 
ne passeront que quelques heures sur la ligne nouvelle. Le maxi- 
mum prévu comme matériel roulant peut être évalué à 40,000 L. E. 

Si le gouvernement veut concéder cette ligne, il n'aura donc à 
garantir que 3 °/ , soit 19,200 livres. S'il veut la construire pour son 
compte, il suffira d'une annuité de 44,800 livres par an pendant 
22 ans au plus. De nombreux entrepreneurs sont prêts à entre- 
prendre cette affaire si avantageuse. Ils sont donc sûrs que les 
recettes s'élèveront à une somme bien supérieure à celle nécessaire 
dans les deux hypothèses de premier établissement indiquées 
ci-dessus. 

Je terminerai en faisant remarquer que la chemin de fer de 
Kéneh et Koseir est le seul possible entre le Xil et la mer Rouge ; 
les trains n'auront à parcourir que 180 kilomètres dans le désert 
avec de l'eau en abondance. 

Par Bérénice, il y aurait à parcourir 350 kilomètres dans le désert, 
et j'ignore si l'on aurait de l'eau en grande quantité comme à 
Koseir. 

A Souakim, il faudrait 430 kilomètres sans eau et au milieu des 
tribus guerrières qui, aujourd'hui, bloquent complètement la ville. 

Quant à Massaouah, il appartient aux Italiens. 

Mon avis, au sujet du chemin de fer de Kéneh à Koseir, est com- 
plètement partagé par un personnage qui a visité très attentive- 
ment l'Egypte et qui jouit en Angleterre d'une autorité considé- 
rable sur ces questions, Sir Makensia Valace. Dans un ouvrage 
qu'il a publié sur l'Egypte, il s'exprime ainsi au sujet du chemin de 
fer de Koseir. 



- 60 - 

r Je le recommande à l'attention des gens entreprenants et à la 
<x considération favorable du public qui a des fonds à placer, et je 
« suis d'avis qu'avec un peu d'aide professionnel, un prospectus fort 
« plausible pourrait <Hre préparé. Que ce qui suit serve d'exquisse : 
« Ligne la [dus courte avec la ville historique et florissante de 
« Koseir sur la mer Rmge; race turcit de ... heures le service 
« postal entre l'Angleterre et les Indes et pourrait servir, en cas 
« d'éventualités, au transport rapide des troupes dans nos grandes 
« possessions orientales sans recourir à la nécessité de demander la 
« permission à M. de Lesseps. » 



CONCLUSION : 

Je crois avoir accompli le but que je m'étais proposé dans cette 
conférence et vous avoir démontré la nécessité de l'exécution 
urgente des trois projets dont je vous ai entretenus, qui auront pour 
conséquences : 

1° Une immense extension des cultures de l'Egypte, un abais- 
sement c msidérable des impôts et une augmentation non moins 
grande correspondante de la population ; 

2° L'abandon de la vieille méthode de culture des Pharaons, le 
chetwi, dont l'objet est la pulture des céréales, devenue désormais 
impossible par suite de l'abaissement du prix des grains ; 

3° La substitution à cette culture de celle appelée séjl, utilisant 
les eaux d'étiage du Nil ; 

4° L'occupation pacifique du Soudan, avec ses immenses consé- 
quences, au point de vue des affaires commerciales qui renaîtront 
en Egypte quand les commerçants pourront envoyer des bateaux à 
vapeur d'Assouan à G >ndokoro et même au delà ; 

5° La création de relations commerciales importantes, d'un côté 
entre l'Arabie et la Haute-Egypte, et de l'autre, entre l'Egypte et 
l'Extrême-Orient; enfin, le passage d'un grand trafic de transit 
dans la vallée du Nil. 

Je vous ai aussi démontré que le gouvernement ne serait obligé 
de distraire aucune de ses ressources financières pour réaliser le but 
à atteindre. 



— 61 — 

L'Administration des chemins de fer pourrait d'ailleurs seule, et 
avec se* propres ressources, si elle y était autorisée, entreprendre 
les travaux nécessaires, etc., ne demandant au gouvernement que 
son appui matériel et non son appui financier. 

Les questions que je viens de traiter sont celles soulevées dans 
mon rapport envoyé au g uivernement le 27 février 1800 et dont je 
dépose ici un exemplaire. 

Cette communication est accueillie par les applaudisse- 
ments unanimes et répétés de toute l'assemblée. 

M. lï-: Président ayant constaté que personne n'a d'obser- 
vations à présenter sur la communication de M. Prompt, 
adresse à son auteur, au nom de l'Institut, les remercie- 
ments les plus cbaleureux et les plus sincères. 

La parole est ensuite donnée à M. D. Duthil pour ses 
Observations faites sur 521 médailles alexandrines parvenues au 
musée 'le Gttizeh en 1889. 

M. E. Duthil s'exprime ainsi : 

Les 527 médailles (battues en Egypte) représentent les règnes 
suivants de l'Empire romain : 

1° Tibère et Auguste de l'an 20 Pièces 1 

2° Antonia et Claude » 1 

« » » 2 

» » » date illisible 

3° Claude et Messaline » 1 

» » » 3 

» » » 4 

» » » 5 

» » » Ci 



lèces 


1 




» 


30 




» 


1 


» 32 


» 


5 




)> 


49 




» 


18 




» 


•) 




» 


45 








» 119 


à reporter. , 





- 62 - 



4° Néron » 3 

» » 4 

» » 5 

» » 6 

» » 9 

» » 10 

» » 11 

» «12 

5° Néron et Agrippine » 3 

» » » 4 

» » » 5 

6° » et Octavie » 3 

» x> » 4 

7° » et Poppée » 9 

)> » » 10 .... . 

» » » 11 

8° Néron et Tibère » 13 

9° Galba » 1 

10° Pièces de mauvaise conservation. 



Report 
49 

> 18 

> 59 

> 9 

> 2 
73 

> 21 

1 



152 



» 


8 


» 


1 


» 


4 


» 


7 


» 


1 


v> 


1 


» 


54 


» 


19 



Total, 



232 



13 



» 74 

1 

1 

» 46 

pièces 527 



Les pièces les plus rares ou les plus difficiles à trouver sont celles 
de : l'an 9 de Néron, au revers de l'hippopotame. 

» 9 » » » cinq épis, formant gerbe. 

» 9 » » » Poppée. 

L'ensemble de la partie est passable sous le rapport de la conser- 
vation, mais très intéressant pour les observations qu'il me fournit 
l'occasion de faire et que je relève pour la première fois, depuis 
bientôt vingt ans que je m'occupe de la numismatique de l'Egypte. 

En décapant et en classant ces médailles, l'idée m'est venue, 
comme je vais essayer de le démontrer, qu'elles ont été la propriété 



— 33 — 

d'un des premiers chrétiens,' >u d'un des premiers temples consacrés 
au culte du Christ. 

Je me suis posé les sept questions suivantes : 

1° Pourquoi parmi ces 527 médailles, n'y en a-t-il qu'une seule 
de Tibère avec Auguste, de l'an 20, malgré qu'il en existe des années 
14, 17, 18 et 1!»' 

— Parce qu'elle rappelait la naissance du Christ sous le règne 
d'Auguste et sa mort à l'an 20 de Tibère (1). 

2° Pourquoi dans les 527 monnaies qui nous occupent : 
Ant onia et Claude sont-ils représentés par pièces 32 
Claude et Messaline par » 119 

Total .... pièces 151 
soit plus que le quart de la partie ? 

3° Pourquoi le propriétaire primitif de ce petit trésor s'est-il 
étudié, avec un soin tout particulier, à écarter des 232 pièces qui 
représentent le règne de Néron, toutes celles a sujets mythologiques 
cjmme celles des années 13 et 14 de ce règne ? 

4° Sérapis, pourquoi a-t-il été admis par 78 pièces des années 10 
et 11 de Néron ? Et pourquoi les impératrices Agrippine, Octavie 
et Poppée sont-elles représentées par 95 pièces ? 

— A propos des 151 pièces d'Antonia et Claude, de celles de 
Claude et Messaline, des 232 pièces du règne de Néron, et des 
95 médailles de cet empereur avec Agrippine, Octavie et Poppée, 
il paraît bgique que les sujets qui décorent leurs revers, n'étant pas 

(I) Renan (Vie de Jésus, édition Michel Lévy frères, Paris, 1863), en parlant 
de la naissance du Christ, dit : « Elle eut lieu sous le règne d'Auguste », h, 
en parlanl de sa mort, page 435, il ajoute : « Selon le calcul que nous adop- 
tons, la mort de Jésus tomb i l'an >;j de notre ère.» 

St-Mathiei\ cli. xxvii, §51, dit, en parlant de la mort du Sauveur: «Le 
« voile du temple se déchira en deux depuis le haut jusqu'au bas, la terre 
« trembla, des rochers se fendirenl ! » 

De Sun côté, M. A. Daubre, de l'Académie française, dans une étude sur 
les tremblements de terre ( Renie des deux Mondes , tome 68me, du 
1er avril 1885), parle d'un tremblement de terre qui eut lieu l'an 19 de 
Tibère, et qui causa de grands malheurs. 

L'an 19 du règne de Tibère , pour l'univers entier, esl le 20"»e pour 
l'Egypte. M. F. Feuardent (Collections Giovanni di Dimitrio, page 'd'à), dit : 
« Nul n'ignore que les rois d'Egypte avaient pour habitude de compter leurs 
« années de règne du jour même de la possession du trône. Nous voyons, 
« en effet, des règnes très éphémères dater des monuments de la 2 me année 
« de leur règne. On comptait l'année dans laquelle avait eu lieu leur 
« avènement pour I ; puis, au renouvellement de l'année du public, on 
« comptait II. On pouvait, de la sorte, voir deux années de règne sur les 
« monnaies en quelques semaines, même en quelques jour-. « 



- 64 — 

mythologiques, ne blessaient pas la susceptibilité religieuse des pre- 
miers chrétiens. 

Quant à celles au revers Je Sérapis, plus d'une terre cuite du 
Fayoum nous ont fait voir des statuettes de la S'?- Vierge avec les 
attributs d'Isis, et d'autres du Christ à tète de Sérapis (1). 

Les premiers chrétiens n'étaient pas, par conséquent, tellement 
contraires à ces deux divinités, et pjur cause, c'est que, très pro- 
bablement obligés de se cacher pour exercer leur culte, ils ado- 
raient ie plus souvent le Christ sous les traits de Sérapis et la 
Vierge sous ceux d'Isis 

5° Pourquoi Néron n'a-t-il donné que des médailles à sujets 
mythologiques pendant les années 13 et 14 de son règne ? 

— Parce que ces deux années correspondent aux années 67 et 68 
du Christ et des grands massacres gu'ont essuyés les chrétiens par 
ordre de cet empereur, qui, pour être logique avec lui-même, ou pour 
relever la foi de ses sujets égyptiens envers les dieux de l'Olympe, 
fît orner les revers des médailles de ces deux années par des 
Jupiter Olympien, par des Apollon, par des Neptune, des Junon, 
etc., et c'est le motif pour lequel le possesseur primitif de ces 
médailles les a exclues de son petit trésor. II a poussé même ses 
scrupules religieux bien plus loin : il est allé jusqu'à écarter toutes 
les pièces ornementées d'un instrument religieux païen. Aussi, dans 
les 119 médailles au revers de Messaline, il n'y en a pas une seule 
avec le Lit uns (2) que l'on rencontre souvent sur les pièces de cette 
impératrice, pas plus que le Simpulum (3) qui décore certaines 
médailles au revers de l'aigle, des années 11 et 12 de Néron. 

6° Pourquoi la médaille de l'an 13 de Néron, qui a le buste de 
Tibère au revers, est-elle dans cette collection ? 

— Parce qu'elle rappelle à notre chrétien que c'est sous Tibère 
que le Christ est mort, et que c'est sous l'an 13 de son successeur 
que l'apôtre St-Pierre «le bien-aimé du Sauveur» subit le martyre, 
et que les chrétiens en général furent persécutés. 

7° Pourquoi, enfin, la médaille de l'an 1 er de Galba ? 

(1) Collections O. Borelli beyetA. Roslovil/, l>e>\ du Caire. 

(2) Lituus, nom donné par les Romains au bâton augurai ; il était recourbé 
par en haut comme la crosse des évèques 

(3) Vase sacré à longue anse, avec lequel on faisait, des libations dans les 
sacrifices. 



— 65 — 

— Parce que le possesseur de ces monnaies a tenu à affirmer, 
par la présence de cette pièce, que les médailles des années 13 et 
14 de Néron, à revers mythologiques, existaient lorsqu'il avait 
amassé ce petit pécule, mais qu'il n'avait voulu les y admettre 
parce qu'elles étaient contraires à sa foi et qu'elles blessaient ses 
croyances religieuses. 

M. le Président constate qu'aucune observation n'est 
faite sur la lecture qu'on vient d'entendre et remercie 
l'auteur au nom de l'Institut. 

L'ordre du jour appelle, ensuite, la communication de 
M. Casanova, intitulée : Étude sur les inscriptions des poids 
et mesures en verre de Y époque arabe. 

Vu l'heure avancée, la lecture très intéressante de 
M. Casanova, n'a pas été achevée. La suite a été renvoyée 
à la prochaine séance ; le texte en entier sera inséré dans 
le procès-verbal du premier vendredi de mars. 

En comité secret, l'Institut a procédé à des élections de 
membres correspondants, renvoyées faute d'un nombre 
suffisant de votants à la dernière séance. 

Ont été élus en la dite qualité : 

MM. R. de Beauregard, d'Aix-en-Provence, et le pro- 
fesseur Ernesto Schiaparelli, directeur du musée archéo- 
log ique de Florence . 

La séance a été levée à 5 h. 1/4. 



Institut Égyptien. 



— 66 — 



ANNEXE À LA COMMUNICATION DE M. PROMPT 



Avantages qui résulteraient, pour les chemins de fer égyp- 
tiens, de l'ouoertune d'une voie de communication entre 
Guirgueh et Khartqum. 



PREMIERE PARTIE 



SITUATION LEGALE . 

La loi de liquidation du 19 juillet 1880 dispose,.. dans. spn. art, 4, 

qu'il sera pourvu sur les recettes générales du très .w aux dépenses 
extraordinaires du chemin de fer. Ces dépenses doivent être pro- 
posées par les Administrateurs du chemin de fer et votées par le 
Conseil des Ministres. En cas de contestation et sur l'avis conforme 
de la Caisse de la Dette, le Gouvernement peut autoriser l'Admi- 
nistration du chemin de fer à prélever le montant des dépenses sur 
ses recettes. 

Il résulte de là que toutes les dépenses extraordinaires qui inté- 
ressent le chemin de fer, doivent être proposées par les Adminis- 
trateurs et par eux seuls, et que, du moment que l'accord précité 
existe, toute opération peut être entreprise légalement. 

DIFFICULTÉS FINANCIÈRES D'UN PROLONGEMENT RESTREINT 
DU CHEMIN DE FER. 

La question la plus importante pour l'avenir du chemin de fer est 
celle de son prolongement dans la Haute-Egypte. 

La station de Guirgueh ne peut être considérée comme une tète 
de ligne, et le prolongement s'impose aussi bien au point de vue 
des intérêts du chemin de fer que des intérêts politiques et militaires 
du pays. 

Malheureusement les conditions de culture et de population des 
outrées situées immédiatement au sud de Guirgueh ne sont pas 



— 67 — 

favorables à cette opération, et les recette* probables de l'exploi- 
tation ne peuvent aller qu'en diminuant très rapidement à partir 
de Guirgueh. Quelques explications sont nécessaires à ce sujet. 

A Guirgueh, le chemin de fer est plaoé sur la rive gauche du Nil 
oii sont les principales cultures depuis Assiout, et on ne trouve, en 
remontant le Nil vers le sud, que les provinces de Kéneh et 
d'Esneh qui aient des cultures sérieuses. Les populations de ces 
deux provinces sont respectivement de 406,858 et 237,961 habitants. 

Au sud d'Esneh jusqu'à Wadi-Halfa, on ne peut plus compter 
que sur des produits très peu importants à transporter par chemin 
de fer. 

Quand le Gouvernement, le Conseil du chemin de fer et la Caisse 
ont v »ulu dernièrement prolonger la ligne jusqu'à Guirgueh, ils ont 
tenu c nnpte de cette situation et ils ont pu très raisonnablement 
admettre que la section du chemin de fer de Guirgueh à Assiout 
recevrait non seulement un trafic local, peu important il est vrai, 
mais aussi celui des parties supérieures du Nil jusqu'au delà 
d'Esneh, et on a pu compter sur ces recettes pour paver une partie 
de la construction; de même les Administrateurs ont pu aussi croire 
qu'une augmentation de 4 °„ sur les tarifs produirait une certaine 
augmentation de recettes p mvant payer une autre partie de la 
constructi m. C'est ainsi que l'accord a été établi sur des bases très 
sérieuses. 

Une nouvelle section de chemin de fer, entre Guirgueh et Esneh, 
par exemple, ne produirait que des recettes insignifiantes. Il n'y a 
en effet le long du Nil, au-dessus d'Esneh, ni aucune culture ni 
aucune population suffisantes pour que l'on puisse compter sur un 
trafic de transit. Quant au trafic local, il sera très faible. 

D'un autre côté, il est certain qu'une nouvelle augmentation de 
tarifs sur le réseau de l'Etat ne produirait non plus aucune 
augmentation nouvelle de recettes. 

Quelques chiffres suffiront pour fixer les idées. 

On a admis pxir les produits nets des sections du chemin de fer à 
ouvrir, à la suite des adjudications récentes, et d)nt la longueur est 
de 106 milles (170 kilomètres), une somme de L.E. 30,000 (7^0,000 
francs), soit L.E. 300 par mille. 



— 68 — 

Si l'on voulait prolonger la ligne de Guirgueh jusqu'à Kéneh, où 
commence la vallée de Koseir, sur 55 milles environ, au lieu 
d'une recette nette de L.E. 300 par mille, il ne serait prudent 
d'admettre que 140 L.E. au plus, soit un total de L.E. 7,500, en 
supposant même un service de trains aussi réduit que possible. 

Si on prolongeait en outre la ligne jusqu'à Esneli, il n'y aurait 
probablement pas de recettes suffisantes pour payer les dépenses de 
l'exploitation. 

On doit donc conclure de ces observations qu'il serait difficile de 
justifier le prolongement de la ligne au-delà de Guirgueh sur les 
ressources du chemin de fer, si on ne considère que la partie du Nil 
actuellement occupée jusqu'à Wadi-Halfa. 

PROLONGEMENT JUSQU'A KHARTOUM. 

Il n'en est pas de même si on examine la question en faisant 
entrer en ligne de compte le Soudan et ses produits. 

Le Soudan a une population de 10 à 12 millions d'habitants; il 
peut produire en quantité indéfinie du coton, du sucre, des g mîmes, 
des arachides, du café et bien d'autres produits, sans compter ceux 
de grande valeur mais sans poids sérieux. Ces produits sont tous 
d'exportati m, et le chemin de fer verrait ses recettes nettes 
augmenter d'une manière importante en les transportants sur des 
distances très considérables. 

On peut affirmer que l'avenir des chemins égyptiens est dans 
cette question : — Ouvrir le Smdan aux transport d'exportation 
et d'importation correspondante. 

Cette croyance est partagée par tous les hommes qui ont vu le 
Soudan, et les tentatives de plusieurs nations européennes pnur 
y aboutir démontrent le grand intérêt de cette voie d'exportation. 

Plusieurs tracés sont possibles pour exploiter le Soudan; nous ne 
considérerons que celui du Nil et celui de Massaouah. 

S'il est possible de construire un chemin de fer de Khartoum à 
la mer Rouge et de le maintenir en état d'exploitation, cette voie 
aura pour effet de pousser les soudanais à faire des cultures et à y 
employer l'eau du Nil en été, c'est-à-dire à diminuer d'une manière 
sensible celle qu'on a actuellement en Egypte. 



— 69 — 

En 1889. au mois de juillet, il n'est passé, d'après deux expé- 
riences faites par nous à Guézireh et à Embabeh, que 168 mètres 
cubes par seconde, chiffre qui correspond à celui constaté au Bar- 
rage par les ingénieurs des irrigations. Ce chiffre est absolument 
insuffisant pour les cultures de la Basse-Egypte qui ont besoin de 25 
millions de mètres au Barrage par jour, soit 290 mètres par seconde. 
Si le chiffre de 168 mètres était diminué de moitié par les cultures 
des Soudanais, celle de la Basse-Egypte seraient perdues. Le Nil ne 
charrierait que de la boue, et l'alimentation des grandes villes serait 
elle-même compromise. 

Cette éventualité n'est pas menaçante dans quelques années, 
mais dans douze ou quinze ans, elle sera peut-être réalisée. Heureu- 
sement elle peut être très facilement conjurée tant au point de vue 
du trafic du Soudan, qu'au point de vue des cultures de l'Egypte 
actuelle par l'ouverture d'une voie directe entre Guirgueh et Khar- 
t mm. 

impossibilité d'établir la communication 
uniquement avec un chemin de fer. 

Peut-on faire un chemin de fer de Guirgueh à Khartoum ? Nous 
n'hésitons pas à dire non. 

En effet, on devrait ou suivre le Nil, comme l'a fait déjà 
M r Fowler, d'Assouan a Ambukol (point situé en amont de Don- 
gola), puis le désert d'Ambukol à Shendy, puis le Nil jusqu'à 
Khartoum ; ou bien on suivrait entièrement le Nil. 

Dans le premier cas, on a une longueur : 

de Guirgueh à Wadi-Halfa de 420 milles 

de Wadi-Halfa à Ambukol 378 » 

d'Ambukol à Shendy 175 « 

(Entre Shendy et Khartoum la navigation 
est facile et peu coûteuse sur 112 milles.) 

Total en milles... 973 



Mais serait-il raisonnable de traverser ainsi un désert de 175 mil- 
les, exposé aux incursf.iis des tribus, et pourrait-on avoir l'espoir 



— 70 — 

de maintenir le chemin de fer en exploitation ? Nous ne regardons 

pas cette solution comme pratique. 
On devrait donc y renoncer et suivre constamment le Nil ; mais 

alors le nombre des milles serait : 

de Guirgneh à Wadi-Halfa 420 milles 

de Wadi-Halfa à Ambukol 378 » 

d'Ambukol à Kliartoum 496 » 

Total en milles... 1.294 soit 1.300. 



Un chemin de fer semblable n'aurait qu'un trafic peu important 
en poids à la remonte, puisqu'il apporterait principalement des 
objets d'alimentation, des vêtements, des mobiliers, etc., très peu 
pesants. Il serait obligé, pour vivre, de prendre à la descente 
L. E. 0.002 par mille et par tonne comme tarif minimum. Une 
marchandise qui lui serait confiée arriverait donc à Guirgueh avec 
un prix de L. E. 2.600 au minimum, et elle trouverait là les tarifs 
actuels. 

Prenons le coton. Le tarif aujourd'hui en vigueur est, entre 
MQnieli et Alexandrie, de L. E. 1.938 ; si l'on suppose qu'on n^ 
prenne au-delà, jusqu'à Guirgueh, que les frais d'exploitation, soit 
L. E. 0.001 par mille, on aura de Guirgueh à Minieh 1.. E. 0.160, 
soit un chiffre de L. E. 2.098 entre Alexandrie et Guirgueh, et en 
y ajoutant les L. E. 2.600 ci-dessus indiquées, on aurait un prix 
total de L. E. 4. 698. Le prix de transport de cette marchandise 
serait donc excessif entre Kliartoum et Alexandrie, et on peut dire 
que le développement du Soudan ne pourrait être obtenu par un 
chemin de fer, en supposant qu'on puisse le défendre, le construire 
et trouver à cet effet le capital nécessaire qui ne pourrait être infé- 
rieur à L. E. 10 millions. Les frais d'exploitation ne seraient 
certainement par couverts d'ailleurs par suite du faible trafic résul- 
tant de ces prix élevés. 

examen ue l'établissement d'une voie navigable 
d'assouan a khartodm 

Voyons maintenant la combinaison d"une voie d'eau navigable 
avec un faible tirant d'eau, l m .O0, suffisant à notre avis. 



— 71 - 

Ainsi que nous l'avons indiqué ci-dessus, la population et les cul- 
tures importantes s'arrêtent à peu de distance d'Assouan, à la 
première cataracte. On pourrait donc prolonger le chemin de fer 
jusqu'au sommet de cette cataracte et y commencer la navigation. 
Ce chemin de fer aurait 520 milles et coûterait L. E. 600.000. 

De ce point à Wadi-Halfa, on trouve 200 milles, et on peut admet- 
tre qu'il serait facile, à peu de frais, d'améliorer la navigation à 
l'étiage avec des travaux de peu d'importance en régularisant la 
situation actuelle. Aucun barrage ne serait nécessaire pour la navi- 
gation avant le pied de la cataracte de Wadi-Halfa. 

Entre Phike, partie supérieure de la cataracte d'Assouan et ce 
dernier point, la pente est, d'après tous les renseignements concor- 
dants, de 23 m . 10 seulement, de sorte que la pente par mille serait 
seulement de 0'". 115. Cette pente serait donc presque acceptable 
pour la navigation. 

Comment franchira-t-ôn la cataracte de Wadi-Halfa ? . 

D'après des nivellements reconnus exacts, elle aurait 17 mètres 
de hauteur sur 18 kilomètres. On pourrait y placer au pied un bar- 
rage de 15 mètres, et on arriverait ainsi à noyer la partie la plus 
difficile de la cataracte, ce qui permettrait de construire un second 
barrage acceptable comme longueur, etd'unë hauteur relativement, 
faible. Ce travail coûterait L. E 400.000 environ. 

À partir de ce point, depuis la cataracte de Wadi-Halfa jusqu'à 
Shendy, on trouve 762 milles et une pente totale de 215 mètres, soit 
une pente moyenne de m . 28 par mille. 

On peut supposer qu'il sera nécessaire de réduire la pente à m . 
10 par mille ; il faudra donc racheter environ 140 mètres, ce qui 
pourra se faire par 12 barrages de 5 mètres de hauteur et 8 barrages 
de 18 mètres de hauteur. La dépense serait ainsi de L. E. 2.000.000. 

Entre Shendy et Kharto im la distance est de 112 milles ; il n'y 
aura que de petits travaux qu'on peut évaluer à L. E. 100.003 au 
plus. 

Le coût total de cette navigation serait dmc de L. E. 2.500.000, 
et avec une somme à valoir deL. E. 300.000, — L. E. 2 800. 000 ; 
en y ajoutant le prix du chemin de fer on aurait L.E. 3.400.000. 

La longueur totale de la navigation serait de 1.070 milles. Si on 
suppose un tarif minimum par mille et par tonne de L. E. 0.001 



— 72 — 

qu'on peut supposer être même très faible eu égard aux conditions 
difficiles de remonte, on trouve L E. 1.070, soit une différence 
sérieuse avec la solution du chemin de fer, mais le chiffre ne com- 
prend pas le prix à payer pour le passage des écluses. 

Cette navigation rencontrerait sur son chemin 20 écluses qui, 
pour le coton par exemple, exigeraient un paiement de L. E. 0.05S 
par tonne^ ouL. E. 1.100 à ajouter aux L. E. 1.070 ci-dessus indi- 
quées, soit L. E. 2.170. 

A ce chiffre il faut ajouter aussi L. E. 2.260 entre Alexandrie et 
Assouan, on aurait donc L. E. 4.430. 

Il faut remarquer ici que la navigation sur le Nil supérieur ne 
se trouve pas dans les conditions de celles du Nil inférieur, où elle 
suit presque constamment la direction Nord-Sud avec des vents 
favorables à la remonte. Le Nil supérieur suit tantôt la direction 
Nord-Sud, tantôt celle Ouest-Est, tantôt celle Est-Ouest; il faudra 
donc des remorqueurs au moins dans certains points pour aider à la 
remonte des barques. 

On peut même croire que la navigation à vapeur sera seule 
pratique . 

CETTE NAVIGATION NE PEUT ÊTRE EXPLOITEE QUE PAR L'ADMINISTRATION 
DU CHEMIN DE FER. 

Il résulte de ces observations que le Soudan ne peut être non plus 
développé par une navigation libre. 

Une seule solution est possible, c'est celle d'une navigation 
établie par l'Administration du chemin de fer, qui ne prendrait 
entre Khartoum et Assouan que les frais de transport sans bénéfice 
et sans payer des droits d'écluse, soit L.E. 0,500 à 0,600 par tonne 
(1,000 kilogr.). 

Il convient d'examiner ici une question très importante, celle de 
l'arrivée possible à Khartoum d'un chemin de fer de Massaouah 
entre les degrés de longitude 33 et 40, soit 7 degrés. Mais avec les 
allongements probables, on doit admettre environ 800 milles, et en 
y appliquant le tarif de L.E. 0,002 par mille, ou aurait L.E. 1,600. 

Nous avons vu que, pour le coton par exemple, entre Guirgueh 
et Alexandrie, il y aura un tarif minimum de L E. 2,098 ; jusqu'à 
Assouan on aura L. E. 2,260. En tenant ompte de L.E. 0,600 



— 73 — 

ci-dessus indiqué, ou trouve L.E. 2,860 au lieu de L.E. 1,G00 par 
la voie de Massaouah. 

Ce prix de L.E. 2,860 pourrait être à la rigueur diminué en 
adoptant entre Âssouan et Alexandrie (657 milles) le tarif de livres 
égyptiennes 0,002 par mille, que Ton pourrait considérer comme le 
plus bas possible; on aurait ainsi comme prix minimum de compa- 
raison L.E. 1,31-1 — L.E. 0.600 = L.E. 1,914 (tarif minimum 
entre Khartoum et Alexandrie). 

Mais, d'un côté, il faut tenir compte, si l'on veut comparer ces chif- 
fres, du coût de la navigation de Massaouah à Port-Saïd, tarif du 
canal compris, soit L.E. 0,800. On arrive ainsi à L.E. 2,400 pour le 
tarif minimum entre Khartoum et la Méditerranée par Massaouah. 
Encore faut-il remarquer que les tarifs de Suez diminueront pro- 
gressivement dans quelques années. 

On voit djnc qu'il serait indispensable, pour qu'à Khartoum on 
puisse lutter par la ligne d Alexandrie contre celle de Massaouah, 
de mettre des droits de sortie, ce qui ne pourra être fait que si 
l'Egypte possède le Soudan dans quelques années. 

Ce que nous venons de dire pour Khartoum s'applique bien plus 
encore à la province de Kassala 

L'importance d'avoir à très bref délai une navigation entre Khar- 
toum et Assouan n'est pas à démontrer plus longuement. 

CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE DE LA NOTE. 

Avant de poursuivre l'examen de diverses questions qui peuvent 
se grouper ici, il est nécessaire de faire ressortir les conséquences 
des considérations qui précèdent. On peut les définir ainsi qu'il suit : 

1° Il est difficile de prolonger de beaucoup la ligne de Guirgueh 
au delà de cette ville et vers le sud en utilisant les recettes nettes 
du chemin de fer égyptien et celles de la section des lignes à pro- 
longer. Cette extension ne pourra être obtenue désormais que par 
l'emploi des finances de l'Etat : 

2° En supposant cette extension faite de cette manière, il est cer- 
tain que les frais d'exploitation ne seraient pas couverts, de sorte 
que l'Etat serait obligé de supporter de ce chef une grosse charge : 

3° Il paraît possible au contraire d'obtenir un résultat très utile 
pour la recette nette du chemin de fer si l'on y amène les produits 
d u Soudan ; 



- 74 — 

4° A cet effet, il est impossible d'employer seulement une voie 
ferrée, et celle-ci ne pourrait être prolongée que jusqu'à Assouan, 
une navigation devant la remplacer de ce point à Khartoum ; 

5° La navigation libre ne pouvant être utilisée, seul le chemin de 
fer pourrait tirer parti de la nouvelle voie navigable eu l'englobant 
dans les siennes, et en y établissant des prix minima, indépen- 
dants de la distance et relatifs à l'importation et à l'exportation, 
entre Alexandrie et Khartoum et vice-versa ; 

6° La nouvelle voie devra, en outre, être protégée par des droits 
de douane à la sortie du Soudan, sous peine de perdre tous les pro- 
duits de la riche province de Kassala, et peut être une partie de 
ceux de Khartoum : 

7° Il y a d me un grand intérêt à ce que cette nouvelle voie 
arrive le plus tôt possible à Khartoum, c'est-à-dire dans 8 ou 9 ans 
au plus. 

DEUXIEME PARTIE 



MODE D ETABLISSEMENT 011 CHEMIN DE FEB ENTRE GtHRGUEH ET ASSOUAN 

Pour continuer l'étude de la question du pr. ilongement du chemin 
de fer au delà de Guirgueh, eu utilisanl ses propres ressources, 
supposons que l'on ait admis les conclusions ci-dessus indiquées et 
tirons-e i les conséquences. 

Le chemin de fer entre Guirgueh et Assouan. ne devant rapp irtér 
par lui-même et en deh »rs des produits du Soudan (marchandises) 
q le des recettes tout a fait insuffisantes, devra être construit avec 
la plus grande économie pjssible et réduit, si l'on peut s'exprimer 
ainsi, à sa plus simple expression. A cet effet, il devra donc être 
établi en deh >rs des cultures actuelles et dans des terrains que le 
Nil atteint rarement dans les inondations, mais qui peuvent être 
d'un bon rapport si on leur fournit de l'eau au niveau du sol. 

Les terrassements sermt peu importants. . Les travaux consis- 
teront simplement à prendre les terres à côté du tracé, et o i pourra 
les diriger de manière à ce qu'il y ait, à côté l'un de l'autre, une- 
levée de chemin de fer et un canal, en appropriant l'emprunt 
latéral à cet effet. 



\ Assouan un petit barrage sera nécessaire pour faire monter la 
cataracte aux bateaux au moyen d'une écluse. Ce barrage produira 
une nappe d'eau à niveau presque constant en dehors des crues, et 
qui servira de gare d'eau au chemin de fer, avec lequel les trans- 
bordements seront ainsi très peu coûteux. 

Dans ces conditions, ce barrage pourrait aussi servir d'appareil 
de distribution si l'on voulait faire conduire de l'eau d'irrigation 
séfi de chaque côté de la vallée. 

LA CONSTRUCTION DU CHEMIN DE FER ASSURERAIT SANS FRAIS 
CELLE D'UN CANAL LATÉRAL. 

Il résulte de ces observations que, sans faire aucune dépense 
importante en dehors de celles utiles pour l'exploitation du chemin 
de fer, l'établissement de cette voie ferrée, par suite de circons- 
tances spéciales, assurerait en même temps celui d'un barrage 
distributeur à Assouan, suivi d'un canal jusqu'à Gruirgueh. 

UTILISATION DE CE CANAL POUR SE PROCURER DES RESSOURCES 
FINANCIÈRES. 

[1 c^nvieul de tirer partie de. cette situation exceptionnelle pour 
se procurer des ressources destinées à assurer l'exécuti m 'it j .~ tra- 
vaux qui ont été évalués ci-dessus à L.E. 3,400,000. A cet effet, il 
faudrait se procurer l'eau nécessaire pendant l'étiage du Nil. Le 
canal adossé au chemin de fer trouverait, en effet, à droite et à 
gauche, en dehors des cultures des bassins, comme n >us venons de 
le dire, une bande de terrains, de largeur variable, peu productifs, 
et qui pourraient être mis en bonne culture au moyen d'eau à 
niveau des terres. 

Ces terrains appartiennent à l'Etat ou à des particuliers. 

Considérons d'abord ceux qui appartiennent à l'Etat. 

Nous ignorons quelle pourrait être leur valeur vénale. Mais le 
jour où ils seront dotés d'eau à niveau du sol, on peut facilement 
admettre qu'il serait possible de leur faire supporter un impôt de 
120 à 150 piastres (31 fr. 20 à 39 francs). On peut également 
admettre que, si l'on posait pour unique condition, en outre, que pour 
en devenir propriétaire, il suffirait de payer pendant dix ans une 



— 76 — 

ferme de L. E. 1,50 à 1,80 par feddan (4,200 mètres carrés),on trou- 
verait facilement preneur. 

Dans un autre ordre d'idées, on pourrait aussi espérer que, si on 
les mettait en vente, en donnant dix ans pour payer le prix d'achat 
sans impôt ni intérêt, on obtiendrait une annuité de L. E. 3, ce qui 
serait la même chose que L. E 10 payées au comptant dans les 
conditions ordinaires des ventes, c'est-à-dire avec impôt de 
120 piastres. 

Si on suppose que l'on trouve, le long du canal nouveau, 
30,000 feddans (12,600 hectares appartenant à l'Etat, on pourrait 
réaliser ainsi dans dix ans L. E. 900,000. 

Considérons maintenant ceux de ces terrains qui appartiennent 
à des particuliers. 

Il est certain qu'ils dmnent aujourd'hui de bien faibles revenus 
et que les propriétaires s'empresseront d'offrir, pour l'eau au niveau 
du sol, 1 L. E. 500 par chaque feddan formant la totalité de leur 
propriété. Si on suppose que le nombre de feddans ainsi rencontrés 
par le n niveau canal dans s m parcours total, soit de 40,000, on 
aurait ainsi une recette de L. E. 00,000 par an, et dans dix ans 
L. E. 600,000. 

Mais il f .oit évaluer une autre s uiree de revenus 1res importants 
que pourrait produire ce canal, en supp >sant toujours que l'on 
puisse y envoyer l'eau nécessaire. 

La Haute-Egypte est cultivée principalement par le système 
ancien des bassins d'inondation qu'on appelle chetwi; il n'y a 
d'exception que pour les terrains situés sur le bord du fleuve et 
ceux placés le long du canal Ibrahimieh,qui sont en culture d'arro- 
sage d'été dite séfi. 

La Basse-Egypte est presque totalement cultivée en système séfi. 
Il y aurait grand intérêt à développer dans la Haute-Egypte cette 
culture si rémunératrice. 

Etant donné que les cultivateurs égyptiens ne mettent dans leurs 
terres que peu de fumure, la culture séfi est très épuisante, et il 
semble résulter de l'opinion générale qu'il conviendrait d'intercaler 
la culture chetwi deux ans, dont une d'inondation, avec celle de séfi 
un an. La terre ne serait ainsi jamais épuisée. 

Ce système est possible dans la Haute-Egypte. 



_ 77 — 

Il n'est douteux pour personne que les cultivateurs de cette 
région consentiront avec empressement, comme dans la Basse- 
Egypte, à payer pour l*eau nouvelle à niveau du s )I, par chaque 
feddan cultivé en c )ton ou canne à sucre. 

On trmvera là encore une source considérable de revenus. 
Il faut remarquer ici qu'en Egypte l'impôt correspond à l'eau 
fournie par l'État et que jamais on n'a prévu une fourniture double, 
celle des b issins et celle du système sél. et il est entièrement juste 
que ceux qui doivent profiter d'un avantage aussi notable payent en 
conséquence un prix spécial. 

Dans la liasse-Egypte, les propriétaires qui ont déjà payé pour 
l'eau l'impôt, n'hésitent pas, pour avoir un bon arrosage, à payer, 
en outre, aux machines un cantar de coton, soit environ 2 L. E. 500 
par feddan planté en coton. 

Si on suppose qu'il existe le l:>ng du chemin de fer et du canal 
nouveau à c >nstruire une surface de 165,000 feddans cultivée en 
chetwi, on pourra donc la diviser idéalement en petits groupes de 
3,30 feddans dans lesquels 1/10 sera en bersim, et la rotation des 
cultures amènera à donner chaque année l'eau séfi à un feddan, le 
bersim devant être arrosé de son côté. Les propriétaires demande- 
ront certainement à profiter de l'avantage considérable qui leur 
sera ainsi offert par le nouveau canal et consentiront à payer pour 
l'eau n tavelle 120 à 150 piastres chaque année par groupe idéal de 
3,30 feddans. 

La recette que l'on pourra obtenir de ce chef sera de L. E. 70,000 
qui, pendant les dix années précitées, donneront L. E. 700,000 à 
joindre aux ressources précédemment indiquées de L. E. 900,000 
plus L. E. 600,000, soit au total L. E. 2,200,000. 

Après les dix premières années, on aurait, en outre, un revenu 
assuré de L. E. 220,000 par an, au moyen desquels on pourrait se 
procurer les ressources nécessaires à l'achèvement des travaux 
prévus. 

Ces ressources seront donc assurées sans aucun emprunt ni 
impôt, et ces travaux pourraient être exécutés en douze ou quatorze 
ans. 

Nous venons d'indiquer deux sources de revenus. Mais on pour- 
rait évidemment utiliser l'eau approvisionnée dans bien d'autres 



— 78 — 

combinais >ns aussi fructueuses. N'y a-t-il pas, en effet, au Fayouin 
et dans la Basse-Egypte, d'autres terres à mettre en valeur? Si le 
canal Xubarieh. par exemple, avait t >ute l'eau désirable, ne pour- 
rait-on pas réaliser dans cette contrée de grands bénéfices, etc., etc. 
Notre but est simplement de démontrer qu'il est p)ssible d'ob- 
tenir de grands revenus en approvisionnant 30 mètres cubes d'eau 
par seconde pendant les cinq mois d'arrosage où le Nil est à 
l'étiage, soit 2,500,000 métrés cubes environ par jour, ou le dixième 
de l'eau actuellement distribuée par le Barrage dans toute la Basse- 
Egypte. Ce sera au gouvernement à déterminer l'utilisation de 
cette importante ressource, et nous ne nous arrêterons pas davan- 
tage sur ce sujet. 

nécessité d'établir des réservoirs dans le haut-nil. 

La difficulté principale est la fourniture de l'eau nécessaire, dont 
la quantité est souvent insuffisante, même pour les cultures de la 
Basse-Egypte. En 1889, le barrage distributeur qui devait recevoir 
25,000,000 de mètres n'en a reçu que 15 à 17 millions. 

Ainsi que nous l'avons déjà dit, le débit mesuré par seconde à 
Guézireh et à Embabeh a donné 168 mètres cubes, ce qui correspond 
aux chiffres précédents. On peut affirmer qu'il manque dans les 
années sèches plus de 100 mètres cubes par seconde au barrage, ou 
10 millions de mètres par jour. On ne peut donc enlever un seul 
mètre cube à la Basse-Egypte, il faudrait même lui en djnner. 

Si l'on veut faire de la culture séfi dans la Haute-Egypte, il faut 
trouver de l'eau supplémentaire à rais m de 22 à 25 mètres par 
feddan cultivé en coton ou canne à sucre et par jour. 

Quant à l'eau en excès à écouler des bassins pendant la crue du 
Nil, on peut admettre qu'elle ne s'élèverait qu'è 8 mètres par 
feddan et qu'on la relèverait avec des machines à vapeur, ce qui, 
d'après nos calculs, coûterait 2 à 3 piastres par feddan et par an 
environ. 

Ces machines pourraient être également utilisées pour Tégrenage 
du cotm, pour envoyer des forces dans les villages, pour les mou- 
lins, les batteuses, les hache-pailles ou pressoirs d'huile. 

On voit quelle importance il y aurait à établir des réservoirs 
placés dans le Haut-Nil et pouvant renfermer plusieurs milliard 

s 



- 79 — 

de naètres cubes d'eau, puisqu'on pourrait se ^n ir de cette eau en 
partie p >ur créer des cultures nouvelles dans la Haute et la Basse- 
Egypte, et en partie pour transformer les cultures chetwi de la 
Haute-Egypte en cultures séfi (1). 

CONSTRUCTIONS DES BARRAGES POUR RÉSERVOIRS. 

Les barrages doivent être construits de manière à permettre le 
nettoyage par la chasse naturelle des eaux des badins de réserve 
chaque deux ou trois ans, de s>rte qu'ils ne renfermeraient jamais 
aucun dépôt. Dans ces conditions, ils n'enlèveraient à la culture 
aucune partie des engrais résultant du Nil et ses réservoirs ne 
pourraient jamais être comblés. 

On peut admettre dans certains cas une autre combinaison con- 
sistant à relever les barrages nécessaires à la navigation prévue au 
moyen de hausses m «biles et pouvant s'abaisser à la saison des crues. 

Peut-être la combinaison de ces deux systèmes est-elle la 
meilleure solution. 

TROISIÈME PARTIE 

CONCLUSIONS GENERALES. 

Il convient maintenant d'indiquer une solution pratique pour 
arriver à exécuter immédiatement aussi, sans impôt ni emprunt, les 
premiers travaux qui doivent pro luire les ressources précitées. 

Nous ne tiendrons aucun compte de la question de rapidité des 
travaux. 

PREMIÈRE SOLUTION. 

Voici cette solution : 

On exécuterait immédiatement les travaux suivants : 

1° Chemin de fer de Guirgueh à Kéneh (65 milles) (2); 

(1) La question des réservoirs el de loin- importance pour le pays -i été 
souvent démontrée avec de grands développements, notamment par M de 
La Motte. Il ne nous appartienl pas de revenir sur des arguments aui'ont 
intéressé toul le monde en Egypte. B WBU( ll " " nt 

(2) On ne peut douter que des que le chemin de fer arrivera à Kéneh le 
gouvernement ne reçoive des propositions de l'industrie privée pour fa'ire 
sans subvention, le chemin de fer de Kéneh à Koseïr Oa rappellerait 
ainsi sur les voies intérieures de l'Egypte le passage des malles el des 
voyageurs delLurope occidentale vers l'Orient, en môme temps que de 
ceux qui ont intérêt a débarquer à Djeddah (Hadjis et autres) ' 



— 80 — 

2° Terrassements et ouvrages d'art du chemin de fer entre Kéneh 
et Àssouan avec canal accolé, sauf en quelques points difficiles, où 
on ne construira qu'une partie des travaux de la voie ferrée, là où 
elle pourra être retardée sans inconvénient ; 

3° Un barrage destiné à assurer le transbordement entre le che- 
min de fer et la navigation. Il servirait de barrage distributeur, il 
serait établi à Assouan et aurait 6 à 7 mètres de hauteur; 

4° Un réservoir contenant 400 millions de mètres cubes approvi- 
simués pour les ciuq mus d'étiage où l'eau doit être utilisée en 
arrosage séfî. Ces 400 millions seraient suffisants pour ciuq mois, 
puisque les arrosages ne devraient s'appliquer que sur moins de 
100,000 feddans. 

Les dépenses pourraient être évaluées ainsi qu'il suit : 

Réservoirs d'approvisionnement L. E. 160.000 

Barrage à Assouan ... » 60.000 

Terrassements du chemin de fer entre 

Ass )uan et Guirgueh » 350.000 

Voie entre Guirgueh et Kéneh » 30.000 



Total L. E. 600.000 



Pour couvrir ces dépenses, on aurait les ressources disponibles 
suivantes : 

I e Le chemin de fer de Kéneh rapporterait directement L. E. 
7,500 environ, comme nous l'avons déjà dit au commencement de 
ce rapport, et avec les bénéfices qu'il donnerait aux voies ferrées en 
aval, L. E. 15,000 environ ; 

2° La vente des terrains nouveaux et Putilisation de l'eau séfi 
dans les bassins qui doivent donner par an L. E. 220,000. 

Les dépenses s'élevant à L. E. 600,000, une annuité de L. E. 
36,000 serait suffisante, à la rigueur, pour faire exécuter les travaux 
par les entrepreneurs, d'après le système inauguré| dernièrement. 

On voit donc qu'en étant aussi prudent que possible, on pourrait 
assurer les premiers travaux, sans craindre aucune difficulté pour 
les revenus du chemin de fer, sans impôt et sans emprunt. 



— 81 — 

Nous n'avons considéré jusqu'ici que les ressourcée que l'on doit 
se procurer pour l'objet qui nous occupe, c'est-à-dire les travaux: 
nécessaires au chemin de fer et à la navigation jusqu'à Kartoum. 

Le Gouvernement pourrait, en s'entendant avec l'Administration 
des chemins de fer pour la construction des barrages et l'installa- 
tion du canal que celle-ci doit faire à coté du chemin de fer, arriver 
à créer des revenus encore plus importants et destinés à enrichir 
son budget ou à diminuer les impôts dans la Basse et la Haute- 
Egypte. 

DEUXIÈME SOLUTION 

Dans cette hypothèse, voici quelle serait notre proposition : 

On construirait : 

1° Au-dessus d'Assouan, des barrages pouvant donner un appro- 
visionnement d'eau de 1 milliard 40J millions de mètres ; ce travail 
peut être évalué à L. E. 403.000 

2 ! A Assouan, un barrage de transbordement avec 
le chemin de fer et distributeur, comme ci-dessus. . . » GO. 000 

3° Le chemin de fer avec canal accolé, mais le 
canal serait plus large, comme ci-dessus » 450.000 

4° Prix des voies, comme ci-dessus » 30.000 

Total L. E. 940.000 






Pour ce prix l'Administration du chemin de fer aurait à sa dispo- 
sition : 

Un chemin de fer de Guirgueh à Kéneh, prêt à être mis en exploi- 
tation ; 

Accolé à ce chemin de fer, un canal pouvant porter 50 à 60 
mètres par seconde ; 

— 400 à 500 millions de mètres cubes d'eau pour irrigations. 

— Un barrage à Assouan permettant le transbordement avec le 
chemin de fer, et la construction du canal au niveau des berges 
dès l'origine. 

Le gouvernement aurait à sa disposition : 

— 1 milliard de mètres cubes d'eau approvisionnée pour les irri- 
gations. 

Institut Egyptien, q 



- 82 — 



— Le barrage précité de distribution. 



— L'usage du canal indiqué ci-dessus, accolé au chemin de fer, 
et pouvant porter, pour s m compte, nne quantité d'eau égale à 
celle portée dans l'intérêt du chemin de fer. 

Dans ces conditions le partage des dépenses devrait se faire de 
manière que le gouvernement ait à payer : 

Les 2/3 du prix du réservoir et du barrage d'Assouan 
soit L.E. 306.000 

Le 1/3 du prix du canal au moins » 150.000 



Total L.E. 456. 0';0 



Ce qui est bien près de la moitié de la dépense totale. Cette 
dépense devrait donc être partagée par moitié : 

Administration du chemin de fer L.E. 470.000 
Gouvernement » 470.000 

Ce qui exigerait pour chaque Administration une annuité de 
L.E. 28.200. Cette annuité serait largement ouverte par les ventes 
d'eau et des terrains, ainsi que nous l'avons déjà démontré par la 
première hypothèse où le chemin de fer doit faire la dépense 
totale. 

Le gouvernement pourra donc choisir la combinais 3n qui lui 
conviendra le mieux. 

Nous n'avons pas à faire ressortir d'une manière détaillée les 
bénéfices qui peuvent résulter pour l'Etat de cette dernière combi- 
nais m; nous ferons seulement remarquer que l'Administration du 
chemin de fer, avec la moitié de l'eau qu'aura le gouvernement 
à sa disposition, se procurera un revenu annuel de L.E. 220.000 
On peut donc supposer que le revenu que pourra obtenir le 
gouvernement sera double, soit par an L.E. 440.000, ce qui peut 
correspondre à un abaissement notable de l'impôt foncier. 

Nous avons recherché avec le plus grand soin tous les rensei- 
gnements qui précèdent et qui sont néceesaires pour asseoir les 
bases de notre proposition. Mais malheureusement il n'est pas 
possible de les trouver avec une entière sécurité et nous ne pouvons 
les garantir. 



— SS- 
II serait donc nécessaire de faire faire quelques études indis- 
pensables pour fixer les idées et établir des avant-projets qui seuls 
permettraient de donner des chiffres exacts pour les dépenses et les 
recettes à faire. 

Ces études préliminaires devraient être faites d'accord entre les 
services du chemin de fer et des irrigations, puisqu'ils sont aussi 
intéressés directement les uns que les autres dans cette affaire 
importante. 

Nous demandons, en conséquence, que le gouvernement autorise 
ces études immédiatement. Celles de L'Administration du chemin 
de fer seraient payées sur les sommes produites par les 4 % 
résultant de l'extension des lignes; elles pjurraient s'élever à 
L E. 2,000 à 3,000 au plus. 

PROMPT 



— 84 — 



LISTE 

des outrages reçus par l'Institut Égyptien en janvier 1891. 



EGYPTE 



Journal Officiel. — Tèlègraphos. — Moniteur du Caire. — Comité de con- 
servation des monuments arabes, 1885 (en arabe). 
M. Borelli bey — Fonds Marcel. 

AUSTRALIE 

Baron Ferdinand von Mueller — Second systematic census of Australian 
plant, part. I. — Vasculare 

AUTRICHE 

Zooî. bot. Gcsellsvlioji in Wien-Verhandlungen, 1890, 3 e et 4e livraisons. 

ESPAGNE 

Académie royale de Madrid, livraison de décembre 1890. 

ITALIE 

Académie dei Lincœi — Comptes rendus, vol. 6, fasc. 8, 9, 10, 11. 
Bibliothèque Victor-Emmanuel — Bulletins, mars-avril 1890. 
Société de Géographie italienne — Bulletin, décembre 1890. 

MEXIQUE 

Observatoire de Puebla — Résumes, sept.-oct. 1890. 
Observatoire de Mexico — Enquêtes et documents sur le commerce, juillet 
août-septembre-octobre 1890. 

RUSSIE 

Société des naturalistes de la nouvelle Russie, Odess\ — Mémoires, 

Sciences mathématiques, vol. 11. 
id. Sciences nature/les, vol. 15, 1 er et 2 e fascicules. 

FRANCE 

Annales industrielles, tables, 1890, 2<= sem., livr. 24-25-26; 1« sem. 1891, 

livr. 1-2-3. 
M. Oppert — Annuaire astronomique chaldèen utilisé par Ptolémée. 



— 85 - 

A.CADÊMIE DES SCIENCES, INSCRIPTIONS ET BELLES LETTRES DE TOULOUSE — 

Mémoires, 8 e série, vol. 10, 1888. 
Bibliographie delà France, 1890, n°*M-52; 1891, n°> 1-2-3-4. 

Faculté des lettres de Poitiers — Bulletin, déc. 1890. 
Feuille des jeune* naturalistes, n° 243. 

id. id. Catalogue de la bibliothèque, n° 10. 

M. Fernand Daguin — Note sur le rejet de la lui relu lire à l'assurance 

obligatoire contre les maladies dans le canton de Bâle-mlle. 
Pharmacie centrale de France, 1890, n°s 2324; 1891, n° 1. 
Société d'encouragkment pour l'industrie nationale — Comptes rendus, 

12 et 26 déc. 1890. 
Société de géographie de Paris — Bulletin, 3 1 trim. isro. 

id id. Comptes rendus (16-17). 

Société te géographie de Tours — Reçue, nov. 1890. 
Société des ingénieurs civils — Compte rendu, 7 déc. 1890. 
id. Mémoires, nov. -déc. 1890. 

SUÈDE 

Don du Docleur Karl Piehl : 
Bronsalder iEgypten f 
Om betydelsen af termen kanon och Lamplig hetenof dess anvandning 

inom don Egtjptika konstens historia. 
Dialectes égyptiens retrouvés au papyrus Harris n° 1. 
Dictionnaire du papyrus Harris n°1. 
Petites études égyptologiques. 
Note de philologie èyyptienne, 5 fascicules. 
Sur l'âge de la grotte Spéos Arlèmidos. 
Textes égyptiens inédits. 
Une inscription de l'époque Saïte. 



SEANCE DU 6 MARS 1891 



Présidence de S. E. Larmée pacha vice-président. 



La séance est ouverte à 3 heures 1/2. 
Sont présents : 

S.E. le général Larmée pacha, vice-président, 
MM. Gavillot, secrétaire-général, 

Piot, secrétaire, 
AV. Anr.ATK, 

BORELLI BEY, 
D r COGNIARD, 

l) 1 Dacarogna BEY. 

r , rT? ) membres résidants , 

I) r Fouquet, 

W. INNES, 
SABER BEY S ABRI, 
SlCKENBERGER, 

MM. de Ortega-Morejon, consul général d'Espagne ; le 
comte Zaluski, commissaire-directeur de la Dette publi- 
que: le baron Richard Poche, membre de V Association scien- 
tifique de Vienne, et Ahmed eflendi Zéki, ancien élève de 
l'École de Droit du Caire et traducteur du Conseil des 
Ministres, assistent à la séance. 



— 87 - 

M. Gavillot présente les excuses de M. le D r Abbate 
pacha, retenu chez lui pour raison de santé, de M. Barois 
absent, et. ensuite, donne lecture d'une lettre de Guigon 
bey. membre résidant, faisant savoir à l'Institut qu'il a 
quitté l'Egypte sans esprit de retour, et qu'aux termes de 
l'article 4 des statuts, il doit être considéré comme démis- 
sionnaire ; il sollicite le titre de membre honoraire. 

MM. Larmée pacha et Gavillot déclarent appuyer celte 
candidature, qui sera soumise à l'élection dans la pro- 
chaine séance (art. 7 des statuts). 

M. le Secrétaire général communique, ensuite, une 
circulaire de l'Académie royale des sciences, des let'res 
et des beaux-arts de Belgique, relative à un projet de 
médaille à offrir à M. Jean Servais Stas'à l'occasion du 
cinquantième anniversaire de son admission à la dite 
Académie, et donne lecture d'une lettre de M. Bonola bey, 
transmettant à l'Institut Egyptien, de la part de M. A. 
d'Abadie, de l'Institut de France, un ouvrage intitulé : 
Observations sur la physique du globe, dont l'illustre auteur 
fait hommage à notre compagnie, et au nom personnel de 
M. Bonola bey, une brochure archéologique intitulée : 
Sulle antiche chiandi missili, par l'avocat Gaetauode Minicis. 

M. Gavillot lit ensuite les titres des journaux et publi- 
cations périodiques reçus par l'Institut pendant le mois 
de février 1891 et dont la liste sera imprimée à la suite 
de ce procès-verbal. Au nombre de ces envois on remarque 
un rapport de M. Langley, secrétaire de la Smithsonian 
institution pour l'année 89-00, et un ouvrage sur les Sociétés 



secrètes des Chinois en Amérique, par Stewart Gulin, qui 
méritent une mention particulière. 

La parole est donnée à M. Casanova pour la suite et la 
fin de sa communication Sur les inscriptions des poids et 
mesures en verre de l'époque arabe. 

Le texte en entier de cette étude forme l'annexe n° 1 du 
présent procès-verbal. 

Des applaudissements unanimes accueillent la fin de 
cette communication, dont M. le président remercie cha- 
leureusement l'auteur au nom de l'Institut. 

La parole est ensuite accordée à M. Gavillot, pour lire 
sa Notice sur Vidal pacha, qui forme l'annexe n° 2 du pré- 
sent procès-verbal. 

Cette lecture est aussi accueillie par les applaudisse- 
ments de l'assemblée et les remerciements émus du pré- 
sident Larmée pacha, l'ami et le compagnon de tous les 
jours de notre regretté secrétaire général. 

M. le Président déclare ensuite la vacance des deux 
sièges de membres résidants qu'occupaient MM. Ghéfik 
bey Mansour, décédé, et Guigon bey, démissionnaire. Il 
rappelle qu'aux termes de l'art.5 des statuts, des candida- 
tures peuvent être, dès à présent, présentées pour ces deux 
sièges sur lesquelles il sera statué dans la prochaine 
séance. 

La séance est levée à 5 heures 1/2. 



Annexe K" 1 à la séance du 6 mars 1891. 



ETUDE 

6UR LE- 

INSCRIPTIONS ARABES DES POIDS ET MESURES EN VERRE 

( Collections FOUQUET et INNÉS ) 



Le docteur Fouquet, au Caire, a composé depuis quelques années 
une remarquable collection d'objets relatifs à l'art et à l'industrie 
arabes, et provenant, pour la plus grande partie, de débris recueillis 
dans les déombres du Vieux-Caire. Cette collection comprend, entre 
autres, près d'un millier de fragments de verre portant des ins- 
criptions diverses. La multiplicité de ces fragments permet d'en 
faire une étude approfondie et d'en tirer quelques éclaircissements 
précieux pour l'histoire et l'archéologie arabes. 

Ces pièces existent dans tous les musées d'Europe et dans beau- 
coup de collections particulières. Elles ont déjà été décrites dans 
plusieurs recueils spéciaux. Le premier qui en ait fait une étude 
précise et exacte est M. Rogers bey(l). Ce savant a éclairé un 
grand nombre de points et posé les premières bases de cette partie 
de l'archéologie arabe. Grâce à lui, les premiers pas dans le déchif- 
frement et l'interprétation des inscriptions m'ont été faciles. 
M. Sauvaire, dans ses articles si nourris et si précieux sur la numis- 
matique et la métrologie musulmanes (Journal asiatique 1879-1884) 
m'a fourni à profusion tous les renseignements qu'il m'eut fallu 
chercher, sans son secours, épars dans une foule d'auteurs. Je ne 
crois pas que cette étude eût pu être entreprise avec quelque fruit 
avant la publication de l'éminent numismatiste. Enfin la savante 
préface du Catalogue des monnaie* musulmanes, de la Bibliothè- 
que nationale, par M. Lavoix, m'a rendu aisée la partie numisma- 
tique de ce travail. 

{1) Glass as a material for standard coin iceights, et L'npublishcd glosa yoeights and measures. 



— 90 - 

Si, en dehors de ces remarquables ouvrages, j'ai pu recueillir 
quelques détails nouveaux et intéressants, c'est que le goût éclairé 
et le flair du collectionneur ont mis à ma disposition un plus grand 
nombre de documents qui se complètent les uns les autres. E socio 
rjuod non cognoscitur ex re. M. Innés a bien voulu aussi mettre 
à ma disposition sa collection déplus de deux cents pièces. Qu'i 
accepte ici mes remerciments. 

Pour ne pas fatiguer mes lecteurs par l'aridité de détails techni- 
ques, je n'exposerai ici que les résultats généraux et le commentaire 
de mon étude. Je réserve pour les savants, que ces détails techniques 
intéresseront, un catalogue complet de la collection avec la descrip- 
tion minutieuse de chaque pièce. Malgré tous mes efforts, bien des 
points de détail restent obscurs, et, en mettant sous les yeux des 
hommes compétents tous les documents, je pourrai suggérer, de 
leur part, de précieuses observations. Le présent travail ne doit 
donc être considéré que comme une introduction générale à la 
description cataloguée que je prépare. 

J'adopte la classification suivante : 

1° Estampilles appliquées sur les bouteilles. 

2° Etalons de poids, en forme de médailles. 

3° Poids, généralement cubiques ou cylindro-coniques, employés 
spécialement par les bouchers. 

4° Pièces diverses, qui me paraissent avoir une destination reli- 
gieuse et mystique. 

I 

La première catégorie présente un intérêt tout particulier. C'est 
.de beaucoup la plus variée et la plus inédite. Rogers n'en a onmi 
que cinq (1), et j'ai pu en étudier plus de deux cent cinquante. 

De ces estampilles, les unes portent simplement un signe, un 
oiseau, une tète, etc., et trahissent une origine byzantine, d'autres 
des signes et des inscriptions arabes. Leur étude comparative permet 
de rétablir leur point de départ et, en quelque sorte, leur évolution. 
Les procédés de l'administration financière des Arabes en Egypte 

(o Unpublished glas» weiqhU ai l irisa, sures. 



— 91 — 

s'y reflètent avec une certaine clarté. Leur intérêt, en tant que 
documents historiques, me porte à les étudier en premier lieu. 

Je les divise en trois séries : 

l re Série.— (Probablement antérieurs à la conquête musulmane), 
ce sont de purs ornements appliqués aux bouteilles. 

2 me Série. — Les Arabes empruntent ces ornements aux Coptes et 
y ajoutent la formule ^f~\ 

3 lue Série. — Les ornements deviennent des estampilles officielles, 
portant l'empreinte d'un cachet, et désignant la mesure de capacité 
exacte du vase, et, chose assez curieuse, qui semble avoir échappé 
à Rogers, souvent la nature même de la substance contenue dans 
le vase. Souvent aussi, de longues inscriptions mentionnent le nom 
du gouverneur financier de l'Egypte, du khalife, la date, et surtout 
la menti 311 de l'obligation religieuse à faire des mesures exactes 

Ce simple aperçu permet, si je ne me trompe, de retrouver et 
d'expliquer tout un cùté de l'histoire de la domination musulmane. 
On y voit, omme pour les monnaies, les Arabes emprunter pure- 
ment et simplement les procédés de l'empire grec, puis y ajouter 
les formules musulmanes, puis se les approprier définitivement. 
Dans sa savante préface, M. Lavoix nous montre cette évolutbn 
dans les monnaies. On se C3nvaincra très vite que cette évolution 
est la même pour ces verres. 

Matériellement parlant, le caractère commun de ces objets est de 
présenter un disque plus ou moins rond avec figures et lettres en 
relief. Sur la façade opposée on remarque au bord une cassure et au 
centre un renflement. Rogers a fort bien montré que ce renflement 
provient de l'application de l'estampille sur le goulot de la bouteille. 
L'estampille, fabriquée à part, était appliquée sur le verre maintenu 
à l'état de demi-fusion. La pression a naturellement refoulé la partie 
du goulot adhérente à l'estampille. Quelques fragments sont assez 
complets pour qu'on aperçoive une grande partie du goulot et du 
corps même de la bjuteille. Il suffit de voir ces fragments pour 
n'avoir aucun doute sur le procédé. 

Parmi les pièces de la première série, je signalerai un oiseau avec 
une queue aux plumes recourbées, semblant tenir un serpent dans 
son bec. Les pattes sont également ornées de lignes recourbées qui 



— 92- 

représeutent peut-être des flammes. Serait-ce une réminiscence du 
phénix ? On trouve en ronde bosse des tètes de lbn, des tètes d'homme, 
etc. Deux pièces surtout semblent d'un travail gréco-romain : 1° Un 
amour tendant son arc ; 2° une tète à profil d'empereur romain 
Autour de la première est une inscription complètement efl'acée. La 
seconde semble porter également une inscription. La lettre majus- 
cule A parait assez distincte. 

Je n'insiste pas sur ces pièces. Je me contente de les signaler 
comme les prototypes des pièces arabes. 

La deuxième série ne présente qu'une pièce, mais fort curieuse. 

Buste, tète nimbée ; bandelettes croisées sur la poitrine ; les bras 
semblent indiqués par deux renflements latéraux rayés, collés au 
corps. A droite du buste : ^ à gauche : *" ! 

La collection Inès a une pièce d'un travail beaucoup plus fin, qui 
rentre dans cette série. 

Mouflon aux grandes cornes recourbées au-dessus de la tête, 
passant à gauche. Le nom de ^ est écrit deux fois. Je crois lire la 
formule : 

Au nom de Dieu, mon maître est Dieu, 

formule que nous retrouverons dans d'autres pièces. 

Le procédé des conquérants musulmans est évident. Ils ont adopté 
cet ornement en ajoutant la formule religieuse. Semblable fait s'est 
passé pour les monnaies des premiers khalifes, et, au témoignage des 
historiens arabes et byzantins, a provoqué une guerre (Lavoix, 
préface). 

En passant, je remarquerai que les musulmans de cette époque ne 
paraissent pas avoir cette répulsion pour les objets figurés qu'on 
attribue, sans fondement d'ailleurs, au Coran. Je rappellerai seule- 
ment, à ce sujet, l'opinion de S. Bernard, qui, étudiant les monnaies 
arabes à figures, conclut ainsi : « L'aversion pour les figures est 
plutôt une opinion particulière ou une maxime des docteurs et des 
interprètes de la loi, qu'une loi formelle et obligatoire (1) . » J'ajouterai 
qu'au temps des croisades, ce sont les Turcs Seldjoucides, les Orto- 
kides, les Zenguides, c'est-à-dire les ennemis les plus acharnés des 
infidèles, qui leur empruntaient les figures qu'on' voit sur leurs 



— 93 - 

monnaies. Us étaient loin, je pense, de voir clans la reproduction de 
ces figures une dérogation aux. dogmes de l'Islamisme. Ce préjugé 
étant fort répandu aujourd'hui, il serait utile de le combattre et de 
le ruiner définitivement, mais ce serait sortir de mon sujet. 

Je passe à la troisième série, qui comprend la majeure partie 
des estampilles. 

On y remarque, d'abord, une double ligne courbe, assez semblable 
à notre virgule, qui coupe souvent et déforme les lettres de l'inscrip- 
tion. C'est pourquoi je suis porté à y voir une sorte de cachet appli- 
qué sur l'estampille quand la mesure était reconnue exacte. Ce 
qui rend vraisemblable mon hypothèse est l'institution d'une maison 
de contrôle, J^L» 1 *, dont nous parle M. Sauvaire, d'après Makrizi 
et Ibn Mamàty (J.A., août, sept. 1886, p. 248'. « C'est là seulement 
que se vendaient les poids, les balances et les mesures de capacité . 
Tous les marchands se présentaient à l'hôtel du contrôle, sur l'invi- 
tation du m jhtaseb, munis de leurs balances, poids et mesures de 
capacité, qui étaient contrôlés en un instant. S'il s'en trouvait de 
défectueux, on les détruisait; le propriétaire était obligé d'en prendre 
d'autres ajustés clans cet hôtel et d'en payer le prix. Dans la suite, 
on se relâcha de tant de rigueur : le propriétaire d'une balance ou 
de poids défectueux ne fut plus tenu que de les faire rajuster et d'ac- 
quitter seulement le coût de la réparation. » Je pense donc que ces 
estampilles étaient fabriquées en cet hôtel et appliquées officielle- 
ment sur les bouteilles. Ce cachet serait la marque officielle. Les 
musulmans tenaient essentiellement à l'exactitude des poids et mesu- 
res, conformément au Coran. On retrouve sur des poids la formule 
empruntée à la Sourate. XX YI, vers 181 : 

Ayez des mesures exactes et ne soyez pas du nombre des 
prévaricateurs. 

Je ne serais pas éloigné de voir, d'ailleurs, dans cette insti- 
tution duj^L>l-> une mesure fiscale, les gouverneurs financiers de 
l'Egypte ayant toujours, on le sait, multiplié les inventions ingé- 
nieuses de ce genre. 

(2j Description de l'Egypte, XVI, p. 32 j2 e (éilition). 



- 94 - 

Les estampilles de la première série se divisent naturellement en 
plusieurs subdivisions, que je désigne par les lettres de l'alphabet. 

.4. Simple mention de l'exactitude **fej\ ou*^^ 1 . Deux de ces 
pièces portent un croissant. Ce croissant se retrouve souvent. Est-ce 
un emblème d'exactitude ? Est-ce un emblème religieux comme 
aujourd'hui? Je ne sais. Des signes énigmatiques se retrouvent sou- 
vent dans ces verres, à côté des lettres arabes. 

B. Mention de la mesure. L'expression consacrée est .LJJI qui a 
le sens de mesure exacte. (G jran VI. 53 et XI. 86) et qui désigne 
aussi une mesure de capacité déterminée. On trouvera dans 
l'ouvrage de M. Sauvaire les détails relatifs au -k-â 

Nos inscripti jns donnent : 

ia-.il U-jj « quart du kist » 

ia_i 't_Ayaj « demi-kist » 

<J'j.L_i « kist exact » 

^^Js-îVjj « quart de grand kist » 

jS^li-Jfij i je^ai « demi-quart de grand kist » 

Quelquefois il est dit que la mesure est pour l'huile 4 :- ;< — : j -k— * 
un kist d'huile (est) clans cela. On remarque aussi l'inscription : 
j&iaJj once de graisse. 

Cette particularité nous amène à la formule particulière de la 
troisième subdivision. 

C. Les inscriptions sont composées du mot "*&£* mesure de capacité 
suivie du nom de substance. Quelques-uns de ces mots, bien que 
lisibles, m'échappent. Les difficultés de l'écriture, dite koufîque, 
jointes à l'insuffisance des dictionnaires, ne m'ont pas permis d'en 
établir la traduction même hypothétique. 

Je signale seulement les lectures certaines, 

O ^^\oy^4f^ Mesure de coriandre blanc. 
tg iÂ.ùU>-4^' » » » du Meqs. 

(Le Meqs était l'ancien port du Caire). Peut-être faut-il lire^r^ 
« écorcée » . 

u»- '^ ^- Mesure de cumin blanc. 

*j~.\ » >> » » » noir . 

j^'cr^ » » » lentilles rouges. 



— 95 



y~*+ ou ^-a.j'-^^^- 




Mesure de lentilles du Mei éeorcéôs. 


^_i-jLU- » 




» 


» pois chfêhes du Meqs ou écorcés. 


)) a- 2 ' 5 " » 




» 


» » » » 


» 4~ J » 




» 


» petits pois » » 


Cj* * 




» 


» de pêches ? 






» 


» de dattes ? 


^r-J »(tr 


ès-fréquent) » 


» de lupins. 


U.jjl » 




» 


» du nebid (vin de dattes) ? 



On voit que la menlion de substances sèches et liquides est pré- 
cise. Ceci nous rappelle un passage du Sefer Nameh, relation de 
voyage d'un Persan au v e siècle de l'Hégire (1) : « Dans le bazar, les 
baqqals, les droguistes et les quincailliers fournissent eux-mêmes les 
verres, les vases en faïence et le papier qui doivent contenir ou 
envelopper ce qu'ils vendent. Il n'est donc pas nécessaire que l'ache- 
teur se préoccupe de ce qui doit contenir ce qu'il achète.» Evidem- 
ment Nassiri Khosrau fait allusion à ces vases qui mentionnent le 
contenu. L'industrie du verre a toujours été florissante en Egypte, 
comme l'atteste ce même Nassiri Khosrau. Le verre devait donc 
être d'une fabricati}n très commune et très peu coûteuse. La mul- 
tiplicité des débris qu'on trouve encore en est une preuve incjnles- 
table. 

D. Dans cette quatrième subdivision sont les pièces d'une va- 
leur historique, portant les noms des administrateurs financiers de 
l'Egypte. Le gouvernement de l'Egypte j-^*-^ comprenait, en effet, 
deux fonctions distinctes : £Jj-^'j '**%Ji\ la prière et l'impôt. Aboul 
Mahasen, dans son Histoire de l'Egypte (2), manque rarement de 
nous avertir quand l'émir réunit les deux fonctions, ce qui est généra- 
lement le cas, et de nommer le gouverneur spécial des finances s'il y 
en a un "ç}J^^. Cette division des deux fonctions paraît ne s'être 
produite que vers la fin du n° siècle de l'Hégire, avec Ousamah 
ibn Zeïd, qui s'illustra par ses inventions fiscales. Elle se maintint 
pendant une trentaine d'années, de 96 à 124. Après celte période, les 

fl) Sefer Nameh. Relation du voyage de Namri Khosrau en Syrie, Palestine, Egypte, etc. 
(ir. Sche'er, p. 153.) 
(2) Aboul Mahasen ibn Tagri Bardi ê^.AlJl^.^1 (éd. IuynboU. 2 vol.) 



— 96 — 

émirs du Caire réunissent, sauf quelques rares exceptions, les deux 
fonctions. Sous quelques khalifes, cependant, l'administration des 
finances leur est retirée, sans doute par suite des révoltes perpé- 
tuelles que leurs exactions soulevaient, et les khalifes percevaient 
directement les impôts. Ce fait, attesté par Aboul Maliasen (I p. 661), 
est confirmé par nos estampilles qui portent, en effet, le nom du 
khalife à des époques où Aboul Maliasen ne mentionne pas le nom 
des gouverneurs spéciaux des finances. Cette substitution du nom 
des khalifes à celui des émirs se produit pour El-Mahdi, El-Mansour, 
El-Motasim, El-Wàthiq, El-Motawakil. 

Voici, par ordre chronologique, les noms que je relève : 

1° :j^\ Qarrah ibnChoraïk, fut gouverneur d'Egypte de 90 à 96; 

90 jl.j^'^LJ Ousamah ibn Zeïd, fut le premier administrateur 
spécial desfinances.il se rendit odieux par ses exactions (cf. Marcel. 
Histoire d'Egypte, p. 35). C'est à lui qu'on doit le meqiàs de l'île 
deRoudah. Je ne serais pas étonné qu'il eût été l'inventeur de cet 
hôtel du contrôle, où toute mesure inexacte était brisée et rem- 
placée par une mesure officielle aux frais du marchand. 

3° f-^Crà^ Hiyàn ibn Charaïh fut gouverneur des finances 
sous Omar ibn Abd Alaziz. Aboul Maliasen ne nous le nomme pas, 
mais un passage de Makrizi (I p. 77) nous informe qu'il fut chargé 
par le khalife de régler la capitation des Coptes. Celle-ci diminuait 
avec la population. Omar ordonna que les morts paieraient comme 
s'ils étaient vivants . 

Une des pièces de cet émir porte l'inscription que je lis ainsi : 

Ordre de Hiyàn ibn Charaïh, mesure de lentilles d'Alep grillées. 

Le village d'Alep (1) était situé entre le Caire et Fostàt. Les 
lentilles d'Alep étaient sans doute fort estimées comme les légumes 
du Meqs. Si ma lecture est exacte, ce village existait au 1 er siècle 
de l'Hégire, mais je repète que les caractères (bien que parti- 
culièrement bien écrits sur cette pièce) ne peuvent pas toujours 
être déterminés avec précision. La dernière lettre peut être un 
j un à ou un l£, le J seul est certain. 

(1) Makrizi. H, 23. 



— 97 — 

4° i-iUm^U^ Obeïd Allah ibn el Habhab fut un personnage 

important. Il administra les finances de l'Egypte de 100 à 114 et eut 
assez de crédit pour faire révoquer un gouverneur qui lui déplaisait 
(Aboul Mahasen, I p. 293). Il ne quitta les finances d'Egypte que 
pour prendre le commandement important de l'Afrique '<*}>_ j*\ 
c'est-à-dire des provinces du nord de l'Afrique, el il laissa comme 
successeur son propre fils. Les pièces portant son nom sont les plus 
nombreuses. Elles ont presque toutes la mention du <-iL?^-> j -k-â 

5° -uiU^c^-UJ 1 , fils du précédent, ne joua pas un rôle aussi consi- 
dérable, mais resta plus longtemps encore que son père dans son 
poste (114 à 124). Aboul Mahasen ne le mentionne pas, mais 
Makrizi lui a consacré quelques lignes (1). 

Son nom se trouve assez fréquemment, et est accompagné des 
inscriptions les plus complètes. J'en citerai une pour donner une 
idée de la signification particulière qu'on devait attacher à ces 
estampilles : 

'ÙajJ' jLcjifl~\<L«À, j { j\^-\> J-^f^ iii\X^.c,j^.J\l\\ i2„i*.}j 4*1*2)^18 l»j!L<uil t ^»l 

Au nom de Dieu ! 
Dieu a ordonné l'exactitude, donc El-Kàsim, fils d'Obeïd Allah, 
a ordonné la confection d'un quart de kist. Par les mains 
de Yezid, fils d'Abou Yezid, année 122 (3). 

6° ^JJ^C/^p- Hafs ibn El-Oualid, fut gouverneur trois fois. C'est 
lui qui, en 108, se brouilla avec Obéïd Allah, et, sur les plaintes de 
celui-ci, fut révoqué. La seconde fois, en 124, il réunit la prière et 
les finances ; il succéda donc pour la seconde fonction à El-Kàsim. 
Sous son successeur à l'émirat (126), la distinction fut reprise et les 
finances données à : 

7° Lk^o^c Isa ibn Abou Athâ, qui est mentionné par Aboul 
Mahasen. Il a dû conserver son poste jusqu'à la nomination d'Ahd-el- 
Malik ibn Merwan, qui réunit les deux fonctions en 132, pendant 
un temps d'ailleurs très court. C'était l'époque où les Abassides enle- 
vaient i'empire musulman aux Ommiades, 

(0 I- 208 ch. du village de Tersa. 

(2) Plusieurs pièces portent la mention uâjljLk-Jî. Est-ce une altération de la formule 
ordinaire *-9'J jh~~& 



- 98 — 

8° olvi/^'-^ Abd-el-Malik ibn Merwan avait d'abord eu les 
finances (Aboul Mabasen I. 350); la date de son administration 
financière serait donc un peu antérieure à 132. Il disparut dans la 
ruine des Ommiades. 

9° ^iyil^ù^U, Sàlili ibn Ali, l'Abasside, était le propre fils d'Es- 
safàh Aboul Abbas, le premier khalife abasside. Il ne resta d'abord 
que six mois, et fut remplacé par : 

10° ^U.cj-j^jji Abou Aoùn ibn Abdallah, ainsi nommé par Aboul 
Mahasen(Ip.361), qui ajoute -t jù 1 ^ '-^ JÂ> nos inscriptions donnent 
en effet le nom d'A> jJ , ^ J ^. Il n'est pas douteux que ce soit le même 
que Oj*j>\ et, par conséquent, que la seconde opinion, donnée par 
l'historien arabe, ne soit la vraie. L'émirat de o^j>\ alterna avec 
celui de £U*. Tous deux réunirent d'abord la prière et les finances. 
Toutefois Aboul Mahasen mentionne un gouverneur spécial des 
finances, dont le nom manque dans la collection que j'étudie. C'est 
la seule lacune à signaler de 90 à 136 environ. 

11° ^«ij^jA Mousa ibn Kaab a la prière et les revenus, pendant 
l'année 141. 

12° c~*^V-^ Mohamed ibn El Achàb, également pendant l'an- 
née 141. 

13° f\oCr+>J Yezid ibn Hàtim, également de 145 à 152. Après lui, 
Ab)ul Mahasen, en mentionnant les gouverneurs, dit seulement 
que le khalife les prép>se « à la prière », sans ajouter, suivant son 
habitude « aux revenus ». Le khalife régnant alors était El- 
Mansour, second khalife abbasside (136-158). Effectivement, le nom 
de ce khalife se trouve, à l'exclusion de tout autre nom, sur un 
grand nombre des pièces diverses que nous étudions. Mais, comme 
sur les monnaies 'cf. Lavoix, Catalogue des monnaies mu- 
sulmanes), il s'intitule simplement (^y^ 1 *" 1 -^-"'-^. Le servi- 
teur de Dieu Abdallah, chef des croyants. L'exemple des mon- 
naies et la concordance des faits avec le silence d' Aboul 
Mahasen ne laissent pas de doute sur l'attribution de ce nom à El- 
Mansour. D'ailleurs, cette absence de gouverneurs continua quelque 
temps sous son successeur Ei-Mahdi (158-169), et le nom d'El-Mahdi 
se trouve également, comme nous le verrons, non sur les estampilles, 
mais sur des étalons de poids. 



— 99 — 

Il faut donc conclure qu'El-Mansour et El-Mahdi ont été leurs 
propres gouverneurs des finances pendant quelques années, et je 
les inscris dans la liste. 

14° Û^JLIjmÎ (jlt - ^) tf^«IJ-s El-Mansour (152-158). 

15° ûj1-jNjmUêi**«^ El-Mahdi (158-161). (Après 161 Aboul Ma- 
hasen attribue, de nouveau, aux gouverneurs les deux fonctions). 

16° jy*&dj*£"\j Wàdhih, client d'El-Mansour, est appelé dans 
nos inscriptions cn-t^W <^_y ; la variante n'a rien de surprenant. 
Il réunit les finances et la prière pendant quelques mois (162). 

17° *jl*ù^ Tahia ibn Dà)ùd n'est pas menti nmé sur les estam- 
pilles, mais sur les poids (voir plus bas); a la prière et les revenus de 
162 à 164. 

18° ^'j-'i/J^f 1 (^-Ja-O» 1 ) (Abou Koteïba) Ismaïl ibn Ibrahim fut 
administrateur spécial des finances, de 161 à 165. 

19° £U»ùv Ai y Ibrahim ibn Sàlih, réunit les finances à la prière, 
sa signala par un red)ublement d'impôts et souleva les populations 
(165-167). 

20° ts-v-Cf&'j* Mousa ibn Isa, les finances et la prière, en 171 et 
plus tard en 174. 

21° jL^-i/jU-i Ishac ibn Soleïman, également (177-178), non 
mentionné dans les estampilles (v. plus bas). 

22° (Jo^U Màlik ibn Dahlam, également (192) mentionné sur 
les poids seulement. 

23° lt^* 1 ! J ^ir^j" Mousa ibn abou El-Abbas (mentionné sur un 
poids). Il eut d'abord les finances avec les prières, puis les finances 
lui furent retirées en 229. C'est sous son successeur qu'Aboul 
Mahasen(l) nous explique le système suivi dès lors par le khalife : 
Les revenus étaient pour le khalife ; il y désignait qu'il voulait 
pendant ces années-là. ùû-J^Ua jsU^jy^ii^l^'jISj. C'était sous 
le règne du khalife El-Motasim. A partir de ce moment, Aboul 
Manasen ne mentionne plus la réunion des finances jusqu'en 
l'année 235. On peut conclure de ce silence que cette pratique fut 
suivie par les successeurs d'El-Motasim, à savoir : El-Wathiq 
(227-232) et El-Motawakil. jusqu'en 235. Effectivement le nom de Cd 

(1) I p. btil. 



— 100 — 

dernier se trouve sur nos estampilles, et le nom cTEI-Wàthiq, avec 
tous ses titres et la date de 228 (1) sur un poids de la collection 
Innés. De même sur un poids de la collection Fouquet, le nom 
d 'El-Motasim (2). On voit que deux fois le silence d'Aboul Mahasen 
concorde avec l'apparition du nom des khalifes. La première fois, 
Aboul Mahasen ne dit pas que les khalifes se réservent spécialement 
les finances. Les circonstances paraissent cependant les mêmes, et 
la série de nos inscriptions autorise évidemment à prêter à El- 
Mansour et à El-Mahdi la même pratique qui nous est attestée chez 
El-Motasim et ses successeurs. D'ailleurs, sous El-Mansour, le même 
historien nous conte une anecdote curieuse qui prouve les préoccu- 
pations du khalife au sujet des finances d'Egypte et de leur percep- 
tion (3). 

L'émir des croyants Abou Djafar El-Mansour le préposa (Mohamed 
ibn el Achab) a la prière et a l'impôt ... et lorsqu'il eut affermi ce 
Mohamed ibn el Achab dans le gouvernement de l'Egypte, le 
khalife Abou Djafar El-Mansour fit dire à Noufil ibn Elfrât d'offrir 
à Mohamed ibn el Achab la ferme de l'impôt : S'il accepte, sois 
témoin et requiers des hommes pour témoigner, s'il refuse, tu 
seras à la tête des impôts, à ton habitude. Noufil présenta ces 
instructions à Mohamed, qui refusa la ferme. Alors Noufil fut 
transféré aux divans (4). Mohamed remarquant l'absence des 
gens de s m entourage s'informa d'eux On lui répondit: Ils sont 
chez le Ministre des divans. Ibn Achab se repentit alors de ce qui 
lui arrivait par l'abandon de l'impôt. 

j \ j^x\ y&*>-/\ «aJ^i j •Jj-** v»"i j ù> «-j^^i cj -^ je \ iij 

4 U-yllà 4_;*^» ùls^rv^ J^f- «Jljf* 9 « -»-^-V 1 Cr •*—£■ Je oO~ •jjlJjl^lj'Jij) 

^»_J^t jjrlj J?j> oO»» v^lôlc gjj£l Je C:i jC» J\ ] J l*\fii\ (Jl lJ J* A J 

(1) Ce 8 est douteux ; maison lit très clairement ^OUjJ/y.lc 

(2) Nous remarquons, cependant, que pour El-Motasim seulement, le nom de l'émir se 
trouve aussi indiqué (voir plus loin, p. no. 

(3) I. 3«. 

(4) Les divans sont les registres de la comptabilité. 



- 101 — 

Malgré les obscurités de ce texte, on voit clairement la méfiance 
d'EI-Mansour et les garanties qu'il exigeait. Quand l'hist >rien ne 
mentionne plus de préposé aux finanças, c'est qu'El-Mansour en a 
pris l'administration directe, comme le feront, un siècle plus tard, 
certains de ses successeurs. Ce petit point d'histoire me paraît acquis. 

J'ajoute donc à la liste des gouverneurs des finances nommés par 
nos inscriptions : 

24° (poids) «j^Jll>.Î3il jC ^Jl'ft.VI < 5*»-»>l (El Motasim) 220-227. 

25° poids (1) (>--JlLM^^*yia>^>^>^ , Jf (El-Watiq). 227-232. 

26° C&j^àty&M (El-Motawakil) 232-235. 

Les estampilles ne portent pas d'autres noms ; Les poids nous en 
fourniss.it quelques autres, que nous mentionnerons. 

Telles qu'elles sont, elles offrent un petit tableau intact, en 
quelques parties, de l'administration musulmane. Ce tableau nous 
mène, sauf deux ou trois lacunes légères de 90 à 167 et de 220 à 
235. Les hasards des fouilles me permettront peut-être de le com- 
pléter encore. D'ailleurs quelques noms d'émirs inconnus, que je 
n'ai retrouvés ni dans Makrizi,ni dans Aboul Mahasen, apparaissent 
sur ces inscriptions. On les retrouvera peut-être dans quelque autre 
document historique. Sauf ces quelques noms, on remarquera qu'il 
y a accord complet entre les renseignements fournis par les histo- 
riens et les inscriptions. C'est toujours une bonne fortune de pouvoir 
contrôler les livres par les documents authentiques, et c'est double 
satisfaction de les vérifier les uns par les autres. 

D'autres pièces, sans nul doute, doivent être rangées dans la sub- 
division D. La formule est la suivante : 

Au nom de Dieu ! 

La famille de Mohamed a ordonné l'exactitude 

quart de kist exact. 

Après £Jj on remarque un signe énigmatique. 

Qui peut s'intituler la famille de Mohamed et substituer, dans 
une formule consacrée,, son propre nom à celui de la Divinité? Il ne 
peut y avoir de doute là-dessus. Il s'agit évidemment des Fa timides, 

(i) Collection Innés. 



- 102 - 

qui se disaient issus du Prophète par sa fille Fatima, et, d'après les 
doctrines des Ismaéliens qu'ils professaient, se considéraient comme 
les incarnations de la Divinité. C'est, si je ne me trompe, un phéno- 
mène assez insolite que cette inscription impie, qui semble dire 
assez ouvertement qu'Allah et le Fatimide n'est qu'une seule et 
même personne. Je ne crois pas qu'aucun historien ait fait mention 
d'un tel fait, qui n'a, d'ailleurs, pour les personnes au courant des 
doctrines fatimides, rien de bien surprenant. 

Outre l'intérêt historique de ces pièces, je dois signaler ce fait, 
qui me servira plus tard, que le nom des Fatimides ne se trouve pas 
dans ces inscriptions, mais qu'il est simplement représenté par cette 
formule insolite. J'insiste, parce que j'aurai occasion d'attirer de 
nouveau l'attention du lecteur sur cette particularité. 

Spécialement, je signale l'inscription suivante : 

<_ilj j&i Ji?j <_i^sj «làjJl -lé 1 J \ l/ *\ <Hi\ ,«j 

Au nom de Dieu ! 
Dieu a ordonné l'exactitude. Demi-ratl de graisse exact 

Elle est à rapprocher de l'inscription simple (voir page 93) ja* \°j 
Au terme de mesure de capacité est substitué un terme de poids, et 
les deux fois il s'agit de graisse. Cette particularité méritait d'être 
signalée en passant. 

E. Les pièces de la cinquième subdivision n'offrent aucun intérêt 
spécial ; elles portent le nom du fabricant précédé ou non de l'ex- 
pression J-A, Je « par les mains de » 

II 

La seconde partie a été étudiée, et d'une manière définitive, par 
Rogers. Je me contenterai donc de résumer ses travaux, en n'y 
ajoutant qu'un très petit nombre de détails nouveaux. 

Ces pièces, considérées jusqu'ici comme des monnaies, sont des 
poids ou, pour plus exactement parler, des étalons de poids. Sans 
revenir sur la discussion de Rogers, j'alléguerai pour l'édification du 
lecteur deux arguments décisifs. 

Le premier est une découverte,, faite au Fayoum, par Rogers bey 
lui-même. « Les poids trouvés étaient contenus dans une boîte en bois 



— 103 - 

à deux compartiments, dans l'un desquels étaient des poids en acier 
et dans l'autre des poids en verre. Parmi ces derniers, le plus 
récent porte l'empreinte : Au nom de Dieu, El Moqtader, com- 
mandeur des croyants ; poids d'un demi-dînar (wàfi) (de plein 
poids (1) ; tous donnent pour le dinar 4 grammes 26 et jusqu'à 
4.28976. . . On peut conclure, si je ne me trompe, de l'existence de 
deux compartiments, l'un contenant les poids en acier sur lesquels 
il n'est fait mention que du derham, et l'autre les poids en verre, 
qui portent, au contraire, le mot dinar (exprimé ou sous-entendu), 
que les premiers servaient à peser les monnaies d'argent et les 
derniers, les monnaies d'or. » (Sauvaire F. A., avril-juin 1884, page 
445, note). 

Le second argument est un texte d'Eddamiry, relevé, pour la 
première fois, par le même savant, traduit par M. Sauvaire et cité 
par M. Lavoix dans sa préface (p. XXIV). Je le résume ici : 
Les khalifes ommiades employaient les pièces d'or byzantines. Y 
ayant gravé des formules musulmanes, Abd-el-Melik s'attira les 
représentations de l'empereur de Constantinople, qui le menaça 
de frapper des pièces avec insultes à l'adresse de l'islamisme. Abd- 
el-Melik, inquiet, demanda conseil à Mohamed Ibn Aly, célèbre 
alors par sa science, qui lui parla ainsi : « Tu vas convoquer à 
l'instant même des ouvriers qui battront devant toi des coins pour 
les derhams et les dinars, sur lesquels tu imprimeras la formule 
de l'unité de Dieu ainsi que la mention de l'apôtre de Dieu ; la 
première sur l'une des faces du derham et du dinar, la seconde sur 
l'autre face ; en marge du derham et du dinar, tu mentionneras la 
viîle et l'année ou ce> pièces auront été frappées. Ordonne de peser 
trente derhams appartenant en nombre égal aux trois sortes qui 
pèsent, l'une dix metqàls les dix, l'autre six metqàis les dix, 
et la troisième cinq metqals les dix : le poids total sera de vingt 
et un metqàls. Ta fondras des dénéraux (sandjat) de verre 
(qawarîr), lesquels ne seront susceptibles ni d'augmenter ni 
de diminuer, et tu frapperas alors les derhams au poids de 
dix {metqàls) et les dinars au poids de sept metqals ». 

(I) La collection Fouquet possède un verre absolument semblable, où j'avais lu aussi « El- 
Moqtader , mus le mot écrit de la même manière est suivi sur d'autres pièa - de 
-*^\ J'ai donc préféré lire l£-^U le ^ d' j-Vlii' notant pas marqué et le ? pouvant, 
dans cette écriture se confondre parfaitement avec le <£ sans points. 



— 104 — 

Le doute n'est plus permis à ce sujet. Rogers et M. Lavoix 
ajoutent à ces renseignements la preuve que cet usage même 
d'étalons en verre était emprunté aux Grecs. Je laisse la parole à 
M. Lavoix (op laund. p. XLV). 

« Le poids légal du dinar et du derham était déterminé à l'aide 
de dénéraux de verre, qui, par leur matière, n'étaient susceptibles 
ni d'augmentation ni de diminution, et dont Mohammed ben Aly, 
lors de la réforme d'Abdel Malek avait conseillé l'emploi au khalife. 
Un texte d'El-Damîry nous le dit ; des monuments nombreux le 
prouvent. Par fortune le cabinet des médailles possède un de ces 
sandjats qui porte le nom du khalife réformateur de la monnaie • 
Abdallah Abd-el-Malik, émir el Moumenim. Rien dans la légende, 
il faut bien le dire, n'autorise à penser que nous avons là un poids, 
mais ce dénéral pèse 4 grammes 50 et les dinars d'Abd-el-Malek — 
je parle de ceux à effigie du khalife de l'an 76 et de l'an 77 — sont 
du poids de 4 grammes 48 le premier, et de 4 grammes 41 le second 
il est un peu usé. Nous sommes en droit de conclure, après ce 
rapprochement, que nous possédons l'exagium du dinar. 

« Les sandjats que nous connaissons, et en assez grand nombre 
vont nous renseigner avec plus de sécurité encore. S.E. Rogers a 
étudié ces curieux documents dans un excellent travail de clas- 
sement... Je ferai observer seulement que l'emploi de l'exagium 
en verre est emprunté par les Arabes aux Byzantins. L'adminis- 
tration de la monnaie musulmane s'est conformée aux usages de 
l'administration de la monnaie grecque : elles s'expliquent l'une 
par l'autre. 

« Rogers nous a donné le dessin de deux tessères de verre byzan- 
tines, dont l'une présente un monogramme que je ne puis déchiffrer, 
l'autre le monogramme cruciforme du nom propre iqannoï". La 
première est du poids exact d'un sou d'or ; la seconde d'un semis. La 
qualité des personnages n'est pas désignée sur cette tessère, qui est 
évidemment un poids. 

« Mais le cabinet des médailles possède un verre de moindre 
dimension et qui porte en légende circulaire : Eni IQANNOÏ Eiupxor 
Les lettres sont de l'époque d'Héraclius ; je serais porté à 
croire que ces deux pièces appartenaient à Jean qui était gouver- 
neur d'Egypte pour cet empereur au moment de la conquête arabe.» 



— 105 — 

Ce préambule, un peu long, était nécessaire pour justifier la clas- 
sification que j'adopte pour ces pièces de la seonde catégorie. 

Première série. — Poids-étalons de l'époque gréco-romaine: 

1° Deux pièces, Tune en verre blanc, l'autre en verre légèrement 
bleu (une troisième, en verre blanc, appartient à M. Innés). Ces 
pièces rappellent un pièce décrite par Longpérier. Elle a été 
donnée au Louvre. Voici la description du savant archéologue : 

« Buste d'Isis tourné à droite ; la tête de la déesse est surmontée 
des cornes de vaches et d'un globe ; de la main gauche elle tient un 
vase à libation. 

« Revers : Buste barbu du Nil tourné à droite ; le dieu tient un 
roseau ; une corne d'abondance est placée près de son épaule. 

« Verre blanc. — Le bord du coin a touché le verre en avant de 
la tète d'Isis, alors que le flan était encore chaud et y a imprimé 
une double ligne courbe qu'il ne faut pas confondre avec le type. 

« On remarque que sur de petits bronzes du nome de Memphis, le 
buste d'Isis figure au revers de la tète d'Adrien. Le module de ce 
verre rend Fanalogie frappante et nous pensons que sa fabrication 
remonte aussi au second siècle. » (Longpérier, Œuvres? II, p. 513). 

2° Disque plat sur une face; sur l'autre un bourrelet circulaire et 
sur le fond plat, en relief, buste au-dessus d'un monogramme cru- 
ciforme ; autour : IVSTINIANVS P P AV IOH, que je lis ainsi : 
JUSTINIANUS.Pater.Patriœ.AUgustus. IOHannès. Le dernier nom 
serait ainsi le nom du gouverneur. 

3° Disque semblable ; au centre un buste, inscription effacée tout 
autour. 

4° Disque plat sur une face ; sur l'autre, tête de femme, à coiffure 
épaisse encadrant le visage, en ronde bosse. 

Ces cinq pièces rentrent évidemment dans la catégorie des 
exagiums en verre. J'en donne ici les poids : 

1° Verre à tète d'Isis (verre blanc), 1 g. 74 ; 
id. (verre bleu), 1 g. 93 ; 

2° Verre de Justinien (verre bleu très foncé, presque noir), 4 g . 27 

3° ? id. 4g.0i: 

4° Verre à tête de femme (vert, émail blanc écaillé), 12 g. 85 ; 

Deuxième série. — Derhams, dinars et demi-dinars, avec le nom 
d'un gouverneur, souvent effacé. Je mentionne ceux qui sont 
entiers, avec leur poids. 



— 106 — 

1° Pièce en verre bleu très foncé, rappelant celle de Justinien — 
portant l'inscription suivante : Abdel Melik,an 77 <>«— j*.»-.^-^ 1 -^ 
poids 6 gr. 05. Faut-il y voir un de ces dénéraux frappés sur le conseil 
de Mohamed ibn Aly? Le derliam, si l'on se rappelle, devait peser 
dix metqàls, le dinar six. Si le calcul de M. La voix est juste, le 
dénéral pour le dinar d'Abd-el-Malek pèserait 4 gr. 50, ce qui 
donne pour le metqal environ gr. 65, et pour le derham 6 gr. 50. 
L'usure de notre pièce a du en diminuer le poids. L'hypothèse 
est donc séduisante. Mais je signalerai deux objections: 1° Abd-el- 
Malik n'y porte pas le titre d'émir el Moumenim ; 2° un grand 
nombre de pièces semblables portent un nom propre comme 
Mohammed, Omar, etc. et une date. Dans la collection Innés, l'une 
donne £^ <-><c- El Fellah, année cinq. Il est manifeste que ce 
n'est pas l'année cinq de l'Hégire, mais suivant une habitude connue 
l'année cinq d'un siècle quelconque de l'Hégire. Le nom El-Fellah est, 
vraisemblablement, celui d'un fabricant. N'y aurait-il donc entre le 
nom d'Abd-el-Malek et la date 77 qu'une coïncidence fortuite? En 
tout cas, je n'adopterais que sous toutes réserves l'hypothèse que 
nous avons sous les yeux le derham primitif d'Abd-el-Malik. 

2° Dirhem des Fatimides *Jj-y~* *& c^j* $&> •**- J ' <S S *" J *~\ 
« Au nom de Dieu ! Ordre de la famille de Mohamed. Metqàl de 
dirhem de 13 kharoubats ». Poids : 2 gr. 50. 

Le terme de metqàl est pris ici dans le sens de poids. La kha- 
roubat pèse d'après cela gr. 172. C'est, en effet, la moyenne que 
nous trouverons presque toujours. (Sur le dirhem, voyez les rensei- 
gnements fournis par M. Sauvaire. Je renvoie à lui pour tous les 
détails sur les termes que nous rencontrerons.) 
3° Demi-dinars : 

2 gr. 01 (date inconnue). 

2 gr. 12 (Abd-el-Malik ibn Merwan, 132). 

2 gr. 08 (Isa ibn Abou Atha, 126-132?). 

2 gr. 06 (Yézid ibn El-Hàtim, 145-151). 

Dinars : 

3 gr. 87 (date inconnue). 

3 gr. 82 (date inconnue). 

4 gr. 29 (El-Hasan ibn El-Houseïn ?). 
3 gr. 97 (Malik ibn Delham, 192). 



— 107 — 



4° Fels : 

15 qiràths, poids : 3 gr. 55 ; poids du qiràth : gr. 197. 
10 » » 4 95 » 198. 

14 » » 2 85 » 203. 

(Ousàma ibn Zeïd, 96-99 ; provenance : Fayoum). 
Le qiràth est égal à la kharoubat, qui est plus usitée dans nos 
Terres. 
13 kharoubats, poids : 2 gr. 600; poids de la kharoubat : gr. 200. 



25 


» 


» 


5 


15 


» 


» 


» 





206. 


26 


» 


» 


5 


27 


» 


» 


» 





202. 


30 


» 


» 


5 


84 


» 


» 


» 





194. 


30 


» 


» 


5 


92 


» 


» 


» 





197. 


32 


» 


» 


6 


22 


» 


» 


» 





191. 


30 


» 


» 


5 


91 


» 


» 


» 





197- 



(Abd-el-Malik ibn Merwan, 132). 
24 kharoubats, poids : 4 gr. 670 
(Abd-el-Malik ibn Yézid, 132). 
30 kharoubats, poids : 5 gr. 910 
(Yah'a ibn Daoud, 162). 
20 kharoubats, poids : 3 gr. 910 
(Mohammed ibn Amrou ?). 
20 kharoubats, poids : 3 gr. 900 
20 » » 3 900 



195. 



19 



/. 



. 195. 



» » 195. 

» » 195. 

On voit que la moj'enne du qiràth est entre gr. 19,7 et 
gr. 203, celle de la kharoubat entre gr. 191 et 206. Quelques 
pièces étant usées, on peut considérer le poids normal du qiràth ou 
de la kharoubat comme approchant de gr. 200. 

Voici, en outre, les résultats fournis par les pièces de la collection 
Innés : 

Demi-dinar d'El-Mansour, 2 gr. 40. 

Fels des poids de 25 qiraths, 4 gr. 95 ; poids du qiràth, gr. 198. 

Fels de 22 kharoubats , 4 gr. 40 ; poids de la kharoubat, gr. 200. 

Fels de 32 » 6 gr. 24 ; » » gr. 195. 

Fels de 33 » 6 gr. 30 ; » » gr. 190. 

Pièce usée, où je crois distinguer 14 qiràths, 29 gr. 4, ce qui por- 
terait le qiràth à gr. 170. En tenant compte de l'usure de diverses 
pièces, on voit que la moj'enne reste sensiblement la même. 



— 108 — 

Troisième série. — Des signes énigmatiques remplacent l'indica- 
tion des p >ids et semblent être des chiffres. 
Voici, par exemple, une inscription caractéristique : 

Par les mains d'Abd-el-Djabar ibn Nasîr 
poids d'un fels de kharoubats. 

Le nombre parait représenté par un signe rappelant le p 
des chiffres arabes, mais la queue en est très oblique et toute 
au-dessous de la ligne. Au bas de l'inscription, une étoile entre deux 
croissants. Le croissant et l'étoile reviennent souvent dans les 
diverses pièces que nous avons déjà examinées. Us semblent les 
emblèmes de l'exactitude et remplaceraient la mention «-*' j Je n'ai 
d'autres raisons pour appuyer cette conjecture que le croissant qui 
s'adjoint à la formule *û i ^ dans les estampilles (V. plus haut, 
p. 717, l re col.). 

Quoi qu'il en soit, le signe précédent doit être quelque signe de 
numération. On sait que les Coptes, employés de tout temps dans 
les administrations financières, ont gardé un système de numéra- 
tion spéciale. J'ai donc cherché à comparer ces signes avec ceux 
que les Coptes emploient aujourd'hui encore. Je n'ai pu y reconnaî- 
tre la moindre analogie. Une très lointaine ressemblance avec les 
signes de numération démotique me fait considérer comme vraisem- 
blable que ces signes représentent la numération des premiers 
comptables coptes. 

Dans cette hypothèse, la pièce que je signale pesant 5 gr. 85, le 
signe en question représenterait 30 (kharoubats). Le même signe, 
isolé, suivant le nom du fabricant, se trouve dans trois pièces de la 
collection Fouquet et une de la collection Innés, pesant 5.81, 5.81 
5.80, 5.82. Ajouté à un autre signe affectant la forme d'un V, 
dont les deux branches sont recourbées, il se trouve sur trois 
pièces pesant 6.34, 6.40, 6.40, et correspondrait à 33. L'examen 
détaillé de ces signes présenterait sans doute quelque intérêt, 
mais nous entraînerait au delà des limites de cette étude. Je me 
contente d'en signaler la présence et l'interprétation qui m'en 
paraît le plus vraisemblable. 



— :io9 — 

J'attirerai encore l'attention sur un signe affectant la forme d'un 
o médian, où, si l'on veut, d'un w grec et qui dans une inscription 
semble substituée à un nom, tel que derham, dinar, fels, etc. La 
pièce est de la collection Innés. 

Face: 

Au nom de Dieu, ordre de Vémir Yezid ibn Hàtim, 
poids de ? (exact) 

Revers, inscription circulaire effacée ; au centre : 

J*j4*i*» Œuvre de Damcd (?) 
poids : 2 gr. 95. 

Faut-il lire CX « tiers? » Ce serait le tiers d'un poids de 9 
grammes, ce qui ne correspond à aucun des poids que nous connais- 
sons. Faut-il y voir, comme le poids de la pièce (un peu usée) nous 
y autorise, la moitié d'un derham de 6 grammes? Je pose la question 
sans la résoudre (1). 

Des pièces de forme semblable portent simplement un nom propre. 
D'autres de couleur en général différente, portent un nom propre 
entouré de la mention d'une année. Doit-on les ranger dans la 
catégorie des poids ? Quelques lettres mystérieuses qui rappellent 
exactement les lettres employées dans les formules magiques (2) 
me portent à les ranger dans une nouvelle catégorie que j'essaierai 
de déterminer en dernier lieu. 

III 

La troisième catégorie comprend des poids proprement dits, 
employés à peser des marchandises, particulièrement la viande. 
On y retrouve l'once et le ratl ou rotoli. De ces derniers, malheu- 
reusement aucun exemplaire n'est complet. Je mentionne seulement 
les pièces complètes, et quelques inscriptions intéressantes. 

1° Disque plat et allongé, provenant du Fayoum demi-once (Ishaq 

(1) Même particularité pour une pièce d'El Mahdi, poids l gramme 41. On pourrait y voir le 
tiers d'un dinar de 4 grammes so. 

(2) Voir, par exemple, Ion Khaldoun, édition Boulaq. I page 426 à 439. 



— 110 — 

ibn Soleïman 177), poids 12.20 La faiblesse de ce poids est parti- 
culièrement remarquable. Le tableau donné par M. Sauvaire 
mentionne cependant une once de 23 grammes 1735 (d'après Jean 
fils de Sérapion). Cette demi-once y correspond vraisemblablement. 

2° Plusieurs rondelles portant l'inscription, plus ou moins effacée : 
« demi-once » et pesant 15 gr. 50 à 16. Le tableau de M. Sauvaire 
donne une demi-once semblable de 15 gr. 26. D'autres pièces plus 
grandes pèsent 30 gr. 75. Les inscriptions sont illisibles,, mais il est 
à présumer par le poids que ce sont des onces entières. 

3° Plusieurs poids cylindriques ou cylindro-coniques, dont toutes 
les inscriptions sont effacées et donnent les poids suivants : 12 gr. 45 
(comparez la demi-once du Fayoum), 24gr.81 (ce serait l'once com- 
plète), 14 gr 57, 28 gr. 65, 55 gr. 40, 58 gr., 58 gr. 40. Ces derniers 
poids semblent être des divisions d'une once plus forte. Un frag- 
ment porte la date de l'année 105. 

4° Poids affectant la forme d'un cube plus ou moins régulier, 
évidé au centre. Les plus petits sont complets et donnent les poids 
suivants : 31 gr. 10, 54 gr. 90, 89 gr. 80, 90 gr. 96, 93 gr. 20. Les 
plus grands portent la mention de ratl, avec le nom du fabricant, 
du gouverneur, etc. Aucun n'est complet. Je relève le demi-ratl, le 
ratl, le ratl pour la viande (^) le rotoli de viande (^-J ] j^j) 
le grand ratl. Parmi les exemplaires de ce dernier, un pré- 
sente seulement quelques cassures, que j'évalue à environ 
les 3/16 du volume total. Le poids en étant de 420 gr. 50, on obtient 
pour le poids total 518 gr. 40, qui est très rapproché du poids de 
519 gr. 6862 donné par S. Bernard au ratl ziat (C. Sauvaire, 
Tableau des poids). 

Deux de ces poids portent des inscriptions intéressantes, ainsi 
qu'un fragment de la collection Innés. J'en ai déjà parlé plus haut, 
je donne ici le texte complet. 

l°Deux empreintes circulaires sur une même face portant : 

{Ceci est) de ce qu'a ordonné Aboul Ishaq Vimâm 
El-Motassim Billah, chef des croyants 



— 111 — 

et crLoJ'j'i/^j- <y*iL£ 

De ce qu'a ordonné Moussa ibn Aboul Abbas. 

Nous avons dit plus haut qu'au témoignage formel d'Aboul 
Mahasen, El-Motassim s'attribue la direction des finances. Il est 
remarquable que le nom de l'émir se trouve ici réuni à celui du 
khalife. Ce Moussa eut, d'après Aboul Mahasen, les revenus par 
intermittence ùU-Vl^iaj ç^^ç^j (1). Ce fragment de poids 
représente donc une période de transition, dans laquelle le nom de 
l'émir est encore mentionné ; plus tard, le nom du khalife seul est 
marqué. 

Notons, en passant, ce titre d'Imàm pris déjà par El-Motasim, 
qui est le huitième khalife abasside. Ce titre ftlmùm ne se trouve 
guère que chez les derniers khalifes, comme par une imitation des 
khalifes fatimides. Ces derniers sont, en effet, appelés par quelques 
historiens arabes: les khalifes qui furent en même temps Imams. 
Cependant on le trouve sur les monnaies d'Al Mamoun, prédéces- 
seur immédiat d'El Motasim. 

2° On trouve ce même titre dans un fragment de la collection 
Innés, déjà mentionné. 

Sur une même face, deux, empreintes carrées, dont l'une empiète 
sur l'autre, et semble postérieure : 

Ordre d'Abou Djafar, chef des croyants en l'an 227 ou 228 ou 229 

Au nom de Dieu. Dieu a ordonné la justice et V exactitude. 
Ceci est de ce qua ordonné le serviteur de Dieu Haroun 
Vimàm El Wàthiq Billah, chef des croyants, que Dieu prolonge 
sa durée. 

Y a-t-il dans cette variante de la formule religieuse IsjlUûl,/»! 
une allusion aux exactions et malversations des administrateurs 
financiers qui ont dû, vraisemblablement, provoquer la main mise 
directe des khalifes? Au risque de paraître un peu raffiner je 
pense qu'une variante dans cette formule que je retrouve si 
souvent ne doit pas être absolument fortuite. 

(1) 1,632. 



— 112 - 

3° Une troisième inscription vient encore nous fournir un détail 
historique malheureusement incomplet : 

Ordre de l'émir. . . et de l'émir Yezid ibn Abdallah, 
affranchi du chef des croyants, que Dieu prolonge leur durée. 

Le nom du premier émir m'échappe; celui du second est 
connu par Aboul Mahasen (I 740), qui spécifie que c'était un 
affranchi J^^ùV. Il gouverna en 242, sous le khalife El Mota- 
wakil. Mais celui-ci,versla fin de son règne, avait constitué l'Egypte 
en une sorte d'apanage de son fils (1), qui fut plus tard khalife 
sous le nom d'Almountasir. C'est lui qui nommait les gouverneurs 
d'Egypte. Il me paraît donc évident que le nom du premier émir est 
celui d'El-Mountasir. Je proposerai donc, par conjecture (car 
l'émail du verre rend l'inscription difficile à bien distinguer) : 
'Q-^cJjJ&sa)}^ « ordre de l'émir Mohamed, héritier présomptif 
etc.wLemot^JiL^ 1 serait le génitif à la fois de J_y etde-k c J.> 

Il est à remarquer que, dans une autre inscription, le nom de 
l'émir Abd-el-Wahid ibn Yahia,qui fut nommé en 242 parce même 
El-Mountasir, est seul. C'est donc une innovation que la réunion de 
deux noms. Et cette innovation n'indiquerait-elle pas qu'El Mountasir, 
non content d'une prérogative purement honorifique, prétendit 
avoir une part directe au maniement des affaires? El Mountasir était 
pressé de jouir du pouvoir et ne devait pas reculer devant le par- 
ricide pour en jouir plus tôt. Une tentative d'usurpation n'aurait 
rien de surprenant. L'historien, que je suis ici, ne l'affirme pas, 
mais il mentionne que peu de temps avant 247, El-Motawakil avait 
retiré à son fils le gouvernement d'Egypte pour le donner à son 
vizir El-Fath. C'est à cette mesure que répondit probablement 
El-Mountasir par le double assassinat de son père et du vizir rival. 
D'un autre côté, si El-Motawakil avait destitué son fils, c'est que 
celui-ci avait dû manifester quelques velléités d'indépendance et 
c'en était un que de marquer son propre nom sur les poids égyp- 
tiens, puisque nous avons déjà vu que c'était, chez plusieurs 
khalifes, un signe d'administration directe des impôts. 



(i) 



«1&C->^*ILj<UÂ j.s l (J^d.lj*Uiaîl9 / .^IlUU Ibn Al Athir, édition Tornberg VII. 33. 



— 113 



IV. 



La quatrième catégorie comprend : 1° des pièces d'une significa- 
tion indubitable ; 2° des pièces dont le caractère est plus incertain ; 
3° des pièces dont le caractère, trompeur au premier abord, m'a 
paru déterminé par des considérations d'un intérêt historique tout 
spécial. 

La première série est composée d'amulettes ou pièces à formules 
religieuses, servant peut-être d'ex-votos. 

On sait le grand usage que font les musulmans de pierres gravées 
avec inscriptions religieuses, auxquelles ils prêtent des propriétés 
mystérieuses. Reinaud a consacré une étude fort complète à la des- 
cription de ces pièces, simples cachets ou amulettes '1). L'une de 
ces pièces (n° 120) est précisément en pâte de verre, comme celles 
que nous décrivons. D'ailleurs, quelques-unes portent des formules 
très significatives. En voici quelques-unes : 

Je loue Dieu ! 
Au nom de Dieu! Mon maître est Dieu (2) 

Je Vai confié à Dieu. 

Cette dernière formule suivie du nom propre ^-l> Bàchir ou ^ 
Yànis, est gravée sur le fond d'une empreinte triangulaire 
sur trois verres, l'un blanc, les deux autres d'un bleu très 
brillant. Tous trois proviennent du Fayoum. Je ne serais pas 
éloigné d'y voir des sortes d'ex-votos. D'autres pièces en grand 
nombre portent deux triangles croisés, formant un hexagone éi »ilés 
C'est l'emblème du sceau de Salomon, comme on peut le voir dans 
l'ouvrage de Reinaud. On y remarque souvent deux signes qui 
semblent arabes et qu'on peut lire l» ' !■' L L L" L" L L Le nom de I»' L' 
rappellerait une déesse chaldéenne. Les superstitions astrologiques 

Hi Reinaud. Monuments arabes, persans et turcs du cabinet Blacas, tome second. 
(2) Collection Iskès. JLu «ujL C^aë-I > mc Uvre entièrement à Dieu. Qu'il soil 
exalté. Variante de la formule bien connue *ul \c <^J&j> 

Institut Egyptien. s 



— 114 — 

viennent pour là plupart de Chaldée. En serait-ce une réminiscence? 
Le nom de l« \> rappellerait un dieu infernal égyptien. En tous cas, 
le caractère cabalistique de ces pierres est indéniable (1). 

D'autres encore portent un carré à neuf ou douze cases, rappe- 
lant les carrés cabalistiques. Dans ces cases il me semble voir la 
trace de chiffres ou caractères magiques qu'on trouve d'ordinaire 
dans les amulettes en pierre ou en métal de cette espèce. 

Une formule définitivement probante est celle-ci. Au centre de 
la pièce est écrit : £*- Protection, autour :^,>^SZ.iSZ„i Cer tes Dieu 
te suffira contre eux. J'emprunte à Reinaud le commentaire de 
cette formule (IL 236). «C'est un passage du Coran. (Sourate II 
verset 138). Les musulmans s'en servent de préférence contre la 
malice de leurs ennemis. Ils croient qu'il suffit de l'avoir sur soi 
pour rendre les anges et les génies dociles à ses moindres volontés ; 
et pour se mettre en sûreté contre les puissances de la terre et des 
enfers. Albouni assure que l'effet de ces paroles est plus rapide que 
le vent, plus prompt que la foudre ». 

J'ajouterai que beaucoup d'autres pièces portent des inscriptions 
qui rappellent celles des formules cabalistiques, indiquées par les 
livres de magie, caractérisées par un trait horizontal au-dessus 
desquels sont tracées des lignes diverses, affectant en général la 
forme d'un £_ ou d'un o", mais surtout des traits verticaux. L'ensem- 
ble en rappelle vaguement le mot *"', surtout si l'on observe que, 
souvent, dans les inscriptions dites coufiques, entre les deux J 
du mot sacré, on aperçoit un ornement de fantaisie, rappellant 
souvent la forme d'un £_. Ces caractères sont fréquents sur les 
coupes magiques. Quelle qu'en puisse être l'interprétation, ils ne 
peuvent avoir qu'une signification magique. 

2° Faut-il y rattacher les pièces suivantes, caractérisées par un 
nom propre, comme -të-, <\? etc., suivi soit d'une date, soit d'une 
formule dont le sens m'échappe en général? La première espèce 
semble plutôt se rattacher à celle des pièces de la deuxième catégo- 
rie des verres, qui sont des étalons de poids, portant simplement le 
nom du marchand, et qui porteraient ici, en plus, la date. Il est à 

(1) Le hasard de mes promenades m'a fait rencontrer ces jours-ci ce sceau de Salomon, 
peint sur un mur, el à côté l'inscription *~-:jl> -U^L maître ! Mohammed! Faudrait-il lire 

l l en supposant sous-entendus les noms de maître, de Mohamed, ou tout autre? 
"1 ') 



— 115 — 

remarquer que la date, comme cela se présente dans certains cas, 
n'indique pas le siècle. Voici celles que j'ai relevées : « Omar, 
année 5; El-Fellah, année 5; Ali, année 24(?); Mohamed, 
année 27 ; Mohamed, année 42. » Les noms de Mohamed et 
d'Ali sont fréquents dans les autres pièces et suivis de lettres ou 
groupes de lettres qui rappellent absolument celles que les livres 
de magie emploient, comme j'ai déjà eu l'occasion de le signaler. Je 
mentionnerai spécialement une pièce où le nom d'Ali est suivi d'un 
£_ précédé d'une lettre sans point qui peut être un <-> ou un ^ etc. . . 
et des deux lettres J'. Je n'hésite pa^ à retrouver là les caractères 
magiques. (1) Les Alides ont, de tout temps, été adonnés aux prati- 
ques de l'astrologie et de la magie. 

3° Ceci m'amène tout naturellement à exposer avec quelque vrai- 
semblance l'interprétation spéciale que je donne aux pièces fort 
nombreuses qui portent le nom des khalifes fatimides issus d'Ali, 
le gendre du Prophète. 

Plus de trois cents pièces de divers formats portent ces noms. Ce 
sjnt ces pièces qui ont été connues les premières et décrites. Ces 
noms, en général isolés ou suivis seulement de quelque formule 
religieuse, quelquefois de la date, donnaient aux pièces les vérita- 
bles allures de la monnaie, et la première explication donnée par 
les savants était toute naturelle. Rogers, le premier, en déchiffrant 
les pièces portant incontestablement mention de poids, a rectifié 
l'erreur. Mais, si nous devons renoncer à voir dans ces pièces des 
monnaies, il ne s'ensuit pas que toutes soient des poids. 

Celles dont il s'agit sont de format et de poids absolument varia- 
bles. Il en est de minuscules — quoique intactes — ayant, par 
exemple, met. 012 de diamètre et gr. 010 de poids ; d'autres 
de met. 030 de diamètre et gr. 700 de poids. Entre ces deux 
extrêmes, il y a une foule de termes moyens, et il est peu vraisem- 
blable, en l'absence d'une mention précise, d'y voir des poids du 
genre des pièces examinées plus haut. De plus, nous avons déjà vu 
que le nom des khalifes fatimides est représenté par l'expression 
générale de -^J * sur les estampilles, où le nom individuel de ces 
khalifes n'apparait jamais. Ceci rend très probable que les poids 
fabriqués sous ces khalifes devaient porter cette mention et non leur 

(H Je répète qu"on les trouve dins ibn Khaldouo I. p. A2G à 439. 



— 116 — 

nom (1). Il faut donc ranger dans la catégorie des pièces à inscrip- 
tions religieuses, toutes celles qui portent ces noms. 

Nous n'avons pas de preuve que les khalifes fatimides aient fait 
fabriquer de ces pièces en leur honneur. Mais on sait qu'ils faisaient 
la plus active propagande en faveur de leurs doctrines, et un 
historien musulman, Ibn El-Djouzy, rapporte que les Carmathes, 
secte affiliée à celle des Fatimides, portaient comme signe distinctif 
une empreinte sur argile blanche, ainsi conçue : Mohamed ibn 
Ismaïl l'Imam, le Mahdî, le favori de Dieu [2). Précisément Obéïd 
Allah, qui fit reconnaître son autorité dans le Magreb, en 29G de 
l'Hégire, se prétendait issu de ce Mohamed et revendiquait le 
titre d'Imam et de Mahdi. Si Ton se rappelle que les Egyptiens, 
comme nous l'avons montré, ont employé le verre au lieu de 
pierre ou de métal pour leurs amulettes, n'y a-t-il pas quelque 
raison de croire que, cette pratique se poursuivant, ces marques 
distinctives portées par les partisans de l'Imam. du Mahdi. pouvaient 
aussi bien être en verre ? Ce qui viendrait confirmer cette conjec- 
ture, c'est que ces verres sont surtout nombreux dans les com- 
mencements de la dynastie fatimide d'Egypte. Le lecteur s'en 
convaincra aisément par le tableau suivant : 



NOM DES KHALIFES 


FATIMIDES 


DURÉE DU RÉGNE 


NOMBRE DES PIÈCES 


El-Moïzz 


(3) 


358-365 


7 


ans 


2? 


El-Aziz 


(T> 


365-387 


22 


» 


20 


El-Hakim 


(5) 


387-411 


24 


» 


68 


El-Thahir 




411-427 


16 




22 


Kl-Mostansir 




427-487 


60 


» 


53 


El-Mostali 




487-4 15 


8 


» 





El-Aroir 




495-524 


29 


j> 


4 


Ei-Hafidb 




524-544 


20 


» 




El-Thaflr 




544-549 


5 


» 


1 


El-Faïz 




549-555 


6 


» 


2 


El-Adhid 




555-567 


12 


» 


3 




209 


ans 


203 



(O Nous avons mentionné plus haut un derham fatimide. L'inscription en est ainsi conçue ; 

\jj- ix y~* '^yt pAj* JiÂi* -^ J i •*' <^' ^ 

.2) De Coeje. Mémoiretur les Carmalhes et les Fatimides (1886), p. 88. 

(3) Désigné le plus souvent par le nom de Moad. 

(4) Désigné le plus souvent par le nom de Naàr. 

(5) Souvent accompagné de son héritier présomptif Abdel Rahim. 



— 117 — 

Ainsi, sur un t ttal de 203 pièces, 12 seulement appartiennent aux 
six derniers khalifes, qui ont régné pendant 80 ans, et 191 aux pre- 
miers, qui ont régné pendant 129 ans. Une pareille disproportion 
est-elle due au hasard? Ne s'explique-t-elle pis manifestement par 
ce fait que la propagande fatimhie s'est naturellement ralentie, une 
fois la dynastie définitivement établie clans le pays. La proportion la 
plus forte est en faveur du premier khalife. Rien de plus naturel. 
Puis vient El-Hakim, qui n'est que le troisième, mais qui, plus que 
tout autre, fut le propagateur ardent des croyances chiites, qui se 
fit passer pour Dieu et adorer, et dont le culte est encore aujour- 
d'hui celui des Druses. Il y a là des coïncidences qui, à elles seules, 
ne pourraient justifier ma conjecture, mais la corroborent singu- 
lièrement. Faut-il ajouter que vers la fin du règne d'El-Mostansir, 
une secte rivale, celle des Assassins, s'élevait en Syrie? Le grand- 
maître des Assassins se posait aussi en Imâm, et la propagande 
fatimide reçut, en Syrie surtout, un grave échec par l'invasion des 
Croisés. De là, le peu de fréquence de ces pièces, fabriquées par les 
initiés dans la période de décadence, leur grand nombre au mo- 
ment de la prospérité (1). 

La question ainsi posée, je mets sous les yeux du lecteur un pas- 
sage de Makrizi, que je suis le premier, si je ne me trompe, à 
signaler. Voici le texte de l'édition de Boulaq(2) : 

(Samanâï) un des villages [du pays) de Tinis. Le lac de 
Tinîs V avait envahi, et il était devenu une île. Or, en rehî pre- 
mier de Van 837 , on fouilla les pierres et les briques qui s'// 
trouvaient ; et voici qu'il y avait des piliers {?) de verre en 

(i) Notons, en passant, que celte considération vient contredire formellement l'assertion 
de Marcel (Hist. de l'Egypte, p. 139, note 2) qui allirme que ces pièces étaient des assignats en 
verre fabriqués au moment de la ruine des Fatimides. A ce compte, c'est précisément le con- 
traire qui devrait se présenter, les pièces devraient être contemporaines des époques de misère 
cela est évident. 

(2) I. isi, lin de la page. 



— 118 — 

quantité : sur les uns était écrit le nom de l'Imâm El-Moizz 
lidin Allah, sur d'autres, celui de l'Imâm El-Aziz Billah 
Nasàr. Il y en avait avec le nom de VImâm El-Hàkim, biamr 
Illah, avec le nom de VImâm El-Thahir liizâz dîn Allah, avec 
celui d'El-Mostansir. Ces derniers, les plus nombreux. Je tiens 
cela de gens qui ont assisté à la chose et Vont vue. 

Il est impossible de douter un moment de l'identité de ces objets 
avec les pièces que nous décrivons. Gomme celles dont parle 
Makrizi, les pièces de nos collections ont été trouvées dans des 
décombres, au milieu de fragments de verre, de pierres, etc.; 
comme elles, elles s'y trouvent en grandes quantités, et il est à noter 
que Makrizi ne mentionne que le nom des six premiers khalifes. Là 
encore c'étaient les seuls — ou au moins à fort peu près les seuls — 
dont les noms fussent écrits. Toutes ces circonstances prouvent 
surabondamment que Makrizi a eu en vue des pièces identiques. 

Comment les nomme-t-il ? Makrizi a été mohtesib au Caire., et 
c'était un homme d'une vaste érudition. Si ces pièces avaient eu le 
moindre rapport avec des poids et mesures, comment l'eùt-il ignoré ? 
Comment expliquer l'étonnement que décèle la phrase finale? 
Évidemment ces pièces avaient pour Makrizi une signification anor- 
male. Il ne connaissait rien de semblable. Or, je le répète, il 
n'aurait pas témoigné la moindre surprise si ces pièces avaient été 
des poids ou monnaies. Supposer qu'il ignorait leur destination est 
peu vraisemblable pour qui sait l'étendue de connaissances que 
révèle son ouvrage sur l'Egypte. 

Étudions donc de près le mot par lequel il désigne les pièces en 
question. Le mot ^U^ n'est et ne peut être qu'une faute de copiste. 
Il n'a d'autre sens que celui de piliers, de jambages (de porte) (1). 
Quel rapport, même lointain, peut-il y avoir entre ce mot et les 
pièces qui sont de petits disques de verre de trois centimètres de dia- 
mètre et de cinq millimètres d'épaisseur au plus ? Quelle apparence, 
d'ailleurs, qu'on ait trouvé un si grand nombre de piliers en verre ? 

<^) M. II. Derembourg me signale dans le dictionnaire de Lane le sens « d'amulettes por- 
tées au bras» pour ji-^àt dont ëjL^ac serait le nom d'unité, M. Barbier de Meynard attribue- 
rait à o-iloiîc le sens de « règles ». Dans l'un et l'autre cas, le mot ne me parait pas 
convenir exactement à la chose décrite. 



— 119 - 

Les difficultés de l'écriture arabe sont assez connues, l'ignorance ou 
la négligence des copistes donnent si sauvent des leçons manifeste- 
ment erronées, que je me crois absolument autorisé à lire un autre 
mot, plus conforme à la réalité. 

Pour quiconque a la moindre pratique des manuscrits arabes, il 
est indéniable que j le et le ■> peuvent se confondre. Us ne se distin- 
guent que parce que le •> reste presque tout entier au-dessus de la 
ligne, le j au-dessous. Mais cette différence disparaît quand la let- 
tre est isolée et que la ligne d'écriture n'est plus apparente. 

Dans ce cas, le trait de calam est absolument le même, et dans 
une écriture un peu rapide, la seule différence que j'ai indiquée 
disparaît totalement. Gomme les autres lettres du mot olil^se ne 
sont pas susceptibles d'altérations semblables je propose la lecture 
kjtjUaè qui ne diffère de la première que par un point sur le £ 
(qui a parfaitement pu être omis) et la substitution du j au ■>. 
Je répète qu'une telle lecture est parfaitement compatible avec ce 
que tout le monde sait des imperfections de l'alphabet arabe. Il ne 
reste plus qu'à savoir si elle donne un sens parfaitement acceptable. 

ijijai est, au dire de tous les dictionnaires arabes, une amulette 
en argile, qu'on porte pour se protéger du mauvais œil. Ces amu- 
lettes en argile ne rappellent-elles pas les pièces en argile, en usage 
chez les Carmathes ? Si ma lecture est exacte, Makrizi a vu dans 
ces pièces des amulettes, qu'il spécifie être de verre (d'ordinaire elles 
étaient en argile), et ce texte d'un homme compétent viendrait ainsi 
confirmer d'une façon absokie les déductions que j'ai tirées de la 
simple étude de ces curieux documents. 

Je n'ai pu, malgré mes recherches, retrouver le manuscrit, sur 
lequel a été faite l'édition de Bpulaq. 

D'ailleurs, la faute du scribe peut parfaitement être dans le 
manuscrit original, sans infirmer ma leçon. Je compte, dans un 
prochain voyage à Paris, collationner les divers manuscrits de la 
Bibliothèque nationale, et, si je suis dans le vrai, je trouverai certai- 
nement la confirmation de mon hypothèse. En tout cas, on recon- 
naîtra qu'elle substitue à un mot dépourvu de sens une expression 
parfaitement d'accord avec tous les détails que j'ai donnés, qu'elle 
ne prête pas à Makrizi une ignorance étrange en des sujets de sa 
compétence, et qu'elle n'a contre elle que la lecture de manuscrits 



— 120 — 

dont les copistes peuvent être plus aisément taxés d'ignorance. 
Obligé d'accuser ou Makrizi ou le copiste, on me permettra de ne 
pas balancer un instant. 

Je crois donc pouvoir affirmer hardiment que toutes les pièces de 
verre portant le nom d'un imâm fatimide étaient des amulettes ou 
des marques distinctives employées par les affiliés aux sectes alides et 
que l'emploi du verre est parfaitement justifié par l'usage si répandu 
en tout temps dans l'Egypte de cette substance. L'Egypte est la 
terre classique du verre, et il n'y a qu'à fouiller les décombres de 
Fostat, pour s'assurer que cette industrie n'a pas périclité chez les 
Arabes. Au moment de la plus grande splendeur des Fatimides. 
Nassiri Khosrau en avait été frappé (1) : « On fabrique un verre 
transparent et d'une grande pureté qui ressemble â l'émeraude : on 
le vend au poids. » De ce verre qui rappelle l'émeraude nous avons 
d'innombrables échantillons. Evidemment c'était chose commune. 

Je terminerai cette étude par la mention de deux particularités 
curieuses. J'ai dû laisser de côté bien des points que je n'ai pu éluci- 
der, tant l'étude sérieuse de ces petits documents suscite de problèmes 
nouveaux. J'ai voulu seulement faire part au lecteur des résultats 
que je crois avoir obtenus en quelques cas.Je me contenterai de mettre 
encore sous ses yeux deux pièces, que je ne sais comment classer. 

1° (Collection Fouquet). Fleur de lys, à côté est écrite Omar. 
Semblable pièce est mentionnée par Rogers bey. (Mémoire de 
l'Institut Egyptien, Décembre 1880, page 105), verre noir — la 
pièce étant cassée en partie, je ne puis en donner le poids. 

2° (Collection Innés). Un lion rampant, rappelant le lion de 
Bibars. Semblable pièce est également mentionnée par Rogers hey 
(même mémoire, page 110), verre noir, — la pièce est également 
cassée. 

On voit donc le verre employé à des usages fort divers: estam- 
pilles, poids, amulettes, objets de fantaisie, etc. C'est une parti- 
cularité intéressante de l'histoire de l'industrie arabe sur le sol 
d'Egypte, que je crois avoir mise bien en lumière, et elle permet de 
voir dans ces pièces de véritables documents historiques d'une 
incontestable valeur. Si les historiens et les archéologues en 

(I) Sefer IS'ameh, page 132 (traduction Schefer). 



— 121 — 

peuvent tirer profit, je ne regretterai pas le temps consacré à de 
laborieux déchiffrements, et à l'aride travail d'un minutieux 
classement. 



Caire, le 12 mars [891. 

CASANOVA. 



Annexe N° 2 à la séance du 6 mars. 



NOTICE SUR VIDAL PACHA 



M. A. Gavillot 



Messieurs, 

Il y a plus de deux ans que "Vidal pacha, notre éminent et zélé 
confrère, mon prédécesseur à la place que j'occupe au bureau de 
l'Institut, décédait prématurément ; ce fut une grande perte pour 
notre Compagnie, dont il était l'àme et l'ornement, pour l'Egypte, 
à laquelle il avait consacré sa vie, pour la France qu'il honorait 
par sa science, et dont il faisait respecter le nom, autant par son 
ardent patriotisme que par sa mansuétude personnelle et la dignité 
de son caractère. 

Et cependant, en dehors des justes et éloquents hommages qui 
se sont élevés sur son cercueil, en dehors des regrets émus qui se 
sont manifestés dans cette enceinte à l'annonce de sa mort, aucune 
voix n'a retracé, pour l'enregistrer dans nos annales, cette vie 
toute de labeur, d'abnégation et de dévouement. 

Nouveau venu parmi vous, et avec la crainte de mon insuffi- 
sance pour pouvoir redire ce que fut Vidal pacha, pjur faire 
apprécier son œuvre, pour raconter les manifestations de son dé- 
vouement, j'avais toujours espéré qu'un de nos savants et éloquents 
confrères assumerait la tâche de faire revivre, devant nous, cette 
grande figure, afin d'en conserver les principaux traits dans nos 
mémoires et pour la postérité. 

Nul n'a pris cette tache, et je n'oserais pas l'aborder moi-même, 
si le respect que je conserve à la mémoire du maître indulgent et 
bienveillant et l'amitié qu'il avait bien voulu me témoigner, ne se 



— 123 — 

joignaient aux instances de> compagnons de sa vie pour m'encou- 
rager à l'entreprendre. 

Je vous demande donc, Messieurs et chers confrères, toute votre 
bienveillante et indulgente attention pour me faciliter l'acomplis- 
sement du devoir que je m'impose. 

Vidal pacha (Victor) chevalier de la Légion d'honneur, officier 
du Medjidieh et de l'Instruction publique, membre de nombreuses 
sociétés savantes d'Europe. d'Afrique et d'Amérique, directeur ion- 
dateur de l'Ecole khédiviale de Droit du Caire, naquit à Toulouse le 
8 février 1833. 

Son père, proviseur du collège de cette grande ville du midi de la 
France, commença son éducation, et l'envoya ensuite à Paris pour 
y achever ses classes . 

En 1846, à 13 ans, il entrait au collège Henri IV dans la classe 
de troisième. Il y fit t)utes ses études classiques et se signala par 
de brillants succès scolaires. Après avoir été lauréat du concours 
général, il était reçu bachelier es lettres, le 17 juin 1851. 

Son goût pour les sciences positives s'était développé de très 
bonne heure, et dès le 23 septembre 1851, il recevait son diplôme de 
bachelier es sciences physiques. Le 1er octobre 1852, il était bache- 
lier es sciences mathématiques, et le 14 octobre 1853, il entrait à 
l'École polytechnique avec le n° 29 du classement général. 

A partir du 16 novembre 1855, Victor Vidal suivit, comme élève 
externe, les cours de l'Ecole des Mines, et en même temps il usait 
de son admirable organisation pour faire des études de droit et 
approfondir ses connaissances mathématiques. 

Le 22 août 1856, il était licencié es sciences, et le 25 janvier 1857 
bachelier en droit ; le 14 août 1858, on lui délivrait le titre d'élève 
breveté de l'école qui lui donnait la qualité d'ingénieur des mines. 

Enfin, le 9 octobre 1860, il prenait son diplôme de licencié en 
droit, et le 17 novembre suivant il prêtait serment d'avocat à la 
Cour de Paris. 

Ces longues études préliminaires, ces assujettissements volontaires 
à des travaux excessifs, montrent l'énergie du caractère de Victor 
Vidal, son opiniâtreté dans l'étude et cette persévérance dans ses 
travaux qui lui valurent l'instruction si solide, si variée, dont nous 
avons pu apprécier toute l'étendue, notamment par ses multiples 
communications sur des sciences si abstraites et si diverses. 



— 124 — 

Muni des titres d'avocat et d'ingénieur, Victor Vidal chercha à 
s'ouvrir une carrière à la fois libre et rémunératrice: en 1861, il 
entrait en qualité d'ingénieur dans les forges et houillières d'Aubin, 
magnifiques usines dépendant de la compagnie du chemin de fer 
d'Orléans. 

Il publia, alors, dans le Bulletin de la société des Ingénieurs 
civils, et dans celui de la Société pour l'encouragement de l'indus- 
trie nationale, de nombreuses et remarquables études, qui furent 
justement remarquées et lui valurent la mission d'être chargé de la 
reconnaissance préalable et du tracé des chemins de fer espagnols. 

Dans sa jeunesse, comme plus tard, Victor Vidal fat toujours 
passionné pour le travail : il faisait du devoir la règle unique et 
impérieuse de sa vie ; aussi était-il, dès 1864, tellement en vue, que 
M. Leplay, commissaire général chargé de préparer l'Exposition 
universelle de 1867, n'hésita pas à réclamer son concours en le nom- 
mant membre de la commission générale de l'Exposition. 

Ce n'était pas en qualité de commissaire français que Victor 
Vidal devait prendre part à l'organisation de cette mémorable 
exposition. En effet, vers la fin de 1864 S. A. le Khédive Ismaïl 
pacha avait tait écrire au maréchal Randon pour lui demander 
l'envoi en Egypte d'un élève de l'Ecole polytechnique, chargé de 
préparer de jeunes égyptiens à suivre en France les cours de 
l'Ecole d'application. 

Les négociations durèrent quelque temps ; le maréchal de France, 
Ministre de la guerre, avait désigné Victor Vidal, mais celui-ci 
hésitait entre ses préférences pour la carrière de l'enseignement et 
sa situation acquise comme ingénieur des mines. Il se décida cepen- 
dant en faveur de l'Egypte. La lettre-contrat du maréchal Randon 
est du 26 février 1865. Les conditions indiquées par le maréchal furent 
acceptées par le. gouvernement égyptienne 18 mars suivant. et après 
avoir donné sa démission de commissaire de l'Exposition, Victor 
Vidal recevait, le 11 avril 1865, son ordre de départ pour l'Egypte. 

Il quitta Paris le 2 mai 1865. 

Ce n'avait pas été, toutefois, sans de longues hésitations qu'il s'était 
résigné à abandonner une carrière qui lui offrait un brillant avenir, 
et pour laquelle il avait tant travaillé. Mais il connaissait tous les ef- 
forts qu'avaient faits les successeurs de Mohammed Ali pour mettre 



— 125 — 

l'Egypte au rang des pays civilisés ; il avait des notions certaines 
sur la situation de l'instruction publique, sur la création antérieure 
de nombreuses écoles ; il savait ce qu'avaient fait les Jomard, les 
Glot bey, les Lambert bey, les de Gerisi bey et tant d'autres, et il 
se berçait de l'espoir fondé de pouvoir suivre l'exemple de ses devan- 
ciers en organisant lui-même un établissement utile et durable. 
Engagé comme professeur de mathématiques transcendantes, il 
ouvrit immédiatement un cours de calcul différentiel et intégral 
avec applications aux quadratures et à l'évaluation des volumes. 
Il professa en même temps un cours de chimie. 
Son esprit pratique et élevé, ses intuitions naturelles lui firent 
vite comprenlre la stérilité probable de s îs efforts pour transformer 
en mathématiciens des jeunes gens dont le cerveau n'avait pas été 
habitué, dès l'enfance, à la gymnastique du raisonnement et aux 
déductions logiques et rigoureuses, qui sont l'essence même des 
sciences positives ; les élèves avaient, cependant, été choisis parmi 
les plus instruits, dans les différentes écoles du gouvernement, mais 
ils apprenaient leurs leçons par cœur ! Or vous savez, Messieurs, 
que les hautes spéculations des sciences exigent une grande con- 
tention d'esprit, et une grande rigidité de raisonnement : ces deux 
qualités faisaient défaut, les résultats ne pouvaient être satisfai- 
sants. 
A la demande de M. Vidal lui-même, ces cours furent supprimés. 
On était en 1866. 

S. A. Ismaïl pacha, appréciant les heureux effets de l'émulation 
pour l'instruction en général, avait rés du d'en assurer le bénéfice 
aux princes ses fils ; dans ce but, le Khédive venait de créer une 
école spéciale dans laquelle il avait réuni, avec ses propres enfants, 
les fils des princes de sa famille ; Victor Vidal fut nommé pro- 
fesseur à cette école, et rédigea, pour son usage, un cours complet 
de mathématiques élémentaires, qui eut l'honneur d'être envoyé à 
l'Exposition universelle de Paris et d'être soumis, par l'initiative de 
M. Duruy, à l'examen d'une commission spéciale de professeurs 
éminenls. Leur rapport fut tellement favorable, qu'il valut à Victor 
Vidal la distinction d'officier' de l'instruction publique. 

Il avait de même rédigé, pour l'école des princes, un cours d'his- 
oire qui eut l'honneur d'être, avec l'autorisation de l'auteur, tra- 



— 126 — 

duit en arabe pour être professé dans les écoles du gouvernement, 
et un cours de mécanique, pour les écoles égyptiennes, qui fut aussi 
soumis par le Ministère de l'Instruction publique à un professeur 
des plus distingués de l'Université de France, et fut l'occasion d'un 
rapport élogieux. 

Mais ses fonctions de professeur de plusieurs cours n'étaient pas 
les seules qui lui étaient confiées par le gouvernement et les Minis- 
tres égyptiens ; on réclamait ses travaux et ses lumières pour des 
objets les plus divers, parce qu'il avait su rapidement faire apprécier 
tout ce dont il était capable. 

C'est ainsi qu'il fut chargé de dresser une carte de l'ancienne 
Egypte, de composer une bibliothèque particulière pour S.E. Ghérif 
pacha et que, le 26 mars 1866, il fut nommé secrétaire de la commis- 
sion égyptienne de l'Exposition de 1867. 

Pour dresser la carte de l'Egypte ancienne, Ghérif pacha avait 
envoyé à M. Yidal les ouvrages d'égyptologie de Brugsch pacha, et, 
en les lui envoyant, le Ministre lui en faisait l'abandon, « comme 
témoignage de sa sincère satisfaction du zèle actif qu'il apportait 
dans ses fonctions multiples.» 

Au nombre de ses fonctions multiples, il faut noter, pour l'année 
1867, la charge de rédiger un règlement organique, un code d'ins- 
truction criminelle et un formulaire pour les tribunaux indigènes 
(YJpt/'daï (l re instance (VAhkham, Cour d'appel), et, en plus, le soin 
de faire un cours particulier de droit administratif à S. A. le prince 
héritier, aujourd'hui Khédive d'Egypte. 

Comme tout ce que faisait Victor Yidal, ce cours fut tellement 
remarquable dans sa forme et dans ses résultats, qu'il inspira à 
S.A. Ismaïl pacha l'idée de faire profiter l'Egypte de cette branche 
du talent de notre regretté confrère, et la création au Caire d'une 
école de droit et d'administration fut décidée. Victor Vidal en fut 
nommé directeur et fut chargé de son organisation. 

Cette création était une œuvre formidable. 

Des essais avaient été tentés sous Mohammed Aly et n'avaient 
pas réussi. L'école de Rifaa bey avait cependant rendu des ser- 
vices, en ce sens que ses élèves avaient traduit les codes et quelques 
ouvrages de jurisprudence, mais on ne cherchait ni on ne pouvait 
donner à ces élèves des connaissances complètes sur le droit ; pour 



— 127 — 

y suppléer, on se contentait, à diverses époques, d'envoyer quelques 
uns d'entr'eux en Europe pour suivre le cours d'une faculté de 
droit ; mais ces mesures ne constituaient pas un enseignement 
suivi, tel qu'il serait nécessaire de l'avoir pour le fonctionnement 
de la Réforme judiciaire que le gouvernement égyptien sollicitait 
dès 1865. 

La création d'une école égyptienne de droit s'imposait donc. 

On la voulait, et on la voulait de suite ; l'idée de cette création 
datait du mois d'octobre 1867 ; le 24 décembre suivant, Cliérif pacha 
écrivait à M. Vidal pour le retenir au Caire pendant le mois des 
vacances du Ramadan « pour s'occuper à terminer le programme 
de l'Ecole de Droit.» 

Cette école avait pour but de former, par une étude approfondie 
des langues, de l'histoire, des codes français et de la législation 
musulmane, des hommes instruits, capables de remplir les emplois 
dans les administrations civiles, et aptes à devenir plus tard des 
magistrats dans les nouveaux tribunaux. 

Les programmes, d'abord restreints, furent successivement corrigés 
et développés : ils comprenaient, au jour du décès de Vidal pacha, 
les matières suivantes: 

Les trois langues judiciaires. 

L'histoire générale. 

Le latin. 

Le droit romain. 

Le droit musulman. 

Le droit civil égyptien. 

Le droit égyptien comparé au droit européen. 

Et le droit commercial et maritime. 

Victor Vidal, avait pris à cœur la haute mission qui lui était 
confiée; sans s'effrayer du lourd labeur qui devait en résulter pour 
lui, sans aide, et, à l'origine, sans le personnel et le matériel né- 
cessaires, il se dévoua entièrement à la réussite de cette œuvre si 
importante p)ur l'avenir. 

Avec sa fermeté et sa persévérance habituelles, il sut lever tous 
les obstacles, assuma toutes les responsabilités, dirigea, instruisit et 
professa ; tour à tour directeur et professeur, il fut, à lui seul, maître 
de français, professeur d'histoire, de latin, de droit civil, de droit 
commercial, de droit pénal, etc. 



— 128 — 

Ni le travail obscur et ignoré, ni les difficultés les plus complexes, 
sans cesse renaissantes, n'eurent le pouvoir d'altérer son ardeur et 
son courage. 

Soutenu par la haute bienveillance du Ministre de l'Instruction 
publique et du Ministre de la Justice, il put lentement, mais sûre- 
ment, former des professeurs, recruter des élèves mieux préparés, 
et rassembler les livres et les documents nécessaires à l'enseigne- 
ment. 

Que n'avons-nous eu la bonne fortune, Messieurs, d'entendre delà 
bouche de s m fondateur lui-même cette genèse de l'œuvre capitale 
de notre illustre confrère! 

En exprimant les regrets qu'impose le silence de la tomb3, ne 
devons-nous pas nous demander combien ce récit eût été plus complet 
et plus émouvant, s'il eût été fait par un des éloquents avocats qui 
siègent dans cette enceinte ! 

Que de détails techniques relatifs à l'enseignement du droit, que 
de mérites du directeur et des professeurs auraient pu être signalés 
et qui échappent à mon inexpérience ! Mais j'ai fait appel à votre 
indulgence et j'ai mis mon entreprise sous la sauvegarde de l'amitié. 

Pour ne pas abuser de votre patience, j'ai dû vous indiquer avec 
la sécheresse d'une notice trop sommaire, ce que Vidal pacha dût 
app)rter d'opiniâtre volonté, de persévérance et de talents si divers 
pour mener à bien la création d'une école de droit au Caire. La 
justice et la vérité m'imposent d'ajouter que l'instruction profession- 
nelle de ses élèves ne fut pas l'objet unique de ses efforts, mais que 
sa vocation pédagogique, sa haute moralité et sa passion pour le 
bien lui donnèrent la légitime ambition de faire de ces futurs 
magistrats, des hommes de son caractère, c'est-à-dire studieux, 
honnêtes, polis et dominés par les sentiments du devoir professionnel, 
de l'honneur en tout, du respect du dévouement inaltérable pour le 
prince et la patrie. 

Tous ces efforts de M. Vidal n'avaient pas été méconnus. 

S. A. le Khédive lui avait concédé le titre de bey; plus tard il lui 
accordait la distinction d'officier de l'ordre du Medjidieh et encore 
plus tard il le fit pacha ; mais à ces récompenses tout honorifiques 
s'étaient bornés les témoignages officiels de satisfaction. 

Ce fut le 29 février 1869 que l'Institut égyptien s'honora en l'ad- 



— 129 — 

mettant au nombre de ses membres résidants ; je n'ai pas à redire 
ici quel fut le zèle inépuisable autant que fructueux du nouveau 
confrère. 

18G9 fut cette année remplie du faste des fêtes indescriptibles dont 
l'inauguration du Canal de Suez fut l'occasion en Egypte. Cette année 
fut l'apogée de la puissance du second empire; l'année suivante 
devait voir le désastre et la ruine de la France. 

Comme à tout bon patriote, la douleur de Vidal fut profonde, et 
c'est à ce moment même, alors qu'il accomplissait rigoureusement 
tous ses devoirs, alors qu'avec tous les Français, il devait avoir le 
cœur navré de nos malheurs, qu'une nouvelle épreuve, celle-ci toute 
personnelle, lui était réservée. 

Mais, ici, nous pouvons laisser la parole à Vidal pacha lui-même . 
il a raconté ce triste épisode de sa vie dans une lettre au Consul 
général de France, où la belle àme, la mansuétude et la bonté 
innée de notre si regretté confrère se révèlent autant que son in- 
dignation contre l'injustice! 

Voici cette lettre : 

« Je viens avec une douleur sincère et un profond regret solliciter 
l'appui de votre équité contre un acte dont je suis la victime et dont 
malgré d'incessantes démarches, depuis plus de trois semaines, je 
ne puis obtenir ni réparation, ni explication. 

« Venu en Egypte il y a plus de cinq ans, sur la foi d'un contrat 
entre le gouvernement égyptien et le Ministre de la Guerre de S. M. 
l'Empereur, je n'avais eu, jusqu'à ce jour, qu'à me louer de la bien, 
veillance, de la courtoisie, de la sympathie avec lesquelles j'étais 
traité en toate occasion et sous toutes les formes, par tous le s 
fonctionnaires même les plus élevés. J'oserais même dire qu'à 
différentes reprises,Son Altesse Elle-même a eu la bonté de me faire 
témoigner qu'Elle était satisfaite de mes services et que les princes 
Ses fils, à qui j'ai eu l'honneur de donner des leçons pendant long- 
temps, m'ont souvent montré une réelle affection. J'ai fait de mon 
mieux pour me montrer reconnaissant. Tout mon temps, toute mon 
intelligence, toutes mes forces et ma santé même, qui depuis 16 
mois a été deux fois gravement compromise, je les ai mis, sans 
réserve, à la disposition du gouvernement qui m'avait attaché à son 
service, pour lequel j'avais abandonné à tout jamais ma carrière en 

Institut Egyptien. 9 



— 130 — 

France, pour lequel je m'étais expatrié. C'était mon devoir, je 
l'avais promis ; mais je l'ai fait sans arrière-pensée, sans relâche, 
encouragé et soutenu par les sympathies qui m'entouraient. 

« Le 2!) mai dernier, à 4 heures 1/2 du soir, S. E. le Ministre de 
l'Instruction publique m'a fait remettre une lettre m'annonçant 
qu'à partir du 1 er juin, c'est-à-dire dans 48 heures, j'étais licencié. 

« Lorsque j'ai demandé à S. E. Aly pacha et à S. E. Chérif pacha, 
à qui il m'avait dit de m'adresser, si j'avais donné lieu à quelque 
plainte, si l'on avait quelque reproche à me faire, on m'a répondu 
qu'on n'avait jamais eu qu'à se louer de moi, que personne n'avait 
plus de zèle et d'activité, qu'il n'y avait partout qu'une seule voix 
sur m)n compte, et que directement ou indirectement je n'avais 
donné aucun sujet, quel qu'il fût, de mécontentement. On avait 
voulu faire des économies au Ministère de l'Instruction publique, 
mais on allait tout faire pour me trouver une autre situation en 
place de celle qui m'était retirée. 

« Les semaines s'écoulent, la saison favorable pour aller prendre 
les eaux en Europe et rétablir ma santé délabrée, s'avance ; les 
petites économies que j'avais pu faire dans ce but sont déjà épuisées. 
Cette destitution dans un délai de 48 heures, malgré le plus précis 
de tous les contrats, au moment même où la réforme de la juridic- 
tion paraissait donner plus d'importance que jamais à l'Ecole de Droit 
que j'avais été chargé d'organiser et de diriger, cette destitution 
qui a été suivie d'augmentations de traitements accordées à d'autres 
fonctionnaires du même Ministère, a donné lieu aux bruits les plus 
fâcheux pour mon honneur, et rien ne peut aider à les démentir. 
Je suis frappé dans mes intérêts du présent et de l'avenir, dans mon 
honneur même. Je n'ai plus ni force, ni santé, ni ressources, ni 
espoir. 

« Il ne me reste, Monsieur le Consul général, qu'à venir à vous, 
et à faire appel à votre équité, à votre humanité. » 

Ensuite des démarches du consul général de France, Vidal pacha 
fut réintégré, le 27 octobre 1870, dans ses fonctions de directeur 
de l'Ecole de Droit; la lettre suivante adressée au Ministre égyptien, 
nous indique à quelles conditions. 

« Je suis touché de ce que Votre Excellence a bien voulu me 
dire des intentions qu'elle a manifestées à mon égard. Je suis donc 



— 131 — 

tout disposé à suivre ses conseils. Mes appointements seront fixés 
à la somme actuelle de 21,000 francs par an, et je fais abandon 
de mon droit à des augmentations périodiques de 3,000 francs tous 
les 5 ans, promis par mon contrat. Pour l'avenir, je m'en remets à 
la bienveillance de Votre Excellence et à l'adpréciation du gou- 
vernement pour les époques et la forme dans laquelle me seront 
donnés des témoignages de satisfaction que, j'en suis certain, je 
saurai mériter. » 

Vidal pacha tint parole. Je ne dirai pas quel fut le résultat pécu- 
niaire de son généreux abandon, je croirais manquer à sa mémoire 
et méconnaître son incontestable désintéressement si j'insistais sur 
cet ordre d'idées. 

Réintégré à la direction de sa chère Ecole de Droit, Vidal pacha 
continua, après 1870, à accepter toutes les missions officielles ou 
officieuses qu'il plut au gouvernement égyptien et à ses Ministres 
de lui confier. 

C'est ainsi que S. E. Riaz pacha s'adressait à l'expérience de son 
ami Vidal pacha pour la direction et la surveillance des études de 
son fils aîné ; qu'en 1878, S. E. Chérif pacha lui demandait une 
consultation écrite sur la fameuse affaire des soufrières, et qu'en 
1880, il faisait partie de la commission des « Réformes dans l'organi- 
sation de l'Instruction publique, en Egypte », dont il rédigea les 
procès-verbaux et le rapport. Ce dernier document, en date du 30 
novembre 1880, est un véritable et précieux monument sur l'état 
de l'instruction publique en Egypte à cette époque. Si les décisions 
et mesures qu'il propose avaient été adoptées et maintenues, nul 
doute que l'instruction publique, le niveau des études se fussent de 
beaucoup étendus et améliorés. 

Par décret du 7 juillet 1885,1e Président de la République française 
nommait Victor Vidal chevalier de la Légion d'honneur. En lui 
annonçant directement cette nomination, M. le Ministre des Affaires 
étrangères rendait témoignage de la haute estime dans laquelle la 
science et le caractère de Vidal pacha étaient tenus en France. 
« Cette distinction, lui écrivait le Ministre français, est la récom- 
pense des services que vous avez rendus à la France en remplissant, 
avec une remarquable compétence, les fonctions qui vous ont 
été confiées par le gouvernement khédivial, et en vous attachant, 



— 132 — 

pendant votre longue carrière, à développer en Egypte l'influence 
de notre pays et l'estime du nom français. » 

Cette carrière devait être, hélas! trop tôt et trop brusquement 
interrompue. 

La fatalité nous a privés., et avec nous la science, du fruit de 
nombreuses études dans les diverses branches des connaissances 
humaines, que son esprit infatigable avait si savamment explorées. 

Grâce à la générosité de celle qui consola ses derniers jours, de 
celle qui fut sa compagne fidèle et respectée, grâce à M ra0 Vidal 
pacha, l'Institut égyptien a hérité de la bibliothèque et delà plupart 
des manuscrits scientifiques de notre regretté confrère; malheureu- 
sement la plupart des notes manuscrites restent lettres closes pour 
nous, et n'avaient de valeur et de clarté que pour leur auteur. 

Avant de terminerj'aurais aussi à rendre un public hommage à 
ce compagnon de la vie de Vidal pacha, plus âgé que son ami 
et qui a eu la douleur de lui fermer les yeux. 

Au risque d'offenser sa modestie, je dois vous rappeler que lui 
aussi fut un élève de l'Ecole polytechnique; que lui aussi fut le 
fondateur d'une école égyptienne importante, et que lui aussi a bien 
mérité de la France et de l'Egypte. 

Son amitié pour Vidal pacha avait pris naissance dans cette ca- 
maraderie de tous les Polytechniciens, qui porte les anciens à 
echercher les nouveaux, à aider et protéger leurs travaux, à 
applaudira leurs succès. 

C'est cette camaraderie qui avait réuni sous le même toit le 
général Mircher bey, Vidal pacha et le général Larmée pacha. 

Maintenant que je vous ai raconté la vie du confrère que nous 
regrettons tous, laissez-moi abuser de la confiance qu'a bien voulu 
m'accorder celui qui lui survit : il avait préparé des notes pour la 
notice que je viens de lire, mais tel est l'excès de la modestie et la 
vivacité de son amitié pour celui qui n'est plus, que l'ami survivant 
a craint d'atténuer les éloges dus au défunt et qu'il a exigé de moi 
d'en refaire et d'en compléter la nomenclature. J'ai obéi, mais je 
me refuse à priver l'Institut d'une péroraison que je ne saurais ni 
mieux dire, ni mieux penser. 

M'appropriant donc celle de Larmée pacha, et en lui demandant 
respectueusement de m'excuser de ma désobéissance, je termine 
comme il terminait : 



— 133 — 

« J'ai retracé brièvement les services de Vidal en Egypte; quelle 
que soit la destinée de ses travaux, son exemple ne sera pas perdu. 

a Fonctionnaire laborieux et fidèle, partout il a fait de son mieux; 
tout son temps, toute son intelligence, toutes ses forces, sa santé 
même, ont été mis à la disposition du gouvernement qu'il s'était 
engagé à servir, et cela sans réserve, sans relâche et sans arrière- 
pensée. Dévoué à sa mission jusqu'à l'épuisement plrysique, il a usé 
noblement sa vie et est mort à son p)ste. 

« Que dirais-je de sa science et de sa vaste érudition que vous ne 
connaissiez déjà? 

« Dans cette enceinte, à cette place où il siégeait assidûment 
depuis dis. ans, vous avez encore devant vos jeux sa figure calme 
et intelligente ; vous entendez encore sa voix se mêlant à vos 
savantes discussions, dans lesquelles sa mémoire, toujours présente, 
et sa pensée, toujours prompte. apportaient de vives clartés. D'ailleurs, 
le? voix éloquentes de notre président Artin pacha, et de notre 
collègue, Tito Figari ont, sur sa tombe encore entr'ouverte. glorifié 
sa vie et sa science ; je ne pourrais, sans risquer de les affaiblir, 
renouveler les brillants éloges qu'ils lui ont si chaleureusement 
prodigués. 

« Sans insister sur la haute distinction du savant, je m'efforcerai 
de vous faire connaître l'homme de cœur, et de mettre en lumière 
la figure sympathique et le caractère tout rempli d'honneur de ce 
loyal serviteur de Son Altesse le Khédive, qui fut aussi un des plus 
fervents collaborateurs de l'Institut et un des plus dévoués fils de 
la France. 

« Il n'est pas besoin d'éloquence pour peindre ses rares et solides 
vertus, et mes paroles ne sont qu'un pieux souvenir d'affection 
adressé à mon ami. .. . à notre ami, dirai-je, car Vidal aimait les 
savants autant qu'il aimait la science, les dons de l'esprit et les con- 
naissances variées ne sont que les côtés brillants de l'homme ; pour 
bien le connaître, c'est au fond du cœur qu'il faut aller. 

« On y trouvait une droiture qui n'a jamais transigé avec le 
devoir, une bonté inaltérable et cette qualité, si rare, de ne songer 
qu'aux autres. 

« Il avait plus de vertus que de savoir; il était profondement 
religieux. La bienfaisance était sa plus parfaite jouissance, elle 



— 134 — 

remplaçait pour lui les pratiques extérieures de la religion, qui, 
disait-il, en l'absence des bonnes œuvres, ne sont que des insultes à 
Dieu! 

«Ces sentiments ne sont-ils pas des garants infaillibles de ses 
bonnes mœurs ? 

« Il était bon, non pas de cette bonté facile et vulgaire qui tient 
de la faiblesse et de l'inertie, mais de cette bonté charmante et 
quasi-divine qui procède du cœur et sans laquelle, souvent, les autres 
qualités ne sont rien. 

« Ne vous semble-t-il pas, Messieurs, que ces qualités du cœur et 
de l'esprit suffisent à expliquer l'estime et l'affection que lui portaient 
les gens de bien et à établir l'unité morale de sa vie ? » 

Oui ! Général ! 

Oui ! Messieurs ! 

Oui ! et la mémoire de Vidal pacha sera inoubliable parmi nous. 



A. GAVILLOT. 



— 135 — 

LISTE 

DES 

OUVRAGES REÇUS PAR L'INSTITUT ÉGYPTIEN 

PENDANT LE MOIS DE FEVRIER 1891 



EGYPTE 

'Journal Officiel. — Moniteur du Caire. — Télègraphos. 
Rapport (en arabe) du Comité de conservation des monuments arabes, 
année 1885. 

AMÉRIQUE 

M. Langley, secrétaire de la Smithsonian institution. — Rapport pour l'an- 
née 1889-90. 
Stewart Culin. — Sociétés secrètes des Chinois en Amérique. 

ANGLETERRE 

Journal de la Société royale de statistique de Londres (décembre 1890). 

ESPAGNE 

Bulletin de l'Académie royale d'histoire de Madrid, (janvier-février 1890). 

ITALIE 

Académie dei Lincei. — Comptes rendus, vol. 6, fasc. 12, (décembre). 
Bibliothèque Victor Emmanuel. — Bulletins, vol. 6, n° 1, janvier 1891. 
Société de Géographie italienne. — Bulletin, sér. 3, vol. 4. fasc. 1, 

janvier 1891. 
Société scientifique Antonio AUate. — Mémoires, vol. 5, fasc. 3 et 4, sep. 

oct. 1890. 

MEXIQUE 

Annales industrielles, 1891, 1er sera., livr. 4, 5, 6, 7. 

FRANCE 

Bibliographie de la France, 1891, n°s 5, 6, 1, 8. 

Faculté des lettres de Poitiers. Bulletin, janvier 1891. 



— 138 — 

Feuille des jeunes naturalistes, n° 244, I er fév. 1891. 

Pharmacie centrale de France, 1891, n°s 2, 3. 

Société d'encouragement pour l'industrie nationale. — Bulletin, dé- 
cembre 1890, janvier 1891. 
Résumé des séances, 21 janvier 1891. 

Société de Géographie de Paris. — Bulletin, 4fl trim. 1890. 
Comptes rendus, 1891, n°s 1, 2. 

Société des Ingénieurs civils. — Résumé, 16 janv., 6 fév, 



— 137 



SÉANCE DU 3 AVRIL 1891 



Présidence de S. E. Yacôub Artin PACH4, président, 



La séance est on ver le à h heures. 
Sont présents : 

MM. Yacoub pacha Artin, Président, 

Le D 1 Abbâte pacha, ) tr , n , ., , 

t [ Vice-P résidents, 

Le Général Larmée pacha, ) 

Gavillot, Secrétaire général. 

Piot, Secrétaire-adjoint. 

W. Abbate, T. Figari, j 

Amici bey, Gay Lussac, ( Membres 

BONOLA BEY, W. INNÉS, 

Le D 1 ' Gogniard, Ventre bey, 



M me et M. Desjardins, M. le docteur Brossard, M. le pro- 
fesseur Bondet et M. le docteur Ferrari assistent à la 
séance. 

Le procès-verbal de la séance du mois de mars est lu et 
adopté. 

Il est donné lecture de la liste des publications reçues 
par l'Institut Égyptien pendant le mois de mars. Cette liste 
est annexée au présent procès-verbal. 



— 138 — 

M. le Président annonce le décès du prince Napoléon, 
qui était membre honoraire de l'Institut Égyptien depuis 
1864; et demande qu'une mention d'honneur soit insérée, 
à cette occasion, dans le procès- verbal de cette séance. 

Cette proposition est adoptée. 

La parole est ensuite donnée à M. Chaillé-Long hey, 
qui donne lecture de sa Note sur la Corée et les Coréens (voir 
annexe n° 1). 

L'intéressante communication de M. Chaillé-Long bey 
est accueillie par les applaudissements unanimes de 
l'assemblée. 

M. le D r Abbate pacha dit qu'à Malte on a aussi l'usage de 
faire manger des petits chiens aux petits enfants pour les 
guérir de la peur. 

Plusieurs membres affirment qu'un usage analogue 
existe encore en Egypte chez les fellahs, qui font manger 
des petits chiens comme traitement de certaines maladies. 

M. Bois'ola bey demande à l'orateur si la statue qui l'a 
si vivement frappé dans le temple de Canton est bien 
celle de Marco Polo. 

M. Chaillé-Long bey. — C'est hors de doute. J'avoue 
que j'ignorais alors que le nom du grand voyageur fût 
connu en Chine. En parcourant le temple, j'ai été 
frappé à la vue de la statue et j'ai dit à mon guide : 
« Celui-ci est un Européen ! Comment se trouve-t-il 
ici ? ». Le guide me répondit : « Oui, c'est un Européen 
c'est le Vénitien Marco Polo. Son nom est resté très- 
populaire en Chiue)). 

S. E. Yacoub pacha Artin remercie le colonel Chaillé- 



— 139 — 

Long bey au nom de FInstitut,et,s'étaiit assuré qu'aucune 
autre observation n'est présentée sur la lecture qui 
vient d'être faite, il invite M. le docteur Santarnecchi 
à faire sa communication sur le Daltonisme. 

M. le D r Santarnecchi donne lecture de son élude, qui 
est reproduite in eatenso, annexe n° 2 du présent. 

M. le D r Abbate pacha, prenant la parole, remercie 
et complimente M. le docteur Santarnecchi de son étude 
si complète sur une infirmité peu connue et dont la 
gravité est certaine. 

M. Bokola bey demande à M. le président si l'on fait 
subir des examens aux employés des Chemins de fer 
égyptiens pour s'assurer qu'ils n'ont pas l'infirmité du 
daltonisme. 

S. E. Yacoub pacha Artin répond par l'affirmative et 
déclare que les médecins de l'Administration ont constaté 
que les employés qu'ils ont examinés ne sont pas atteints 
de cette infirmité, qui est considérée par eux comme très 
rare en Egypte. 

L'ordre du jour appelait M. Gope Whitehouse à faire 
la communication annoncée, mais M. le président com- 
munique à l'Institut un télégramme qu'il vient de 
recevoir, par lequel M. Cope Witehouse s'excuse d'être 
retenu au Fayoum et de ne pouvoir assister à la séance. 

M. le D r Abbate pacha prend ensuite la parole pour 
sa communication sur l'Usage des similia. 



— 140 — 

Cette communication forme l'annexe n. 3 du présent 
procès-verbal. 

L'Institut se forme en comité secret. 

M. le Président donne lecture de deux lettres par 
lesquelles M. le colonel Cliaillé-Long bey et M. Herz 
posent leurs candidatures pour les deux sièges démembres 
résidants déclarés vacants. 

Ces candidatures sont admises, et conformément à 
l'article 6 des statuts, les élections sont renvoyées à la 
prochaine séance. 

Les membres résidants présents n'étant pas en nombre 
pour l'élection de M. Guigon bey comme membre ho- 
noraire, cette élection est renvoyée aussi à la prochaine 
séance, dans laquelle il sera valablement statué, quel 
que soit le nombre des membres présents. 

La séance est levée à 5 heures 1/2. 



Annexe N° 1 à la séance du 3 avril 1891 



NOTE 

SUR 

LA CORÉE ET LES CORÉENS 



PAR 
LE COLONEL ChaILLÉ-LONG BEY 



Messieurs, 

En ayant l'honneur de me présenter devant vous, ce n'est pas 
une page de littérature que j'ai la prétention de vous offrir , mais 
bien quelques notes prises au hasard pendant un séjour de deux 
ans dans la Corée. Aussi j'espère que votre indulgence ne me fera 
pas défaut. 

La Corée, plus connue sous le nom de Chôson,est le prolongement 
du plateau de la Mantchourie. Elle s'avance dans le Grand-Océan 
sous la forme d'une longue presqu'île, entre la mer du Japon à l'est 
et la mer Jaune à l'ouest. Elle est comprise entre les 33 e et le 43 e 
degrés de latitude nord, et les 122° et 128° de longitude est du méri- 
dien de Paris. La frontière du nord est marquée par les deux 
rivières Yalu et Tumen, qui prennent leur source dans la montagne 
Pak-Tu-San (la montagne toujours blanche). C'est un endroit très 
vénéré des indigènes comme ayant été le théâtre de mystères 
sacrés qui ont donné lieu à de nombreuses légendes populaires. 

Le Yalu est tributaire de la mer Jaune, et le Tumen porte ses 
eaux à la mer du Japon. A l'ouest s'étend l'empire chinois, au nord 
la Mantchourie et au nord-est la Sibérie. Près de cette dernière 
frontière se trouve Vladivostok, port de mer russe, appelé à 
devenir une station navale et militaire importante. C'est en effet 
à ce point de la côte que doit aboutir le chemin de fer transsibérien 



— 142 — 

qui reliera la capitale de la Russie à l'Extrême-Orient, la Baltique 
au Grand Océan . Le contour de la Corée offre une particularité 
digne de remarque ; il représente, ainsi qu'il est facile de s'en 
convaincre en consultant une carte, la figure d'un dragon. 

La tète de cet animal se trouve à l'embouchure du Tumen, dont 
nous avons parlé ; les oreilles sont formées par les deux projections 
du cap Bruat, le cou se trouve dans l'enfoncement de la baie 
Broughton, les épaules ainsi que le dos sont représentés par les 
caps Duroche et Pelissier et la chaîne des mcntagnes abruptes 
qui longent la mer du Japon ; la queue se prolonge jusqu'à l'île 
Quelpaërt en Tchœ-Tchiou ; les pieds de derrière reposent sur l'ar- 
chipel de la mer Jaune, et ceux de devant se trouvent à l'embou- 
chure du Ta-Tong et du Yalu. Le versant occidental de ces mon- 
tagnes s'incline vers la mer Jaune par une succession de collines 
et de monticules entre lesquels s'étendent des vallées d'une ferti- 
lité remarquable. Sur ces hauteurs prennent naissance un grand 
nombre de rivières : telles que le Han, le Ta-Tong et autres, qui, 
après un cours sinueux,vont déverser leurs eaux dans la mer Jaune. 

La Corée a été appelée la nation ermite, par suite de son isole- 
ment volontaire et complet du reste du monde. 

Il faut chercher dans les nombreuses invasions dont elle a été 
victime la cause de cet isolement. Avant Ghenghis et Kublai-Khan, 
tout est obscurité dans l'histoire de ce peuple. 

Selon la tradition, Kitzou en fut le premier roi : il donna au 
pays le nom de Chôson, qui signifie la terre du calme matinal. 

Au quatrième siècle de notre ère, la Corée fut saccagée par les 
hordes barbares des Huns, des Mongols et des Tar tares, qui se 
ruèrent ensuite sur l'empire romain. 

Au treizième siècle, une nouvelle invasion se produisit, mais 
cette fois sous les étendards du grand Ghenghis-Khan. Sa conquête 
fut un bienfait, il réunit les diverses tribus en corps de nation et 
leur inculqua les premières notions d'un sentiment patriotique. 

Il faut encore mentionner les terribles invasions des Japonais 
sous Kato Kiyamasa et Konichi Yukinaga, en 1592 et 1615, puis en 
1637 celles des Mongols et des Mantchiens dont l'occupation laissa 
après elle des monceaux de ruines. 



— 143 — 

D'après ce qui précède, il est facile de comprendre que l'horreur 
des étrangers ait été fortement enracinée dans l'esprit du peuple, 
et que la politique du gouvernement s'en soit ressentie. Il est 
cependant un fait digne de remarque, c'est que, malgré leur éloi- 
gnement pour les autres nations, les Coréens aient laissé s'introduire 
chez eux, depuis près d'un siècle, des missionnaires français et por- 
tugais. 

Pénétrant dans le pays par la Chine, ces apôtres infatigables sont 
parvenus à faire un certain nombre de prosélytes malgré l'hostilité 
du gouvernement, et les massacres que leur propagande a provo- 
qués à différentes reprises. Le récit intéressant des efforts de ces 
courageux propagateurs de la foi, et des persécutions auxquelles 
ils ont été en butte, se trouve relaté dans un ouvrage intitulé : 
Histoire de l'Eglise de Corée, par le Père Dallet. 

En 1866, l'attention du gouvernement français fut attirée par 
l'un de ces massacres. L'amiral Roze n'ayant pu obtenir réparation 
eût ordre de bombarder la forteresse de Khang-Whai. Mais ne se 
trouvant pas en force suffisante pour appuyer cette démonstration, 
il se vit obligé de se retirer et l'affaire en resta là. 

Quelques temps après, ce fut le tour des États-Unis, qui eurent à 
demander satisfaction pour le massacre de l'équipage entier d'un 
voilier, le General Sherman. Profitant de l'expérience que leur 
avait donnée l'expédition française, les Américains, après avoir, eux 
aussi, bombardé Khang-Whai, débarquèrent un nombre d'hommes 
suffisant pour infliger une rude leçon à l'armée coréenne. Néan- 
moins le chef de l'escadre recevait du gouvernement de Séoul la 
note suivante que je reproduis pour donner une idée de l'esprit de ce 
peuple et des dispositions dont il est animé à l'égard des étrangers : 

« La nation Coréenne a vécu depuis 4,000 ans, satisfaite de sa 
civilisation propre, et sans éprouver aucun besoin d'en changer. 

« Nous restons paisiblement chez nous, et ne sommes jamais 
allés déranger les autres peuples ; pourquoi venez-vous troubler 
notre tranquillité ? Votre pays est situé à l'Occident, le notre se 
trouve à l'Extrême-Orient ; des milliers de milles nous séparent, 
quelle est la raison qui vous a fait franchir sur l'Océan une distance 
aussi considérable? Si c'est au sujet du vaisseau le Général SJier- 
man, nous vous répondrons que les hommes de son équipage se 



— 144 — 

sont livrés sur nos côtes à la piraterie et au meurtre et qu'ils ont 
été punis de mort. Si vous désirez vous emparer d'une partie de 
notre territoire, sachez que nous ne le souffrirons pas. N'auriez- 
vous même que l'intention de vous mettre en relation avec nous, 
cela ne peut pas être non plus. » 

Pour être juste, il faut reconnaître que les Coréens avaient le 
bon droit pour eux. Dans leur excursion en Corée, les Américains 
n'avaient eu d'autre but que d'enlever les cercueils de plusieurs 
rois du pays, que l'on disait être tout en or massif et d'un poids 
considérable. 

Plus tard, au mois d'avril 1867, une seconde expédition ayant le 
même objectif fut conduite en Corée par un israëlite allemand, 
Ernest Oppert, naturalisé Américain. Mais les cercueils convoités 
étaient bien gardés et l'entreprise en fut pour ses frais. 

Que ce soit l'effet des deux bombardements ou toute autre cause, 
en 1876, la Corée concluait un traité de commerce avec le Japon, 
puis successivement avec les Etats-Unis, la France, la Russie, 
l'Angleterre et l'Allemagne, elle ouvrait quelques-uns de ses ports 
à ces mêmes puissances. 

Il y a quatre ans, elle envoya à Washington une ambassade qui 
excita une vive curiosité. 

L'influence de la Chine fit bientôt rappeler l'ambassadeur S. E. 
Pak. A son retour, ce dernier fut disgracié pour avoir, par sa mis- 
sion, porté atteinte à la dignité du Céleste-Empire. 

Et cependant on peut dire que ce fut à son corps défendant que 
M. Pak s'acquitta de ses hautes fonctions, car, au moment de s'em- 
barquer sur le vaisseau de guerre américain qui devait le transpor- 
ter aux Etats-Unis, le courage lui manqua, et faisant volte-face, il 
s'enfuit à toutes jambes. Quelques-uns de se3 amis s'élancèrent à 
sa poursuite et le ramenèrent de force à bord, sachant du reste 
qu'il y allait de sa tète s'il persistait dans ses velléités de résistance. 

Presque à la même époque, une autre ambassade fut envoyée en 
Europe ; instruit par l'expérience de son collègue, le second ambas- 
sadeur, S. E. Cho, ne fit aucune difficulté pour partir, mais il n'alla 
pas plus loin que Hong-Kong, où, depuis cette époque, il se trouve 
encore dans un hôtel de dernier ordre ayant pour enseigne Sai- 
lors Roost {Au Perchoir des Matelots). Il doit une somme 



— 145 — 

assez ronde à son hôtelier, qui refuse de s'en dessaisir et le 
conserve en garantie de sa créance. 

La Corée cependant n'a pas toujours été aussi malveillante vis-à- 
vis de l'étranger. D'après les annales chinoises, des marchands 
arabes de la Syrie visitaient la Chine et la Corée, où ils ven- 
daient des objets en verre colorié. Khordabeb, géographe arabe du 
IX° siècle, rapporte qu'un certain nombre de ses compatriotes 
allaient faire du commerce dans un pays connu sous le nom de Sila, 
et situé de l'autre côté de la Chine en face de Kantu : plusieurs de 
ces marchands, ajoute-t-il, s'établissaient dans le pays, d'où ils 
exportaient du ginseng, des bois de cerf, de l'aloës, du camphre, des 
clous de girofle, de la porcelaine, de la soie, du simmit et du galanga. 

Sila est sans doute l'ancien SJiinraï, la province de Kovai la 
plus riche et la plus prospère à l'époque de Khordabeb ; Kantu est 
le promontoire de CJiangtoung à l'est de la Chine, et dans la mer 
Jaune. 

Au commencement de l'ère chrétienne, la Corée était divisée en 
trois royaumes distincts : Koraï dans le Nord, Hiaksaï et Shinraï 
dans le Sud. La population se composait de hordes sauvages origi. 
naires du plateau de la Mantchourie, qui étaient presque continuel- 
lement en guerre les unes contre les autres. 

Cet état de choses durait encore au IV e siècle, lorsque Hiaksaï 
devint l'objectif de Maitreya Budhisattra apôtre du Boudhisme. 

Partant de Kapalavastu, la cité de la vertu par excellence, 
et le lieu de naissance de Sakya Muni, le nouveau culte après 
s'être propagé rapidement de l'Inde en Chine, où il menaçait 
-de se substituer à l'éthique de Confucius, pénétra dans le Japon et 
en Corée. Vers 384, des bonzes thibétains s'établirent dans la pro- 
vince de Hiaksaï, où ils construisirent plusieurs temples et de nom- 
breux monastères. 

Apportant avec eux la civilisation indo-chinoise, les sectateurs de 
Boudha répandirent dans le pays la culture des arts et des sciences 
et vers le VII e siècle, Kioa-Chiu, la capitale, devenait un centre bril- 
lant de civilisation éclairée. Le boudhisme atteignit le plus haut 
période d'éclat de 905 à 1392. Le grand Mongol Kublai Khan en 
était devenu lui-même un ardent apôtre. La fin du XIV siècle mar- 
que l'ère de décadence de cette religion. La pureté du dogme s'al- 

Inslitut Egyptien. 10 



— 146 — 

téra, les monastères qui étaient autrefois le séjour des vertus, 
devinrent des foyers de vice et de corruption. La dépravation et 
la licence des prêtres de Boudha excitèrent contre eux de violents 
murmures, et l'indignation étant arrivée à son comble, le peuple 
se souleva et en fit un massacre général, tant dans la capitale que 
dans le reste du pays. 

Avec les bonzes périssait la civilisation dont ils avaient apporté 
les germes, et la Corée fut bientôt replongée dans l'état de barbarie 
d'où ils l'avaient tirée. Du boudhisme il ne resta plus qu'un vague 
souvenir, et le shamanisme prit sa place. La pratique des plus gros- 
sières superstitions, l'adoration des esprits de l'air et de la terre, 
et surtout la crainte du dragon, animal redoutable qui habite les 
montagnes et exerce un pouvoir absolu sur la vie du Coréen, telle 
est la base de ce culte absurde et stupide. 

Pour donner une idée de ces superstitions, je citerai le fait sui- 
vant: Sa Majesté le roi m'envoya prévenir un jour de ne pas me 
préoccuper du bruit que j'allais entendre la nuit suivante. Après un 
conseil tenu avec ses littérati (astrologues attachés à la cour) il 
avait résolu de chasser à coups de fusil un dragon qui, disait-il, 
« l'embêtait » depuis quelque temps. Ce qui fut dit fut fait ; pendant 
la nuit je fus assourdi par des décharges continuelles de mousquete- 
rie, et le lendemain Sa Majesté m'informa que : — Ça y était et 
que le dragon avait disparu. 

La dynastie qui règne actuellement en Corée,date de l'année 1392; 
elle eut pour fondateur Li-Tadjo, jeune guerrier dont le courage 
égalait l'ambition, et qui réussit à s'emparer du trône. 

Sa Majesté Li-Hi est le 28 e souverain de cette famille ; il s'inv 
titule Tai-Chôson-Tai-Kiui-C/iH (grand roi de grand Chôson). Il 
a, pour l'aider à supporter le fardeau du gouvernement,trois premiers 
ministres, et six autres qui sont à la tête d'autant de départements : 
Intérieur, Guerre, Cérémonies, Finances, Justice, et Travaux 
publics ; à chaque ministère est attaché un nombre considérable 
de hauts fonctionnaires portant les titres de Pansa, Champan, 
Chamwie et Chnsa. Ces derniers sont les interprètes de Sa Majesté 
car l'étiquette coréenne ne permet pas aux étrangers d'adresser 
directement la parole au roi. 

Sous les apparences d'une monarchie absolue, le gouvernement de 



— 147 — 

Chôson est une véritable féodalité. Lors de sa conquête Ghenghis- 
Khan établit un système dont le fonctionnement rend toute révo- 
lution presque impossible : les emplois publics, même les plus élevés 
sont ouverts au moyen d'examens successifs à tout Coréen, depuis 
le prince jusqu'au simple Coolie ou laboureur ; il est vrai que ces 
examens sont loin d'être sérieux, et la réception du candidat dépend 
-très souvent bien plus de la rotondité de sa bourse que de l'étendue 
de ses connaissances; mais grâce à ce système, il s'est créé une 
hiérarchie administrative et civile dont tous les degrés sont liés 
entre eux comme les anneaux d'une chaîne. A chaque grade est 
attaché un titre dont l'obtention est l'objet des désirs et le but prin- 
cipal de l'existence de tout Coréen. La classe la plus élevée porte 
le nom de Yang-ban-nom et la dernière s'appelle Song-nom. 

Retenu par un lien si puissant, le Coréen ne cherchera jamais à 
renverser un ordre de choses dont la disparition lui serait k préjudi- 
ciable. Et si parfois des troubles se sont produits, ce n'a été que des 
émeutes de peu d'importance et qui ont vite été réprimées. 

En dehors des classes attachées au gouvernement se trouvent 
celles des guilds ou corporations nommées Pusang et Posang. 
Organisée sur le modèle de celle de la Chine, cette classe de la 
population s'adonne au commerce. Par une uni m étroite, ces guilds 
fuit la loi dans les foires et les marchés de l'intérieur, et savent 
également se mettre à l'abri des exactions auxquelles seraient 
tentées de les soumettre les castes officielles. 

La population de la Corée est de 12 à 13 millions d'habitants ; 
ils ont peu de rapport avec les Chinois et Japonais, et descendent 
probablement des races plus robustes du nord. 

Le climat est très rigoureux en hiver; en été il fait une chaleur 
excessive rendue même plus insupportable par l'humidité que 
produisent les pluies continuelles qui tombent en juin et en 
juillet. Le printemps est tardif ; l'automne est la saison la plus 
agréable de l'année. 

La flore est très abondante et comprend les essences les plus 
variées. Les fleurs surtout sont remarquables par leur abondance, 
leur éclat et le parfum qu'elles exhalent. 

Les principaux sujets de la faune sont le tigre, le léopard, l'ours, 
le sanglier et le cerf. La présence du tigre est un fait assez sin- 



— 148 — 

gulier ; cet animal originaire des ipays chauds habite de préférence 
les jungles qui font complètement défaut en Corée. Il est de grande 
taille, sa robe est très belle et son poil long et fourni. 

Le gibier de toute espèce est en grande quantité : cygnes blancs, 
cygnes noirs, oies et canards sauvages, outardes, faisans, perdrix, 
cailles, bécasses, lièvres, etc., se lèvent à chaque instant sous les 
pas du promeneur dans la campagne. 

La principale récolte est celle du riz ; il est d'une qualité supé- 
rieure, on n'en exporte que fort peu, il arrive même assez souvent 
que la récolte est insuffisante et que le gouvernement est obligé de 
venir en aide aux cultivateurs, auxquels il fait des distributions de 
grains. Cette disette provient du manque de pluie dans la saison 
convenable et la sécheresse fait périr la plante sur pied. 

Le ginseng, tenu en si haute estime par les Coréens, est un 
végétal auquel on attribue les vertus du chanvre indien, et même 
celle de l'elixir du docteur Séquard, qui régénère, dit-on, une jeu- 
nesse épuisée par les excès. 

Les montagnes de la Corée renferment des mines d'or, mais les 
quelques essais d'exploitation qui ont été faits n'ont donné aucun 
résultat. Dès le début les entrepreneurs se sont heurtés contre le 
mauvais vouloir du gouvernement et les superstitions absurdes du 
peuple ; le Coréen voit de très mauvais œil la moindre tentative 
faite pour toucher à ses montagnes : il craint d'irriter le dragon 
qui, pour se venger du trouble apporté dans son séjour de prédi- 
lection ferait pleuvoir sur le paj^s les plus grandes calamités. 

L'impôt est perçu en nature. Les ressources du trésor provien- 
nent des dîmes prélevées sur les produits du sol, et principalement 
du ginseng, dont le roi a le monopole. Un système de douane orga- 
nisé sur le modèle de celui qui a été établi en Chine par un Anglais, 
Sir Robert Hart, donne une autre source de revenu, celle-là en 
espèces, mais peu considérable : un million de francs environ, qui 
servent à payer à peine les employés européens qui forment les 
corps des douaniers dans les ports de Fusan, Guensan et Chemulpo. 

L'armée coréenne se compose de six bataillons (si l'on peut leur 
donner ce nom), placés sous le commandement d'autant de géné- 
raux, qui partagent avec le roi le pouvoir et les revenus de l'Etat, 
moins celui de ginseng. Ces troupes ressemblent assez aux bandes 



— 1 19 — 

années que les anciens barons féodaux fournissaient autrefois en 
temps de guerre à leur suzerain. 

Le soldat jouit d'immunités et de privilèges qui lui font recher- 
cher le service militaire, souvent même il paye pour être admis à 
faire partie de l'armée ; une fois enrôlé il ne travaille plus, il 
reçoit deux habillements complets par an et une ration quotidienne 
de riz. Il lui arrive fréquemment de se livrer à des actes de mar- 
raude et même de pillage, sans qu'il ait à craindre la moindre 
répression : c'est au nom de son chef qu'il agit et n'est jamais 
désavoué. Cet état de choses met presque tout le pouvoir entre les 
mains des six généraux. Le roi a fait tout récemment des tentatives 
pour se créer une armée à lui, et s'affranchir ainsi de la tutelle de 
ses généraux. Il a engagé trois officiers américains, chargés d'ins- 
truire et d'exercer une troupe. Mais les chefs de Vannée coréenne 
prévoyant le danger qui menaçait leur position, et voulant à tout 
prix conserver leurs privilèges, ont soulevé de tels obstacles sous 
les pas des Américains, que ceux-ci se sont vu obligés de renoncer 
à leur œuvre. Sa Majesté m'a engagé à plusieurs reprises à quitter 
la carrière diplomatique et à accepter le commandement en chef 
de l'armée. Mais sans parler des obstacles qui, pour moi, rendaient 
d'avance tout essai infructueux, le pays ne me convenait guère, et 
la situation qui m'était offerte n'eut pas le don de me séduire ; 
aussi avec force remercîments, je déclinai l'honneur insigne qui 
m'était fait. 

La capitale, Séoul, est située non loin de la rive droite de la rivière 
Han, environ à 40 kilomètres de la mer. Bâtie par le fondateur 
de la dynastie actuelle, la ville est entourée d'une muraille d'envi- 
ron 20 pieds de hauteur sur trois d'épaisseur ; sept portes monumen- 
tales donnent accès à l'intérieur. Elles ont été construites dans le 
style Yamen et sont probablement l'œuvre des architectes boudhis- 
tes, dont quelques autres monuments sont encore debout. En dehors 
de ces temples et de quelques constructions appartenant auxriches et 
aux nobles, le reste des habitations se compose de misérable? huttes 
couvertes de chaume. Deux voies assez larges traversent la ville 
du nord au sud et de l'est à l'ouest, formant quatre quartiers de 
dimensions à peu près égales : il n'y a aucune autre rue de tracée. 
L'état de malpropreté de la ville est indescriptible ; autour de cha- 



— 150 — 

que hutte est creusé un fossé rempli d'immondices qui empestent 
l'air et rendent Séoul, avec ses 250,000 âmes, la ville la plus dégoû- 
tante que l'on puisse imaginer. Aussi la mortalité est-elle considé- 
rable : le choléra s'y trouve à l'état endémique ; mais le grand 
fléau du pays est la variole ; le traitement est, sinon efficace au 
moins excessivement simple, la pharmacie coréenne est peu compli- 
quée. D'abord comme moyen prophylactique, on inocule le virus 
au nez de l'enfant ; un grand nombre succombent et ceux qui 
survivent sont horriblement défigurés. 

Lorsqu'un homme tombe malade on lui administre la seule médi- 
cation employée pour toute maladie, à savoir un bouillon de chien ! 

Sa Majesté Li-Hi use fréquemment de ce remède, mais comme 
c'est un homme de progrès, selon son médecin (un missionnaire 
protestant qu'il a nommé Champan), le roi a perfectionné le trai- 
tement ; il y a ajouté l'urine d'enfant dont il absorbe un verre ou 
deux à la moindre indisposition. 

Lorsque le potage de chien est sans efficacité et que le malade se 
trouve à l'agonie, on a recours au Moutang ; une troupe de vieil- 
les femmes, armées de gongs et d'autres instruments de musique 
analogues entourent le moribond et le gratifient d'une symphonie 
infernale afin de chasser le maudit dragon qui a pris possession de 
son corps ; si le malheureux n'es pas sucombé à la maladie, il est 
sûr de ne pas échapper au Moutang. 

Le mode de chauffage des habitations empêche peut-être la popu- 
lation d'être asphyxiée par les émanations pestilentielles delà ville. 
Dans le sous-sol de toute habitation est construit un fourneau desti- 
né à chauffer l'appartement, etdmt la chemiuée débouche dans la 
rue. Au coucher du soleil, les feux sont allumés et deux ou trois 
heures après, une chaleur intolérable pour un Européen règne 
dans l'intérieur ; en même temps, des nuages d'une fumée noire 
et épaisse se répandent dans l'atmosphère, entra ; nant sans doute 
au loin les miasmes délétères de ce foyer d'infection. 

D'après un usage très ancien, les portes de la ville sont fermées le 
soir et ouvertes à trois heures du matin : une immense cloche 
appelée In Kiung donne le signal . Aussitôt boutiques et maisons 
se ferment et chacun se hâte de regagner au plus vite sa cabane, 
sous peine de bastonnade. Sur le sommet des montagnes, des feux 



— 151 — 

sont allumés pour indiquer, suivant leur nombre et leur couleur, 
que le paj's est tranquille ou qu'il court un danger. Dis que la 
nuit est tombée, une obscurité profonde règne dans toute la ville, 
et le silence n'est troublé que par les aboiements des chiens, qui, 
comme autrefois en Egypte, tiennent lieu de voirie. 

La vie coréenne est remplie de cérémonies et de fêtes : le Chon- 
Clio est le premier jour de l'année ; omrae dans l'Occident, on se 
fait des visites. On s'envoie des cadeaux et, de plus, on consomme 
une quantité effrayante de sul ou eau-de-vie de riz, car il boit sec, 
le Coréen. Sa Majesté envoie à ceux qu'elle veut honorer, de la 
viande de bœuf, des poulets, du gibier, des œufs, etc. 

Le jour de Chong-Cho, chaque habitant allume devant sa porte 
un feu dans lequel il jette tous les cheveux qui sont tombés de sa 
tète pendant le cours de l'année précédente ; il les a conservés reli- 
gieusement pour les brûler ce jour, afin d'éloigner le mauvais dragon. 

Le Chung-Tou est la fête de ceux qui cherchent le bonheur ; 
les ruelles sont pleines d'une foule criant à tue-tête « Acmagi-Ju » 
(Donnez-nous du bonheur). 

Vient ensuite la fête du nettoyage des tombeaux. Chaque famille 
emporte avec elle des provisions et la cérémonie se termine par 
un festin monstre, après lequel les convives ont grand peine à 
regagner leur demeure. 

Le costume coréen est assez bizarre : c'est celui que portaient les 
Chinois à une époque très reculée. Les Mantchous, vainqueurs des 
Chinois et des Coréens, imposèrent aux premiers en signe de mé- 
pris, l'obligation de porter cette queue devenue aujourd'hui chez 
eux, une marque d'honneur et de distinction, et qui dégénère même 
en fanatisme. Moins rigoureux envers le Coréen, les Mantchous lui 
permirent de porter les cheveux comme il l'entendait ; depuis cette 
époque, il les laisse pousser de toute leur longueur. Dès qu'il est 
marié ou même fiancé, il les ramasse en un chignon sur le sommet 
de la tète. Les jeunes gens doivent le porter réunis en une seule 
tresse tombant dans le dos, ce qui leur donne l'air d'une femme. 

La partie la plus importante du costume est le Kat ou chapeau 
qui ne peut être porté que par l'homme marié. Le Kat est formé de 
tiges de bambou ou de lanières de crins de cheval finement tres- 
sés : la calotte a une forme ronde et les bords sont très larges. 



— 152 — 

Lorsque le Coréen a des décorations, il les porte fixées à un plastron 
attaché à la poitrine ou sur le dos. Sur ce plastron sont brodés des 
cygnes, des dragons, des tigres ou autres ornements analogues. 

Le Coréen porte une longue robe de soie de n'importe quelle 
couleur, excepté le rouge, exclusivement réservé au roi et à son 
entourage; cette robe descend jusqu'aux pieds, elle est serrée à la 
taille par un ceinturon composé de petites plaques de verre,, ou par 
une cordelière en soie noire ; il a pour chaussures des espèces de 
bottes en ouate, par-dessus lesquelles il met des souliers de gros 
drap de nuance assortie à la robe : il enlève ses souliers dès qu'il 
entre dans une maison. 

Au service de la cour sont attachés un certain nombre de danseu- 
ses appelées Khisang, qui, par leur costume, chants, et par leurs 
danses rappellent les Aimées ou Ghawazl égyptiennes ; ce sont les 
seules femmes, sauf celles de la plus basse classe, auxquelles l'usage 
permet de sortir et de se présenter en public. Elle font partie de 
toutes les fêtes officielles et sont le principal attrait des dîners 
offerts par Sa Majesté aux étrangers. 

J'ai déjà parlé d'un corps de Littérati : ce sont les historiens du 
roi, ils tiennent un journal quotidien de tous les événements du 
royaume, ainsi que des faits et gestes du souverain, et la tradition 
veut que celui-ci ne s'informe jamais de ce qu'ils ont écrit, afin de 
n'exercer sur eux aucune influence et de leur laisser la plus 
grande indépendance pour la rédaction de leur chronique. Mais 
la fonction principale des littérati est de tirer des horoscopes et 
d'indiquer les jours fastes et néfastes; cette prédiction est de la 
plus haute importance pour les fêtes et cérémonies qui ne peuvent 
avoir lieu que dans une journée heureuse. Le roi ne sort jamais et 
n'entreprend quoi que ce soit sans l'avis de ses astrologues, on les 
dit d'ailleurs aussi habiles à tirer parti de leur art qu'autrefois les 
prêtres de Jupiter Ammon, ou les augures de Rome. 

Le roi ne paraît en public qu'à l'occasion des fêtes où il doit aller 
sacrifier aux mânes de ses ancêtres dans des temples situés hors de 
la ville. C'est à une de ces fêtes, celle de Que-Dong, le 14 mars 1888, 
que j'eus l'heureuse chance de voir passer Sa Majesté en procession. 

Il était escorté de guerriers mongols et tar tares armés et vêtus 
comme ceux que commandait le grand Ghenghis-Khan, on aurait 



— 153 — 

dit que c'était la même armée allant faire de nouveau la conquête 
du pays. J'avais apporté un objectif, je m'en servis pour prendre 
ce curieux spectacle. Quelque temps après, des gens mal intention- 
nés essayèrent de profiter de cette circonstance pour exciter le 
peuple contre les étrangers. Ils répandirent le bruit que ceux-ci 
volaient des enfants, les faisaient bouillir et, avec leurs yeux, 
confectionnaient des portraits ; c'est ainsi qu'ils expliquaient le 
mystère de la chambre noire ! Le gouvernement s'en émut : une 
proclamation du ministère des affaires étrangères annonça qu'une 
semblable assertion pouvait être vraie, mais il conseillait au peu- 
ple d'attendre que le flagrant délit puisse être constaté. Les repré- 
sentants des puissances ne trouvèrent pas la précaution suffisam- 
ment rassurante ; ils communiquèrent leur situation précaire aux 
commandants de leurs vaisseaux de guerre en station : les marins 
débarquèrent et se rendirent clans la capitale pour protéger leurs 
nationaux. 

Le chinois est la langue de la cour, mais le peuple parle le 
coréen qui est une langue polysyllabique et n'a, par conséquent, 
aucun rapport avec le chinois. 

La monnaie du pays eonsiste en un alliage de cuivre et de fer. 
Il n'y a qu'un seul étalon, le cash, dont il faut 425 environ pour 
faire 1 franc. Chaque pièce est percée au milieu et on les enfile 
dans une ficelle comme un chapelet. Aucune autre monnaie n'a 
cours, et le gouvernement maintient cette prohibition dans le but 
d'augmenter les obstacles sous les pas des Européens qui veulent 
nouer des relations avec le pays. 

La division du temps est basée sur le système chinois. Le jour 
solaire est divisé en 12 heures ou Si ; le Si en huit Keik et le Keik 
en quinze Pwi. L'heure oréenne étant 1-3 double de la nôtre, le 
Keik vaut 15 minutes, et le Pun 1 minute. Au lieu d'être désignées 
par des numéros, les heures prennent le nom d'un des signes du 
zodiaque auquel on ajoute le mot Si ; — Ho-Si, l'heure du Tigre, 
Riong-Si, l'heure du Dragon. 

Le Coréen n'a ni montre ni horloge, la mesure du temps est indi- 
quée au moyen des occupations ordinaires de la vie. Pour midi, on 
dira Pap (riz), l'heure du repas. 

A mon retour de Corée au mois d'août 1889 ,je m'arrêtai à Canton, 



— 154 — 

la ville de la Chine la plus industrielle et assurément la plus inté- 
ressante. Entre autres monuments que je visitai, on me montra un 
temple de Boudha, nommé le temple des 500 génies, parce qu'il 
renferme un nombre égal de statues, parmi lesquelles je distinguai 
celle d'un Européen. Comme j'en témoignais ma surprise à mon 
guide, c'est, me répondit-il, la statue du Vénitien Marco-Polo ! 

Je remarquai également, dans cette ville, une mosquée qu'on dit 
avoir été bâtie au VIII e siècle : à côté se trouve un minaret 
dont la construction remonte à cent siècles plus tard, il a 160 pieds 
de hauteur et penche légèrement du côté de l'orient ; il est couvert 
de mousse et de lichen ; j'entrai dans cette masquée où je trouvai 
un certain nombre de Chinois récitant des versets du Coran ; 
j'adressai la parole en arabe à quelques-uns d'entre eux, mais pas 
un seul ne me comprit. 

Col. CHAILLÉ-LONG BEY 



Annexe N° 2 à la séance du 3 avril. 



ETUDE SUR LE DALTONISME 



LE D r SA.NTARNECCHr, OCULISTE 



Parmi les nombreuses et différentes manifestations des troubles 
du système nerveux, il y en a une dont l'étude est du plus remar- 
quable intérêt. Elle est connue sous le nom de Daltonisme, nom qui 
devrait être rayé du dictionnaire de la science, non pas parce que 
cette dénomination porte, comme le prétendent les savants anglais, 
atteinte à la mémoire de leur illustre compatriote en rappelant un 
défaut congénital dont, d'après le dire de Georges Wilson, il était 
plus satisfait qu'affligé, mais pour des raisons beaucoup plus sé- 
rieuses. En effet s'il est vrai que le célèbre physicien et chimiste 
anglais a, le premier, étudié sur lui-même ce vice de la nature et en 
a publié en 1794 une description aussi exacte que détaillée, il n'est 
pas moins vrai qu'en janvier 1777, c'est-à-dire 16 ans auparavant, 
Joseph Hoddart, dans une lettre adressée de Londres à Joseph 
Priestley, mentionnait deux cas de ce genre observés chez deux 
frères, dont l'un était ordonnier et l'autre matelot. 

Mais ce qui est plus intéressant, c'est que, tandis que le défaut de 
Dalton portait exclusivement sur le rouge, on a trouvé ensuit? que 
ce défaut pouvait porter indifféremment sur toutes les couleurs : il 
n'est donc par conséquent pas exact d'appliquer à l'ensemble de ces 
vices une dénomination qui ne saurait en désigner qu'une seule 
variété. 

La dénominatbn qui serait préférable, en ce sens qu'elle serait 
une définition complète et exacte de ces défauts, serait celle de 
Achromatopsie, Achrupsie, lorsqu'il s'agirait d'indiquer que le 



— 156 — 

vice porte sur toutes les couleurs ; on appliquerait celle de Dischro- 
motopsie, lorsque le sujet ne serait que partiellement vicié. 

Mais ce n'est actuellement ni le lieu ni le moment d'apporter des 
changements dans la terminologie à laquelle nous sommes accou- 
tumés et, puisque l'usage fait loi, je conserverai la dénomination 
dont j'ai parlé, tout imparfaite qu'elle puisse être. 

Cette bizarre et singulière anomalie de la vue consiste en ce 
que les personnes qui en sont atteintes ne peuvent apprécier les 
couleurs, qu'il s'agisse de toute la gamme des couleurs ou seule- 
ment de quelques-unes. Il peut arriver aussi que, même si les sujets 
les perçoivent, la perception se fasse d'une manière tellement 
incomplète qu'ils n'arrivent pas à démêler les différents tons de 
chaque couleur ou les couleurs résultant de la fusion des couleurs 
fondamentales, et l'on a pu voir des peintres qui, en raison de 
cette aberration physiologique, peignaient des arbras à feuilles 
rouges ou jaunes, ou une figure humaine d'une couleur telle 
qu'on pourrait supposer le personnage frappé d'apoplexie ; il se 
rencontre des gens qui, pour un bouquet, choisissent des fleurs dont 
les couleurs font entre elles des contrastes les plus heurtés, 
d'autres qui s'habillent dj couleurs ne s'harmonisant absolument 
pas, etc. Nous pourrions multiplier ces exemples à l'infini. 

Gomment est-il possible de se rendre compte de pareils phéno- 
mènes, comment mettre en relief les rapports entre la perception 
normale et la perception anormale des couleurs? Où faut-il en 
fixer la limite ? 

La réponse à ces questions serait impossible si l'on ne pouvait 
pas s'appuyer sur une théorie qui, vérifiée par l'expérience et la 
pratique, nous met à même de concevoir comment se produisent les 
perceptions lumineuses, quelles sont les conditions nécessaires pour 
que ces perceptions soient exactes et quels sont les rapports entre 
la perception d'une couleur et celle des autres. 

Malgré toutes les hypothèses émises à ce sujet, la théorie qui 
mieux que toutes les autres peut servir à nous expliquer tous les 
phénomènes qu'on observe chez les viciés pour les couleurs, théorie 
dont la pratique et l'expérience ont confirmé en tous points 
l'exactitude, est celle qui, énoncée comme hypothèse par Young 
(lequel du reste devançant les temps resta incompris), a été ré- 



- 157 — 

pandueet érigée définitivement en théorie par Helmoltz et porte le 
nom de théorie Young-Helmoltz. 

Tout corps incandescent provoque dans les moindres molécules 
d'éther qui Fentourent des mouvements qui se propagent en ondu- 
lations dans toutes les directions ; peu importe que ces mouvements, 
ces ondulations viennent en ligne droite du corps dont ils émanent, 
ou au'ils soient réfléchis par un autre corps, pourvu que dans l'un 
ou l'autre de nos appareils sensoriels ils provoquent des change- 
ments correspondant au sens frappé, qui finissent par déterminer 
dans les centres certaines perceptions. Si ces ondulations agissent 
sur la peau, on a la sensation de chaleur, si elles frappent la rétine 
on perçoit la lumière. 

C'est donc dans le cerveau que se produisent et la lumière et la 
chaleur lorsque certains changements se passent dans les appareils 
sensoriels dont nous venons de parler, la rétine et la peau, et par 
l'extérioration sont renvoyées au point de départ, car, tout incan- 
descent que soit un corps, la sensation de lumière ou de chaleur 
n'existera qu'à condition que les modifications qui ont impressionné 
les extrémités nerveuses préposées à la perception puissent être 
transmises au cerveau. 

C'est ainsi que cela se passe pour le phénomène douleur, qui n'est 
pas perçu s'il existe une altération profonde des nerfs qui devaient 
transmettre au cerveau les modifications produites sur la partie où 
l'on aurait cherché à provoquer la douleur. 

Cependant il ne faut pas confondre entre la lumière et la chaleur 
au sens objectif (lesquelles ne diffèrent pas entre elles puiqu'elles 
résultent toutes les deux des mouvements de l'éther) et la lumière 
et la chaleur au sens subjectif, lesquelles sont des sensations 
absolument différentes. 

Dans le cas actuel, nous ne devons nous occuper que de la lumière 
au sens subjectif, c'est-à-dire de la lumière en tant qu'agent 
impressionnant nos appareils sensoriels ; nous n'avons pas à tenir 
compte de la cause extérieure, peu en importe la nature pour le sujet 
qui nous occupe, et nous ne voulons que rechercher l'explication 
des phénomènes lumineux dans notre appareil optique, rétine, nerf 
optique et partie du cerveau avec lesquelles ils est en rapport. 

Mais justement en cherchant le mode de production de ces 



— 158 — 

phénomènes, nous nous heurtons à la difficulté suivante : Si toutes 
les ondulations de l'éther lumineux étaient de la même nature, ou 
si, dans le cas contraire, tous les éléments du sens visuel étaient 
impressionnés de la même façon pour les différentes espèces d'oscil- 
lations, il ne pourrait pas y avoir des sensations lumineuses 
d'espèces différentes. 

Toutes les différences qu'il pourrait y avoir dans la perception de 
notre appareil visuel consisteraient dans l'intensité, jamais dans la 
nature de la lumière, c'est-à-dire que la couleur n'existerait pas. 

Mais nous savons d'une part que les oscillations de l'éther 
diffèrent entre elles comme espèce et comme rapidité; que, par 
conséquent, la longueur des ondes est variable ; et d'autre part 
les différentes qualités de lumière, c'est-à-dire les couleurs, nous 
frappent à chaque instant. 

C'est à la théorie que nous devons demander la loi régissant ces 
deux facteurs. 

La différence de perception des couleurs doit dépendre d'une 
différence de fonction dans les éléments de l'appareil optique, 

Par conséquent, ou bien cet appareil n'a qu'une seule espèce 
d'éléments et la différence dans les espèces d'oscillations de l'éther 
amène une différence dans sa fonction ; ou bien il y a plusieurs 
espèces d'éléments nerveux terminaux dans la rétine ou dans le 
cerveau, éléments qui, tout en agissant respectivement de la même 
faon, diffèrent notablement entre eux. 

Cette hypothèse, qui du reste s'accorde très bien avec ce que 
nous connaissons sur la physiologie du système nerveux, repose 
sur le principe de Muller relatif aux énergies spécifiques des sens 
en l'appliquant à celui de la vue, et c'est sur cette hypothèse que 
la théorie Young-Helmoltz est basée. 

Si nous voulions maintenant faire une incursion dans le champ 
physiologique des sensations visuelles et surtout des sensations 
colorées, cela nous mènerait trop loin ; notre tâche est bornée à 
l'étude du Daltonisme, à sa manière d'être, à ses causes prochaines, 
à l'examen des troubles fonctionnels qu'il entraîne, enfin aux 
moyens de le découvrir et de diagnostiquer sur quelle ou quelles 
couleurs porte le défaut. Pour cela nous nous en tiendrons à la 
théorie Young-Helmoltz, et nous verrons qu'elle est complètement 
us tifiée par les résultats que donnent les examens faits à cet effet. 



— 159 — 

Il faut néanmoins que nous nous arrêtions un moment à rappeler 
quelques faits qui, malgré qu'ils soient généralement onnus, 
doivent nécessairement être présents à l'esprit pour faciliter la 
compréhension de ce qui va suivre. 

Un rayon de soleil, c'est-à-dire un rayon de ce que nous appelons 
la lumière blanche, s'il vient à traverser un prisme transparent, se 
déc mipose en une série de couleurs dont l'ensemble s'appelle 
spectre solaire, couleurs qui, dans cette série, sont disposées d'après 
leur réfrangibilité ou, pour spécifier davantage, d'après la longueur 
de leurs ondes lumineuses. Ainsi, à partir du rouge qui est la 
couleur la moins réi'rangible et de la plus grande longueur d'onde, 
nous avons l'orange, le jaune, le vert, le bleu, l'indigo et le violet ; 
ce dernier est le plus refrangible et de la moindre longueur d'onde. 
C'est-à-dire que pour des valeurs différentes de réfrangibilité et de 
durée d'oscillation (longueur d'onde), notre appareil visuel vient 
à être stimulé de façon difïérente et réveille dans les centres la 
sensation de couleurs différentes. 

Sans tenir compte des autres variétés de couleurs comme les 
couleurs composées ou celles qui ne diffèrent que par l'intensité de 
la lumière, nous nous arrêterons au seul spectre solaire. 

On a reconnu dans le spectre trois couleurs fondamentales : le 
rouge, le vert et le violet (le bleu pour d'autres), toutes les autres 
n'étant que des combinaisons des premières. Or, cette réduction à 
trois couleurs fondamentales et qui pourrait paraître, pour le choix 
des couleurs, arbitraire, ne peut avoir qu'une signification subjec- 
tive, car il ne s'agit dans ce*cas que de ramener toutes les sensa- 
tions colorées à trois sensations fondamentales. 

C'est dans ce sens que Youngaposé son problème, et l'hypothèse 
qu'il a émise explique parfaitement les phénomènes de l'étude 
physiologique des couleurs. 

1° D'après Young, il y a dans l'œil trois sortes défibres nerveuses 
dont l'excitation donne respectivement la sensation du rouge, du 
vert, du violet. 

2° Les trois espèces de fibres nerveuses sont excitées par la 
lumière homogène avec une intensité qui varie avec la longueur 
des ondes. 

Les fibres sensibles au rouge sont excitées le plus fortement par 



— 160 — 

la lumière qui possède la plus grande longueur d'onde, les fibres 
du vert par celle d'une longueur moyenne, celle du violet par la 
lumière possédant la moindre longueur d'onde. 

Il en résulte que, lorsqu'un seul élément est excité, la sensation pro- 
duite est celle de la couleur qui lui correspond : s'il s'agit de l'élément 
sensible au rouge, on aura la sensation du rouge et ainsi des autres. 

Si deux seuls éléments sont excités ou s'ils le sont plus fortement 
que l'autre, on aura la couleur qui correspond à la combinaison des 
couleurs correspondant aux éléments excités. Si tous le sont à la 
fois et avec la même intensité, il n'y a plus lieu alors à percevoir 
une qualité de lumière : on verra la lumière en général, la lumière 
blanche, improprement dite couleur blanche. 

Voulant nous borner à l'étude du Daltonisme, nous ne prendrons 
en considération que les lumières rouge, verte et violette, c'est-à- 
dire des ondes éthérées qui diffèrent en longueur, en durée d'oscil- 
lation, en réfrangibilité. 

Pour se faire facilement une idée des rapports existant entre les 
différentes espèces de lumière objective et l'excitabilité des diffé- 
rents éléments ou, en d'autres termes, des différentes sortes de 
lumière subjective, ce qu'il y a de plus simple à faire est de 
construire un diagramme dont les courbes indiquant les différentes 
espèces de lumière seront tracées sur l'abscisse selon l'ordre dans 
lequel elles se présentent dans le spectre solaire, et l'excitabilité 
des éléments respectifs ou l'intensité de la sensation colorée sera 
exprimée par les ordonnées Q). 



Cette figure nous représente le diagramme pour le sens normal 
des couleurs. Les couleurs spectrales y sont placées horizontalement 
et dans l'ordre naturel, c'est-à-dire en commençant par le rouge 

(1) Nous avons représenté la couleur rouge par le trait plein, la couleur violette par le 
trait à gros pointillés, et la couleur verte par le trait à petits pointillés. 



— 161 — 

(R.)et finissant par le vi det(VL). Les courbes d'excitabilité, c'est-à- 
dire celles des organes percepteurs du R. du V. et du Vi indiquent 
la façon dont les différents systèmes d'ondes de la lumière soin ire 
agissent sur chacun des éléments sensibles aux impressions lumi- 
neuses. 

D'après ce diagramme, le rouge simple excite fortement les fibres 
sensibles au rouge, moins fortement les autres, spécialement le 
violet. Le sujet a donc la sensation du rouge qui, par le fait de 
l'augmentation de l'excitation, du vert passe à l'orangé. Le jaune 
simple excite vivement et à peu près dans la même mesure les 
éléments sensibles au rouge et au vert, tandis qu'il n'excite que 
très faiblement les éléments percepteurs du violet : de là la sensa- 
tion du jaune qui n'est qu'une combinaison du rouge et du vert. 
Le vert excite fortement les éléments sensibles au vert, très peu et 
à peu près également les autres : donc sensation du vert. Le bleu 
excite assez fortement et à peu près dans la même mesure les 
éléments du vert et du violet, très peu ceux du rouge: il en 
résulte la sensation du bleu qui n'est que la combinaison du vert 
et du violet. La lumière violette affecte fortement les éléments du 
violet, faiblement les deux autres : de là la sensation du violet. 

Ces courbes nous indiquent en quelle proportion les trois percep- 
tions fondamentales entrent dans la composition des couleurs du 
spectre. Il suffit de mesurer la distance verticale des points qui 
occupent R. 0. J. etc., sur la ligne horizontale aux points corres- 
pondants de chacune des trois courbes. On verra même de cette 
façon qu'il n'y a pas une seule couleur du spectre où entre exclu- 
sivement une seule couleur primitive : les autres y sont plus ou 
moins représentées. 

Ces c lurbes nous démontrent aussi pourquoi le jaune, le vert et 
le bleu sont des couleurs blanchâtres ; c'est parce que, plus que les 
autres couleurs, elles impressionnent simultanément les trois élé- 
ments des couleurs fondamentales dont l'ensemble donne le blanc. 

Si nous voulons expliquer les anomalies du sens des couleurs en 
nous tenant à cette théorie du sens normal, il faut que nous admet- 
tions la possibilité de divers cas et que nous supposions qu'une de 
ces trois perceptions fondamentales manque : on conçoit qu'il en 
doit résulter un trouble inévitable dans tout le système chromatique 

Institut Egyptien. Il 



- 1C2 - 

et que ce système sera tout à fait différent suivant que ce sera 
l'une ou l'autre des couleurs fondamentales qui fera défaut. En 
réalité, c'est ainsi qu'on a voulu expliquer les cas qui se présentent, 
dans la pratique, de défaut sensiblement accentué dans le sens 
chromatique ou de cécité vraiment typique des couleurs. Donc 
l'expression de cécité des couleurs est justifiée, car elle indique 
une véritable cécité pour l'une des couleurs primitives. 

Ceci établi, on distingue, selon l'espèce d'élément qui fait défaut, 
les trois sortes de cécités suivantes : 

1° Cécité pour le rouge 

2° » » » vert 

3° » » » violet 
Nous allons voir que cette théorie, loin d'être contredite, comme on 
l'a prétendu, par les phénomènes de la cécité des couleurs, y trouve 
au contraire sa confirmation et qu'elle fournit la meilleure direction 
pour établir le diagnostic des défauts de la vision colorée : 
Prenons, par exemple, la cécité pour le rouge. 
D'après la théorie exposée, elle est due à l'absence ou à la para- 
lysie des éléments percepteurs du rouge : donc à l'aveugle pour le 
rouge il ne reste que les deux autres couleurs primitives, soit le 
vert et le violet, et le diagramme représentant ce défaut serait le 
suivant : 






\ 



R O J V B Vi. 



Ces courbes nous démontrent quel sera l'aspect des diverses sortes 
de lumière pour le sens chromatique qui nous occupe et cela par la 
comparaison des sensations qu'elles produisent sur un sens chro- 
matique normal. Cette comparaison ne manquera pas d'intérêt. 

Le rouge faiblement lumineux, qui excite suffisamment les 
organes sensibles au rouge dans l'œil normal, n'excite pas suffi- 
samment les organes percepteurs des deux autres couleurs ; donc 
pour l'aveugle pour le rouge, il doit paraître noir. Le rouge 
spectral, qui excite faiblement les organes sensibles au vert et 



— 163 - 

presque pas ceux du violet, doit paraître un vert saturé et d'une 
faible intensité, plus saturé que le vert normal dans lequel entrent 
les deux autres couleurs primitives. 

Le jaune spectral paraît un vert saturé, et comme il forme la 
nuance saturée et très intense de cette couleur, il en résulte qu e 
les aveugles pour le rouge confondent avec le jaune tous ces toàs 
qui en réalité ne sont que verts. 

Le vert se montre déjà en comparaison des couleurs précédentes 
plus sensiblement additionné de l'autre couleur primitive : il appa- 
raît alors comme un vert plus intense en lumière mais plus blan- 
châtre que le vert représenté par le rouge et le jaune. 

La plus grande intensité de lumière dans le spectre doit alor- 
apparaitre à l'aveugle pour le rouge non plus comme pour l'œil 
normal dans le jaune, mais dans le bleu vert, car dans ce cas la plus 
grande excitation des éléments du vert est sur le vert. Le maximum 
d'excitation totale des aveugles pour le rouge doit se trouver sur le 
bleu parce que l'excitation de l'élément du violet s'est accrue. Dans 
ce cas, le blanc de l'aveugle pour le rouge n'est qu'une combinaison 
des deux autres couleurs : ce blanc doit paraître gris à l'œil normal : 
c'est pour cela que l'aveugle pour le rouge considère comme grises ' 
les couleurs transitoires du vert au bleu. Le bleu est plus blan- 
châtre et représente un peu plus le bleu indigo que le violet qui est 
vu normalement. 

Cette description n'est qu'une déduction logique de la théorie. Il 
n'y a qu'une seule chose à ajouter au point de vue pratique, et c'est 
la suivante : 

Le rouge et le vert du sens normal doivent sembler, à l'aveugle 
pour le rouge, une seule et même couleur. La seule condition qui 
puisse diriger son jugement, c'est l'intensité de la lumière. 

Etant donné que les lumières verte et rouge n'excitent chez 
l'aveugle pour le rouge qu'un seul élément, celui du vert, l'inten. 
site de lumière, ainsi qu'il est démontré par le diagramme, est beau- 
coup plus faible pour le rouge que pour le vert. Si donc un aveugle 
pour le rouge trouve que les nuances rouge et verte sont sembla- 
bles, il faut que la verte soit telle qu'au sens normal elle paraisse 
beaucoup moins intense en lumière et plus foncée que la rouge. 

La cécité pour le vert n'est, d'après la théorie., que la conséquence 



— 164 — 

de la paralysie ou du manque total des éléments percepteurs du 
vert : donc à l'aveugle pour le vert il ne reste que deux couleurs 
fondamentales, le rouge et le violet. 

Voici donc, suivant la théorie, le spectre de l'aveugle pour le 
vert. 




Le rouge du spectre excite fortement les éléments percepteurs du 
rouge, mais très légèrement ceux du violet. Il doit donc paraître à 
l'aveugle pour le vert comme un rouge extrêmement saturé, mais 
moins intense en lumière que le rouge normal qui est plus lumi- 
neux, parce que le vert y entre en partie. 

L'orangé est encore un rouge assez saturé, mais très intense en 
lumière. 

Le jaune est un rouge plus intense en lumière que le rouge du 
spectre, mais il est plus blanchâtre, parce qu'il y entre une propor- 
tion assez sensible du violet. 

Le vert avec ses nuances tirant sur le jaune et le bleu devrait 
être un pourpre saturé et médiocrement intense en lumière, mais 
c'est le blanc des aveugles pour le vert, le gris pour l'œil normal, 
car il est composé en parties presque égales des deux autres couleurs 
primitives. Le bleu est un violet intense, mais un peu moins saturé 
que l'indigo, qui est plus intense en lumière et plus saturé. Le 
violet est un peu moins intense en lumière, mais plus saturé que les 
violet normal. 

Ici il y a, comme pour la cécité pour le rouge, une remarque à 
ajouter : 

Chez l'aveugle pour le vert, un même élément est affecté par la 
lumière spectrale rouge et par la verte. Le rouge et le vert sont 
perçus de la même manière, c'est-à-dire qu'ils représentent pour 
l'aveugle pour le vert la même couleur. Si celui-ci réussit à les dis- 
tinguer, c'est par l'intensité de lumière, mais en ce qui concerne 
cette intensité, le phénomène se produit en sens inverse de ce qui 
arrive pour l'aveugle pour le rouge. 



1G5 



Une nuance verte, qui à l'aveugle pour le vert paraîtra exacte- 
ment semblable à une nuance rouge, doit être telle qu a l'œil nor- 
mal elle soit sensiblement plus lumineuse que la rouge. 

La cécité pour le violet, qui d'après la théorie ne tient qu'à une 
paralysie ou à un défaut dans les éléments percepteurs du violet, 
doit être indiquée par le diagramme suivant : 



^^.«.p, M , 




Dans ce cas, le rouge est un rouge plus pur que le rouge normal, 
mais moins saturé : plus il tire vers l'orangé, plus il est intense en 
lumière, mais il perd de sa saturation et devient plus blanchâtre. 
Le jaune est une combinaison en parties presque égales des deux 
couleurs fondamentales qui restent, donc à peu près blanc. Le vert 
est très intense en lumière, mais blanchâtre, et s'il tire sur le bleu, il 
devient de plus en plus saturé, de sorte que le bleu-vert devient le 
type de ces nuances. Le bleu devient un vert suffisamment intense 
en lumière et très saturé ; le violet est un vert très faible en 
lumière, mais plus saturé que le vert normal. 

Il en résulte qu'à l'aveugle pour le violet, il ne reste que deux 
couleurs fondamentales, le rouge et le vert, couleurs qu'il ne con- 
fond pas. 

Du reste, d'après les recherches faites jusqu'à présent, on a pu 
conclure que ce défaut est extrêmement rare. 

Mais, pour être anormal, il n'est pas nécessaire qu'un des sens des 
couleurs se trouve complètement dans les conditions indiquées pour 
les types que nous venons d'exposer. Il peut bien y avoir des visions 
anormales des couleurs résultant non d'un défaut absolu ou de la 
complète paralysie d'une espèce d'éléments percepteurs, mais sim- 
plement d'une excitabilité plus ou moins faible, ou d'un nombre 
plus limité d'une espèce d'éléments agissant sur la rétine en compa- 
raison avec les deux autres espèces. 

Il est facile de construire des courbes représentant cet état de la 



— 1G6 — 

vision, et non moins facile de créer de cette manière une série d 
formes intermédiaires et graduelles entre une espèce de cécité pour 
une couleur d'une part et le sens chromatique normal de l'autre. 

Cette espèce de sens défectueux devrait être appelé cécité incom- 
plète d'une couleur, pour la différencier de la cécité complète dont 
nous avons plus haut esquissé les trois types différents. 

L'expérience a montré que ces formes intermédiaires se rencon- 
trent, dans la pratique, en grand nombre et à des degrés bien diffé. 
rents. 

D'après la théorie, on peut encore imaginer bien d'autres formes 
de sens chromatique défectueux, un entre autres qui n'aurait à sa 
disposition qu'une seule espèce d'éléments percepteurs. 

Mais cet état n'est pas un état chromatique ; pour lui, il n'y a 
aucune différence qualitative de lumière, par conséquent, pas de 
couleurs. Toutes les sortes de lumières, agissant clans ce cas comme 
sur une seule espèce d'éléments, la perception seule des différence 8 
d'intensité de lumière (quantité), mais non des différentes couleurs 
(qualité) sera possible. 

Cet état, qu'on a très rarement observé, pourrait être désigné 
sous le nom de cécité complète des couleurs. 

Il peut se présenter aussi à l'observation une autre forme de sens 
défectueux des couleurs, provenant de ce que les trois espèces d'élé- 
ments percepteurs auraient perdu uniformément de leur sensibilité 

Cet état pourrait être représenté par le diagramme suivant : 



Les trois couleurs se rapprochent simultanément de l'abscisse, de 
façon que les sommets disparaissent les premiers, et l'on voit alors 
^a couleur verte qui, d'ordinaire, est la plus blanchâtre des couleurs 
primitives, perdre, la première, sa qualité de couleur saturée et 
passer au gris. En réalité, dans les nombreux examens qu'on a 
faits, on a trouvé une quantité -de ces cas s'acordantavec la théorie. 

Or, si l'on voulait désigner cet état par une définition exacte 
d'après la théorie, il faudrait la désigner par \e terme de sens faible 
des couleurs. 



— 1G7 — 

Cette espèce ùe vice du sens des couleurs peut être poussée, on 
peut logiquement l'admettre, au plus haut degré, de manière que 
tous les éléments perdent de leur sensibilité jusqu'au défaut absolu 
de perception lumineuse, c'est-à-dire à la cécité proprement dite. 

Donc, tout vice du sens des couleurs doit tenir ou à une dimi- 
nution anormale de la sensibilité pouvant aller jusqu'à la paralysie 
totale d'une ou plusieurs espèces d'éléments, ou à la diminution 
relative du nombre jusqu'à l'absence complète d'une ou de plusieurs 
d'entre elles. 

D'après ce que nous venons d'exposer, on peut classer ces vices 
en deux catégories parfaitement distinctes. 

( le rouge. 

a) Cécité complète des couleurs pour < le vert. 

( le violet. 

b) Cécité incomplète pour les mêmes couleurs. 

Cette division est la seule qui puisse être adoptée, surtout si l'on 
tient compte des rapports où elle se trouve avec les méthodes 
suivies pour découvrir ces défauts, méthodes basées sur la théorie 
Young-Helmoltz. Or, toutes ces méthodes, deFavre, de Donders, de 
Holmgren, de Stilling, etc., donnent toutes plus ou moins, selon 
leur efficacité ou leur exactitude, les mêmes résultats, c'est-à-dire 
une confirmation pleine et complète de la théorie sur laquelle elles 
sont édifiées. 

Ce n'est pas ici le cas de faire une critique des différentes 
méthodes. Comme nous venons de le dire, toutes donnent des 
résultats satisfaisants. Mais celle qui répond le mieux aux besoins 
de la pratique et qui a été presque généralement adoptée, est celle 
de Holmgren, que je tâcherai de vous décrire sommairement. 

La méthode de Holmgren peut être divisée en deux parties dis- 
tinctes : la première partie peut être appelée de première main, 
et l'autre de contrôle. 

La première partie se compose de deux épreuves : l 'épreuve pré- 
paratoire et V épreuve destinée à diagnostiquer un sens défec- 
tueux des couleur*. 

Ces deux épreuves sont faites au moyen d'écheveaux de laine 
choisis à cet effet. L'épreuve préparatoire a pour but de déterminer 
le plus sûrement et rapidement possible si une personne jouit ou 



— 168 — 

non d'un sens chromatique normal. Elle doit être faite en pleine 
lumière du jour. 

L'assortiment des écheveaux est empilé sur une table. Le paquet 
vert est séparé du tas. La personne à examiner doit être renseignée 
sur la nature de l'épreuve de façon qu'elle sache ce qu'elle doit 
faire. L'examinateur prend dans la main les cinq écheveaux du 
paquet vert de façon qu'ils soient parfaitement vus par le sujet à 
examiner ; il les place ensuite sur la pile des autres en les espaçant 
et faisant remarquer comme ils se détachent des autres par la viva- 
cité de leur couleur et comme il est facile à une personne possédant 
le sens chromatique normal de pouvoir les séparer des autres en 
exécutant lui-même l'épreuve. 

Alors on retire l'écheveau n° 1 et on le met à part, les autres 
étant mélangés dans le tas, et la personne examinée doit chercher 
promptement les quatre autres écheveaux du paquet et les placer 
un à un à côté de l'écheveau mis à part. Ce choix doit être fait 
rapidement et au commandement de : un, deux, trois, quatre. 
L'examinateur doit suivre attentivement chaque particularité, ainsi 
que la façon dont elle se présente et exiger qu'on ne s'écarte pas de 
la marche à suivre pour subir l'épreuve. 

Celui qui se tire de cette épreuve sans hésitation, rapidement et 
suivant la marche indiquée, a le sens normal des couleurs. 

Celui qui commet la moindre erreur doit subir de nouvelles 
épreuves. 

L'épreuve pour déterminer sûrement un sens défectueux 
des couleurs sert à déterminer chez ceux qui auraient échoué 
dans l'épreuve préparatoire, la nature et le degré de la défectuosité. 
Elle se fait de la manière suivante : 

On doit d'abord répéter l'épreuve préparatoire en exigeant plus 
de sûreté et de rapidité. Si aucune erreur ne se vérifie, le cas doit 
être toujours considéré comme suspect et devant passer au con- 
trôle. Si, au C3ntraire, une nouvelle erreur se produit, il faut 
répéter l'épreuve en faisant tourner le dos au sujet et en mettant 
les quatre écheveaux espacés sur le tas et intercalés par d'autres 
écheveaux changeants qui sont appelés de confusion. Quand tout 
est arrangé de cette façon, on fait tourner le sujet qui devra tou- 
jours, au commandement de un, deux, etc., choisir les écheveaux 
et les placer à côté de l'écheveau type. 



— 169 — 

Si le sujet n'est pas capable de le faire dans le temps voulu ou 
s'il le fait en se trompant d'écheveaux, le défaut est constaté et 
l'on peut diagnostiquer : sens des couleurs faible. 

Si, au contraire, le sujet a placé à côté de l'écheveau type un ou 
plusieurs écheveaux de couleurs changeantes, le cas est plus grave 
et on est en présence soit d'un daltonisme incomplet, soit d'un dal- 
tonisme complet. 

Pour assurer le diagnostic, il faut alors avoir recours aux laines 
pourpre. 

Cette seconde épreuve, pour laquelle le paquet pourpre est con- 
servé à portée de la main, consiste en ceci : l'écheveau type de ce 
paquet est mis à part et le sujet d jit rechercher et mettre à côté de 
lui toutou partie des écheveaux appartenant aux nuances du même 
groupe. Un daltonien qui subit cette épreuve assez rapidement 
et sans trop d'hésitation, n'est qu'incomplètement daltonien. 

Celui qui échoue et place à côté de l'écheveau type des écheveaux 
n'appartenant pas au groupe pourpre, ou qui montre une tendance 
particulière à le faire, est complètement daltonien. 

Son erreur porte-t-elle sur le bleu foncé ou le violet ? il est com- 
plètement daltonien pour le rouge {cécité pour le rouge). Porte- 
t-elle sur des nuances de bleu, de bleu-vert ou de gris? il est alors 
daltmien pour le vert {cécité pour le vert). Tombe-t-elle sur le 
rouge ou l'orangé? il est alors daltmien pour le violet {cécité pour 
le violet). Y trouve-t-on différentes couleurs et le sujet ne s'atta- 
che-t-il qu'à la similitude dans l'éclat? il est alors totalement dalto- 
nien. 

L'épreuve de contrôle est faite au moyen de lanternes spéciales, 
à verres tournants. Chaque lanterne possède trois verres de la 
même couleur, mais de nuances différentes. L'une contient les trois 
gradations du vert : pâle, moyenne et foncée, l'autre celles du 
rouge. 

Cette méthode est celle qui donne les résultats les plus satisfai- 
sants, car ils sont frappants et permettent de convaincre les assis- 
tants. 

Avec ces lanternes on peut faire des expériences très variées : on 
peut montrer au sujet examiné diverses couleurs en lui demandant 
de les nommer rapidement ; on peut, en outre, présenter à l'exa- 



— 170 — 

miné une couleur en lui demandant de montrer la même couleur 
dans une lanterne pareille qu'on aura laissée dans sa main. 

L'aveugle pour le vert voit le verre vert rouge. En superposant 
d'autres lames de la môme couleur, il répondra que la couleur est 
entre le rouge et le vert ; si l'on ajoute encore de nouvelles lames, 
il finira par ne. plus voir aucune couleur, tandis qu'un œil normal 
distinguera encore la couleur verte. Le même fait se produira pour 
le rouge, seulement en sens inverse. 

On passe alors à l'expérience avec le verre rouge. L'aveugle pour 
le vert commence par répondre qu'il voit rouge, puis rouge-vert, 
puis vert. 

L'aveugle pour le rouge dit d'abord vert, puis vert-rouge, puis 
rouge. 

Dans ces lanternes il n'y a pas les verres nécessaires aux expé- 
riences pour le violet, cela pour deux raisons : la première, c'est 
qu'elles sont faites dans un but spécial pour lequel il suffit de se 
renseigner sur la perception du rouge et du vert ; la seconde est 
que comme nous l'avons dit précédemment, la cécité pour le 
violet est très rare. Du reste, la recherche de ce défaut est aussi 
facile q te les autres, seulement il faudrait employer des verres 
verts et violets. 

Comme on le voit, on peut donc rapidement et sûrement se rendre 
compte des défectuosités qui peuvent atteindre le sens chromatique, 
et cela tout en se tenant strictement à la théorie Young-Helmoltz, 
qui y trouve sa pleine et complète confirmation. 

Au cours de l'étude de cette singulière anomalie, je ne puis 
passer sous silence une question d'ordre philosophique qui va peut- 
être vous surprendre, et qui peut se résumer en ceci : 

Les hommes ont-ils toujours possédé net et clair, comme 
nous le possédons actuellement , le sens des couleurs ? En d'au- 
tres termes, les hommes primitifs, nos ancêtres, ont-ils tou- 
jours aperçu les sept couleurs du spectre solaire telles que les 
aperçoit la plus grande partie de nous ? 

Gladstone, le célèbre homme d'Etat anglais, dans un ouvrage sur 
Homère, fit ressortir que le langage des poèmes homériques est 
imparfait dans ce sens qu'il ne correspond pas à toutes les couleurs 
du spectre. Après lui, Geiger, un philosophe allemand, en démon- 



— 171 — 

trant que le bleu du ciel n'est jamais mentionné ni dans les livres 
très anciens des Indiens, dans les Védas (1), ni dans ceux des Per- 
sans, dans le Zend-Avesta (2), en arrive à des conclusions plus ris- 
quées que celles de Gladstone. 

Geiger est très explicite : pour lui, les hommes de la Bible, des 
Védas, du Zend-Avesta n'avaient pas la perception du bleu et du 
violet; de là il admet une hypothèse plus large, c'est-à-dire que les 
hommes, à leur origine, n'ont pas perçu les couleurs spectrales, 
mais seulement la lumière dans son intensité, sans différence qua- 
litative, et que la faculté de percevoir les couleurs a dû se déve- 
lopper postérieurement et lentement dans l'humanité, au fur et à 
mesure que la rétine acquérait la sensibilité spéciale aux différentes 
ondes lumineuses qui cjnstituent les couleurs objectives. 

La perception du rouge aurait précédî celle des autres couleurs, 
parce que la couleur rouge est celle dont les ondes lumineuses sont 
les plus longues. Le dernier à se développer aurait été le sens des 
couleurs dont l'onde est plus petite, le bleu et le violet. 

En effet le rouge et le jaune sont mentionnés dans ces documents 



(\) Les Védas, livres sacrés des Hindous, écrits en langue sanscrite, sont au nombre de 
quatre : le premier, le Rig, contenant des prières et des hymnes en vers ; le deuxième, le 
Yarfjam,qui contient des prières en prose ; le troisième, le Sama, dont les prières doivent être 
chantées; le quatrième, VAtharrani, composé surtout de formules de consécration et d'expia- 
tion. L'âge, comme la doctrine des Védas diffère beaucoup. 

On croit que les trois premiers surtout furent inspirés par Brahma et les légendes hin- 
doues en attribuent la publication à Vyasa, qui les aurait recueillis et publiés vers le 
xv c siècle av. J.-C. 

La première traduction complète de ces livres a été faite en allemand, à Berlin, par Rosen 
et Von Muller. 

(2) Le Zend-Avesta, qui veut dire parole vivante, livre sacré des Guèbres ou Parais, se com- 
pose de deux parties, dont l'une est écrite en Zend, l'autre en Pehivi. La première comprend : 
1° le Vendidah Sade, espèce de bréviaire dont les prêtres doivent réciter des fragments avantle 
lever du soleil, et qui lui-même était divisé en plusieurs parties : le Vendidat (combat contre 
Ariman.) l'Izechne ou Varna (élévation de l'âme), les Sechts Sodés (prières dont plusieurs 
sont en parsi et en péhivi), le Vispered (.chef des êtres), le Sirouzé ou 30 jours, espèce de calen- 
drier liturgique avec invocations aux génies de chaque jour du mois. 

La deuxième partie se réduit au Boundehech, espèce d'encyclopédie d'astronomie, de reli- 
gion, du culte, des institutions civiles, de l'agriculture et ainsi que la généalogie de Zoroastre. 
Ce dernier est probablement le seul livrequi suit réellement un ouvrage antique, et on l'attribue 
à Zoroastre même. Le Zend-Avesta a été apporté en Europe par Anqufilil-Duperron, qui en a 
donné le premier une traduction en 1771 . 



— 172 - 

littéraires omme le sont le blanc et le noir, desquels il parait que 
soient dérivés le bleu et le violet. 

Le D r Magnus a récemment agité la question : il n'a rien dit de 
plus que Geiger : au contraire, touchant les preuves philologiques 
il a dit moins, et en partie répété celles de Geiger lui-même. 

Il veut considérer le spectre d'après l'énergie de la lumière qui ne 
dérive que de l'excursion de l'onde de vibration et la divise en trois 
parties : selon la plus grande énergie qui comprend le rouge, 
l'orangé et le jaune, selon l'énergie moyenne qui comprend le vert, 
et d'après la moindre énergie qui correspond au bleu et au violet. 

D'après les preuves philologiques il conclut, comme Geiger, qu'en 
premier lieu furent perçues les couleurs du spectre présentant la 
plus grande énergie, ensuite celles du milieu, enfin celles de la 
troisième catégorie. 

Mais Magnus ne se borne pas à ceci : il se demande aussi, si 
parmi les peuples modernes, ceux qui sont encore à l'état sauvage 
possèdent le sens des couleurs aussi développé que nous ou aussi 
imparfait que nos prédécesseurs et, d'après les résultats de ses 
recherches, il n'hésite pas à confirmer ses idées primitives. 

Une preuve physiologique de son opinion serait pour lui le fait 
que, dans la rétine, il y a une zone située à la partie externe qui ne 
distingue pas les couleurs autant que la partie moyenne et la partie 
polaire. Il en conclut qu'originairement la rétine aurait été en 
totalité dans des conditions analogues à sa partie la plus externe, et 
n'aurait perçu que le blanc et le noir, en d'autres termes elle aurait 
été sensible à la quantité non à la qualité de la lumière. 

Aux temps des Védas, c'est-à-dire 1500 ou 1200 ans avant le Christ, 
et 800 ou 1000 ans avant le Christ pour les poèmes homériques, le 
vert et le violet n'étaient pas perçus, le vert commençait à paraître, 
seuls le rouge, l'orange et le jaune étaient parfaitement perçus. 

Cette question a vivement intéressé les hommes de science et 
maintes recherches ont été faites près des peuples sauvages par des 
naturalistes, missionnaires, médecins, etc. Les résultats de ces 
recherches n'ont pas été de nature à trancher la question. 

Les faits sont indiscutables : il est vrai que, comme le soutien- 
nent Gladstone, Geiger et Magnus, dans les livres d'Homère, les 
expressions relatives aux couleurs sont imparfaites, que dans les 



— 173 — 

Védas, clans le Zend-Avesta, dans l'Edda (1) et dans la Bible, les 
termes servant à désigner le bleu et le violet font défaut, et que 
les autres couleurs sont nommées imparfaitement; mais, il faut 
tenir compte d'une circonstance particulière, à savoir que c'est 
dans la poésie lyrique que l'occasion se présente à chaque instant 
de désigner nettement et d'une façon précise les couleurs, qu'il 
s'agisse de fleurs qui émaillent une prairie, d'un lever ou d'un 
coucher de soleil, etc.; mais dans tous les documents littéraires sus- 
mentionnés, s'il y a de la poésie, c'est de la poésie épique, et, pour 
le plus grand nombre, les sujets traités dans ces livres sont des 
sujets religieux, politiques, sociaux, moraux et administratifs qui 
tous se prêtent mal à l'emploi des noms des couleurs. Mais nous 
qui vivons en Egypte, quel besoin avons-nous de chercher ailleurs 
des arguments pour réfuter ces idées ? N'avons-nous pas sous les 
yeux et les caisses des momies et les peintures du temps des 
Pharaons contemporaines de la Bible, sinon antérieures, qui, si 
elles laissent a désirer au point de vue de l'art du dessin, sont là au 
contraire pour attester par l'étalage de leurs couleurs vives et su- 
perbes, que même à cette époque les couleurs étaient toutes aperçues 
et appréciées à leur juste valeur ? 

Du reste, dans presque tous ces monuments littéraires, au moins 
dans la Bible et dans Homère, on parle fréquemment du pourpre. 
Or comme le pourpre est une combinaison du rouge et du violet, 
cela veut dire qu'à cette époque, la rétine était impressionnable aux 
ondes lumineuses du violet. 

D'ailleurs les recherches faites près des peuples sauvages ont une 
valeur relative. 

D'abord il est certain que chez ces gens-là, comme aussi dans les 
classes moins élevées de notre société, on n'observe pas la même 
délicatesse du sens des couleurs que dans la classe la plus intelli- 



<i) Edda. — On désigne par ce nom, qui veut dire arrière-grand'mère, deux livres qui 
contiennent la mythologie Scandinave. Le premier tut écrit en vers pendant le M siècle, le 
second, en prose, ne date que du XII" siècle. L'ancien Edda se coin sies mytholo- 

giques et héroïques: les premières roulent sur la cosmogénie, l'histoire d'Oddin. de ll.tr e| 
de Balder, les secondes sur les exploits des conquérants germains, tels que Valsaung, \ltle,etc. 
Les Eddas ont été retrouvés en Islande en ii;43. Les manuscrits sont conservés al Jp 
Copenhague. 



— 174 — 

gente, et, par exemple dans le sexe féminin, chez lequel la question 
du choix des couleurs pour les toilettes est une question de haute 
importance : mais qu'est-ce que cela prouve ? 

C'est une question de défaut dans l'éducation de ce sens, ce n'est 
pas un défaut d'impressionnabilité et ce défaut se produit pour tous 
les sens en général, toucher, ouïe, etc. Ce qu'on peut dire c'est que 
la perception nette des couleurs doit avoir marché parallèlement 
au développement du langage, car il fallait pouvoir la désigner. 
Seulement, ce développement étant relativement très lent, on 
exprimait imparfaitement les phénomènes de la sensibilité visuelle, 
et cette imperfection continua jusqu'au complet développement des 
langues. 

C'est pour cela que dans les anciens monuments littéraires on 
trouve la trace de l'incertitude et du peu d'accord entre les impres- 
sions subjectives et leur manifestation écrite ou parlée. 

Ces phénomènes, nous les voyons encore dans les œuvres des 
langues barbares des peuples modernes, où l'on observe la même 
incertitude d'expression pour les couleurs et dans l'origine des 
paroles qui doivent les désigner précisément comme chez les peuples 
de la famille indo-européenne. 

Ainsi les couleurs ont une vie et une histoire aussi bien dans le 
mon'ie organique que dans celui de la pensée, et une action qui se 
révèle de mille façons différentes, depuis l'absorption de l'acide 
carbonique par la chlorophylle (1) des plantes jusqu'à l'expression 
lyrique dans la poésie. 

Nous allons voir maintenant quelles sont dat/s la vie pratique les 
conséquences de ces défauts du sens visuel. 



(1; Toutes les parties vertes des plantes exposées à la lumière solaire absorbent de l'acide 
carbonique et exhalent une quantité égale d'oxygène. La lumière est indispensable à cet acte. 
La chlorophylle est impressionnée par les rayons rouges et rouge-violet, et réfléchit le jaune et 
le bleu qui lui sont inutiles, c'est-à-dire les rayons verts: aussi sous l'influence de la lumière 
verte, l'acide carbonique n'est nullement décomposé ; une nouvelle quantité de gaz semble au 
contraire être produite par les feuilles. C'est en raison de cette propriété de la lumière verte 
que se produit au bout de peu de temps l'étiolement des plantes sur lesquelles elle agit, que la 
végétation est languissante et chétive sous les grands arbres quoique l'ombre qu'ils portent 
soit souvent peu intense. Ce sont inversement les rayons rouges, rosés et violacés qui activent 
l'absorption et la décomposition de l'acide carbonique et favorisent la végétation de toutes les 
parties vertes. 



— 175 — 

Pour le daltonien, non seulement la nature ne se couvre pas au 
printemps de sa superbe parure, pou* lui c'est en vain que les 
fleurs les plus belles étalent leurs pétales multicolores, que l'aurore 
empourpre les crêtes des collines, que le soleil couchant embrase de 
ses feux l'horizon, non seulement tout est triste et monotone autour 
de lui, mais il y a d'autres raisons beaucoup plus graves et sérieuses 
qui concourent à lui rendre la vie difficile. 

En toute rigueur, les viciés devraient renoncer à être peintres, 
teinturiers, chimistes, tisserands, tailleurs, botanistes, géologues, 
etc. Parmi les professions dans lesquelles le vicié risque d'être cause 
non seulement d'embarras pour lui et pour les autres^mais même de 
véritables catastrophes, nous devons mentionner celles de marin et 
d'employé des chemins de fer, parce que les viciés, qui ont une 
disposition particulière à confondre justement les couleurs qui sont 
employées comme signaux en mer et sur les lignes ferrées peuvent 
par là causer et causent trop fréquemment la mort. 

Et ici il ne faut pas oublier une clisse, c'est que la cécité des 
couleurs n'est pas une maladie dans le sens qu'elle provoque une 
souffrance obligeant la personne qui en est atteinte à avoir recours 
au médecin. La cécité des ouleurs est un sens des couleurs aussi 
bien que le normal, bien que d'une nature différente et plus simple. 

Le vicié ou l'aveugle pour les couleurs voit les mêmes couleurs 
ou les .mêmes sortes de lumières que le voyant normal, mais en voit 
une partie d'une façon différente, et c'est par la comparaison qu'il 
procède pour les désigner. C'est habituellement par l'intensité de la 
lumière qu'il reconnaît la couleur : or comme pour son œil la 
différence d'intensité lumineuse est la seule qu'il y ait entre 
différentes couleurs, il s'en sert comme de la seule ressource, et 
souvent il peut, à force d'énergie, fortifier son sens au point de 
distinguer l'intensité de lumière à un tel degré qu'il peut suppléer 
dans une certaine mesure à son sens chromatique défectueux. 

Ce ne sont pourtant pas tous les viciés qui peuvent arriver à ce 
point de correction de leur sens chromatique et vous pouvez juger, 
Messieurs, combien de méprises au milieu des éventualités de la 
vie peuvent se produire dans ces conditions., combien de carrières 
brisées, combien de malheurs même peuvent résulter du fait d'un 
sens chromatique imparfait. 



— 176 — 

Avant d'en finir il nous faut encore répondre à trois questions. 

Ces défauts du sens visuel sont-ils congénitaux ou acquis ? Sont- 
ils guérissables ? Quelle est leur fréquence relative ? 

Des nombreuses expériences qui ont été faites par ceux qui plus 
particulièrement se sont occupés des questions concernant les 
couleurs, il résulte qu'en grande majorité ces défauts du sens visuel 
sont d'origine congénitale, mais que cela n'empêche pas qu'ils 
puissent même être acquis, et, parmi les causes qu'on considère 
comme capables de les déterminer, entrent en première ligne les 
oups violents et les blessures de la tète, les grandes commotions, 
l'intoxication alcoolique et nicotinique, toutes les maladies enfin qui 
peuvent ébranler le système nerveux. 

En effet leur action est facile à comprendre. Si l'on veut consi- 
dérer ces vices de la vision comme le résultat d'un défaut dans le 
système nerveux, que ce défaut soit dans les appareils d'impres- 
sionnabilité, de conductibilité ou de perception, peu importe ; on 
s'expliquera facilement qu'à la suite d'une des causes plus haut 
énumérées, il puisse se produire ou une atrophie ou une désorga- 
nisation dans la structure intime de ces éléments et qu'elles abou- 
tissent aux mêmes résultats. 

La question de la possibilité de la guérison du daltonisme a été 
discutée aussi vivement que toutes celles qui ont rapport à cet état 
particulier de la vision. 

Mais nous devons ici faire une distinction : il faut d'abord 
examiner les cas de cécité complète puis ceux de cécité incomplète. 

Commençons par la première catégorie. 

L'argument tiré de la plus grande fréquence de la cécité des 
couleurs chez l'homme que chez la femme qui est plus exercée 
est très discutable. Il s'agirait d'abord de savoir si les modes d'explo- 
ration qu'on a employés sont tout à fait irréprochables et si les 
sujets examinés, tout en étant cependant viciés, n'étaient plutôt 
des sujets exercés que possesseurs d'un sens chromatique normal. 

On -trouve en effet assez fréquemment, nous l'avons dit, des indi- 
vidus qui arrivent à ne pas se tromper sur la dénomination de 
certaines couleurs et chez lesquels on reconnaît pourtant au moyen 
d'examens spéciaux tous les caractères de l'achromatopsie. 

M. le D r Favre (de Lyon), un des défenseurs les plus autorisés de 



— 177 — 

la guérison de la cécité des couleurs, dit avoir, dans un grand 
nombre de cas, obtenu là guérison. 

Mais comme le dit le Prof. Holmgren, la méthode employée par 
le D r Favre (cartons colorés) n'est pas tout à fait irréprochable et il 
est extrêmement probable que l'ignorance ou le manque d'exercice 
ont été confondus souvent avec la cécité pour les couleurs. 

Gela est d'autant plus probable que l'examen a porté le plus 
ordinairement sur des enfants. 

Dans ces conditions il est possible toutefois que la guérison ait été 
obtenue dans quelques cas. 

Il y a encore un autre argument, et celui-ci de la plus haute 
importance, c'est que les médecins daltoniens et les daltoniens les 
plus célèbres et les plus intelligents, Dalton, Harris, Wilson, 
Milne, etc., n'ont jamais pu acquérir un sens chromatique normal 
en dépit des exercices répétés auxquels ils se sont livrés et qu'ils 
sont restés toujours incurables. Ajoutons encore que tous ceux qui 
se sont occupés de la question, sauf Delbœuf, Favre et Féris ont 
considéré comme incurable la cécité des couleurs. 

D'après ces considérations, on peut conclure que les efforts tentés 
jusqu'ici dans le but de guérir la cécité des couleurs ont été sans 
résultats satisfaisants. 

Pour ce qui regarde la cécité incomplète sous la dépendance 
passible d'une diminution de sensibilité des éléments nerveux de 
l'appareil visuel, il est possible que l'exercice ou un traitement 
méthodique puissent quelquefois amener une amélioration sinon 
une guérison c empiète. Il serait téméraire de le nier a priori. 

Tout au moins l'exercice pourrait-il permettre au vicié de se 
renseigner suffisamment sur certains caractères des objets colorés, 
et, s'il ne pouvait pas arriver à voir la couleur comme le voyant 
normal, il finirait par la distinguer d'une façon assez satisfaisante. 

Pendant longtemps on ne s'était pas fait une idée de la fréquence 
du défaut dans le sens des couleurs. Ce n'a été qu'à la suite des 
recherches faites sur les marins et les employés des chemins de fer 
dans tous les pays civilisés de l'Europe et de l'Amérique qu'on est 
arrivé à découvrir rénorme proportion des viciés pour le sens des 
couleurs. 

D'après le D r Favre, il y aurait 3,000,000 de défectueux dans toute 
la France. 

Institut Egyptien. 12 



— 178 — 

Stilling et Wilson donnent la proportion de 5 0/0 pour l'Europe 
occidentale, Holmgren aurait trouvé un moyenne de 3,50 0/0; 
enfinsi nous résumons toutes les statistiques connues jusqu'à présent, 
nous trouvons qu'elles varient de 2,80 0/0 à 8,80 0/0, c'est-à-dire 
donnent une moyenne de 6 0/0. 

Ces données sont suffisamment démonstratives, et nous ajoutons, 
pour terminer, qu'il est heureux que la science ait à s a portée des 
moyens sûrs et efficaces pour découvrir et déterminer ces défec- 
tuosités. 

C'est heureux pour l'humanité surtout en ce qui concerne les 
rapports de la vie pratique et sociale. 

Sans parler davantage des malheurs irréparables qui peuvent 
résulter d'une cécité complète ou incomplète des couleurs pour un 
marin ou un mécanicien par exemple, qui tiennent entre leurs 
mains des existences humaines, on peut dire à un point de vue plus 
restreint, mais dont l'importance ne saurait échapper, que si les 
viciés ne sont pas guéris par les traitements les mieux entendus, ils 
ont au moins l'avantage, connaissant leur défaut, de ne pas 
entreprendre des carrières où la perception normale des couleurs 
est absolument nécessaire et n'auront pas le déboire et la désillusion 
de se les voir fermées au moment où ils seraient en droit de fonder 
sur elles leurs espérances d'avenir. 

D r SANTARNECCHL 



Annexe N° 3 à la séance du 3 avril 1891. 



NOTE COMPLEMENTAIRE 

A LA 

COMMUNICATION SUR L'USAGE DES SIMILIA 

PAR 
LE D r ABBATE PACHA 



Il résulte clairement de la précédente partie de ma communi- 
cation (1), que nos ancêtres, ainsi que les peuples primitifs et les 
sauvages de l'Ancien et du Nouveau Monde, soit par instinct, soit 
par imitation, soit par expérience inconsciente et non raisonnée, ont 
toujours adopté, en médecine pratique, les choses similaires, 
d'après leur apparence physique. 

L'usage des similia était encore étendu pour la localisation 
extérieure, apparente à l'œil, dans certaines maladies, comme la 
lrage. En dehors des signes et des symptômes de la maladie rabique 
es anciens donnaient beaucoup de valeur à la congestion du foie, 
localisée spécialement au grand lobe, et naturellement ils devaient 
y observer "cette congestion, qui souvent y apparaît comme phéno- 
mène concomitant à tout état de spasme du système nerveux. 

Le fond de ces observations des anciens nous est rendu facile par 
l'expression spéciale adoptée par les thalmudistes, dans les paroles 
oto mekassar kabet, qui désignent, avec ce qui précède, une 
partie du foie, le point congestionné, la grande partie convexe 
appelée par les anciens le lobe carré (2). 

(1) Voir Bulletin de l'Institut Egyptien. Année 1890, p. 208- 

(2) Le prof. Merx, le savant orientaliste de Heidelberg, donne des détails intéressants sur 
l'interprétation qu'on doit faire du texte hébreu précité, en l'expliquant, non pas comme foie, 
mais bien comme pars jecoris, selon les commentateurs et les savants chaldéens et syriaques. 
M. Merx, Cliresiomatia largumica, p. 203). 



— 180 — 

De nos temps, l'axiome similia similibus curant ur eut un 
retentissement fanatique partout, d'autant plus* que l'apôtre de 
la doctrine n'était pas seulement un illuminé, mais un savant connu 
par ses publications antérieures, le D r Hahnemann. Il n'est pas 
nécessaire d'entrer ici dans les détails de la prétendue doctrine 
homéopatique ; la raison, l'expérience, les observations rigoureuses 
et sans parti pris ont mis de côté ce système, qui commençait 
même à être dangereux et dérisoire à cause de ses faciles appli- 
cations exploitées par les adeptes de toute espèce. 

Cependant, et s>us un autre point de vue, nos contemporains 
viennent d'appliquer au traitement de plusieurs maladies l'usage 
des similia, dont le fond même des idées hahnémaniennes n'a 
rien à faire, tout en conservant dans les apparences une dénomi- 
nation spéciale. 

Longtemps après la grande découverte de Jenner, l'inoculation 
de la pustule variolique, de nos jours Auzias-Turenne, en 
France, et Sperino, en Italie, ont introduit la syphilisation, c'est-à- 
dire la vaccination de la syphilis pour guérir radicalement cette 
hideuse et terrible affection. 

L'usage du mercure était déjà en vogue depuis très longtemps. 
On sait que ce métalloïde, qui est le grand et le plus sûr antidote 
de la syphilis, produit lui-même chez ceux qui n'en sont pas 
affectés, les symptômes et les caractères, en apparence identiques, 
de cette maladie. 

Trompé par ces apparentes similitudes, dans l'action et les effets 
du mercure, Hahnemann avait proclamé, ainsi qu'il l'avait appliqué 
formellement pour le quinquina, l'iode et le soufre, sa nouvelle loi 
des similia. 

La science moderne, positive et logique, a jeté au loin tout un 
bagage de doctrines qui n'étaient pas soutenues par de sérieuses 
observati >ns physiologiques et anatomopathologiques. Maintenant, 
pour les maladies parasitaires spécialement, on cherche avec toute 
la rigueur scientifique à former pour l'homme des préservatifs 
analogues au vaccin. Ainsi que je viens de le dire, c'est Auzias- 
Turenne qui a ouvert le chemin pour l'atténuation du parasite de 
la syphilis. Mais c'est à Pasteur et à ses élèves que l'atténuation des 
microbes a été lumineusement démontrée, particulièrement ceux 



- 181 — 

du rouget de porc et de la rage, en faisant passer ces parasites par 
différentes espèces animales pour les transformer en parasites qui 
ne tuent plus mais qui préservent Koch vient d'expérimenter la 
même méthode pour la tuberculose, avec sa lymphe composée de 
microbes atténués. Pourtant les faits, tant pour la rage que pour 
la phthisie, ne correspondent pas encore, dans le champ de la 
pratique, à toute l'assurance que donnerait l'expérience scientifique 
du laboratoire. 

Aussi j'aime à croire que ces théories et la ferveur des inoculations 
qui est en vogue, ont excité l'imagination d'un savant tel que 
Brown-Séquard pour lui faire annoncer la découverte du fameux 
liquide organique, propre, non seulement à guérir certaines 
maladies, mais à restituer la vigueur et presque la jeunesse aux 
vieillards affaiblis. 

Il faut espérer néanmoins que cette nouvelle direction scienti- 
fique ne sortira pas de certaines limites, et que, par un fétichisme 
aux verba magistri, la thérapeutique rationnelle, suivie avec 
succès dans la clinique, ne sera pas absolument jetée de coté. 

Lady Montaigue disait en parlant du temps de Newton, que le 
fanatisme en alchimie avait succédé au fanatisme en religion. On 
peut avoir toute confiance qu'après l'orgasme du moment, les 
savants de notre époque, tout en imitant les Newton, Bayle et 
Leibnitz, qui étaient aussi des alchimistes, sauront éliminer ce qui 
ne correspondra pas exactement, dans la clinique, au creuset de 
l'expérimentation de cabinet. 

Pour revenir à notre point de départ, chez les anciens, l'usage 
des similia n'était suivi qu'aveuglément, et n'a rien à faire avec la 
similitude apparente observée de nos jours, de certaines substances 
employées pour la guérison des maladies. Nous nous éloignons 
infiniment de l'empirisme erroné des anciens. Ce n'e<t que par des 
observations superficielles que le public est souvent induit dans 
les erreurs d'appréciation, et c'est ce qui l'a c nduit à comparer 
certaines pratiques des anciens, par exemple l'usage des similia, 
en le confondant, dans le même sens, avec l'emploi, raisonné de 
nos temps, de substances ou virus similaires. 

Néanmoins l'observation des anciens sur la rage qui a fait naître 
l'idée des similia, parce que l'on avait constaté et contrôlé l'im- 



— 182 — 

munité produite par l'application sur la plaie de la morsure, ou par 
l'ingestion du foie rabique sur l'individu malade : cette observation 
quoique empirique ne doit point être rejetée dans l'oubli. 

Il est permis, à ce propos, de dire d'après l'induction d'un raison- 
nement scientifique, et tout en localisant le microbe ljssique dans 
la moelle épinière, que par la voie circulatoire une partie pourrait 
être entraînée dans le parenchyme du foie et y stationner, pour 
former alors de cet organe un réceptacle de microbes, aptes, ainsi 
que dans les morceaux de moelle, à rendre par atténuations succes- 
sives l'immunité aux mordus par des chiens enragés. 

Je onfie ces réflexions aux expérimentations ultérieures. (1) 



(1) Je dois à l'obligeance de MM. S. Casimir et L. Griinberg le texte hébreu de ma précé- 
dente communication. 






— 183 — 



LISTE 



OUVRAGES REÇUS PAR L'INSTITUT ÉGYPTIEN 

PENDANT LE MOIS DE MARS 1891. 



EGYPTE 



Journal Officiel, Tèlêgraphos, Moniteur Ou Cire, Plan de Mehalla-el- 
Kobra (Ministère des Travaux publies , Catalogue des livres arabes de 
la Bibliothèque de Darb-el-Gamamù (6s volume, Bibliothèque khedi- 
viale). 

AUTRICHE 

Académie impériale des sciences de Vienne. Sitzungs-berichte. — 
Classe de mathématique et histoire naturelle: 1" section, 98 e vol., 
livr. 4 h 10 ; 99e vol., livr. 1 à 3 ; 2 e section, 1« partie, 98e vol., liv. 4 à 10 ; 
99 e vol., livr. 1 à 3 ; 2* partie, 98* vol., livr. 4 à 10; 99e vol., livr. 1 à 3 ; 
3e partie, 98e vol., liv. 5 à 10; 93 e vol., livr. 1 à 3. — Classe de philoso- 
phie et d'histoire: volumes 119, 120 121. — Denkschriften. Classe de 
mathématiques et d'histoire naturelle : vol. 56. — Classe de philosophie 
et d'histoire : vol. 37. 

ESPAGNE 

Académie royale d'histoire df Madrid. — Bulletin, janvier-février 1891. 

FRANGE 

Ant. D'abbadii:. — Obsercations relut ire? à lu physique du globe (offert 
par l'auteur). 

Annales industrielles. — I re sem. I S "* I . n° s 8 à II. 

Bibliographie de la France 1801. — N°s 9 à 12. 

Faculté des lettres de Poitiers. — Bulletin, février 1891. 

Feuille des jeunes naturalistes. — N° 215. 

Pharmacie centrale de Franee. — N JS 4 et 5, 189!. 

Société d'encouragement pour l'industrie nationale. — Annuaire 
de 1891. — Bulletin, février 1891. — C/nptes rendus, 13 et 27 février, 
6 mars 1891- 

Société de géographie de paris. — Coomptes rendus, 1891," n°s 3, 4 et 6. 

Société des ingénieurs civils. — Annuaire de 1S91 . — Mémoires, jan- 
vier 1891. — Comptes rendus, ?0 février 1891. 



— 184 — 



ITALIE 

Académie des lincei. — Comptes rendus, vol. 7, fasc. 1 à 5. — Actes 
Classe des sciences morales, historiques et philologiques, série 4, vol. 2, 
1886, Ire partie; vol. 3, 1887, 1" partie; vol. 3, 1887, 2 e partie, décembre; 
vol. 4, 1SS8, l'e partie; vol. 4, 1888, 2* partie; vol. 5, 1888, fasc. 1». 

MEXIQUE 

Statistique générale de la République Mexicaine (offert par le directeur de 

l'Observatoire de Mexico). 
Enquêtes et documents commerciaux, novembre et décembre 1890. 
Bulletin mensuel, résumé de 1889. 
Tables psycrométriques calculées à l'altitude de Mexico. 

SUISSE 

Le Globe, revue suisse de Géographie, vol. o0, n° 1, novembre 1890 et jan- 
vier 1891. 



- 185 — 



SEANCE DU 1 er MAI 1891 



Présidence de S. E. Yacoub Artin pacha, président 



La séance est ouverte à 3 heures et demie. 
Sont présents : 

LL.EE. Yacoub pacha Artin. 'président. 

D r Abbate pacha 

mee-presidents 



GÉNÉRAL LARMÉE PACHA 

MM. Gavillot. secrétaire cjéné rat. 
Barois , trésorier-bibliothécaire. 
Piot, secrétaire-adjoint, 
AV. Abbate, 
Amici bey, 
bonola bey, 
d 1 ' fouquet, 
Grand bey, 
W Innés ^ Membres résidants. 

1S3IAIL PACHA EL F\LAKI, 
Ni COUR, 

Pkltier bey, 
Sickenderger, 



— 186 — 

MM. Cope-Whitehouse et Wilson, correspondant du Times 
assistent à la séance. 

Leclure du procès-verbal de la dernière séance est 
donnée par M. Gavillot, secrétaire général. 

Le procès-verbal est adopté. 

M. Gavillot donne, en outre, lecture d'une lettre adressée 
par M. le président de YAthenœum pour remercier de l'envoi 
d'une collection de bulletins et d'un exemplaire des 
statuts, et de deux lettres de remerciements répondant à 
l'envoi de leurs diplômes de membres correspondants, 
l'une par M. E. Schiapparelli, directeur du Musée archéo- 
logique de Florence, et l'autre par M. R. de Beauregard, 
d'Aix-en-Provence. 

M. le président communique à l'Institut une circulaire 
de la Société royale du Canada, annonçant sa réunion annuelle 
au 27 mai 1891 et faisant connaître que des arrangements 
ont été pris avec les compagnies de navigation desservant 
le Canada, pour offrir des passages à prix réduits aux 
visiteurs venant d'Europe. 

Cette circulaire est parvenue à l'Institut par l'obli- 
geant intermédiaire de M. L. A. Huget-Latour, membre 
résidant. 

Des propositions d'échange du bulletin de l'Institut ont 
été faites par l' Association artistico-archéologique de Barcelone, 
par YAccademie des psiocritiei de Sienne et par la Gazette médicale 
de l'Algérie, qui ont envoyé, chacune, un numéro de leurs 
publications. Ces propositions sont acceptées. 

La liste des ouvrages périodiques reçus pendant le 
mois d'avril 1891, est ensuite communiquée. Cette liste 



— 187 — 

sera publiée in extenso à la fin du premier procès- 
verbal . 

M. Nicour fait hommage à l'Institut d'un exemplaire 
de son rapport sur ses études du projet de chemin de fer 
de Kéneh à Kosseir, accompagné de nombreuses photo- 
graphies prises pendant le cours de ces études. 

S. E. Yacoub pacha Artin fait à M. Nicour des remercie- 
ments pour ce don. 

La parole est ensuite donnée à M. Gope-Whitehouse 
pour sa communication sur trois cartes de l'Egypte de 
1500 av. J.-C. 150 et 1890 de l'ère chrétienne. 

M. le Président remercie M . Gope-Whitehouse pour son 
intéressante communicalion . 

M. Bonola bey fait observer à M. Gope-Whitehouse que 
si le puits qui figure sur le papyrus de Turin est le grand 
puits de Séti I, la carte ne pouvait pas représenter la vallée 
de Hammamat, mais bien celle deRédesieh. 

M. Cope-Whitehouse répond que les savants sont d'ac- 
cord pour considérer les papyrus de Turin comme la plus 
ancienne carte géographique existante, mais qu'ils sont 
hésitants sur l'endroit du désert oriental qu'elle repré- 
sente. Il s'agit toutefois d'un gisement d'or, mais on 
ignore lequel. 

M. Bonola a la parole pour la communication suivante : 
Quelques mots snr une mission dans le Sahara algérien. j'Toir 
annexe à la fin du procès-verbal). 



— 188 — 

M. Barois présente d'abord les deux premiers volumes, 
un de texte et l'autre de planches, des rapports des mem- 
bres de cette commission, publiés par le Ministère des 
Travaux publics de France, et en explique l'économie, les 
détails et l'ordre des travaux de cette commission, dont 
M. Barois était membre, et qui avait pour but de faire 
les études préliminaires d'un projet de chemin de fer de 
Biskra à El Golea par Tougourt et Ouargla. 

A la fin de sa communication, M. Barois déclare faire 
hommage à l'Institut des deux volumes énoncés ci-dessus, 
plus d'une carte du Sahara en k feuilles, réunissant tous les 
renseignements recueillis par la mission et les voyageurs. 

La lecture de M. Barois, écoutée avec une grande atten- 
tion, est l'objet des applaudissements unanimes de l'as- 
sistance. 

M. Bonolà demande à l'orateur s'il a connaissance de la 
théorie émise par M. Gourbis sur l'origine des dunes du 
Sahara algérien et quel est son avis à cet égard. 

M. Gourbis, capitaine du génie dans l'armée française, 
attaché à la section des levés de précision en Algérie, 
considérant que les dunes se forment constamment dans 
les dépressions et pas sur les plateaux, que les masses de 
sable qui les composent sont humectées, que leur direction 
est à lignes obliques successives et qu'à leur pied on 
trouve toujours des nappes d'eau souterraines, a émis, 
dans une communication à la Société de Géographie de 
Paris, l'opinion que c'est l'eau qui fixe les dunes et que 
c'est dans l'humidité du sol et non dans ses reliefs qu'il 
faut chercher la raison déterminante de l'accumulation 
des sables en certains endroits déterminés. 



— 189 — 

M. B a roi s répond qu'il n'a pas connaissance de cette 
théorie, mais qu'il ne peut pas l'admettre, car les éludes 
prolongées faites à ce'sujet par la [Commission dont il 
faisait partie, ont établi l'origine tout-à-fait éolienne des 
dunes, ainsi d'ailleurs que le démontre 1res explicitement 
la relation contenue dans les volumes qu'il vient d'offrir 
à l'Institut. 

M. le président se fait l'interprète de tous en adressant 
à M. Barois les remerciements et les félicitations de 
l'Institut. 

L'ordre du jour étant épuisé. M. le président fait part à 
l'assemblée de la décision prise par le bureau de l'Institut 
de ne pas tenir, cette année, la séance du mois de juin, afin 
de donner plus de temps pour les réparations projetées au 
bâtiment que le gouvernement de S.A. le Khédive met 
gracieusement à la disposition de l'Institut Egyptien. 

S. E. Yacoub pacha Artin annonce ensuite le résultat 
favorable des démarches qu'il a faites de concert avec 
M. Barois, afin d'obtenir la gratuité absolue pour l'im- 
pression des procès-verbaux et des Bulletins de l'Ins- 
titut à l'Imprimerie nationale. Grâce à l'obligeance de 
M. Palmer et à la sollicitude du gouvernement de Son 
Altesse pour les Sociétés qui s'occupent exclusivement de 
travaux scientifiques, les démarches ont été couronnées 
de succès. 

L'Institut tout entier s'unit à son président et à 
M. Barois pour voter de chaleureux remerciements à Son 
Altesse le Khédive et à son gouvernement. L'économie 
importante qui résultera de cette disposition gracieuse, 



— 190 — 

va permettre de s'occuper de la conservation de la biblio- 
thèque, qui avait été jusqu'à ce jour trop négligée, faute 
de ressources. 

En comité secret, M. Guigon bey est élu membre hono- 
raire à l'unanimité des votants. 

Les élections pour la nomination de deux membres 
résidants sont renvoyées à la séance d'octobre, l'Institut 
n'étant pas en nombre pour y procéder sans renvoi. 

La séance est levée à 5 heures 1/2. 



ITINERAIRE DE LA MISSION DIRIGEE PAR M." CHOISY 

AU SUD DE V ALGÉRIE 

1879 -1380 

Echelle de 5000000 




Annexe N° 1 à la séance du 1 er mai 1891 



NOTE 



MISSION DANS LE SAHARA ALGÉRIEN 



Pendant l'hiver de 1879-1880, je fis partie d'une mission envoyée 
dans le Sahara algérien par le Ministère des Travaux publics de 
France. 

Cette mission, dirigée par M. Ghoisy, ingénieur en chef des Ponts 
et Chaussées, était composée d'un ingénieur des Mines, M. Rolland, 
d'un médecin, le docteur Weisgerber, d'un officier de l'armée, le 
lieutenant Massontier, de moi-même et de trois adjoints (1). Elle 
avait pour objectif d'étudier, au point de vue du tracé d'un chemin 
de fer devant servir d'amorce à une ligne transsaharienne, deux 
portions du désert : l'une, s'étendant au sud de Laghouat jusqu'à 
El Goléa (soit de la latitude 33° 48' à la latitude de 30° 35'), l'autre 
comprise entre Biskra et Ouargla (soit entre les latitudes 34° 51' te 
31° 57'). 

Le trajet à parcourir était d'environ 1,200 kilom., en y compre- 
nant le chemin à faire pour passer de l'un des tracés à l'autre, d'El 
Goléa à Ouargla. (2). 

Le Ministère des Travaux publics vient de publier les documents 
relatifs à cette mission en un ouvrage qui constitue une sorte de 
monographie des territoires traversés et qui comprend des rapports 
spéciaux (3) sur la détermination géodésique et astronomique et sur 
les caractères topographiques de la route suivie, sur le régime des 

(1) MM. Pech et Descamps, chefs de section, et Jordan garde-mines. 

(2) Voir la carte générale ci-jointe. 

(3) La plupart de ces rapports ont été rédigés depuis près de îo ans, diverses circonstances 
en avaient retardé l'impression. 



— 192 — 

eaux souterraines et superficielles, la géologie, la météorologie et 
le climat, la faune et la flore et enfin l'anthropologie de cette région. 
L'étude géologique, due à M. Rolland, a même été étendue par de 
longues et savantes recherches au-delà des parties que nous avons 
visitées: elle embrasse tout le Sahara, de la mer Rouge à l'océan 
Atlantique, et offre le plus haut intérêt par le développement et la 
variété des questions qui y sont traitées. 

Je voudrais seulement présenter quelques rapides considérations 
sur les travaux géodésiques, astronomiques et topographiques dont 
je me suis spécialement occupé dans le cours de cette campagne. 

A vrai dire, au moment où la mission s'est organisée et où je 
choisissais nos instruments, je n'étais guère fixé sur les procédés 
que je pourrais employer et sur la nature des opérations qu'il serait 
possible d'exécuter. 

Nous savions, d'une façon générale, que le pays à reconnaître 
n'était pas très accidenté. Mais, d'autre part, l'éloignement des puits 
et la nécessité d'emporter au moins quatre mois d'approvisionne- 
ments pour nous et n >s chevaux nous forçaient à nous adjoindre 
une caravane de chameaux assez considérable ; or, il était à 
prévoir que tous ces impedimenta, sans parler des Arabes qui 
devaient nous accompagner à titre de guides et d'escorte, nous enlè- 
veraient la mobilité nécessaire pour appliquer, sur une route dont 
certaines sections n'avaient pas été explorées auparavant, un plan 
d'opérations parfaitement suivi et arrêté àTavance. 

D'ailleurs, à cette époque, des bandes d'Arabes pillards et insoumis 
se livraient souvent à des incursions entre Laghouat, El Goléa et 
Ouargla ; l'insécurité pouvait donc, par moments, nous obliger à 
hâter notre marche, quitte à donner moins de précision à nos rele- 
vés. Nous tenions cependant à rapporter des documents plus com- 
plets qu'un simple lever d'itinéraire,quelque chose qui pût au moins, 
suivant le programme qui nous était tracé, servir à fixer dans ses 
lignes générales un avant-projet de chemin de fer. 

Pour ces raisons il fut décidé en principe que les pointa principaux 
de notre route seraient déterminés par des observations astrono- 
miques et par des nivellements barométriques,et que les intervalles 
entre ces points seraient remplis au mieux., suivant les éventualités 
et les conditions locales, sans programme préconçu. Nous eûmes 



— 193 — 

soin, en conséquence, de nous munir d'un matériel technique 
assez complet pour nous permettre de plier nos procédés aux 
circonstances ,et nous prîmes, avant notre départ, les conseils d'un 
maître en la matière, M. le colonel du génie Goullier, dont les 
méthodes et les instruments, parfaitement appropriés à des opéra- 
tions rapides, nous ont été du plus grand secours pendant toute 
cette mission. 

En fait, pendant les quatre-vingt-onze jours qu'a duré notre 
trajet de Laghouat à Biskra, nous avons fait des observations 
astronomiques de latitude, de longitude et d'azimut, des chemi- 
nements géodésiques au théodolite et à la stadia, des triangulations, 
des levers à la planchette avec indication des reliefs du terrain, des 
itinéraires à la boussole et au podomètre ou à l'heure de marche, 
des levers à vue, des nivellements au baromètre et à l'hypsomètre. 

Je n'aborderai point l'examen de toutes ces opérations et je ne 
parlerai que des méthodes qui nous ont servi à tracer sur la carte 
les grandes lignes de notre itinéraire. Je présenterai d'ab)rd à ce 
sujet une observation d'ordre général. 

La coordination et la discussion de tous les documents que nous 
avjns rapportés nous ont montré que, dans un voyage rapide, pour 
augmenter le degré de probabilité des résultats, on ne saura't trop 
s'appliquer à combiner ses opérations de telle sorte qu'il y en ait 
au moins deux séries parallèles qui se contrôlent l'une par l'autre 
dans tous les points de l'itinéraire. Il est impossible de prévoir sur 
le terrain le sort qu'un examen ultérieur réservera aux données 
que l'on a recueillies ; c'est parfois celles auxquelles on attachait 
tout d'abord la moindre importance qui se trouvent ensuite le mieux 
utilisées. Aussi, quelle que soit la certitude qu'on soit tenté d'at- 
tribuer à l'une des méthodes adoptées, il importe de ne pas négliger 
pour cela tous autres éléments d'information, qu'on sera peut-être 
heureux de retrouver plus tard et de considérer alors comme des 
renseignements d'un grand poids, si approximatifs qu'ils aient 
paru au premier abord. Ainsi de simples levés d'itinéraires à la 
boussole et au pas nous ont permis soit de calculer avec plus de 
certitude certaines latitudes déterminées astronomiquement, soit 
d'éliminer certaines observations entachées d'erreur. Ce sera tou- 
jours, à mon avis, une excellente pratique que de relever ainsi 

Institut Egyptien. t 3 



— 194 — 

toute sa route d'une façon ininterrompue par des procédés d'exé- 
cution facile et rapide, même si l'on fait d'autre part des chemi- 
nements de précision ou des observations astronomiques. Nous 
avons, dans quelques cas, regretté de ne nous être pas conformés 
rigoureusement à cette règle. 

Nos observations astronomiques ont été faites tantôt avec un 
sextant, tantôt avec un petit théodolite. L'heure nous était donnée 
par deux chronomètres et un compteur de la marine que nous 
avons transportés avec nous. On sait avec quelles précautions ces 
derniers instruments demandent à être manœuvres et combien il 
est nécessaire de leur éviter toutes les secousses susceptibles de 
troubler leur allure. Nos trois chronomètres étaient suspendus par 
des courroies à deux bâtons que deux hommes, marchant l'un 
devant l'autre et se relayant toutes les heures, partaient sur leurs 
épaules à la façon d'un brancard ; c'est ainsi qu'ils ont pu par- 
courir sans encombre 1,200 kilomètres environ entre Laghouat et 
Biskra. 

Ayant relié Laghouat à Zebbacha par un cheminement géodé- 
sique, et, d'autre part, à l'autre extrémité de notre parcours, ayant 
rattaché Ouargla à Biskra par azimuts et latitudes, nous n'avons 
eu à utiliser nos chronomètres pour obtenir des longitudes qu'entre 
Zebbacha et Ouargla, dans la partie moyenne de notre route, soit 
pendant quarante et un jours, tandis que la durée totale de notre 
voyage a été de trois mois. Grâce à cette circonstance, nous avons 
reconnu d'abord qu'il eût été tout-à-fait inexact d'appliquer aux 
chronomètres, pendant leur transport, les marches observées au 
repos, car les petites secousses et les oscillations imprimées par les 
porteurs modifiaient notablement les conditions de leur mouvement, 
et nous avons, en outre, constaté que ces marches ont varié très 
sensiblement pendant les dernières périodes du parcours. Comme 
nous avions pu heureusement déterminer les coordonnées de Zeb- 
bacha et de Ouargla indépendamment des indications des chrono- 
mètres, nous avons calculé les marches moyennes de ces chrono- 
mètres dans les trois périodes de transport comprises entre Laghouat 
et Zebbacha, entre Zebbacha et Ouargla, entre Ouargla et Biskra ; 
nous avons ensuite considéré ces marches moyennes comme appli- 
cables à la date moyenne de chaque période et comme se modifiant 



— 195 — 

proportionnellement au temps entre ces dates moyennes; c'est avec 
les chiffres ainsi déduits que nous avons établi les longitudes d'El- 
Goléa et des autres points compris entre Zebbacha et Ouargla. 
Ainsi, dans un voyage par terre, pour utiliser avec quelque certitude 
les données des chronomètres, il faut vérifier de temps en temps leur 
marche de route ; on y arrive facilement, soit, si l'on s'arrête plu- 
sieurs jours dans un endroit, en relevant l'état des chronomètres à 
l'arrivée et au départ, après avoir fait chaque jour promener les 
instruments comme dans une étape ordinaire, soit en observant 
l'état des chronomètres dans deux points de l'itinéraire, après avoir 
relié ces deux points par des opérations, géodésiques ou autres, à 
peu près indépendantes des chronomètres, et avoir déterminé leur 
latitude. 

Je viens de dire que nous avions rattaché Biskra à Ouargla par 
une série d'azimuts et de latitudes ; en réalité, nos opérations se 
sont arrêtées à Ghegga, point déjà déterminé par rapport à Biskra par 
des travaux géodésiques antérieurs. Toute cette région est assez 
plate; il n'existe pas de points de repère élevés visibles à de grandes 
distances; ainsi même, dans certains endroits, faute d'accidents de 
terrains remarquables j'ai dû prendre des directions azimutales 
sur des feux allumés la nuit aussi loin que possible ; souvent encore, 
pour la même raison, dans ce parcours de trois cent quinze kilo 
mètres de longueur, j'ai été obligé d'intercaler des cheminements 
au théodolite et à la stadia pour relier, soit entre eux, soit avec les 
lieux relevés en latitudes, les points d'où avaient été observés des 
azimuts. Malgré ces difficultés, c'est là, à mon avis, un procédé 
commode et pratique, même dans un pays de cette nature, pourvu 
qu'on puisse compter sur un beau ciel et qu'on soit à peu près libre 
de régler chaque jour son étape d'après la marche du travail. 

Quant aux opérations exécutées dans la première partie de notre 
itinéraire pour relier Laghouat à Zebbacha, elles ont été absolu- 
ment géodésiques; un seul des cotés de ce cheminement de cent 
cinq kilomètres de longueur a été fixé en azimut. La méthode 
suivie, qui nous a donné des résultats très satisfaisants, repose sur 
l'emploi du théodolite à boussole et de la longue-vue stadimétrique 
du colonel G-oullier. Ce dernier instrument est une forte lunette qui 
porte dans son objectif une graduation micrométrique divisée en 



— 196 — 

soixante parties égales ; on vise avec la longue-vue deux objets 
écartés l'un de l'autre d'une longueur connue et placés sur une ligne 
perpendiculaire au rayon visuel de l'observateur ; on note le 
nombre des divisions micrométriques comprises entre l'image de ces 
deux objets, et on en conclut ensuite, au moyen d'un graphique 
gravé sur le tube en cuivre de la lunette, la distance de ces objets 
à l'observateur. 

Voici comment on procédait à l'exécution de ce cheminement : 

Considérons trois stations successives : A, B et G, le sens de la 
marche étant de A vers G. En A est planté un piquet en bois de 
3 mètres de hauteur, portant à son extrémité un drapeau rouge et 
au pied duquel se tient un homme avec une jumelle. En B se trouve 
le théodolite avec un opérateur accompagné de deux hommes, dont 
l'un est chargé de porter l'instrument d'une station à la suivante et 
dont l'autre a principalement pour mission d'aller, en cas de besoin, 
transmettre des ordres ou des renseignements aux stations voisines. 
En C se tient un second opérateur avec deux hommes ; il est muni 
d'un certain nombre de drapeaux, d'une chaîne d'arpenteur avec 
ses fiches et d'une lorgnette. Il est bon que les deux opérateurs 
aient chacun un cheval à leur disposition pour faciliter l'échange 
rapide des communications entre les divers groupes. 

Le groupe G fixe la directbn du cheminement; aussitôt qu'il est 
arrivé à la station choisie, il plante en terre un drapeau rouge, 
mesure perpendiculairement à la ligne suivie B G une base dont la 
longueur, à partir du point G, varie suivant l'écartement des sta- 
tions B et G, et plante à l'extrémité de cette base un drapeau bleu; 
ces deux drapeaux déterminent la longueur qui, visée du point B 
avec la lunette stadimétrique, doit donner la distance BG ; avec un 
peu d'habitude et d'après l'évaluation approximative faite en mar- 
chant de la distance entre les stations B et G, on arrive facilement à 
donner à ces drapeaux un écartement tel que leur image embrasse, 
dans la lunette stadimétrique, la graduation micrométrique à peu 
près tout entière. 

L'opérateur de la station B, dès qu'il est parvenu en ce point, 
abat le drapeau rouge qu'y a laissé le premier opérateur en se diri- 
geant vers la station G ; il installe son théodolite, vise les drapeaux 
A et G en ayant soin de noter en même temps, comme repère et 



— 197 — 

comme vérification, l'angle de la boussole du théodolite, puis il met 
en station la lunette stadimétrique et vise les deux drapeaux plantés 
par le groupe 0. Aussitôt qu'il a visé le point A, il fait signe à l'aide 
placé en ce point, qui vient à lui avec son drapeau; aussitôt qu'il a 
visé les deux drapeaux plantés en C, il replante en B le drapeau 
rouge qui détermine cette station et se dirige vers C ; en même 
temps, le groupe C enlève le drapeau bleu stadimétrique et se dirige 
vers une nouvelle station en laissant en place le drapeau rouge. 

Les plus loDgues visées allaient jusqu'à 3 kilomètres ; en général, 
elles étaient d'un peu plus d'un kilomètre. 

Nous avons relevé par ce procédé 105 kilomètres en neuf jours, 
dont un jour d'arrêt, soit à raison de . 1 3 kilomètres par jour de 
marche ; mais on peut facilement 'aller plus vite, car ces opérations 
ayant eu lieu au début même de la campagne n'ont pas été sans 
donner lieu à quelques tâtonnements et ont été retardées par des 
essais infructueux de nivellement à longue portée. 

Un itinéraire au théodolite et à la lunette stadimétrique se trace 
ainsi, sans s'écarter de la route à suivre, par des opérations très 
simples ne nécessitant aucun calcul et faciles à reporter immédiate- 
ment sur le papier. 

Tel est l'esprit des diverses méthodes que nous avions employées 
pour fixer les points principaux de notre trajet. 

B A ROIS 



— 198 — 
LISTE 

DES 

OUVRAGES REÇUS PAR L'INSTITUT ÉGYPTIEN 

PENDANT LE MOIS D' AVRIL 



EGYPTE 



Journal Officiel. — Tèlègraphos. — Moniteur du Caire. 
Société khédiviale de Géographie. — Bulletin, 3e série, n° 5. 
Sudan Almanac, 1891, offert par le Ministère de la Guerre. 

AUTRICHE 

Musée d'Histoire naturelle de Vienne. — A nnales, vol. 5, no 4; vol. 6 n° 1. 

Socictatum litterœ Yerzeichitt (1er in den publicationen der academien 
und rereine alleu landcr erscheinenden Eimselarbeiten ayfdèm Gcbiete 
der Natunoinenschaften , par le Dr Ernst Huth, 1889-90. 

Hélios. — Monatliche Mittheilàngen aus déni gesammt gebiete der 
Naturuinenscliaften, par le Dr Ernst Huth. 

ANGLETERRE 

Transaction of the Canadian Institute, n° 1, octobre 1890. 

Société royale de statistique de Londres. — Journal, mars 1891, 

ESPAGNE 

Académie royale d'Histoire de Madrid. — Bulletin, tome 18, livraison 3 

mars 1891. 

FRANCE 
Annales industrielles, 1891, 1er S em., nos 12, 13, 14, 15, 16. 
Bibliographie de la France, 1891, n°s 13, 14, 15, 16. 
Faculté des lettres de Poitiers. — Bulletin mensuel, mars 1891. 
Feuille des jeunes naturalistes, no 246, avril 1891. 

ici. id. Catalogue de la bibliothèque, fase. n° 11. 

Gazette médicale de l'Algérie, 30 janvier 1891. 
Pharmacie centrale de France, n°s 6, 7. 
Société d'encouragement pour l'industrie nationale. — Bulletin, mars 

et avril 1891. — Résumé, du 13 mars 1891. 



— 199 - 

Société de géographie de Paris. — Compte* rendus n 0a 7, 8. 
Société des ingénieurs civils. — Mémoires, février L891. 

ici. Résumés, 20 mars, 3 avril 189!. 

ITALIE 

Académie dei Lincœi. — Compte* rendu*, vol. 7, fasc. G. 

Bibliothèque Victor-Emmanuel. — Bulletins, mars 1890. 

Académie des fisiocritiques de Sienne. — Bulletin, série 4, vol. 3, fasc. 1. 

Société africaine d'Italie. — Bulletin, février 1891. 

Société de Géographie italienne — Bulletin, février 1891. 

MEXIQUE 

Enquêtes et documents commerciaux, janvier, février 1891. 
Revue des Sciences naturelles et sociales, 2 vol, n° 5. 
Société Carlos Ribeiro. 



- 200 — 



SEANCE DU 6 NOVEMBRE 



Présidence de S. E. Yacoub Artin pacha, président. 



La séance est ouverte à 3 heures et demie. 
Sont présents : 

MM. Abbate pacha (D r ), vice-président. 
Piot, secrétaire annuel, 
W. Abbate, \ 

D 1 Dacarogna bey, 
Avocat Figari, 
D r Fouquet, 

Grébaut, 

r^xj A1 ) Membres résidants. 

D r Hassan pacha Mahmoud, 

Héloui, 

W. Innés, 

Peltier bey, 

SlCKENBERGER, 

MM. le général Larmée pacha et Barois, retenus par leur 
état de santé, adressent des lettres d'excuses. 

M. Gayillot a informé le secrétaire par lettre qu'il ne 
sera de retour au Caire que plus tard et le prie de présen- 
ter ses excuses à l'Institut. 



— 201 — 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 
Le secrétaire donne ensuite lecture de la correspondance 
qui comprend : 

Une lettre de S.E. le Ministre des Travaux publics, 
accompagnant l'envoi du rapport du colonel Ross sur le 
Service des irrigations en 1890. 

Une lettre de M. Lettner, secrétaire et délégué général 
pour le 9 e congrès international des orientalistes, avec 
renseignements imprimés sur le congrès. 

Une lettre du directeur des Beaux-Arts de France 
annonçant l'envoi du ll me volume de YInventaire des ri- 
chesses d'art de la France (vol. 5 des Mémoires civils de Province), 
et divers accusés de réceptions de la part de différentes 
Sociétés pour le Bulletin de l'Institut, 3 me série, n° 1. 

La parole est donnée à M. le D r Abbate pacha pour une 
communication sur la prééminence des facultés mécani- 
ques dans la race égyptienne (Voir annexe n° 1). 

La discussion est ouverte. 

M. Peltier bey constate, après S. E. Yacoub Art in 
pacha, combien le sujet traité par l'honorable vice- 
président est intéressant ; mais il pense que la théorie de 
l'assimilation, telle que l'a exposée le conférencier, est su- 
jette à discussion. 

Amrou n'avait avec lui que quelques milliers de soldats 
pour conquérir plusieurs millions d'habitants. Ne doit-on 
pas plutôt admettre que c'est la masse conquise qui a assi- 
milé le petit nombre des conquérants et qui leur a com- 
muniqué ses habitudes de penser et d'agir ? 

La substitution de la langue arabe aux dialectes égyp- 
tiens ne lui paraît pas être un critérium suffisant en faveur 



— 202 — 

de l'assimilation de la race du pays par les Arabes. M. Pel- 
tier bey pense, au contraire, que la prééminence des facul- 
tés mécaniques sur les autres facultés chez l'Egyptien 
moderne et ses dispositions à imiter, ne feraient que confir- 
mer que ce sont surtout les dispositions psychologiques 
de la race ancienne qui dominent chez lui, puisque ces 
facultés mécaniques et ce penchant à l'imitation étaient 
justement ce qui caractérisait par-dessus tout les anciens 
Égyptiens. 

Sur le second point du mémoire de S. E. Abbate pacha, 
M. Peltier bey est entièrement d'accord avec l'auteur. Les 
dispositions intellectuelles du jeune Egyptien sont très 
remarqaables.il a la conception très vive et une mémoire 
surprenante. Si, plus tard, on constate que le jugement et 
le raisonnement font défaut, cela doit être attribué surtout 
aux mauvaises méthodes éducatives, ou plutôt à l'absence 
de méthode chez ses premiers éducateurs, que Dor bey 
qualifiait de « machines à faire le vide dans le cerveau des 
Egyptiens. » 

S. E. Yacoub pacha fait remarquer, à propos du mode 
d'enseignement actuel chez les Egyptiens, que la même 
méthode a été suivie pendant longtemps en Europe. Ainsi, 
jusqu'à la Renaissance, les étudiants en médecine et en 
droit canon devaient répéter mot à mot les leçons de leurs 
maîtres. Depuis l'invasion des Barbares, pendant tout le 
moyen âge, les savants ont été réduits, en quelque sorte, à 
cristalliser leur science : ils n'ont pas cherché à la faire 
progresser. Pour l'Egypte, ce n'est que depuis sa conquête 
au XVI e siècle qu'elle a dû son développement scientifique 
tout entier aux étrangers. Dans les Prolégomènes d'Ebn 
Khaldoun, on trouve tous les détails de ces faits. 



— 203 — 

Tandis qu'en Europe, les connaissances littéraires et 
scientifiques de l'antiquité étaient conservées par les moi- 
nes du moyen âge, eu Egypte ce furent les ulémas et les 
cheikhs qui prirent soin de l'éducation, pendant que ses 
gouvernants considéraient le pays comme une ferme qu'ils 
exploitaient à qui mieux mieux, sans s'intéresser en 
aucune façon à la culture intellectuelle. 

Les méthodes des savants de l'époque étaient sans doute 
peu rationnelles ; la mémoire jouait le principal rôle, et si, 
aujourd'hui encore, elle n'a pas perdu tous ses droits dans 
l'éducation de l'enfant égyptien, il y a certainement là une 
question d'atavisme bien intéressante à constater. Est-ce 
qu'aussi en Europe, au XII e siècle, le droit canonique 
n'avait pas été écrit en vers pour être plus facile à retenir? 

M. Peltier bey. — La religion des druides était aussi en- 
seignée en vers. 

S. E. Aktin pacha continue. — Depuis 50 ans, on a beau- 
coup fait en Egypte pour développer d'autres facultés que 
la mémoire ; mais qu'est-ce que 50 ans clans la vie d'un 
peuple? Voyez déjà les résultats sur les élèves de la 
mission égyptienne en France ! La plupart ont supporté 
la compétition avec leurs camarades de classe en Europe. 

D'autres observations sont ensuite échangées entre MM. 
Grébaut, D r Abbate pacha, Yacoub pacha, sur les origines 
de la race égyptienne, la race, la langue et la religion 
copte, leur conservation à côté de la race, de la langue et 
de la religion du conquérant, puis la parole est donnée à 
M. Piot pour la lecture de son mémoire sur : La nécessité 
de créer des Instituts vaccinogènes en Egypte, les avantages et 



— 204 — 

l'économie du projet (Voir annexe N° 2 à la fin du procès- 
verbal). 

A la suite de cette communication, un échange d'obser- 
vations a lieu entre MM. le D r Abbate pacha, D r Fouquet, 
M. Peltier bey, qui, tous, appuient les conclusions de 
l'orateur. 

L'Institut se forme en comité secret . 

Il est procédé à l'élection de deux membres résidants, 
dont l'élection n'a pu se faire dans la dernière séance, l'as- 
semblée n'étant pas en nombre . 

MM. le colonel Ghaillé-Long bey et Herz sont élus mem- 
bres résidants. 

La séance est levée à 5 heures 1/2. 



Annexe N 1 à la séance du 6 Novembre. 



PREEMINENCE 



FACULTÉS MECANIQUES DANS LA RACE ÉGYPTIENNE 



PAR 

M. LE D r Abbate pacha 



Une visite à Hawamdieh a réveillé dans mes souvenirs une ques- 
tion que je désirais traiter depuis longtemps, parceque son impor- 
tance au point de vue anthropologique et social ne saurait échapper 
à qui s'occupe avec un esprit critique e 1 ; observateur des qualités 
intellectuelles et physiques des habitants du pays où il a l'habitude 
de résider. 

Hawamdieh est un village sur la ligne de chemin de fer de la 
Haute-Egypte, au suddeGhizeh. Tout près, et sur les bords du Nil, 
se trouve la Raffinerie de Sucre, grand et intéressant établisse- 
ment de MM. Suarès. Dans cette usine, comme aussi dans toute les 
différentes usines et fabriques d'Egypte, ce sont les indigènes qui y 
travaillent. Leurs excellentes qualités, propres à la race arabe,, de 
patience, d'assiduité et de sobriété, sont très appréciées, surtout au 
point de vue économique, dans les grandes exploitations indus- 
trielles. 

Ce qui attira le plus mon attention dans ma visite à la Raffinerie 
de Hawamdieh, fut de voir, parmi tous les autres ouvriers, un 
jeune garçon égj^ptien préposé au collage des étiquettes ou marques 
de fabrique, sur de grandes feuilles de papier coloré. 

La besogne en elle-même semblerait tout à fait commune et très 
simple si on n'avait égard à la rapidité incroyable et extraordinaire 
et en même temps à la minutieuse précision de ce collage. Mes 
réflexions là-dessus m'amenèrent à me poser ces deux questions : 
d'abord, quelle force musculaire doit être dépensée par ce garçon 
arabe pour employer dans une période de quelques heures l'énorme 



* 



— 206 - 

quantité de papier prêt à envelopper les pains de sucre de forme 
cylindrique ; en second lieu, d'où dérive cette aptitude mécanique, 
difficile, je dirais presque impossible à rencontrer dans les autres 
races? 

L'ouvrier en question, âgé environ de 14 ans, a été soumis à deux 
observations expérimentales qui se contrôlent l'une l'autre d'une 
manière évidente. 

Résultats de la première observation. — Pendant la durée de 
l'opération (2 heures 1/4) 7000 étiquettes furent appliquées sur les 
papiers. 

Poids du garçon avant le travail, kilog. 48; après le travail, 
kg. 47,350. Température centigrade : avant, 37°; après, 37° 5. 

Le jour suivant, seconde observation. Durée de l'opération, deux 
heures; nombre d'étiquettes appliquées, 5000. Poids avant le travail, 
47,600; après, 46,900. Température avant, 37°, 1; après, 37°,6. (1) 

Il s'ensuit qu'il s'est produit à peu près 20 révolutions ou rota- 
tions des muscles en quinze secondes, et en relation, une dépense de 
force vive en travail musculaire. Il est facile de reconnaitre que 
l'augmentation de calorique doit avoir eu lieu spécialement dans 
les muscles., et si j'avais pu la rechercher dans les muscles du bras, 
je suis convaincu que j'aurais pu vérifier ce que Becquerel et 
Deschet ont trouvé pour les biceps brachiaux, pendant une action 
prolongée de ces muscles, à savoir une augmentation de température 
de 1°. G. Helmholtz, du reste, a établi d'une manière générale, que 
les muscles en activité deviennent plus chauds, et que leur tempé- 
rature s'élève sensiblement. Pendant le mouvement du corps, la 
production de calorique augmente de beaucoup ; quant à la tempé- 
rature des muscles en activité, elle augmente, en général d'un tiers 
et de trois quarts de degré centigrade d'après Helmholtz, Hirn et 
Davv. A cette loi générale il faut cependant opposer qu'un excès 
de travail doit produire aussi un rapide abaissement de température 
dans le corps. 

Dans les organismes bien constitués, l'augmentation de la tempé- 
îature à la surface du corps, pendant le mouvement, aide la facile 
émission du calorique rayonnant, tandis que la transpiration forte- 

(1; Je dois aux soins intelligents de M. Zinzi, de la Raffinerie de Hawamdieh, les renseigne- 
ments exacts ci-dessus. 



— 207 — 

ment activée, aide la perte du calorique par l'effet de 1 evaporation. 
Heureusement que les téguments constituent un moyen important de 
compensation, moyen qui sert à maintenir le corps à une tempéra- 
ture presque uniforme; mais, puisque le système cutané en état de 
repos se trouve, proportionnellement, à la plus basse température, il 
s'en suit que les parties périphériques, en général, subissent un 
maximum de température pendant le mouvement répété, et ce 
maximum a pour conséquence une répartition plus complète et uni- 
forme du calorique corporel. 

Nous avons vu que chez le garçon en question le calorique 
augmentait sensiblement après le travail ; il est non moins certain 
que pendant toute la durée de ces mouvementé rapides, l'échange 
gazeux et respiratoire doit augmenter également. C'est à Hirn que 
nous devons les recherches les plus minutieuses sur la quantité du 
calorique produit pendant l'exécution d'un travail mécanique, et il 
donne à cet égard tous les détails qui peuvent intéresser pour l'équi- 
valent mécanique du calorique produit, soit à l'état de repos, soit à 
l'état de travail. Cependant, dans le sujet qui nous occupe, nous 
n'avons pas à observer seulement le calorique que produisent les 
mouvements répétés des muscles, mais aussi les forces qui président 
à leur exécution. Dans le mouvement des muscles du bras, le va- 
et-vient rapide est accompagné d'un pivotement de l'humérus autour 
de son articulation; c'est un mouvement presque de demi-rotation. 

L'insertion perpendiculaire des muscles sur les os, facilite ce 
mouvement. 

Le procédé le plus important de ceux qu'on peut employer à 
l'étude des phénomènes rapides c'est le tracé automatique des mou- 
vements. Ces diagrammes obtenus par la méthode graphique nous 
donnent les résultats les plus sûrs et les plus précis. Le myographe 
de Helmoltz et celui de Marey, destinés à l'étude des mouvements 
musculaires, répondent à tous les desiderata de la science actuelle. 

Je passe outre ici sur les forces produites par les muscles, forces 
que la plvvsiologie appelle statiques, ainsi que sur les lois dynami- 
ques des poids maxima qu'un muscle bien organisé peut soulever 
et qui a été calculé pour l'homme de 5 à 7 kg. par centimètre 
d'après Henke et Koster. 

Une question surgit soudainement : est-ce que les mouvements 



— 208 — 

à la fois rapides, précipités et réguliers du garçon ainsi que de 
presque tous les ouvriers égyptiens sont produits seulement méca- 
niquement, involontairement, inconsciemment? 

Mais ces mouvements, conséquence réflexe de l'innervation, ne 
partent-ils pas du sensorium, ou pour mieux localiser, ne sont-ils 
pas dus à l'intégrité des couches optiques et des corps striés, selon 
les expériences de Magendie, Brown-Sequard, Foderà, Shifft, 
Lussana et nombre d'autres? Nous allons repondre dans la suite 
à toutes ces questions. Pour le moment, et pour comprendre la 
facilité et la rapidité de ces mouvements mécaniques chez les 
Arabes, il nous faut d'abord admettre que les actions physico-chimi- 
ques naissent et se propagent avec une facilité exceptionnelle dans 
des organismes sains et vigoureux. 

L'usage, l'exercice, l'habitude maintiennent cet éréthisme de 
fonctionnalité mécanique. Les joueurs de piano, les musiciens d'ins- 
truments à corde, les tisserands, les tourneurs, les femmes, même, 
avec leur crochet, les danseuses, les funambules, les acrobates, les 
derviches tourneurs, la frénésie particulière des prieurs de zikre, 
tous mettent rapidement leurs muscles dans l'aptitude de répéter 
un mouvement isométrique. 

La conformation spéciale de chaque individu peut s'expliquer, 
tantôt par sa fonction, tantôt par la modification de la forme. Les 
organes sont déterminés uniquement par leur position relative et 
leur correspondance anatomique. 

Les fonctions en s ont le résultat. L'individu subit le genre de 
vie que lui imposent les particularités de son organisation. La phy- 
siologie moderne reconnaît au sens musculaire une existence 
presque distincte à côté des cinq sens ; elle marque la place du 
mouvement et des impressions du mouvement avant celles des sen- 
sations des cinq sens. On démontre que l'exercice de la force active, 
qui se manifeste à sa naissance dans des impulsions purement 
internes, indépendamment du stimulus produit par les impressions 
externes, est un fait primitif de notre constitution. Les fonctions 
purement psychiques, intellectuelles, opérées par l'organe du 
cerveau, ne sont pas provoquées immédiatement par un stimulus 
extérieur et ne se révèlent pas par des actes extérieurs ; au con- 
traire, les opérations physiques, les mouvements volontaires ou 



- 209 — 

mécaniques, se révèlent par les muscles excités par le stimulus 
cérébral propagé à travers les nerfs vers la périphérie. On arrive 
clairement à cette conclusion que, sous le nom de mouvements, on 
comprend l'ensemble des sentiments et de la volonté sous leurs 
formes les plus inférieures, sans accompagnement de faits intel- 
lectuels ou avec le moins défaits intellectuels, c'est-à-dire tout ce 
qu'il y a de primitif ou d'instinctif. 

Les mouvements des enfants, leurs gesticulations habituelles 
nous en fournissent des exemples journaliers. 

Quant aux. mouvements habituels ou extraordinaires et rapides 
des ouvriers, des travailleurs en général, déterminés par une acti- 
vité spon'anée, ces mouvements répétés, pour ainsi-dire incons- 
cients, sont des moyens utiles pour apaiser les efforts exagérés, en 
produisant une espèce d'ivresse mécanique. C'est pour cette raison 
que les Arabes, dans leurs travaux, s'accompagnent souvent de 
chants, de battements de mains cadencés et s'aident ainsi à conti- 
nuer avec vigueur et bonne haleine l'œuvre commencée. 

Néanmoins, j'ai la conviction que la faculté mécanique chez 
l'égyptien appartient spécialement à la race. Quand je parle d'Egyp- 
tien, je n'entends pas y comprendre les aborigènes et pharaoniques, 
j'entends parler de la race actuelle. 

Rappelons un peu l'histoire. 

Ce fut en 639 qu'Amrou se lança à la tète des hordes arabes à la 
conquête de l'Egypte. De Péluse à Babylone, de Fostat à Alexan- 
drie, les Arabes, par les faciles succès qu'animaient une ferveur et 
un zèle religieux, trouvèrent les Egj'ptiens monophysites, opprimés 
par les Egyptiens melkites, que soutenaient les Césars de Bysance, 
disposés à subir leur invasion. Depuis lors, toute opposition soi- 
disante nationale fut vaincue. L'absorption et le développement de 
la race conquise par la nouvelle race conquérante se fit avec une 
grande facilité, et le peuple de la vallée du Nil, qui commençait à 
être dépossédé de sa langue, se façonna à la langue, aux mœurs, au 
génie arabes. 

N'entrons pas dans les détails du développement pacifique des 
mœurs et des connaissances des nouveaux Egyptiens qui, désormais, 

Institut Egyptien. U 



— 210 — 

sont les possesseurs du pays et les seuls assez en masse pour être 
comptés dans un aperçu historique. Il me suffit de dire que sous l'im- 
pulsion des Fatimites et de Salaheddine, le fondateur des Ayoubites, 
le développement des connaissances, les relations et le commerce 
avec l'Europe et l'Orient reprirent leur cours, et s'agrandirent avant 
et après les croisades. Ainsi la race égyptienne, sémitisée par la 
race arabe, s'assimila identiquement à cette race, et ce croisement 
a eu l'heureuse influence d'y faire éclore, d'y développer et d'y 
modifier les meilleurs germes en éveillant les meilleurs instincts. 

Le croisement entre populations diverses, dans de justes propor- 
tions et sous l'empire de conditions convenables, est bien certaine- 
ment un des moyens les plus efficaces pour relever une race 
humaine, souvent deux races à la fois ; et pour cela, il n'est pas 
nécessaire que le sang régénérateur arrive jusque dans les veines 
de tout un peuple. Le croisement agit directement sur une partie 
de la nation inférieure ; cette partie, entraînée en avant par l'im- 
pulsion qu'elle reçoit, grandit aussi et s'améliore tout en restant 
ethniquement la même. Mais, si ce croisement est continu et 
étendu dans toutes les classes, et en masse, la masse indigène finit 
alors par disparaître, complètement absorbée par les éléments de la 
race conquérante qui s'y place définitivement. 

C'est ainsi que les Egyptiens, entrés dans le cercle de l'influence 
sémitique, marchent et progressent dans le sens d'une civilisation 
qui a été inoculée pendant plusieurs siècles. Les idées acquises, une 
philosophie embryonnaire, les arts et les premières industries, la 
poésie, la religion, contribuèrent à maintenir et à développer leur 
intelligence instinctive et spontanée d'abord, puis, de jour en jour, 
plus réfléchie et plus raisonnée. 

Les connaissances, dans la première période de la diffussion des 
Arabes, étaient un prodige et un bienfait dans ce mélange de peuples 
et de races. Certes, â l'époque oii l'Occident était tout bouleversé 
par des guerres intestines et par l'invasion des flots hnmains du 
Nord, ces connaissances apportées par les Arabes étaient dans ces 
moments un bonheur efficace. 

Le glaive rentré dans son fourreau laissait le temps apte et 
propre aux pacifiques puissances des arts et du luxe qui commen- 
çaient à se développer tranquillement dans les contrées subjuguées. 



- 211 - 

Delà l'épanouissement et la diffusion des connaissances orientales 
apportées par les musulmans. 

Sur ces entrefaites, au démembrement du khalifatde Bagdad, sui- 
vit l'installation du khalifat du (-aire et de celui de Cordoue, sous le 
règne glorieux d'Abderrahman III (912-961). Ensuite eurent lieu les 
revers de la fantastique épopée arabe, avec la mort d'Al-Mansour à 
Medina-Goeli, en Espagne. En France, l'invasion arabe subissait la 
défaite par Charles Martel, et eu Sicile par les Normands. Dès ces 
périodes de s:mg et de malheurs, le développement des arts et des 
sciences de l'Orient commença à baisser et finit par s'éteindre. 

Mais les races, comme les individus, conservent à travers le 
temps leur caractère propre et originel. On trouve entre la pre- 
mière époque religieuse et glorieuse la diffusion des connaissances 
arabes après les conquêtes, et, dans la période de décadence de l'an- 
cienne splendeur, quelques-uns des rapports généraux qui donnent 
un air de famille à toutes les expressions de la pensée d'un peuple. 

Nous allons essayer d'esquisser en peu de mots ce cachet spécial, 
cette expre^si m caractéristique de la race arabe. 



Douée d'une imagination ardente et exagérée, la race arabe est 
saisie facilement par tout ce qui l'eut jure et intéresse ses goûts; 
douée aussi du dm de l'imitation, elle a fouillé dans la production 
exotique ce qu'elle y trouvait d'absorbable et se l'est assimilé 
comme un levain d'énergies nouvelles et nécessaires. 

Néanmoins cette faculté d'assimilation nous semble se comporter 
comme une faculté de mécanisme et de reproduction, non d'inven- 
tion ou de spéculation produite par le raisonnement et l'intelli- 
gence. Dans leurs œuvres d'art, charmantes au coup cl 'œil, on trouve 
la reproduction habituelle des mêmes formes ; dans leurs sciences, 
la répétition progressive des mêmes formules est surtout évidente. 
« Les Arabes, dit Kant, avec un mot spirituel, firent de la philoso- 
phie une tente dressée pour y dormir un sommeil dogmatique. » 
En effet, dans les sciences, ils ne suivaient pas une méthode, 
mais une foi ; ils avaient besoin de retrouver et de confirmer à leur 
aise, par l'effort de la dialectique, un système de croyances pour 
remplacer celles qu'ils avaitent vaincues. Quant aux caractères et 



— 212 — 

motifs de l'imagination, par la nature du climat, les habitudes et 
les mœurs, l'Arabe se conforme aux idées objectives dont il est 
saisi. Les lignes paisibles et étendues des plaines verdoyantes ou 
sablonneuses; le désert, cet horizon sans nuages, pur et lumineux, 
ces dehors ondoyants et insaisissables des choses, s'harmonisent 
voluptueusemsnt avec une poésie dont le défaut est d être trop 
monotone et formaliste. 

Quant aux arts, nous avons à exprimer la même opinion. L'art 
purement arabe n'existe pas ; les Arabes ont eu le sens de l'assimi- 
lation aryenne et iranienne des peuples conquis à leur domina- 
tions, c'est pourquoi il leur fut facile de donner à l'époque un type 
spécial dans leurs œuvres. 

Il est évident que l'architecture sémitique, ainsi que les ornemen- 
tations arabes dans leurs monuments, nous saisissent par l'ensemble, 
et l'effet général qu'ils produisent est admirable, fantastique. Toute 
cette surabondance de fleurs , de feuillage, de fruits entrelacés et 
enchevêtrés de figures géométriques, donne un caractère spécial à 
cette ornementatiou capricieuse et gracieuse à la fois. 

Cependant l'art arabe est conformiste. C'est un symbole inerte 
et muet de beautés qui expriment la pensée, la vie de la pensée, 
l'esprit artistique. Tout est formule conventionnelle. Dans les 
autres races aryennes, chaque minuscule objet d'art, chaque figure 
représentée par le pinceau ou taillée dans le bois ou la pierre y 
laisse entrevoir une arrière-pensée morale ou métaphysique, jusque 
dans les rapprochements ou les constrastes établis pour ajouter au 
charme des lignes ou pour en pondérer les mouvements. Les œuvres 
de l'art esthétique doivent contenir et relever les sentiments qu'ils 
inspirent et non rester dans la forme en donnant à cette forme le 
caractère à la fois artistique, idéal et vivant. C'est l'originalité de 
l'idée qui constitue la véritable originalité de la forme. Néanmoins, 
si cette originalité reste toujours inamovible, intangible, fossilisée 
sans variante, elle représente alors un fait mécanique, purement 
matériel, où l'idée conquise par son immobilité, reste muette et 
inerte. 

Les miniatures du moyen âge, les enluminures des Corans sont 
splendides de couleurs et d'enlacements, mais ne vous disent 
rien. On ne peut pas supprimer les calculs de la pensée dans les 



— 213 — 

œuvres d'art et prétendre tout expliquer par les facultés incons- 
cientes, par la simple influence de l'instinct et du tempérament; 
néanmoins, dans tout ce que produit l'art arabe, il faut lui attribuer 
des privilèges indépendants de la volonté, un mécanisme, une 
sorte d'aptitude atavique, pareille à celle de l'oiseau qui chante ou 
de la plante qui fleurit. 

Cet instinct mécanique, cette aptitude séculaire des Arabes, ainsi 
que nous l'avons signalé plus haut, est une particularité, une 
spécialité phénoménale de la race égyptienne. 

Entrez à l'école des Arts et Métiers, visitez les différents ateliers 
de tourneurs en fer, d'ajusteurs, de graveurs, de dessin et d'orne 
mentation, les lignes sont régulières, les reproductions parfaites, le 
mécanisme de l'action est rigoureusement exécuté ; tout est admi- 
rable à première vue, mais tout est automatique, je dirai presque 
inonscient. Visitez toutes les écoles scientifiques ou artistiques, la 
même impression vous saisit de prime abord, et dans l'œuvre de 
la main, comme dans l'œuvre de l'intelligence, se révèlent les 
facultés mécaniques d'une manière évidente et spéciale. 

Je suis d'avis que, sous ce rapport, les élèves de toutes les parties 
du monde ne peuvent pas être comparés aux jeunes élèves égyp- 
tiens. 

Prenons, par exemple, un élève de l'Ecole de Médecine et de 
Pharmacologie. On est hautement surpris d'entendre avec quelle 
précision un élève interrogé sur l'ostéologie et la myologie vous fera 
la description des os et des muscles, avec leurs faces, leurs articu- 
lations, leurs attaches et bmrs rapports, de façon à rendre des points 
aux anatomistes les plus consommés. Mais, au contraire, laites une 
question physiologique à un élève en médecine, il vous répondra 
assurément avec un certain aplomb, tout en répétant une foule de 
mets, tels qu'ils les a appris, ni plus ni moins, avec une mémoire 
indiscutablement prodigieuse. Arrêtez l'élève par une demande, 
détournez-le du récit mécanique qu'il reproduit, le prestige tombe- 
et vous vous trouvez exactement devant un appareil phonogra 
phique. 

Dans les arts manuels, dans les travaux, quelconques, des maçons, 
menuisiers, etc. l'ouvrier, est d'une utilité incontestable, même en 
comparaison de l'ouvrier étranger. Il se sert souvent des pieds avec 



— 214 — 

une agilité inouïe, il n'est distrait par aucune pensée émotive ; il est 
tout absorbé par son travail pendant des heures prolongées, avec le 
même caractère immuable dans une opération qu'il exécute inexo- 
rablement, mécaniquement. 

Cette mécanique uniforme, prolongée, patiente, nous la trouvons 
aussi chez le lab>ureur égyptien. Les fellahs, la chemise de toile 
bleue retroussée à la ceinture, les jambes dans l'eau des rigoles, 
puisent de l'eau avec leurs c/iadoufs; ils manœuvrent le petit 
panier d'osier avec une prestesse de mouvements réguliers et iden- 
tiques. Les grandes sakiehs, ou norias indigènes, les charrues sont 
mues par l'attelage fantastique d'un âne, d'un chameau ou d'un 
buffle. Le garçon ou la fillette, à califourchon sur le dos de l'animal, 
l'aiguillonne avec un morceau de bois, tout en s'aidant d'une canti- 
lène monotone et somnolente dans une patiente succession de mou- 
vements presque inonscients et l'animal accomplit des tours 
innombrables sur le même endroit sans s'écarter d'une ligne, sans 
pousser trop ou trop peu. 

Enfin, chez l'Egyptien en général, il y a toujours de nobles 
exceptions ; l'énergie nécessaire pour les travaux de l'esprit, un 
grand développement d'intelligence pure, abstraite, compréhen- 
sive, y fait défaut ; mais je reconnais qu'une fois une chose apprise, 
il la domine et l'exécute toujours avec une mémoire toute méca- 
nique. 

Il aous faut encore ajouter une réflexion. L'Egyptien est actif, 
admirable, dans son adolescence ; il y a des garçons et des filles en 
très bas âge qui exécutent des travaux très rudes, dont l'étranger 
reste étonné et surpris : encore chez le jeune égyptien l'intelligence 
est très active et révèle cette bonne sève primitive de la race que 
les violences de la jeunesse (l'état naissant des physiciens) rehausse 
hautement. Le cerveau des Arabes doit subir, selon les lois physiologi- 
ques générales, une sensible augmentation dans la jeunesse; après 
cet âge de verve intellectuelle, si la gymnastique cérébrale n'aide 
pas le développement, il s'arrête dans l'inertie. Malheur à l'Arabe, 
si la paresse s'empare de lui en grandissant: toute bonne disposi- 
tion, toute aptitude, tout développement intellectuel s'y arrête et 
s'y momifie. 



— 215 — 

Est-ce que le cerveau arabe n'aurait pas la richesse de circonvolu- 
tions nécessaires pour embrasser la complexité d'une organisation, 
l'ordre, la c impréhension nette des ensembles, la synthèse, la clas- 
sification analytique, le fécond développement des idées propres à 
d'autres races? Je réponds que la conformation anatomique en 
masse est la même, et que si la moyenne du poids du cerveau 
dans la jeunesse est, dans les races aryennes, de 1341 grammes 
(Broca), la race sémitique fournit presque le même chiffre. Une 
observation cràniologique de plus de soixante tètes égyptiennes m'a 
donné un résultat parfaitement identique. (Voir aussi mon Mémoire 
sur le cerveau des nègres). 

Tant que les plus fins éléments anat uniques ne seront pas suffi- 
samment étudiés, nous devions nous en tenir à l'apparente confor- 
mation macr.isc «pique, qui ne signale pas de différence au moins 
dans l'ensemble. Il est vrai que différentes races ont subi avec les 
siècles quelques anomalies spécifiques. Nous savons, par exemple, 
que depuis les temps préhistoriques et pharaoniques la capacité crâ- 
nienne a légèrement augmenté. Mais ce surcroît insensible peut 
être confondu avec l'épaisseur du crâne, calva capitis, plus ou 
moins serrée de la substance diploïque. 

Hérodote, dans les champs de bataille de Memphis a reconnu et 
distingué les squelettes des Persans par la mince couche des parois 
crâniennes. 

Il est admis désormais que l'exercice d'une des facultés psychi- 
ques, celle que nous avons appelée la gymnastique cérébrale, déve- 
loppe ces facultés, ainsi que l'exercice, l'habitude, l'aptitude des 
facultés plrysiques ou mécaniques, aptitude très énergique chez 
l'Égyptien, qui maintient le caractère, la physionomie spéciale de 
la race. Les races, dans leurs manifestations vitales, sont adéquates 
à leur climat, et les différences psychiques ou physiques sont en 
harmonie avec les besoins de l'organisme humain. 

Il est difficile, en anthropologie, quand on veut s'éclairer sur les 
analogies et les différences des êtres, de se priver absolument de la 
considération de la fonction que Gœthe définit admirablement 
« l'être en activité ». 

Eh bien , cet être en activité est développé h volonté par la 
science, la vraie science philosophique que les Arabes devraient 



— 216 — 

étudier pour fortifier leur esprit et se perfectionner. L'aptitude, 
comme je l'ai dit tout à l'heure, y prédispose dès la jeunesse ; il ne 
faut pas la perdre, il faut qu'ils se rendent maîtres d'eux-mêmes et 
en donnant à leur progrès et à leur civilisation une direction choisie 
et voulue, produire une nouvelle renaissance. 

Cette grande idée, l'idée de la civilisation par la science, entrevue 
dans les efforts intellectuels de la période gréco-romaine, égarée 
pendant plusieurs siècles de luttes, de conquêtes, de barbarie, se 
réveilla et se retrouva dans lexvi e siècle; elle a eu pour principaux 
organes Galilée et Bacon. Bacon l'a résumée dans cet aphorisme 
célèbre : homo mimster et interpres naturœ, quantum scit tan- 
tumpotest. 

Il a prévu, avec une perspicacité merveilleuse, la société 
moderne, la nature vaincue par la science, en éloignant définitive- 
ment les tâtonnements incertains de l'empirisme et du forma- 
lisme. 

D r ABBATE. 



Annexe N° 2 à la séance du 6 novembre 



NECESSITE 

DE CREER DES INSTITUTS VACCINOGÈNES EN EGYPTE 

AVANTAGES ET ÉCONOMIE DU PROJET 

PAR 

M. J.-B. Piot 



Le gouvernement khédivial, suivant en cela l'exemple de la plu- 
part des Etats européens a, par son décret du 10 juillet 1890, déclaré 
la vaccination obligatoire dans toute l'Egypte et ses dépendances. 
C'est là un premier pas, mais un pas décisif dans la voie féconde 
inaugurée si brillamment par Jenner pour la vaccine , puis si large- 
ment étendue par Pasteur, qu'elle est en voie de se généraliser pour 
combattre victorieusement toutes ou presque toutes les affections de 
nature contagieuse. 

Je viens de dire : un premier pas, et, en effet, la mesure qu'a 
prise le gouvernement égyptien est incomplète, car la vaccination 
limitée à la première enfance est manifestement insuffisante pour 
assurer la pérennité de ses effets prophylactiques. Il faut, de toute 
nécessité, que cette opération soit répétée sur le même individu à 
intervalles plus ou moins rapprochés. Les preuves du bien fondé de 
cette assertion sont malheureusement trop nombreuses pour qu'il 
soit nécessaire d'insister sur la question. Qu'il me soit permis d'en 
citer quelques-unes parmi une foule d'autres non moins démonstra- 
tives. 

Mon excellent confrère, M. Pourquier. directeur de l'Institut vac- 
cinogène de Montpellier, chargé de vacciner six cents élèves des 
écoles communales de Montpellier, âgés par conséquent de 6 à 13 
ans, obtint 30 0/0 de succès en 1884. 

C'était donc près du 1/3 de ces enfants qui avaient perdu le béné- 
fice de l'immunité vaccinale. Pour des adultes de 20 à 21 ans, qui 



— 218 — 

étaient déjeunes recrues pour l'armée, la proportion s'éleva jusqu'à 
6 0/0. 

Il est bon que ces faits, qui sont bien connus des médecins, reçoi- 
vent la plus grande publicité pour montrer le péril qu'il y a à s'en- 
dormir sur la fausse sécurité d'une première vaccination et pour 
obliger les délégués des pouvoirs publics qui sont chargés de la santé 
des populations à se préoccuper sérieusement de ce danger et à 
prendre les mesures que nécessiteraient l'imminence d'une épi- 
démie variolique. 

De ces mesures, la seule réellement efficace est celle de la revac- 
cination en masse de tous les habitants de la localité; on a lieu de 
s'étonner qu'elle n'ait pas été stipulée dans le décret susvisé. 

Après cette courte digression critique, entrons dans le sujet : 

Tandis que chaque pays d'Europe possède un ou plusieurs établis- 
sements spécialement affectés à la production du vaccin, l'Egypte 
reste, pour ce produit, tributaire de l'étranger, bien qu'elle offre 
des conditions au moins aussi favorables à sa préparation qu'aucun 
autre pays du monde. 

En temps normal, cette vassalité peut ne pas avoir de grands 
inconvénients, bien que l'opérateur ignore le plus souvent la qua- 
lité, l'âge, la provenance du vaccin qu'il emploie ; mais en cas d'épi- 
démie variolique, envahissant subitement plusieurs villages, fait 
qui n'est pas très rare en Egypte, ce serait pour qui de droit comme 
une grave responsabilité que de manquer de vaccin dans un pareil 
moment et de laisser pendant huit, dix ou quinze jours, la variole 
s'étendre dans le paj^s et y multiplier les victimes. 

Le projet que j'ai l'honneur de soumettre à la haute sanction de 
l'Institut égyptien permettrait de parer efficacement à cette triste 
éventualité. D'autres avant moi ont eu sans doute la même idée ; 
peut-être même l'ont-ils déjà fait connaître? Je l'ignore; en tous cas, 
si elle a déjà pénétré dans le domaine public, je tiens à honneur de 
la reprendre et d'associer les efforts de mes honorables collègues aux 
miens, afin d'en poursuivre la réalisation prochaine. 

Le titre de ma communication indique suffisamment le but que je 
Aise ; ce serait, en effet, la création d'Instituts vaccinogènes dans les 
principaux centres égyptiens, en profitant des seules ressources dont 
ils disposent actuellement.il n'y aurait qu'à imiter, pour cela, ce qui 



— 219 — 

se pratique avec beaucoup de succès en Europe, particulièrement 
en France et en Suisse. J'ai déjà cité l'établissement de Montpellier; 
j'y ajouterai celui de Bordeaux, que dirige avec tant d'habileté mon 
confrère et ami M. Baillei. Tous ces établissements sont placés sous 
la direction de vétérinaires, auxquels la nature spéciale de leurs 
études donne en la matière une compétence indiscutable et indis- 
cutée. 

Je propose donc d'organiser au Caire, à Alexandrie et à Port-Saïd, 
à côté de l'abattoir de ces villes, un service de vaccination animale 
dirigé par le vétérinaire attaché à chacun de ces établissements ou 
par le vétérinaire sanitaire. Les veaux et les génisses vaccinifè- 
res, âgés de 4 à 6 mois, seraient fournis par un commerçant, moyen- 
nant une rétribution qui ne saurait être très élevée ; ces animaux 
seraient ensuite sacrifiés après guérison complète. Le vétérinaire res- 
terait chargé de l'examen de chaque individu avant, pendant et 
après l'opération; il surveillerait avec s)in le régime spécial auquel 
il y aurait lieu de le soumettre et pratiquerait l'autopsie de chaque 
animal après la récolte du vaccin; les poumons seraient surtout 
l'objet d'un examen sévère au point de vue de la tuberculose. 

Une trentaine de veaux ou de génisses, dans chacune de ces loca- 
lités, seraient largement suffisants pjur fournir de vaccin l'Egypte 
entière. On voit donc que, de ce chef, la dépense serait relativement 
de peu d'importance. 

Je ne parlerai que pour mémoire des précautions opératoires à 
prendre pour la culture du vaccin sur la génisse : le choix de la ré- 
gion, l'étendue, la forme et la profondeur des scarifications sont à 
prendre en considération, si l'on veut obtenir des pustules très 
étendues, sécrétant une grande partie de lymphe. Celle-ci possède 
son maximum d'activité lorsqu'elle est recueillie du cinquième au 
sixième jour, et c'est elle qu'on doit préférer lorsque la vaccination 
doit se faire de génisse à bras. Si le vaccin doit être transporté ou 
expédié au loin, il est plus économique de préparer la pulpe vacci- 
nal e,qu' 'on obtient enbeaucoup plus grandequantitéquela lj'mphe; 
cette pulpe est plus active et conserve, en outre, plus longtemps sa 
virulence que la lymphe vaccinale. 

Les avantages que présente ce modus agetidi sont les suivants : 

1° Sécurité absolue de l'opérateur quant à la qualité du vaccin, 



— 220 — 

puisqu'il a pu observer de visu l'animal qui l'a produit, l'aspect des 
pustules, la manière dont la lymphe a été recueillie ou la pulpe pré- 
parée, l'état sanitaire de l'animal vaccinifère et le degré d'ancien- 
neté du vaccin, toutes choses d'une importance capitale dans la 
pratique; 

2° Substitution complète du vaccin animal au vaccin humain. Il 
serait en effet toujours possible d'avoir, par l'inoculation à la génisse, 
du vaccin en quantité suffisante pour parer à toutes les éventualités. 

D'ailleurs, à l'heure actuelle, la vaccination animale s'est géné- 
ralisée de tous côtés, car cette méthode élimine tous les dangers 
d'inoculation de maladies spécifiques, dont les exemples sont assez 
nombreux dans les annales médicales. 

La seule affection contagieuse qui peut être transmise à l'enfant 
par le vaccin animal est la tuberculose. Mais cette affection, si elle 
existe chez le veau, à cet âge, doit être d'une excessive rareté, puis- 
que Pourquier, sur plus de 30,000 veaux ou génisses qu'il a examinés, 
n'en a pas rencontré un seul cas. Morot en a vu un seul sur 44,000 
individus observés à Troyes, et Leclerc, de Lyon, n'en a saisi que 5 
sur 400,000. A Munich, sur 160,000 veaux tués annuellement, on a 
trouvé 2 cas en 1878, 1 en 1879, aucun en 1880 et 1881. De ce côté, 
le danger n'est donc pas à craindre ; en outre, l'animal étant sacrifié 
immédiatement après l'opération, s'il est reconnu tuberculeux à 
l'autopsie, le vaccin est rejeté sur-le-champ ; 

3° Facilité de rendre au vaccin animal sjn activité première s'il 
vient à dégénérer. 

Quelques observateurs, M. Baillet entre autres, ont signalé 
l'atténuation des propriétés préservatrices du vaccin sans pouvoir 
attribuer cette intéressante particularité à d'autres causes que son 
passage successif par plusieurs génisses douées d une moindre 
réceptivité pour la vaccine. 

Dans le cas où le fait se produirait, il serait facile de recourir à la 
source du vaccin en prélevant sur le cheval la lymphe des pustules 
des horses-pox, affection assez commune sur le cheval, aussi bien 
en Egypte que dans toute autre contrée. On sait, en effet, grâce 
aux expériences du D r Say, que le grease de Jenner, inoculé direc- 
tement à la vache, engendre le cow-pox qui, transporté lui-même 
sur l'enfant, détermine la vaccine; 



— 221 — 

4° Faculté d'employer le cobaye et le chien comme succédanés 
de la génisse pour la culture du vaccin. Il résulte des expériences 
de M. Baillet, en 1884, sur des individus de ces deux espèces, que 
l'inoculation du vaccin de génisse provoque une éruption pustuleuse 
bien caractéristique; la lymphe, transportée sur une génisse, repro- 
duit la vaccine sans aucune altération. On pourrait donc se servir 
économiquement de ces deux espèces au lieu et place de la génisse. 

En terminant, qu'il me soit permis de formuler un desideratum 
auquel, p>urma part, je pense pouvoir répondre à bref délai: je 
veux parler de la réceptivité du buffle pour la vaccine. Il n'est pas 
à ma connaissance que des expériences à ce sujet aient déjà été 
tentées. 

Le résultat, quel qu'il soit, positif ou négatif, aurait cependant 
une certaine importance tant au point de vue économique qu'au 
point de vue scientifique pur. 

Positif, il permettrait de se servir indifféremment du veau ou du 
buffle pour cultiver le vaccin. 

Négatif, il montrerait que de deux espèces animales très voisines 
l'une de l'autre, l'une est réfractaire à la vaccine tandis que l'autre 
est douée d'une remarquable îéceptivité. 



J.-B. PIOT. 



— 222 — 

LISTE 

DES 

OUVRAGES REÇUS PAR L'INSTITUT ÉGYPTIEN 

PENDANT LE MOIS DE JUIN A NOVEMBRE 



EGYPTE 

Journal l'Agriculture du n° 7 au no 26 (moins le n° 11). 

Journal Officiel du Gouvernement égyptien. 

Moniteur du Caire. 

Le Télègraphos. 

Projet d'une ligne de chemin de fer entre l'Egypte et la Syrie, par Antoun 

YOUSSEF LOUTFY BEY. 

Les Sources du Nil, le Problème africain, par le Colonel Chaillé Long. 

Rapport sur le sereice des irrigations pour 1890. 

Comité de conservation des monuments de l'art arabe. — Rapport de 

1890. 
Jurisprudence des tribunaux de la réforme. — Cour d'appel, vol. 15 

(1889-90). 
La Vallée du Nil, par H. Commas et A. Lefévre, ayant appartenu à la 

Bibliothèque, offert par M. Bonola bey. 

ALLEMAGNE 

Travaux de V Académie Lèopoldine de 1852 à 1887, par le Dr Willi Ule. 
Dus Vorkommen der naturlichen kohlenwasserstoff und der anderen 

Erdgasse, par C. F. Zinc/*en. 
Nova acta, 54 vol. 

ANGLETERRE 

Société royale de statistique de Londres. — Vol. 54, p. 1, p. 2, p. 3. 
Iconographie des plantes de l'Australie, par le baron Ferd. de Mueller, 
fasc. 1 à 6. 

AUTRICHE-HONGRIE 

Annales du musée d'histoire naturelle de Vienne, vol. 5, n° 4 et vol. 6 n° 1, 2. 
Annales de l'Académie des Kar^athes, 1891. 

Académie de zoologie et de botanique de Vienne (année 1S91, 1 er et 2me fas). 
Beçus par les soins de M. le Ministre d'Autriche: 



— 223 — 

Académie des sciences de Vienne. — Mémoire de la classe de mathéma- 
tique et histoire naturelle^ 56 e vol. 
Mémoires de la classe de philosophie et d'histoire, 38 me , 39m<> vol. 
Procès-verbaux des séances.— Classe de mathématique et histoirelnaturelle. 

Ire section, 99 e vol., liv. 4 à 10. 

2me section («), 99« vol., liv. 4 à 10. 

2me section (b), 99'- vol., liv. 4 à 10. 

3inc section, 99 e vol., liv. 4 à 10. 

Classe tic philosophie et histoire 12i e , 123 e vol 
Almanach de 1890. 
Observatoire maritime de Trieste. — Rapport annuel, 1888, 

ESPAGNE 

Association artistico-archéologique de Barcelone. — Bulletin, n°s 2, 3, 

4, 6. 
Académie d'histoire de Madrid.— Vol. 18, fasc. 4, fasc. 5, vol. 19, fasc 1 à 4. 

ETATS-UNIS D'AMÉRIQUE ET CANADA 

Station d'expériences agricoles de Nebraska. — Vol. 4, no 16 n° 17. 

Station d'expériences, 4 me rapport annuel. 

Numismatic and antiquarium societv, Philadelphie.— Rappjort (1887-1888). 

Service météorologique du Canada. — Rapport de M. Ch. Carpmael, 
directeur pour 1887. 

Canadian institute. — 4me rapport annuel (1890-91). Transaction vol, 1, 
p. 2. 

Time-recokning for the twentieh century, par Saaford Fleming. 

Contribution à la paléontologie canadienne, vol. 3, fasc. 4, vol. 1, partie 3. 

Fossiles des roches dèeoniennes du bassin de larœière Mackensie. 

Vertébrés des roches tertiaires et crétacées du territoire N.O. 

Commission de géologie et d'histoire naturelle du Canada. —Rapport 
annuel (1887-88). 

Faune de l'Amérique du Nord, fasc. 5. 

Actes illégaux de l' ex-président Balmaceda, par Pedro Montt. 

Reçus par l'intermédiaire de l'Institut Smithsonien. — Seroice géolo- 
gique, (U. S.), rapport annuel, (1887-88). Rapports de l'Institut Smith- 
sonien, 1889, 1888. 

Collection diverses. — Etude clinique du crâne, par Harrison Allen. 
Correction des sextants, par J. Rogers. Index de la littérature, des 
thermodynamiques, par Ali-' Tuckermann. 

Faune de l'Amérique du Nord, fasc. 3, fasc. 4. 

Société philosophique américaine, procès-verbaux, vol. 28, n° 134. 



— 224 — 



SÉANCE DU k DECEMBRE 1891 



Présidence de S. E. Yacoub Artin pacha, Président. 



La séance est ouverte à 3 heures et demie. 
Sont présents : 



LL.EE. Yacoub pacha Artin, président. 
D r Abbate pacha 

GÉNÉRAL LARMÉE PACHA 

MM. Gavillot, secrétaire général. 
Barois, trésorier-bibliothécaire 
W. Abbate, 

BONOLA BEY, 
BOURIANT, 
BRUGSCH BEY, 
D r DACAROGNA BEY, 
D r FOUQUET, 

Grand bey, 

Grébaut, 

Hertz, 

W. Innés, 

ismail pacha el falaki, 

Osman bey Ghaleb, 

Peltier bey, 

Saber bey Sabri, 

SlCKENBERGER, 

Ventre bey, 

Bimseinstein, membre honoraire 



vice-présidents. 



\ membres résidants, 



— 225 — 

MM. le comte Zaluski , commissaire-directeur de la 
Caisse de la Dette publique, le comte d'Ulst, Gaillardot 
bey et Innés Nubar, assistent à la séance. 

La lecture du procès-verbal des deux dernières séances 
est renvoyée par suite de l'absence de M. Piot, secrétaire 
annuel. 

La correspondance dépouillée par le secrétaire général 
comprend l'accusé de réception du bulletin de l'Institut 
égyptien de l'année 1890, par la Royal Siatistical Society de 
Londres; des avis d'envois de leurs bulletins ou annales 
par la Kaiserlichen Leopoldinisch-Carolinischen Academia de 
Halle, la Geological and Natural History Su/ vey. d'Ottawa et 
l'Observatoire météorologique Central de Mexico ; une 
lettre de cette même société, demandant l'envoi de tous 
les bulletins de l'Institut égyptien de la première série, 
et des numéros 2, 3, 6 et 10 de la seconde série, qui lui 
manquent ; une lettre de S. E. Mohammed Zéki pacha 
accompagnant un exemplaire de la carte de la ville de 
Béni-Souef, qui a été dressée par les ingénieurs du Mi- 
nistère des Travaux publics et éditée par l'Imprimerie 
nationale de Boulaq ; une lettre de M. le colonel Ghaillé- 
Long bey, remerciant l'Institut égyptien de l'avoir élu 
membre résidant ; une lettre de M. Peltier bey, accom- 
pagnant une brochure en langue arabe intitulée : El Kôl 
el Mountakhab fil tarbya ouel adab (De l'éducation à l'école 
et dans la famille), dont l'auteur fait hommage à l'Institut, 
et une lettre de M. Piot, par laquelle il s'excuse de ne 
pouvoir assister à cette séance. 

M. Gàvillot est invité par M. le président à accuser 
réception de la carte de la ville de Béni-Souef, et déclare 
que la demande de l'Observatoire de Mexico sera exa- 

Institut Egyptien. io 



— 226 — 

minée par le bureau pour y être satisfait dans la mesure 
du possible. 

La liste des journaux et autres publications périodiques, 
ainsi que des ouvrages reçus par l'Institut depuis sa der- 
nière séance, sera imprimée à la fin du présent procès- 
verbal. 

M. le président donne, ensuite, la parole à M. le secré- 
taire général, pour une communication personnelle. 
M. Gavillot s'exprime en ces termes : 



Messieurs 



Je vous avais proposé, et vous avez bien voulu accepter, 
de me confier le soin de faire exécuter, à mes frais et 
risques, la médaille insigne votée en principe en 1889, et 
dont le modèle dessiné et présenté par notre confrère 
M. W. Abbate, a été approuvé dans notre séance du 6 
juin 1890. 

J'ai sollicité et obtenu de M. Rouvier, Ministre des 
Finances, l'autorisation de faire graver et frapper cette 
médaille à la Monnaie de Paris. 

Comme j'ai eu l'honneur de vous l'annoncer, MM. Ribot 
et Bourgeois ont voulu profiter de l'occasion pour mani- 
fester à l'Institut égyptien la sympathie du gouvernement 
français, dont les importants envois du Ministère de 
l'Instruction publique et des Beaux-Arts sont le témoi- 
gnage annuel, et, après s'être concertés, ils ont bien voulu 
prendre à la charge de leur ministère respectif, chacun 
pour moitié, les frais de gravure des coins et la frappe de 
notre médaille et de sa bélière. Je n'ai donc eu à débourser 
que le prix du métal employé et celui du ruban et des étoiles. 



— 227 — 

Ce ruban, conforme à celui adopté par l'Institut égyp- 
tien, a été comparé avec les rubans de tous les ordres 
connus aiin d'être bien certain qu'il ne ressemblerait à 
aucun de ceux des décorations existantes. 

Il a donc fallu le faire tisser spécialement pour nous, ce 
qui a été une cause du relard de l'exécution de ma mission. 

J'ai, aujourd'hui, la grande satisfaction de déposer sur 
le bureau les cinquante médailles destinées aux cinquante 
membres :esidantsde notre Compagnie, et je suis heureux 
de suivre l'exemple que m'a donné le gouvernement de 
mon pays en ne réclamant rien de mes débours personnels 
pour l'exécution de ces insignes. 

Vous n"avez pas oublié, et vous remarquerez, du reste. 
que la face de notre médaille rappelle, ajuste titre, la 
haute protection que S. A. le Khédive daigne accorder à 
l'Institut égyptien. Nous en avons tous une profonde 
re, ..naissance envers Son Altesse, et nous savons appré- 
cier à toute sa valeur la part qui incombe au gouverne- 
ment égyptien dans la réalisation des bons sentiments du 
Khédive à notre égard. 

Pénétré de ces circonstances et profondément respec- 
tueux et déférent envers la personne de S. A. le Khédive, 
j'ai cru répondre aux sentiments intimes de tous mes 
confrères en prenant l'initiative de faire frapper à mes 
frais une médaille unique en or avec étoile en brillants 
destinée à S. A. Mohammed Thewfik Pacha. J'ai pensé que 
Son Altesse daignerait l'accepter comme un témoignage 
de la gratitude de l'Institut égyptien pour la haute sol- 
licitude du Chef de l'Etat pour l'instruction publique en 
Egypte et pour tout ce qui concerne les sciences et les arts 
dans Son pays. 

J'ai l'honneur de confier cette médaille à l'Institut tout 



— 228 — 

entier, en lui laissant le soin d'en faire hommage, en son 
nom, à S. A. le Khédive, au moment et clans la forme 
que mes confrères croiront le plus convenables. 

S. E. Yacoub pacha Artia remercie M. Gavillot au nom 
de l'Institut, et annonce qu'il prendra les ordres de S. A. le 
Khédive pour la remise de la médaille qui Lui est destinée. 

La parole est donnée à M. Casanova pour sa communica- 
tion sur Karakouch (Voir annexe n° \ a la fin du présent 
procès-verbal). 

La lecture de cette communication est accueillie par les 
applaudissements de l'assemblée. 

Après les remerciements adressés à l'auteur au nom de 
l'Institut par S. E. Yacoub pacha Artin, le président invite les 
personnes qui auraient à présenter quelques observations 
sur la communication de M. Casanova, à prendre la parole. 

M. le comte Zaluski pense qu'il faut établir une dis- 
tinction absolue entre le personnage historique du nom 
de Kara Kouch et le héros populaire qui correspond au 
Karaçjicuz des turcs, et dont le nom s'écrit d'ailleurs 
^'/oii j^> (Karadjouz ou Quaradjouz). Ce dernier 
remplissait autrefois, en Orient, le rôle que jouaient les 
fous aux cours des rois et des seigneurs de l'Occident. Sous 
le masque de la stupidité, les Karadjouz ou Quaradjouz 
donnaient des leçons de sagesse. On attribue la fondation 
de* leur corporation au cheikh Kuchterii de Brousse, et on 
se sert encore en Turquie de la locution « Houkmi Kara- 
kouchi» jugement à la Karakouch. Les noms de Karadjouz, 
l'homme aux yeux noirs, et de Karakouch, se confondent 
donc en turc vulgaire, ce qui ferait supposer que l'étymo- 
logie du dernier des deux n'est point o-y l^Karagouch, 



— 229 — 

oiseau noir, mais peut être J^T'ir'Karagouch, l'homme 
aux oreilles noires. En effet, le 2 (gàf ) persan s'écrivant 
également ïl ou simplement il, l'omission des trois points 
ou du petit trait, usitée même parles Persans, expliquerait 
suffisamment l'altération de la prononciation de cette 
lettre chez leurs voisins. D'ailleurs l'épithète de « noirs » 
qui se retrouve dans beaucoup de surnoms drolatiques, 
remonte à la plus haute antiquité, puisque l'Héraclès d'une 
métope de Sélinonte portant, suspendues à sa massue, 
deux cercopes sur son épaule, reçut de ces méchants nains 
le surnom de Mélanopyx. 

M. le président donne la parole à M. Sickenberger, pour 
donner lecture de sa communication sur le Sissou de l'Inde 
(Voir annexe n° 2 à la fin du procès-verbal). 

Les savantes et si intéressantes remarques de M. Sicken- 
berger sur un arbre précieux déjà acclimaté et connu en 
Egypte, sont l'objet des applaudissements des membres 
de L'Institut et de chaleureuses félicitations adressées à 
l'auteur de la communicaiion. 

M. le président, tout en faisant des vœux pour la pro- 
pagation d'espèces sylvestres, dont l'Egypte est presque 
entièrement dépourvue, appelle l'attention de l'Institut 
sur la présence, récemment constatée au Caire, d'un in- 
secte ravageur connu sous le nom de Coroside Crossotosoma 
œgyptiacum, qui a causé de grands ravages à la végétation 
des arbres des jardins des environs d'Alexandrie. S. E. 
Yacoub pacha Artin engage les entomologistes et les bota- 
nistes à surveiller ce parasite et à chercher les moyens 
d'arrêter sa propagation. 

M. Sickenberger explique qu'on a trouvé en Californie, 



— 230 — 

où l'insecte ravageur pullule et d'où l'on suppose qu'il a 
été exporté, une espèce de coléoptère qui le détruit ; qu'on 
avait fait venir de ces coléoptères pour les propager à 
Alexandrie, qu'ils sont morts en route, mais qu'un nou- 
vel envoi, opéré en temps plus favorable, est attendu, et 
qu'il y a tout lieu d'espérer que les coléoptères arriveront 
vivants et pourront accomplir leur œuvre utile de des- 
truction de la Coroside signalée. 

S. E. Yacoub pacha Artin donne ensuite lecture de la 
communication suivante : Des devises qui accompagnent les 
noms des mois copies dans le langage populaire arabe en Egypte 
(Voir annexe n° 3). 

La lecture de S. E. Yacoub pacha Artin est suivie d'une 
salve d'applaudissements. 

S. E. le D r Abbate pacha demande si les aphorismes 
rapportés dans la communication de M. le président sont 
d'origine égyptienne ou arabe. 

M. le comte Zaluski voudrait rattacher les devises 
arabes, si ingénieusement expliquées par le conférencier, 
à la littérature de dictons dans lesquels les populations 
rurales, antiques et modernes, ont, en quelque sorte, 
résumé leurs notions d'hygiène et d'agronomie. Il rap- 
pelle à ce sujet que le plus ancien et le plus complet recueil 
de ces règles et conseils, s'appliquant non-seulement à 
chaque mois, mais aussi à chaque jour de l'année, se 
retrouve dans le livre d'Hésiode intitulé : "Epya xat 'Bpép&i 
Les Travaux et les Jours. Si les proverbes arabes du même 
genre ne sont pas la traduction d'anciens adages égyptiens, 
ils en sont certainement la continuation et coulent d'une 
source commune aux uns et aux autres. 



— 231 — 

S. E. Yagodb pacha Abtin fait observer que les apho- 
risnies s'appliquent exactement aux saisons et au climat 
d'Egypte ; que les calendriers en langue arabe et celui 
publié en français par l'ingénieur Tissot, comprennent 
aussi des adages ou des prescriptions pour chaque jour de 
l'année, mais que seuls les égyptologues pourraient dire 
si ces aphorismes sont d'une origine remontant à l'anti- 
quité pharaonique. 

M. Vextre bey aurait beaucoup à dire sur la question 
soulevée, mais pour ne pas ouvrir une trop longue discus- 
sion, il se borne aux deux remarques suivantes : 

1° L'origine du calendrier copte avec ses éphémérides, 
devises ou aphorismes appliqués à l'hygiène, à l'agricul- 
ture, etc., tel qu'il nous a été présenté par S. E. Artin 
pacha ne peut remonter bien haut ; car la différence entre 
l'année, résultant de la correction julienne imposée par 
la domination romaine, et l'année tropique, suivant la 
marche réelle du soleil , c'est-à-dire comptée en jours 
solaires, conduit déjà, en remontant à partir de l'époque 
actuelle, à un déplacement d'un demi-mois de ce calendrier 
sur l'ordre naturel des saisons, pour le temps d'Auguste, 
époque, précisément, où la nation égyptienne proprement 
dite disparait. Et, remontant plus haut dans les siècles 
passés, si l'on supprime l'intercalation du jour « épago- 
mène » imposée au calendrier copte en l'an 25 avant J.-C, 
sur laquelle nous sommes bien d'accord, pour reconstituer 
le calendrier de l'époque, tel qu'il nous est présenté 
aujourd'hui, on est conduit pour les éphémérides que 
donne ce prétendu reste des archives scientifiques et 
annales nationales de l'antique civilisation égyptienne, à 
un déplacement bien plus considérable par rapport à 



— 232 — 

l'ordre naturel des saisons : car, ici, il ne faut pas plus de 
1507 années pour que ces éphômérides aient fait complète- 
ment le tour du calendrier naturel du soleil 

2° La nature même d'une foule d'éphémérides, faits 
historiques entremêlés de faits géographiques et astrono- 
miques, que ce calendrier renferme et qui se rapportent à 
tout l'Orient, en dehors des particularités plus spéciales à 
l'Egypte, montre bien comment et vers quelles époques, 
relativement récentes, cet almanach a pu être composé. . . 

En résumé, les éphémérides de l'almanach dit «Copte», 
à part les indications plus ou moins modernes ajoutées 
après coup, se rapportent à un calendrier qui, ne suivant 
pas exactement la marche du soleil, ne peut, en tous cas, 
aujourd'hui, fournir sur les indications relatives aux 
époques éloignées qu'on lui prête, que des données fausses, 
déplacées ou contradictoires, quels que soient le talent, les 
prodiges de sagacité ou de pénétration de nos savants 
étymologistes. 

M. Gavillot se rappelle avoir lu un mémoire présenté à 
l'Institut d'Egypte par un des savants qui accompagnaient 
l'expédition française, M. Rémi-Raige. Cet orientaliste 
avait traduit chacun des noms des mois de l'année égyp- 
tienne conservés dans le calendrier copte, et il avait 
démontré par cette traduction, que chaque nom de mois 
exprimait un état ou une prescription agricole absolument 
spéciale à l'Egypte et coïncidant exactement avec l'année 
solaire, lorsque cette année commençait avec l'année 
vague en usage en Egypte ; mais que Jules-César ayant fixé 
l'année vulgaire à une époque où cette année n'était pas, 
par les mois du calendrier, en coïncidence avec l'année 
solaire, il en était résulté que le sens exact donné par les 



— 233 — 

noms des mois coptes ne s'appliquait plus aujourd'hui 
aux saisons et aux travaux égyptiens indiques par ces 
noms. D'où suit que les adages et aphorismes rapportés 
par S. E. Yacoub pacha Artin, étant, eux, en concordance 
avec les saisons et les travaux agricoles en Egypte, il est 
à supposer que ces adages et aphorismes auraient été 
imaginés postérieurement à la réforme du calendrier 
égyptien par Jules-César. M. Gavillot n'a plus en sa pos- 
session le mémoire de M. Rémi-Raige, mais s'il peut le 
retrouver, il en fera l'objet d'une note qu'il présentera à 
l'Institut. 

L'Institut se forme en comité secret. 

Après discussions, il est décidé : 1° que le règlement sur 
le port de la médaille insigne, élaboré par une commission 
composée de MM. Tito Figari, Gavillot et W. Abbate, 
présenté et approuvé dans la séance du 6 juin 1890, sera 
lu de nouveau à la prochaine séance afin d'en rappeler les 
dispositions aux membres résidants nouvellement élus, 
et à ceux qui étaient absents le 6 juin 1890 ; Et 2° que 
chaque membre résidant pourrait retirer dès aujourd'hui 
la médaille qui lui est destinée contre sa signature ap- 
posée sur la feuille d'émargement qui est entre les mains 
de M. Vidal, aide-bibliothécaire. 

La séance est levée à 5 heures et quart. 



Annexe N° 1 à la séance du 4 décembre 1891. 



KARAKOUGH 

( Set XjéQ-eixcie et son. Histoire ). 



PAR 

M. Casanova 



Tous les Egyptiens connaissent la légende de Karàkoûch, dont 
les histoires burlesques sont si goûtées du peuple. Cette légende 
semble s'être confondue avec celle du Karagheuz turc, qui n'est 
probablement pas éclose sur le sol égyptien, mais qui s'y est 
facilement acclimatée, grâce à une certaine analogie des deux noms. 
Sans m'occuper de cette dernière, je me propose de déterminer ici 
l'élément proprement égyptien et de distinguer la légende de 
l'histoire. 



Qu'est-ce aujourd'hui que Karàkoûch (1) pour le peuple ? c'est un 
sultan du Caire qui vivait on ne sait à quelle époque, et qui s'est 
rendu célèbre par ses jugements. La tradition des peuples sémitiques 
se complaît dans ces récits de jugements, les uns ingénieux, 
d'autres simplement étranges, parfois grotesques. Le kitàb Al- 
Agàni, les Mille et une nuits, le Mostatrief nous en donnent des 
échantillons variés. Karàkoûch a la spécialité des plus insensés où 
l'idiotisme pur et l'indécence grossière se disputent le prix. 

Telle est la légende actuelle ; telle je la retrouve dans un 
manuscrit de la bibliothèque de Munich, écrit en Egypte en 1200 

(1) En Syrie et en Egypte veut-on parler d'une décision bizarre et absurde on dit: c'est un 
jugement à la Karàkoûch cO'L^^- 



— 235 — 

de l'hégire (1786 de notre ère), où, parmi divers récits se trouve un 
morceau intitulé « Broderie bariolée sur le jugement du sultan 
Karàkoùch (1) » ; quelques pages plus loin on trouve d'autres récits 
sur le compte du même, le tout est lié sans transition aux récits de 
Djehà, le Calino égyptien. Ce voisinage et les réflexions de l'auteur 
indiquent nettement le caractère de la légende. 

Il nous est permis de remonter plus haut. Un manuscrit de la 
bibliothèque nationale de Paris intitulé « Le livre de la stupidité dans 
les jugements de Karàkoùch (2) » dégage quelques éléments histori- 
q lesdans cette légende. 

Dans la préface, l'auteur, qui n'est autre que le célèbre Soyoûti (3), 
dit en substance : « En l'année 899, faisant mon cours à la mosquée 
d'Ibn-Touloùn, je fus interrogé sur Karàkoùcb. Est-ce un person- 
nage de fantaisie? ou a-t-il vraiment existé? Or, voici ce que j'ai 
trouvé dans Abou'l Mohasen : 

« Bahà-eddîn Karàkoùch était vizir d'Egypte sous Salah-eddin(4). 
C'était un brave homme, mais un peu bizarre, et quand Saladin 
quittait l'Egypte, il laissait pour le surveiller un de ses fils. Une 
année qu'il ne prit pas cette précaution, Karàkoùch se livra à 
toutes sortes d'excentricités. » 

Suivent quelques récits dont beaucoup se retrouvent dans le 
manuscrit de Munich. 

Ici Soyoûti fait une partie de notre besogne. Il établit le caractère 
historique du personnage. Ce n'est plus un sultan, c'est un vizir (5), 
et l'époque est fixée : celle de Saladin. D'ailleurs, les renseigne- 
ments historiques sont assez inexacts. Mais il nous est maintenant 
parfaitement permis de déterminer le personnage. 

Il s'agit de Bahà-eddîn, eunuque arménien, connu sous le nom de 
Karàkoùch, qui fut, non pas vizir, mais un des auxiliaires favoris 
de Saladin. Lorsqu'en 567 Saladin proclama la déchéance des 

(2) J*y^ pIsXi <j crj^^ yJ& 

(:i) Morl en 911. 

{•,) Le célèbre sullan d'Egypte qui reprit Jérusalem aux Croisés, plus connu sous le nom 
francisé de Saladin. 

(5) Pourtant,dans un de ses récits, l'auteur, sans s'apercevoir de la contradiction, lui donne le 
titre de sultan. 



— 236 — 

Fatimides, il les plaça, ainsi que leurs trésors, sous la garde de 
Karàkoùch. C'est lui qu'il chargea en 572 de construire les fortifi- 
cations du Caire, y compris la Citadelle. Enfin, en 585, il le choisit 
pour l'opposer aux Croisés qui allaient attaquer S'-Jean d'Acre. Je 
reviendrai plus au long là-dessus. 

Nous tenons donc le personnage historique. Mais d'après le peu 
que nous venons de voir, il ne s'agit pas là d'un sot, d'un excentrique, 
en qui Saladin ne met pas aisément sa confiance. Comment la 
légende s'est-elle ainsi dénaturée? 

Poursuivons l'étude des documents en remontant peu à peu les 
siècles. 

L'écrivain qui me fournit les renseignements précédents, Ma- 
krizi (1), dit quelque part. « Ce Karàkoùch est celui des jugements 
bien connus et des histoires tant contées, et c'est de lui que parle 
le livre connu sous le nom de La stupidité dans les jugements 
de Karàkoùch (2). Ainsi, du temps de Makrizi cette légende 
existe déjà. Mais voici qui est étrange: Makrizi cite un ouvrage que 
Soyoùti prétend avoir composé plus de cinquante ans après. 

Evidemment Soyoùti, par un procédé trop cher à certains 
auteurs orientaux, a tout simplement pris un titre connu et l'a fait 
servir à ses récits. Le livre de Soyoùti n'est donc qu'un plagiat. 
De qui est l'original? 

La précieuse bibliographie arabe d'Hadji Khalfa va nous ren- 
seigner à coup sur. Voici ce qu'il dit (3) : La stupidité dans les 
jugements de Karàkoùch. Asad ibn El Khatir ihn Al Mammati 
mort en 60G (1209) a écrit ce livre sur les qualités de Bahà-eddîn 
Karàkoùch, mort en 597 (1200). Ibn Khallikàn dit que: « il y a dans 
ce livre des choses invraisemblables et qu'il déclare controuvées. » 
Cette fois nous tenons l'auteur, c'est un contemporain de Karà- 
koùch, et Ibn Khallikàn lui-même, qui n'est guère plus moderne 
qu'eux, va nous mettre au courant. 

Si nous ajoutons aux renseignements d'Ibn Khallikàn (notices 
biographiques de Karàkoùch et d'Ibn Mammati) divers passages 
recueillis dans Makrizi, nous allons pouvoir déterminer la source 
de la légende, à son premier flot, pour ainsi dire. 

(0 Mort en 845. 

(2) Makrizi. Ed. Boulaq, Tome II, p. loi, article des ponts de Ghizeh. 

(3) Ed. Fluegel. Tome IV, p. 344. 



— 237J— 

Le kadi Al Asaad ibn Mammati était issu d'une de ces familles 
chrétiennes, probablement coptes, qui, de tout temps en Egypte et 
surtout sous les Fatimides, occupèrent les places principales clans 
les diverses administrations (1). A la chute des Fatimides, Saladin 
contraignit cette famille à se faire musulmane. 

Al Asaad naquit au Caire vers 544 de l'hégire. C'était un homme 
de grande imagination: son divan de poésies est cité avec éloges 
par lbn Khallikàn et Imàd eddîn. Il fit en vers une histoire de 
Saladin. Le kadi Al Fadil, un des conseillers les plus écoutés de 
Saladin, l'honora d'une faveur particulière : il l'appelait le rossignol. 
des bureaux ^JbiijJ, 

C'était en même temps un administrateur consciencieux. Il se 
livra à des travaux de statistique considérables sur l'Egypte et ses 
provinces. On a de lui Les règles desclicans j>j\j^\jc\ji , ouvrage 
contenant de précieux renseignements sur l'administration égyp- 
tienne. 

Enfin il se mêla un peu de politique. Du moins, c'est ce qu'il est 
permis de conclure des dernières circonstances de sa vie. C'est alors 
qu'il dut se rencontrer avec Karàkoùch, entrer en compétition 
avec lui, qui était resté un haut personnage politique, et se venger 
par l'écrit satirique qui, quoique disparu aujourd'hui, a laissé une 
trace ineffaçable. 

Ibn Khallikàn dit fort sensément que les allégations contenues 
dans l'ouvrage d'Ibn Mammati lui paraissent invraisemblables, 
quand on songe aux hautes missions que confia Saladin à Karàkoùch. 
Mais si le kadi avait beaucoup d'imagination, cependant il n'a pu 
tout inventer: il n'y a pas de fumée sans feu, Karàkoùch devait 
bien avoir ses travers. 

Or, par une coïncidence curieuse, Karàkoùch a donné lieu à une 
autre légende, non plus chez les Orientaux, mais chez les Croisés, 
et quelques passages des historiens latins vont lui donner un nouveau 
caractère. 

L'énergie et l'activité apportées par Karàkoùch au siège de 
St. -Jean d'Acre durent frapper les Croisés, qui racontèrent que 
Caracocs (ou encore Caretis) était un homme d'un âge extraor- 
dinaire, qu'il avait connu Godefroj r de Bouillon et qu'il ne comptait 

(0 Cette famille était originaire de Sioùt. 



— 238 — 

pas moins de 270 années ! (1) On ajoutait qu'à vivre si longtemps, 
il avait acquis un grande expérience et une rare sûreté de jugement. 
On citait de lui des conseils empreints de la plus grande sagesse et 
pleins de vues prophétiques. 

Que le proverbe a raison de dire : nul n'est prophète en son pays ! 
Pour ses compatriotes et coreligionnaires Karakoùch est un 
grotesque, pour les étrangers il apparaît comme un vieux patriarche 
digne de vénération par sa sagesse ! Gomment concilier ces deux 
vues contradictoires ? 

11 me semble qu'on peut y arriver, si l'on suppose chez Karakoùch 
une certaine tendance à la fantaisie, et je vous demande pardon de 
ce néologisme familier, mais nous sommes sur un domaine populaire, 
à ce qu'on appelle aujourd'hui : la fumisterie. Il devait débiter 
d'un air grave des choses mystérieuses et prononcer, en pince- 
sans-rire, les décisions les plus drôles. Les Croisés l'ont pris au 
sérieux. Ibn Mammati, comme je suis amené à le croire, a, par 
vengeance, affecté de le prendre aussi au sérieux, et lui a prêté 
mille drôleries qui ont fait de Karakoùch un type de bêtise. 

Cette tendance, que j'attribue à notre héros, n'exclut pas. vous 
le savez, la plus grande sagesse et les idées les plus élevées. Il me 
semble voir la légende complète de Karakoùch dans l'œuvre de 
Rabelais. Supposez qu'on détache de Rabelais uniquement les 
anecdotes graveleuses et bouffonnes, on aura pour son Pantagruel 
ou son Gargantua le Karakoùch moderne; supposez qu'on n'en 
garde que les parties de haute philosophie « la moelle substanti- 
fique », on aura le Caracois des Croisés. Et si l'on se rappelle 
le double caractère de Rabelais, moine plaisant et grivois, en même 
temps que savant et philosophe élevé, on a, à mon sens, précisément 
le type psychologique de Karakoùch. 

Je ne pousse pas plus loin la comparaison ; mais je ne puis m'em- 
pêcher de voir dans Karakoùch un Rabelais oriental, qui a été porté 
par les événements à une haute situation politique et y a librement 
déployé les deux faces de son caractère, comme le Rabelais d'Occi- 
dent l'a fait dans son livre immortel. 

On voit que je me fais une haute idée de ce Karakoùch. Il est 

(i) Académie des Inscr. Historiens des croisades (Ilist. occid. Tome II, p. 127). 



- 239 — 

temps pour justifier mon jugement de laisser la légende et de pas- 
ser à l'histoire. 

II. 

Je ne m'attarderai pas dans les détails, je me contenterai de suivre 
l'excellente biographie d'Ibn Khallican (1) en y aj Mitant quelques 
renseignements utiles recueillis chez Makrizi, Abou-Chama, Baha- 
Eddin, etc. 

L'émir Karakouch ibn Abd Allah l'Asadien (2), surnommé Baha- 
Eddin était un eunuque roumî, c'est-à-dire né en Asie Mineure ou en 
Arménie ; il avait été l'esclave de Saladin, ou peut-être deChirkouh, 
oncle de Saladin. On sait que celui-ci conquit l'Egypte en 564, s'im- 
posa comme vizir au dernier khalife fatimide, mais mourut deux mois 
après. Karakouch s'entendit avec le cadi Isa, et parvint, malgré 
bien des obstacles, à faire transmettre au jeune Saladin toute la 
puissance dont avait joui son oncle. Ce fut le commencement de la 
fortune prodigieuse du futur conquérant de Jérusalem. Il méritait 
d'ailleurs, à tous égards, le dévouement de ses amis, et il conserva 
à ces deux hommes une éternelle reconnaissance. 

Gomme première récompense, nous l'avons vu, il confia à Kara- 
kouch la garde du palais des Fatimides. Quand, après la chute de 
ces derniers, leurs partisans se furent, à diverses reprises, révoltés 
contre lui, il conçut la pensée de créer une citadelle à l'image de 
celles qu'il avait vues en Palestine, où les Croisés se renfermaient 
avec tous leurs gens, leurs équipages, etc. C'est Karakouch qui exé- 
cuta ce plan, et construisit la citadelle qui subsiste aujourd'hui. Une 
enceinte qui ne fut pas terminée devait envelopper le Caire et Fos- 
tat. Les ponts de Ghizeh furent construits, etc. Karakouch fit un 
grand nombre de fondations pieuses ou utiles (couvents et khans). 
Un quartier du Caire porta longtemps son nom (Hàrat Baha-Eddin). 

Après la prise de Jérusalem, Saladin, menacé par une formidable 
croisade, appela en tout hâte Karakouch pour fortifier Saint-Jean- 
d'Acre. Après une lutte acharnée de deux [ans (585-586), celui-ci 
dut livrer la ville. Fait prisonnier, il fut racheté pour trente mille 

(1) Traduction anglaise Tome If, p. 529. 

(2) Voir plus loin l'explication de ce titre. 



— 240 — 

pièces d'or, et Saladin l'accueillit avec joie, dit Baha-Eddin « comme 
un homme envers qui l'islamisme et les musulmans avaient con- 
tracté une si haute dette de reconnaissance. » 

De retour en Egypte, après 588, Karakoùch devint général du 
corps asadien (corps d'élite formé par Asad-Eddin Ghirkouh à son 
arrivée en Egypte), ce qui lui assurait une situation prépondérante, 
mais lui attira en même temps des ennemis. Dm-Hammati était 
précisément ce qu'on pouvait appeler inspecteur général du minis- 
tère de la guerre JUMcJ^wJ,^ et il est permis d'admettre qu'il 
y eut quelques-uns de ces conflits toujours fréquents entre le guer- 
rier et l'administrateur. 

Quoi qu'il en soit, Karakoùch arriva hientôt à l'apogée de la puis- 
sance, quand El Malik-el-Aziz, fils et successeur de Saladin en 
Egypte, mourut (595). Il laissait un fils en bas âge, et nommait 
comme régent (atabek) l'émir, général du corps asadien, Kara- 
koùch. Mais une violente opposition se déclara contre celui-ci. 
Djaharkàs, général d'un corps rival, le Nâsirien, s'entendit avec 
d'autres, dont Ibn-Mammati, je pense, pour donner cette tutelle à 
El Malek-el- Aidai, fils de Saladin et oncle du jeune prince. Celui-ci 
accourut au Caire, et la faction rivale de Karakoùch parut triom- 
pher. Mais il dut y avoir une nouvelle révolution de palais, car 
El Afdal fut chassé d'Egypte par El Malek-el-Adel, le frère de 
Saladin, qui, sous couleur de tutelle, mit la main sur l'Egypte (596). 
Son vizir Safi-Eddin se signala par des exécutions qui ressemblent 
à des représailles, et il est dit que Ibn-Mammati s'enfuit pour 
échapper à sa vengeance. De ce fait, attesté par Ibn Khallicàn, je 
conclus qu'Ibn Mammati appartenait à la faction qui avait appelé 
El Afdal, et par conséquent, renversé Karakoùch. 

J'insiste sur ce détail, parce que j'y vois l'explication sinon 
l'excuse de sa mauvaise action envers cet homme si apprécié de ses 
contemporains. 

Karakoùch ne profita pas de cette réaction contre ses ennemis. 
Il mourut en 597 et fut enterré au pied du Mokattam. 

Tels sont les principaux traits de cette existence si bien remplie. 
Les faits sont assez éloquents par eux-mêmes. J'y joindrai le témoi- 
gnage des contemporains. Abdellatif, qui avait vu construire sous ses 
yeux les grandes œuvres de Karakoùch, l'appelle « homme de 



— 241 — 

génie (1) ». Nous avons vu ce qu'en pensent Baha-Eddin (2) et Ibn 
Kliallikàn ; même jugement est porté par Abou-Ghama. (3). Mais le 
témoignage le plus formel et le plus précieux nous est donné par 
un homme qui a dû l'approcher de très près, le célèbre secrétaire 
de Saladin : Imàd-Addin (4). Dans ce style fleuri et souvent alam- 
biqué que le savant secrétaire a cru devoir adopter, au grand 
désespoir des historiens, pour nous conter les hauts faits dont il fut 
témoin, il nous fait assister à une scène qui démontre à l'évidence 
la haute estime où Karakoùch était tenu. Le moment est solennel ; 
on a appris la formation d'une formidable croisade. Par terre, c'est 
le grand empereur d'Allemagne qui arrive ; par mer, les deux plus 
puissants rois de la chrétienté vont faire voile sur S'-Jean-d'Acre : 

« Les vues différaient au sujet d'Akka (St-Jean-d'Acre), c'était une 
ville délabrée, aux maisons éparses, aux murs non entretenus, même 
la plus grande partie dénuée de murs. On jugeait qu'il y avait péril 
aie laisser ainsi, et préjudice à l'abandonner. Parmi nos compa- 
gnons, les uns proposaient de le ruiner, de conserver les forts, et de 
construire la citadelle d'Alkaïmoun; d'autres disaient :qui conserve 
Akka est maître de la mer, et extermine l'infidèle 

«. Le Sultan dit : «Je ne vois pour la solution du problème inquié- 
« tant et l'éloignement de l'accident imminent, que le génie dont la 
« flèche pénètre et dont l'intelligence atteint le but,le héros guerrier, 
« l'ingénieur expérimenté, le probe, le fin, le respecté, l'étincelant, 
« l'homme au coup d'œil supérieur, à la course impétueuse, le sûr, 
« qui répond de dompter les rétifs et de redresser les infirmes et c'est 
« le soutien qui ne tremble pas, la montagne qui ne s'ébranle point : 
« Bahà-Eddin Karakoùch, celui dont l'âme acceptera la charge que 
« les armées n'accepteraient pas, c'est celui qui a entouré de murs 
« Fostat et le Caire, qui a dépassé et surpassé tous les coursiers par 
« les traces brillantes de sa carrière etc. (5) ». 

(1) Traduction de S. iTacy p. 171. 

(2) Kadi de l'arinéfc sous Saladin, morl en 632. 

(3) Auteur d'une histoire de Nour-Eddin et de Saladin Le livre d s deujc lombeanxC>-'^ l jJ^'~ J ^ 
mort en 665. 

(4) Mort comme Karakoùch en 597. — Lire dans le texte publié par M. de Landberg, le cha- 
pitre intitulé : « De la mise en état de Sl-Jean-d'Acre » p. 117. 

(5) Je demande pardon si la traduction trahit par trop l'original. Ce texte est fort difficile, 
et il a fallu la science consommée d'un arabisant comme le comte de Landberg pour l'établir. 
Puisse le savant orientaliste doubler le prix du service rendu en n'en faisant pas attendre trop 
longtemps la traduction ! 16 



— 242 — 

Laissons de côté ce qui appartient à la rhétorique. Il reste incon- 
testable qu'Imàd-Eddin a assisté à ce conseil (c'était sa fonction), et 
qu'il en a gardé une impression profonde. Nous pouvons nous 
contenter d'un tel témoignage et dire avec Abdellatif et avec Sala- 
din, que Karakoùch était vraiment un homme de génie (1). 

Voilà ce que dit l'histoire. 

III. 

Pour compléter cette étude, il ne me reste qu'à donner quelques 
extraits des deux manuscrits dont je vous ai parlé. Nous aurons 
ainsi entendu tous les témoins. J'emprunte les extraits du manuscrit 
de Paris à l'excellente note que S. de Sacy consacre à Karakoùch 
dans la traduction d'Abdellatif. 

« Karakoùch employait tous les ans une somme considérable en 
aumônes. Ce'te somme était entièrement épuisée, lorsqu'une femme 
vint le trouver et lui exposa qu'elle venait de perdre son mari, et 
qu'elle n'avait pas de linceul pour l'ensevelir : « les fonds des au- 
« mône.5 pour cette année-ci sont épuisés, lui dit Karakoùch ; revenez 
« Tannée prochaine et, Dieu aidant, nous vous donnerons un linceul ». 

Un soldat étant entré dans une barque oii il y avait un fellah 
avec sa femme, battit si rudement cette femme, qui était grosse de 
sept nuis, qu'elle fit une fausse couche. Sur la plainte du laboureur, 
Karakoùch condamna le soldat à prendre la femme chez lui, et à la 
nourrir jusqu'à ce qu'elle fut grosse de sept mois, époque à laquelle 
il la rendrait à son mari, « Seigneur, dit le laboureur, je renonce à 
ma plainte, et me remets à la justice de Dieu». Puis il reprit sa 
femme et s'en alla. 

Un créancier se plaignant d'un débiteur qui ne satisfaisait pas à 
ses engagements, le débiteur se justifiait en disant qu'il était pauvre ; 
que, dès qu'il avait gagné quelque argent, il le portait à son créan- 
cier, mais qu'il ne pouvait réussir à le rencontrer, et qu'il n'avait 
pas plutôt dépensé son argent, que son créancier venait le trouver 

(1) Dans un passage du même [mâd Eddin rapporté par Abou-Chama Tome II, p. 244, il faut 
noter qu'en réitérant ces éloges, Imàd Eddin signale chez Karakoùch une énergie parfois excessivt 
et dégénérant en entêtement. Là est peut-être le secret des inimitiés irréconciliables qu'il auraie 
soulevées. 



- 243 — 

et lui demander le remboursement de sa créance. Là-dessus Kara- 
kouch ordonna que Ton mit le créancier en prison, afin que son 
débiteur fut sûr de le trouver quand il voudrait lui faire un paie- 
ment. Le créancier n'hésita pas à se désister de sa demande. 

Quelque chose ayant été volé du temps de Karakouch, et les pro- 
priétaires lui en ayant porté plainte, il s'informa d'eux si la rue 
où ils demeuraient était fermée d'une porte. Sur leur réponse affir- 
mative, il se fit apporter la porte et ordonna qu'on la frappât. 
Pendant qu'on exécutait ses ordres, il approcha son oreille de la 
porte et lui parla tout bas. Ensuite il fit appeler tous les habitants 
de la rue, et, en présence de la porte, il dit : « La porte que voilà, 
me dit que celui qui a la chose volée a une plume sur la tète ». Le 
voleur, qui se trouvait là, porta machinalement la main à sa tête, 
Karakouch qui le vit, le fit battre pour tirer de lui un aveu : celui- 
ci avoua le vol et rendit la chose volée, que Karabouch fit remettre 
au propriétaire. 

Ce trait prouve que les saillies de Karakouch n'étaient pas tou- 
jours celles l'une insensé. ...» 

A ees paroles de S. de Sacy, j'ajouterai que ce dernier trait me 
parait plus propre que tout autre à expliquer la double légende 
que j'ai signalée et le caractère que j'attribue à Karakouch : grande 
sagesse, aimant à s'entourer de formes mystérieuses et à se mani- 
fester de la façon la plus drôle. D'ailleurs, dans tous les récits don- 
nés,, on peut se demander si Karakouch est convaincu, ou s'il ne 
se moque pas du bon peuple d'Egypte. Une autre anecdote que je 
trouve dans le manuscrit de M unicii me paraît devoir être jugée ainsi. 

Un fils, voulant se débarrasser d'un père avare, imagina de le 
faire enterrer vivant. Il soudoya des hommes qui, profitant du som- 
meil du vieillard, l'enfermèrent en un cercueil et le portaient au 
cimetière, quand Karakouch vint à passer. L'autre crie : justice ! 
Le sultan s'informe, le pseudo-mort explique son cas. Le fils pro- 
teste: « Sultan, je vous assure qu'il est bien mort; c'est uniquement 
pour me faire du tort qu'il dit cela, interrogez mes témoins ». Tous, 
en effet, affirment au sultan que l'homme est bien mort : « C'est 
une affaire entendue, dit le sultan, le témoignage d'un seul ne peut 
prévaloir. — Emmenez-moi cet homme au plus vite à Karafa, si on 
les écoutait, ces gens-là ne voudraient jamais se faire enterrer. » 



— 244 — 

Pour terminer, je donne deux anecdotes du manuscrit le plus 
moderne, qu'on m'avait déjà contées au Caire, et où le héros devient 
franchement hé te. 

A} r ant fait sécher sa chemise sur le Mokattam, il la voit emportée 
par un vent violent: « Seigneur, soyez héni, s'écria-t-il, si à ce mo- 
ment j'avais été dans ma chemise, j'eusse été enlevé aussi ! » 

Un de ses faucons s'échappe de la volière: « Vite, dit-il, qu'on 
ferme Bab-el-Nasr et Bab-el-Foutouh, qu'il ne puisse se sauver du 
Caire ! » 

Vraiment qui reconnaîtrait dans une si grossière caricature le 
vaillant serviteur de Saladin, celui dont nous avons entendu le ma- 
gnifique éloge prononcé par le maître lui-même, et recueilli par son 
his!oriographe? Ne fallait-il pas mettre en regard la vérité histori- 
que? C'est le devoir du savant et de l'historien, de lutter contre les 
préjugés populaires, d'arracher à leur piédestal les réputations 
usurpées et de réhabiliter les mérites méconnus. Et ne voyez-vous 
pas dans le récit que je viens de faire comme un triste et saisissant 
emblème de la décadence où est tombée la brillante société musul- 
mane du moyen âge? Elle qui a jeté tant d'éclat, produit tant de 
grands hommes et de grandes choses, elle est aussi méconnue au- 
jourd'hui et elle n'apparaît aux yeux des observateurs superficiels, 
ignorants de l'histoire vraie, que comme enfantine, grotesque ou 
odieuse. Puisse-t-elle un jour être complètement réhabilitée, comme 
je crois l'avoir fait pour un de ses enfants les plus mémorables. (1) 

(i) C'est avec plaisir et reconnaissance que j'accueillerai tous les détails nouveaux qu'on 
pourrait me fournir sur la légende de Karakouch. 

Ahmed effendj Zekj- m'a signalé à la Bibliothèque khédiviale, dans un recueil, un texte 
attribué à Ibti Mammati, contenant une préface d'un -caractère haineux et une dizaine de 
jugemeuls dont l'esprit est bien différent de ceux que conte Soyoûti. J'ai l'intention de publier 
ce texte, qui me parait bien être le véritable original. — A la même bibliothèque se trouvent 
aussi deux fragments du manuscrit de Soyoùti. 

CASANOVA. 



Annexe N° 2 à la séance dn 4 décembre. 



EE SISSOU DE L'INDE 

( ZDaliberglsi Sissoo I?,02£:3D-ULrgli ). 



PAR 

M. SlCKENBERGER 



Dans un pays comme l'Egypte, où le bjis est si rare et si cher 
on devrait examiner s'il ne serait pas possible de combler cette 
lacune en établissant des plantations répondant au climat et aux 
exigences du pays. 

Examinons d'abord les essences se trouvant actuellement chez 
nous : Nous avons, poussant à l'état spontané, le Sant (Acacia 
nilotica) et l'Athl (Tamarix articu(ata), en état de culture 
depuis les temps les plus reculés; le Sycomore (Ficus sycomorus), 
indigène du Yémen, d'après les observations récentes de notre 
collègue Schweinfurth, et le Nabk (Zizyphus spina Christi), 
un des lotus présumés des anciens, et, d'introduction plus récente, 
le Lebbakh (Albizz-ia Lcbbek) et le Filao (Casi/arina equisiei- 
folia) ; le Saule du pays {Salix safsaf) n'est pas de taille assez 
développée pour être pris en considération. Toutes les autres intro- 
ductions n'ont pas réussi ou sont restées trop limitées pour être de 
quelque importance. Le développement du Sant, du Nabk et de l'Athl 
est tellement lent qu'on ne peut tenir compte de ces arbres, quoique 
la qualité de leur bois soit très appréciable. Le Sycomore et le 
Lebbakh demandent, pour bien pousser, tant d'humidité, qu'on ne 
peut en établir de plantations importantes que dans la région régu- 
lièrement arrosable, et cela se défend par l'intérêt de l'agriculture. 
Ces deux espèces d'arbres ont des couronnes très épaisses et très 
étendues qui ombragent une grande circonférence et empêchent 
ainsi la culture. Gomme le rapport de ces arbres est inférieur à 



— 246 — 

celui de l'agriculture proprement dite, on agirait mal en privant 
ainsi le pays d'une partie de son sol arable. Reste la Cas larina : 
cette espèce se développe assez \ite, se contente de terrains sablon. 
neux et fournit un bois très solide, elle atteint en dix ans une hau- 
teur de quinze mètres, et ses branches constituent une bonne 
nourriture pour le bétail. La Casuarina supporte très bien les diffé- 
rences du climat égyptien, mais elle ne prospère que là où la nappe 
d'eau souterraine n'est que de deux mètres, au plus, distante de la 
surface du sol, et il est nécessaire d'arroser souvent les jeunes 
plantations jusqu'à ce que les racines aient atteint cette nappe. 

Pour ces différentes raisons, aucun de ces arbres ne répond au 
besoin, limité par la nécessité d'éviter les terrains propres aux 
grandes cultures (céréales, coton, plantes fourragères, etc., etc.),, 
et il ne reste que la lisière du désert, tant qu'elle ne pourra être 
soumise à l'agriculture par défaut d'irrigation, mais où l'infiltration 
se rapproche assez de la surface pour que l'évaporation de l'eau 
puisse fournir quelque humidité qui suffira pour maintenir l'arbre 
pendant la saison sèche. C)mme la Casuarina ne se contente pas de 
si peu, il faut chercher d'autres espèces pour utiliser ces terrains. 

Il n'y a pas grand choix de pays d'où l'on puisse tirer des plantes 
pour être acclimatées en Egypte. En première ligne, on doit se 
passer des régions où la température, pendant l'hiver, se maintient 
pendant quelque temps au-dessous de zéro, et dont les plantes sont 
habituées à un sommeil hivernal. De cela résulte, par exemple, 
l'impossibilité d'acclimater en Egypte, avec succès, les arbres de 
l'Europe au delà des Alpes. D'un autre côté, on ne peut pas prendre 
en considération les pays qui jouissent d'une humidité se mainte- 
nant presque toute l'année au même degré, comme le Brésil, la 
Guyane, les Antilles et une partie de l'ouest de l'Afrique. Une 
espèce qui ne s'adapte pas aux grandes différences de température 
et d'humidité et qui ne supporte pas le soleil brillant chaque jour 
de la même ardeur, ne sera jamais acclimatée en Egypte. Cette 
clarté presque continuelle du ciel égyptien est un des facteurs qui 
restreint le plus le nombre des plantes appropriée; à l'acclimatation 
chez nous. 

Je ne veux citer qu'un seul exemple : le Yémen, beaucoup plus 
rapproché de l'équateur que l'Egypte et où, par conséquent, l'ardeur 



— 247 — 

du soleil devrait se faire sentir avec plus d'intensité, cultive le 
Caféier sur une grande échelle et il y prospère admirablement, 
tandis qu'en Egypte il ne peut être élevé que dans les lieux bien 
abrités contre le soleil. Pendant l'été, il y a des pluies journalières 
au Yémn, et le soleil ne peut pas percer les nuages pendant les 
heures les plus chaudes de la journée. Ainsi, je ne sais arrivé à 
bien cultiver les plantes que nos collègues Deflers et Schweinfurth 
ont rapportées de ce pays et dont ils ont fait cadeau au jardin bota- 
nique de l'École de Médecine, qu'en les abritant contre l'ardeur du 
soleil d'Egypte. Elles ont été brûlées, dans le vrai sens du mot, 
chaque été. 

Il ne reste donc, pour y chercher des plantes appropriées à 
l'acclimatation chez nous, que les pays occupant la partie du globe 
qui s'étend de l'est de l'Afrique à travers l'Inde, au nordde l'Australie, 
pays bien caractérisés, d'ailleurs, par l'existence des Gasuarinas qui 
s'y trouvent à l'état spontané. Passant en revue les essences 
provenant de ces parages, nous rencontrons en premier lieu, quant 
à la qualité de son bois, le Sissou. 

Il porte dans l'Inde le nom de Sissou, Sissaï, Ghichou, Chiwa, Tali, 
Safldar, Sindi, Yetté, Noukou-Kittaï, Sissou-Hacca ; dans le Penjab 
(Chine), celui de Nelkar, et les Arabes de l'Inde le nomment 
Ghamcham ~^t" et Sousem fj-. 

C'est une légumineuse originaire des contrées arides de l'Indus 
jusqu'à Assam. Cet arbre atteint régulièrement une hauteur de 
vingt à vingt-cinq mètres. Il a les feuilles alternantes, impari- 
pennées à folioles aussi alternes, les fleurs sont pâles, violacées, les 
fruits secs, aplatis, samaroïdes, les graines sont fermes et compri- 
mées. Le bois est à grain fin, serré, blanchâtre, à cœur noirâtre et 
plus résistant à la rupture transversale que celui du Teck. Le 
décimètre cube d'un échantillon du tronc pèse 820 grammes. Il ne 
se fend et ne se déjette pas, il est très élastique et cependant facile 
à travailler. C'est le meilleur bois pour tous les emplois où l'élasti- 
cité doit être réunie à la force. On en fabrique de préférence des 
essieux et des rayons de roue, la boiserie des charrettes entières, des 
wagons, des ustensiles d'agriculture, des bateaux et surtout des 
traverses pour chemins de fer., de la menuiserie et des travaux de 
sculpture. M. Clifford raconte que dans la dernière campagne des 



— 248 — 

Anglais en Afghanistan — ce pays redouté comme le plus destructif 
pour tout le matériel roulant — les affûts de l'artillerie indigène, 
fabriqués en bois de Sissou, n'ont pas souffert, quoique l'expédition 
soit allée jusqu'à Hindoukouch, tandis que les affûts Je l'artillerie 
royale, fabriqués exprès pour le service de l'Inde du meilleur 
matériel européen, à Wolwich, étaient complètement hors d'usage 
après deux mois de service dans la plaine. 

Cet arbre se développe le mieux dans un terrain sablonneux, sans 
qu'il lui faille, comme pour la Gasuarina, atteindre la nappe d'eau 
souterraine. Mais il pousse aussi très bien dans le limon pur du Nil, 
comme on peut l'observer dans l'ile de Rodah, surtout dans le parc de 
notre collègue M. Gavillot, où il y a nombre d'arbres d'une bonne 
hauteur et d'une circonférence de près de deux mètres. Son 
développement est des plus rapides, soit sur les berges sablonneuses 
du Nil, soit à la lisière du désert. Aux environs d'Alexandrie, près du 
lac Mariout, de Bourlos, de Menzaleh, sa culture pourra prendre une 
grande extension et devenir très rémunératrice, ainsi que sur les 
berges du Nil pour fixer le sable. On pourrait objecter que le colonel 
Campbell Walker dit que dans le Pendjab, la culture du Sissou ne 
donne de bms résultats que là où la hauteur annuelle de la pluie 
atteint 400 millimètres, mais la preuve la meilleure de l'utilité de 
l'adoption de l'arbre dans notre climat où la pluie n'atteint que 36 
millimètres dans la Moyenne-Egypte est que ces arbres ont atteint 
leur hauteur et leur dimension normale, à l'ile de Rodah, déjà men- 
tionnée, et à Hélouan. 

Il existe au jardin de l'École de Médecine un arbre que j'ai planté 
il y a cinq ans. Il a actuellement dix mètres de hauteur. Le diamètre 
de la couronne est aussi de dix mètres et la circonférence du tronc, 
à hauteur d'un mètre, est de soixante-dix-huit centimètres. La grande 
inondation de 1887 ayant transformé pendant deux mois le jardin en 
mare boueuse, les plus grands arbres tombèrent et les trois quarts 
de toutes les espèces périrent ; les jeunes Sissous, seuls, n'en souf- 
rirent point. Dans le c Durant de cette année on comblait le jardin de 
bonne terre pour remédier à la salure toujours croissante, et l'irriga- 
tion était, par suite de ces travaux, suspendue pendant environ neuf 
mois ; le Sissou n'a pas été affecté non plus de cette sécheresse. 
M. Parvis a bien voulu mettre à ma disposition pour la démons- 



— 249 — 

tration, un échantillon de Inis de Sissou provenant du parc de 
M. Gavillot, et m'a donné, en outre, les intéressantes informations 
suivantes : Il y a environ quinze ans qu'il remarqua à Ghoubrah un 
de ces arbres et fut frappé de la beauté de son bois. Il en fit une 
petite cassette qu'il présenta à S. A. le Khédive Ismaïl. Son 
Al-tesse, enchantée de la beauté du travail et de la matière, fit 
venir de l'Inde trois mille jeunes Sissous qu'on planta derrière le 
Musée de Guizeh. Mais pendant les événements, ils ont été enlevés 
et il n'en existe plus un seul dans cette localité. A l'île de Rodah, 
où S. A. Ibrahim pacha avait fait faire, avant cette époque, des 
plantations de différents arbres utiles, il en existait une centaine 
que M. Parvis s'est tous procurés pour en faire des travaux d'art. 
C'est ainsi qu'il a garni récemment la salle à manger d'un de nos 
collègues, entièrement de meubles en bois de Sissou. C'est 
M. Gavilllot seul qui pourvoit maintenant l'Egypte de ce bois pré- 
cieux, et M. Parvis a reçu dernièrement un arbre qui représentait, 
à une hauteur de onze mètres et avec une circonférence d'un 
mètre quatre-vingt-cinq centimètres à la base, un stère, deux cents 
décistères de bois dont la valeur est toujours de dix pour cent au- 
dessus de celle du Noyer premier choix. 

Le Sissou se multiplie facilement des semences qui mûrissent 
abondamment chaque année en Egypte, et même par boutures. Je 
ne puis que le recommander chaudement pour utiliser ces terrains 
autrement perdus, d'autant plus que le développement de l'arbre 
est tellement rapide, qu'après huit ou dix ans, une plantation sera 
déjà en plein rapport. 



SICKENBERGER. 



Annexe N 3 à la séance du 4 décembre. 



DEVISES 

QUI ACCOMPAGNENT LES NOMS DES MOIS COPTES 

DANS LE LANGAGE POPULAIRE ARABE, EN EGYPTE. 



PAR 

S. E. Yacoub Artin pacha 



Hérodote (Tome II, p. 4) nous apprend que: « Les Égyptiens ont 
été les premiers à découvrir l'année solaire et à diviser son cours en 
douze mois. 

Le calendrier égyptien a fourni aux astronomes et aux égyptolo- 
gues modernes de nombreux thèmes d'étude à différents points 
de vue. 

Si les questions qui s'y rapportent ne sont pas épuisées, elles sont 
éclaircies à un point tel qu'il serait oiseux pour moi d'entreprendre 
une étude scientifique sur ce sujet quelqu'intéressant qu'il soit. 

Ce que je me propose c'est de vous entretenir du calendrier égyp- 
tien au point de vue populaire ; cependant, vous voudrez bien me 
permettre de retracer d'abord brièvement les traits principaux de ce 
système de calculer la durée du temps. 

Les Egyptiens avaient adoplé, comme on sait, de toute antiquité, 
l'année solaire. A l'origine, cette année était de 360 jours et se di- 
visait en douze mois égaux de trente jours. 

Plus tard, par suite d'observations astronomiques plus exactes, 
les Egyptiens ajoutèrent à l'année cinq jours épagomènes et la 
nommèrent «.année vague», parce qu'elle revenait après une 
période de 1460 ans à son point de départ, entre deux levers hélia- 
ques de Sirius sur l'horizon de Memphis, sous le 30 e degré de 
latitude. 



— 251 — 

Les Egyptiens connaissaient, en outre, une année astronomique, 
si je puis m'exprimer ainsi; c'était Vannée fixe des prêtres; elle 
était de 3G5 jours et '/, ; on l'obtenait en ajoutant tous les quatre 
ans un jour aux cinq jours épagomènes, de sorte que cette année-là 
c imptait six j mrs additionnels. 

Lorsque Jules César entreprit la réforme du calendrier romain, 
il eut recours aux lumières du philosophe Alexandrin Sosigène, 
savant versé dans l'astronomie. 

Le calendrier dit Julien dont celui-ci dota l'empire romain n'était 
que le calendrier égyptien de l'année fixe, c'est-à-dire de 365 
jours et l / 4 . 

Ce calendrier tel que Sosigène l'avait fait adopter par Jules 
César, fut employé par toutes les nations nées du monde romain 
jusqu'à la réforme opérée par Grégoire XIII, en 1582. 

La réforme de Grégoire XIII elle-même ne dérangea en rien 
l'économie du calendrier romain. On se contenta de corriger une 
légère inexactitude primitive de calcul, de manière à supprimer 
l'écart survenu dans la suite des siècles entre l'année vulgaire et 
l'année vraie, et à empêcher que l'année ne tournât en quelque 
sorte sur les saisons, ainsi que cela avait lieu avec le calendrier 
Julien, et aussi vite. 

L'année grégorienne n'est donc en définitive, omme vous voyez, 
que l'année égyptienne rectifiée et rapprochée autant que possible 
de l'année vraie. 

Naturellement, en dotant les autres nations de la synthèse de sa 
science et de ses observations séculaires, l'Egypte ne pouvait avoir 
la prétention de leur imposer sa langue et, notamment, les noms 
qu'elle avait adoptés pour désigner les mois de l'année. 

Les Romains conservèrent donc après la réforme de leur calen- 
drier les appellations sous lesquelles ils avaient désigné jusqu'alors 
les dix mois de leurs années, en y ajoutant deux nouveaux mois, 
qui reçurent les noms de Jules et d'Auguste. 

En outre de cette différence, Sosigène ayant senti «que le point de 
départ de l'année égyptienne ne pouvait convenir à un pays habitué 
à voir l'année commencer avec l'hiver », il reporta le commencement 
de son année à la date de la fondation de Rome, 755 ans avant J.C., 
et plaça S3n 1 er janvier, le premier mois romain, au solstice d'hiver 
de cette année. 



— 252 — 

Le calendrier julien se distingua ainsi du calendrier égyptien par 
les noms latins de ses mois, par le commencement de l'année fixée 
au solstice d'hiver au lieu de l'équinoxe d'automne, et, enfin, par la 
suppression des jours épagomènes remplacés par des mois de 30 et 
de 31 jours avec un mois de 28 jours qui en avait 29 tous les quatre 
ans. Toutes ces particularités furent imposées à l'empire romain 
dans toute son étendue avec le nouveau calendrier. 

L'Egypte seule continua à faire usage de son antique calendrier, 
avec le seul changement édicté par Auguste en l'an 22 avant J. C, 
que l'année fixe fut imposée au public, au lieu de l'année vague de 
365 jours qui avait été jusqu'alors d'un usage général. 

Depuis cette époque, rien n'a plus changé dans ce calendrier, ni 
les noms des mois, ni le commencement de l'année fixé à l'équinoxe 
d'automne, et si, àprésent, le premier de l'an tombe le 10 septembre 
et non le 21, ainsi que cela devrait être d'après le calendrier grégo- 
rien, c'est que les Coptes jacobites fermement attachés à l'antique 
calendrier égyptien identifié en quelque sorte avec leur religion, se 
refusent jusqu'à ce jour à accepter les corrections dues au pape 
catholique romain Grégoire XIII. 

Il est remarquable que les peuples qui firent successivement la 
conquête de l'Egypte respectèrent le calendrier en usage dans cette 
contrée, lequel se perpétua à travers toutes ces dominations 
étrangères. 

L'histoire nous montre dès l'antiquité la plus reculée le peuple 
égyptien absorbant ses conquérants étrangers, lesquels finissaient 
toujours par adopter la langue, les mœurs et la religion des vaincus. 
Nous voyons ensuite ce peuple à demi transformé sous l'influence 
des Grecs et des Romains, surtout à dater de l'époque chrétienne, 
et, plus tard, presqu'entièrement conquis à la langue, aux mœurs et 
à la religion des Arabes musulmans. 

Il faut croire que dès l'époque de sa conversion au christianisme, 
le peuple égyptien avait perdu toute énergie créatrice et toute force 
de résistance contre l'invasion des idées et des sciences importées 
de l'étranger, et cela, sans doute, par suite de sa sujétion depuis une 
longue série de siècles à la domination de divers conquérants sous 
lesquels il avait fini par oublier son existence nationale. 

La conquête arabe eut, il est vrai, pour conséquence, l'absorption 



— 253 — 

presque totale de l'élément Egyptien par la langue et la religion du 
peuple vainqueur, cependant une faible minorité des anciens habi- 
tants resta fidèle à 'a croyance chrétienne et se considéra dès lors 
omme dépositaire des anciennes traditions égyptiennes. Cette faible 
minorité cjpte souvent persécutée, ne reprenant quelquefois haleine 
que pour être de nouveau maltraitée de toutes façons, a su résister au 
plus dures épreuves, et ce n'est que récemment, grâce à nos Vice- 
Rois, qu'elle est enfin rentrée dans le droit commun. C'est à ce 
brave petit peuple, c'est-à-dire aux Coptes que revient l'honneur de 
nous avoir conservé quelques reflets, quelques faibles vestiges de 
l'antique science égyptienne. 

Tout ce qui leur avait été légué par leurs ancêtres égyptiens fut 
sacré pour les Coptes. Ils confondirent dans un même culte les tra- 
ditions du passé et les dogmes de la religion. Leur langue, après 
tant de transformations, se cristallisa en quelque sorte dans leurs 
livres saints, comme cela avait eu lieu dans l'antiquité, et elle s'iden- 
tifia avec le culte divin. En un mot, les coptes ont pris un soin reli- 
gieux des faibles débris qu'ils ont pu sauver du naufrage de l'antique 
Egypte, et c'est à leur pieuse vénération du passé que l'on doit d'en 
avoir conservé quelques traces qui ont survécu à la longue période 
de misère qui s'étend depuis la conquête par les Perses jusqu'à nos 
jours, interrompue seulement par de courtes éclaircies de paix et de 
prospérité à l'époque des Ptolémées et à celle des Fathimites. 

Les souvenirs et les traditions du passé national conservés par les 
Coptes l'ont été par eux avec un soin vigilant et jaloux, car ces sou- 
venirs sont le seul héritage qui leur reste de leurs pères, de pères 
glorieux qui firent la conquête du monde par la science, les arts et 
la civilisation. 

Parmi ces reliques de l'antiquité égyptienne figure le calendrier 
connu aujourd'hui sous le nom de calendrier copte. Il s'est transmis 
de génération en génération, depuis les temps les plus reculés sous 
sa forme actuelle, avec les mèmesnoms des mois de 30 jours chacun, 
ses jours épagomènes, son jour de l'an à l'équinoxe d'automne et 
ses éphémérides. Tel qu'il est, ce calendrier présente à quiconque 
l'analyse avec attention un curieux mélange de notions diverses; 
l'histoire de l'Egypte, l'hygiène, l'agriculture, la science du Nil, la 
météorologie, l'histoire naturelle, etc., en un mot tout ce qui peut 



— 254 — 

intéresser le peuple de la vallée nilotique se retrouve dans son ca- 
lendrier. 

L'Égyptien n'a qu'à consulter son calendrier pour savoir comment 
il doit employer ses journées et même quelquefois ses nuits pendant 
tout le cours de l'année, afin de maintenir son corps en bonne santé. 
Il sait, par exemple, qu'il faut faire bouillir ou JU trer Veau du Nil 
avant de la boire, à partir du 10 Baouna (lGjuin) pendant 
quinze jours. 

Les anciens égyptiens connaissaient ils la théorie des microbes ? 
Je n'en sais rien ; en tout cas, les modernes qui ont constaté les ef- 
fets pernicieux des atomes organiques sur la santé de l'homme n'ont 
rien inventé de mieux pour l'en préserver. 

Hérodote a dit, ne l'oublions pas, des Egyptiens de son temps, 
qu'ils s'occupaient plus que tout autre peuple de l'étude des sciences 
et de l'observation de la nature afin d'en découvrir les lois (1). 

Il n'entre pas dans mon cadre de vous entretenir des éphémérides 
du calendrier copte. Les curieux pourront étudier ce calendrier et 
ses éphémérides dans le texte qui en existe en arabe ou dans la tra- 
duction en français de M. Tissot. {Etude sur le calendrier cop>te 
et ses éphémérides. Alexandrie 1807. Mourès, Rey et C ic ). On 
pourra aussi consulter la traduction anglaise qui a paru sous ce 
titre : Egyptian Calendar for the year 1295 A. H. {1878 A. D.) 
1594-95 ofthe Koptic era. Mourus. Cet ouvrage qui a paru sans 
nom d'auteur est de M. L. N. Roland Michell. 

Toute personne vivant en Egypte, égyptologue, historien, natu- 
raliste, chimiste, hygiéniste, agriculteur, etc., ou simple curieux, 
trouvera profit à feuilleter ces petits volumes et à les consulter selon 
son goût. En tout cas, s'il prétend n'en avoir tiré aucun avantage, 
ce dont je doute, il n'aura pas cependant perdu son temps, car je 
suis intimement convaincu qu'il se sera amusé à cette lecture, ce 
qui n'est pas à dédaigner, l'amusement étant comme on sait un 
puissant moyen hygiénique. 

Ces éphémérides, sous forme d'aphorismes, de conseils ou d'infor- 
mations, ont cependant une haute prétention, celle d'être la syn- 
thèse de la* science, le résumé du savoir humain. Ils prétendent 

(0 Voir aussi: « Purification de l'eau du Nil servant à la boisson. » Par le docteur Eloui bey. 
— Extrait du Lion médical N» 3 36 - 1891. 



— 255 - 

nous communiquer en abrégé les résultats de l'expérience et des 
observations des savants des temps anciens. Pour le peuple en gé- 
néral c'est trop g)urmé, trop pédantesque, si je puis m'exprimer 
ainsi, et puis c'est écrit dans l'almanach et le peuple ne sait pas lire. 
C'est donc pour lui un grimoire, bon tout au plus pour les savants 
ou les sorciers. Le peuple a donc avec le temps fait la synthèse du 
savoir des ancêtres, et cela en créant des aphorismes ou des devises 
qu'il a accolés aux noms des mois. 

Le peuple ne se plaît qu'aux conceptions simples, que l'expérience 
journalière grave dans son esprit sous la forme de sentences claires, 
naïves et poétiques. Il a donc créé, depuis qu'il a adopté la langue 
arabe, des devises correspondant à chaque mois de l'année, résu- 
mant pour ce qui l'intéresse le plus, c'est-à-dire l'agriculture, son 
Nil et le climat de son paj*s, des données qui suffisent pour le guider 
dans son existence simple, dure et laborieuse. 

Il est plus que probable que ces devises étaient déjà en usage 
parmi le peuple alors qu'il parlait égyptien. Dès que l'arabe eut 
pris la place de l'ancien idiome national, il les traduisit dans sa 
nouvelle langue, les rima par des à peu près et continua à répéter 
sous cette forme nouvelle les dictons et les aphorismes qui avaient 
cours chez ses ancêtres dans la langue des Pharaons. 

Voici ces naïves devises où se trouvent formulées les observations 
et la sagesse de ce peuple antique, dont les prêtres d'Héliopolis 
pouvaient déjà dire à Platon : Les Grecs sont des enfants comparés 
à nous autres Égyptiens, 

Thout (z.)) premier mois du calendrier copte correspondant au 
mois de septembre n'a aucune devise à ma connaissance. C'est le 
mois de la plus haute crue du Ni! et de sa suspension ou Salib ^J^> 
croix, qui tombe au 17 Thout, c'est-à-dire au 26 septembre grégorien. 
C'est à cette date environ que la crue du Nil s'arrête et que la dé- 
croissance commence. 

Pourquoi le peuple n'a-t-il accolé aucun dicton au mois de Thout? 
Est-ce à cause de l'anxiété qu'inspire aux habitants de la vallée du 
Nil le moment de la plus haute crue du fleuve,, alors qu'ils se voient 
en danger de périr soit par l'inondation si la crue dépasse ses limi- 
tes, soit par la famine si elle est insuffisante pour arroser convena- 



— 256 — 

ble ment les terres? Ou bien serait-ce l'effet du sentiraeut inné de 
recueillement supertitieux que tout phénomène mystérieux de la 
nature inspire au vulgaire ? Peut-être enfin, est-ce simplement parce 
que je ne suis pas parvenu moi-même à découvrir la devise de ce 
mois: quoiqu'il en soit ce premier mois de l'année opte ne paraît 
pas avoir exercé la verve poétique du peuple. (1) 

Babeh (4.1) second mois correspondant au mois d'octobre; sa 
devise est : 

Rentre et ferme la lucarne. ^~>^ Ô^ J J^ 

Jusque là on a vécu nuit et jour en plein air, mais l'humidité et 
le froid commencent à se faire sentir, il faut se couvrir la nuit, 
rentrer coucher dans la maison et fermer les fenêtres ou plutôt les 
lucarnes des huttes pour empêcher que l'air humide de la nuit ne 
vous saisisse et ne vous occasionne des ophtalmies ou d'autres ma- 
ladies. 

Car, pendant ce mois, le Nil baisse rapidement et, en se retirant, il 
laisse de grandes étendues de terres humides dont l'évaporation, 
non seulement rafraîchit l'atmosphère, mais encDre la charge 
d'exhalaisons malsaines. 

Cette devise est, comme vous le voyez, météorologique et hygiéni- 
que à la fois. 

Voici une autre devise, celle-ci agricole : 

Si la récolte de Babeh réussit, le tas résiste aux vols. Mais 
si la récolte de Babeh est faible, il n'en restera pas même une 
miette. 



(U J'avais déjà lu à l'Institut ce mémoire, lorsque mon savant ami Suleiman pacha Abaza de 
Tahra-Char^iih. me fit connaître la devise de ce mois qui est : 

Tho ut arrose ou bien passe. CjjS *\j i£j <—J 

C'esl-à-dire, si en Thout la terre n'est pas inondée par l'eau de la crue, la saison est perdue 
pour l'ensemencement, il faut passer à l'année suivante. 

Cette devise ressemble à celle qui accompagne le mois de Hatour. troisième mois de l'année 
copte (ci-après seconde devise). 

La devise n'est d'ailleurs pas trop répandue parmi le peuple, comme me l'a assuré Suleiman 
pacha lui-même, mais, en tout cas, elle existe, parait-il, tout en faisant double emploi comme je 
l'ai dit. 



Ce proverbe veut dire que si la culture se présente bien en Babeh, 
la récolte de l'année sera bonne, dans le cas contraire, elle sera 
faible ou même nulle. 

Hatour jJ»U 5 troisième mois correspondant au mois de novembre. 
C'est le mois où les semailles commencent, aussi il a pour devise : 
Le mois de Vor éparpillé. jj;uUc-.ajJIj>Î 

L'or c'est le blé qu'on éparpille quand on sème. 

Et si vous êtes paresseux, si vous n'avez pas pris vos mesures pour 
faire les semailles dans le mois de Hatour, ou qu'un accident quel- 
conque vous ait empêché de le faire, on vous dira : 

jjX<~XWlj^>\ jj\&£j jolis jl 

Si tu as laissé passer V époque des semailles de Hatour, 
attends que Vannée tourne avant de recommencer . 

C'est-à-dire attends jusqu'à l'année prochaine. 

Le fellah se moque ici de son voisin peu diligent et donne un bon 
conseil à celui qu'un obstacle quelconque a empêché d'ensemencer 
sa terre, po ir qu'il ne perde pas son temps, ni ne fasse de dépenses 
îtiïilues avant la saison prochaine. 

Kiahk CXfST quatrième mois, correspondant à décembre, a pour 
devise : 

Ton matin est ton soir. jL^L^ 

C'est-à-dire voilà le mois où arrive le solstice d'hiver. Les jours 
sont si courts qu'à peine il fait jour déjà la nuit arrive. 

Ne peut-on pas classer cette devise au nombre des observations 
astronomiques, ou si le mot paraît trop pédant appliqué à un dicton 
populaire, comme une devise météorobgique. 

Toubeh *jb y cinquième mois correspondant à janvier. 

C'est le plus beau mois d'hiver où toute l'Egypte est verte comme 
une « émeraude enchâssée dans l'or et coupée par une perle ». ainsi 
qu'elle apparaît au poète. 

On a dit de ce mois qu'il y faisait froid, les calendriers y ont 
annoncé des coups de vents, mais le peuple disculpe son mois favori 
o ùtout est espoir dans l'avenir, en disant : 

Institut Égyptien. 17 



— 258 — 

Touba a été calomnié, celui qui fait (du mal) c'est Amchir 
(le mois qui suit). 

D'autre part, un dicton provenant apparemment de vieillards 
chagrins ou rhumatisants constate que : 
Touba c'est le mois du froid et des tourments. * /a*\\j ijà\j\ *>jb 

Mais les premiers, c'est-à-dire les partisans de Touba, ont une 
fable toute prête en réponse. 

La chèvre a dit à Touba : Va-t-en, ô Touba, tu ne m'as même 
pas mouillé mon paturon. 

Il lui répondit: 

Bientôt j'emprunterai dix (jours) à mon frère Amchir et 
(fious ferons de façon) à ce que ta peau soit étendue sur le 
monticule (pour y être séchée). C'est-à-dire que les pluies d' Am- 
chir te mouilleront jusqu'aux os. 

Amchir ^jl.1, sixième mois correspondant à février. 
Dit à la récolte : prospère et grandis. jum^j^^j^Ja 
Ou bien : 
La pilante courte atteindra la longue. J,^JaJiJ,^a< - ^ a iJl^jjli 

Tous deux veulent dire que dans ce mois la récolte fait des 
progrès apparents. 
Voici les devises météorologiques pour ce mois. 

Le possesseur de l'immense tambour. _>$0lJJ*]i/ï 

Ou 
Celui qui engendre beaucoup d'ouragans j^SJ\^\jJ\/\ 

En effet Amchir est le mois des vents et des tempêtes, comme en 
France le mois de mars est l'époque des giboulées. 

C'est aussila saison qui, enEgypte, correspond à celle dénommée 
en France la saison de la chute des feuilles, pour indiquer que les 
vieillards ont peine à la passer. Sous tous les climats, la jeunesse 
et impitoyable pour la vieillesse, et la force et la santé pour la 
faiblesse et les maladies. 



— 259 — 

Voici comment notre peuple rappelle à nos vieillards le retour de 
cette saison funeste, il en veut surtout à la vieille femme. 

Amchir dit à Barmahat[le mois suivant) : prends de moi dix 
jours et donne m'en dix pour que nous fassions disparaître 
la vieille dans l'effusion du sang. 

Au lieu de ^KT<LJt quelquefois on prononce cA*LJ\ cela voudrait- 
il dire « folle furieuse, ou épuisée par la tuberculose? » Quoi qu'il 
en soit, il paraît que ces vingt jours sont funestes aux vieux, surtout 
aux vieilles femmes, dans l'esprit populaire. 

Barmahat dl&j, septième mois correspondant à mars. 

Vas aux champs et rapporte. ca&j .kJji?- 3J 

Rapporte la récolte. 

A partir de ce mois on est trop occupé par le travail des récoltes 
pour penser à autre chose ; il n'y a plus d'autres devises que celles 
qui concernent l'agriculture jusqu'à la prochaine crue du Nil. 

Baramouda «a^y, huitième mois correspondant au mois d'avril. 
Bats avec le fléau. oj^Ijj 

On a rentré la récolte sur l'aire et on bat le blé. Mais qu'a à 
faire ici le fléau au plutôt (la petite gaule, colonnette) dont parle 
la devise. Vous savez tous que de nos jours on se sert du Norag 
Çjj ou £\a e t non du fléau pour battre le blé. 

Cette devise semble nous démontrer jusqu'à l'évidence l'antiquité 
de toutes les devises. En effet le Norag ç_jj> ou rjC est un instru- 
ment très probablement d'origine persane. Le nom même de 
l'instrument est étranger et point du tout arabe, comme nDus le 
constatons à la page 7 du livre intitulé : 

I T A. V '*>'"* J*& ^J iS^I < j^'^> «Uskc *-Jp 

où il est dit: 

Nos collègues égyptologues pourront, sans doute, nous dire si 
le fléau était usité en Egypte dans l'antiquité, et s'il était usité, 
quelle forme il avait. 



— 260 — 

En attendant, nous avons tous observé que, d'après les représenta- 
tions murales des travaux agricoles, le battage du blé se faisait par 
des bœufs sous les pieds desquels on foulait les épis pour les séparer 
de la paille. 

L'usage du fléau a-t-il été introduit du temps des Grecs ou des 
Romains? ou bien était-il plus ancien? je n'en sais rien, quant à 
moi. Mais ce qui me paraît ressortir clairement du proverbe en 
question, c'est qu'il est lui-même antérieur à l'usage du Norag, 

Quelques personnes à qui j'ai demandé des explications, veulent 
que cette devise s'applique à la préparation du Ù.^i en turc ^»\y 
qu'on obtient en coupant le blé vert, on met ensuite les épis encore 
tendres au four pour faire rôtir les grains et on les mange en les 
faisant cuire avec du sel et du beurre ou de la viande comme le riz 
%c pilait à la turque. 

Quand on retire dans ce cas les épis du four, on les bat avec un 
petit bâtonnet sur un sol propre ou plutôt sur un plateau en bois 
ou en cuivre, pour séparer les grains de l'épi proprement et sans 
qu'il s'y mêle de matières étrangères, comme des petites pierres, 
de la terre, etc. 

Mais ce n'est pas là un aliment populaire ; manger sa récolte en 
herbe n'a jamais été, je le pense, d'usage parmi un peuple agricole; 
c'est là plutôt une pratique de peuples guerriers et nomades comme 
Tétaient les Bulgares, en turcj.ilj) par exemple, lorsqu'ils occupaient 
les steppes au Nord de la mer Caspienne, et quand ils faisaient des 
incursions dans les terres noires de la Russie actuelle, et qu'ils cou- 
paient les récoltes encore vertes pour s'en faire une provision pour 
l'année. De là le nom générique de y*\? donné par les turcs à cette 
espèce de blé séché au four et dont l'usage s'est introduit par eux 
en Egypte, où les Égyptiens l'ont nommé en arabe lïXjè , c'est-à-dire 
sec cuit. 

D'autre part, nous savons que lorsque la récolte est prête à être 
rentrée sur l'aire, le propriétaire fait couper les épis sur une sur- 
face déterminée. Il les fait battre avec un bâton ordinaire pour en 
détacher le grain et mesurer la quantité obtenue, pour savoir 
d'avance, par suite de cette épreuve, ce que lui donnera toute sa 
récolte après le battage complet de toute la terre ensemencée. Cette 
opération s'appelle d*- du mot persan «ui>. transformé par les 



- 261 — 

arabes selon leur prononciation. Mais il n'est pas possible que le 
proverbe fasse allusion à cette opération d'ordre comptable, si je 
puis m 'exprimer ainsi, du propriétaire, d'autant plus que cette 
coutume de prévoyance, d'ordre ou de méfiance, n'est pas généra- 
lement suivie par les agriculteurs. 

Je penche donc, d'après tout ce que je viens d'exposer, à croire 
que ce proverbre a pris cours au temps où les Egyptiens employaient 
une espèce de fléau, et cela avant l'introduction du Norag, comme 
instrument de battage. Quand est-ce que ce progrès se réalisa ? Je 
le répète, je crois que ce fut vers le commencement de l'ère arabe. 

Permettez-moi de vous dire, à ce propos, qu'il me souvient d'avoir 
lu dans une ancienne relation de voyage en Egypte de Niébuhr, 
si je ne me trompe, une description enthousiaste du Norag, comme 
d'une machine à battre de beaucoup supérieure à la manière dont 
on battait le blé en Europe, au point de vue de l'économie de temps 
et du travail au xvni me siècle. 

Sic transit gloria mundi. 

Aujourd'hui peu s'en faut que les Européens ne nous traitent de 
barbares, ou tout au moins pDur ce qui se rapporte à l'économie ru- 
rale, d'arriérés, lorsqu'ils comparent ces appareils d'un autre âge aux 
machines autrement perfectionnées dont l'usage se répand de plus 
en plus en Europe, quoique la très grande majorité des agriculteurs 
s'y servent encore de l'antique fléau. 

Veuillez excuser ces digressions et retournons à nos mois. 

Bachans Lr x^i, neuvième mois correspondant au mois de mai. 

Il balaie la terre par un parfait balayage. ^kS^c^j^o-^ 

C'est-à-dire il ne reste plus aucune réolte sur pied. 

Au temps où ces devises ont été dites pour la première fois 

quand? dans la nuit des temps, on ne connaissait en Egypte 

que la récolte d'hiver ; le &y2;. Le J^j l'estival et le J^j la récolte 
du Nil, n'existaient apparemment pas d'une manière générale. 
D'ailleurs il n'existe aucune devise qui les rappelle. Voilà encore une 
preuve de l'antiquité de nos devises. 

Baonah 4>Jj. , le dixième mois correspondant au mois de juin. 
Baonah la pierre. j.(4UJ> 



— .362 - 

Le Nil est à son plus bas étiage, la chaleur est à son point culmi- 
nant. Le Nocta <ki; n'arrivera que le mois prochain pour faire 
renaître l'espérance. Dans ces conditions, la terre de la vallée nilo- 
tique se durcit et devient comme de la pierre. Elle se fendille, des 
crevasses énormes se forment, et toute la terre arable en attendant 
le Nil, se pénètre de soleil, de lumière, de chaleur, d'azote, d'oxygène 
et que sais-je encore de quoi. Elle se donne du bon temps pour 
s'engraisser de l'engrais chimique extrait à profusion des laboratoires 
de la mère nature en attendant que l'eau du père Nil vienne la 
féconder et la rende propre à féconder à son tour les germes que 
l'homme va déposer dans son sein. 

Pendant que ce travail se fait, l'homme ne reste pas inactif, il aide 
la nature et engraisse sa terre avec le rL« engrais de ferme ou 

engrais de tSjs&^jT, monticules païens, amas de décombres ou 

de détritus de villes antiques, admirables dépôts naturel d'engrais 
chimiques. Aussi, au dire du paysan, lorsqu'il a un de ces monticules 
à la portée de sa main, et lorsque la direction des fouilles des anti- 
quités lui permet d'en extraire de l'engrais, ses peines sont récom- 
pensées par une magnifique récolte. 

Ce travail est dur, pénible et aussi écrasant que le transport des 
pierres que ce peuple a traînées à la force de ses bras durant de 
longs siècles s )us le fouet des Pharaons, pour la construction de 
leurs gigantesques monuments. Ces magnifiques conceptions du 
génie des architectes égj'ptiens nous frappent encore aujourd'hui 
d'admiration, après qu'ils ont été réduits en ruine depuis autant 
de siècles qu'a duré leur construction et leur état de splendeur. 
Le peuple cependant ne se souvient que des rudes corvées qu'il 
était condamné à subir pendant ce mois pour les construire. 

Creusage des canaux, réfection des digues, engrais à extraire et à 
répandre sur la terre, il supporte tout, il oublie toutes les misères, 
parce que tous ces labeurs ont pour but de lui procurer une bonne 
récolte — la vie. — Il oublie toutes les souffrances, sauf le transportdes 
pierres, et c'est pourquoi il a dit^ J~\ À>y Nous souffrons, 6 Pharaon, 

par ton caprice et pour ta gloire et pour la gloire de tes 
ingénieurs, et nous souffrons sans profit pour nous jJ~\Â>y 
mois maudit ! mois de pierre ! mois improductif ! 



— 263 — 

Abib _jo l , onzième mois correspondant au mois de juillet. 

Teinturier du raisin et de la figue. <>;J!j<—:»M£_U* 

Gomme nous l'enseigne la sagesse des nations dans sa version 
arabe. 

La joie après la misère. lajjl u„> r^Jl 

C'est-à-dire : Le beau temps vient après la pluie. 

Après Baonah, voilà Abib dont le soleil mûrit à point les figues et 
les raisins ; nous nous régalerons des uns et des autres et nous ra- 
fraîchirons nos gosiers altérés. Soyons en joie! le surplus du raisin 
nous servira à faire du vin, de ce bon vin vert du Maréotis, qui 
faisait les délices d'Horace ou de ce bon vin d'or du Fayoum sans 
lequel le Père Yanslib, voyageant pour le compte de Louis XIV, 
ne pouvait vivre ; quel bon teinturier que le soleil. 

Ne pensez vous pas que si nous trouvons que le soleil est un bon 
teinturier qui fait mûrir a point le raisin et lui djnne cette belle 
couleur, c'est un peu à cause de son jus, transformé en vin aux 
teintes de rubis et de vermeil que nous aimons le raisin? Je le crois. 
Dans ce cas, voilà une devise qui remonte certainement au moins 
aux siècles qui ont précédé l'établissement de l'Islamisme en Egypte. 

Enfin le douzième mois Misra iS-**, correspondant au mois d'Août. 
Veau coule dans tout canal difficile. *^<Kc.} t y\ f è^c !J £. 

C'est-à-dire que l'eau devient si abondante qu'elle coule dans tous 
les canaux, même dans ceux dont le niveau est élevé, difficile à 
atteindre. 

C'est le mois du Ouafa el Nil, c'est le mois de la coupure du 
Khalig, le canal des deux mers antique pour l'ouverture duquel, 
depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, on célèbre pen- 
dant ce mois une cérémonie traditionnelle. 

Aujourd'hui ce canal s'arrête, à quelques kilomètres de sa prise 
d'eau dans le Nil, au Caire, et il serait fort embarrassé de porter les 
léviathans qui circulent sur le canal des deux mers qui l'a rem- 
placé. Mais enfin, dans sa décrépitude, ce petit canal nous rappelle 
que pendant des siècles et des siècles il a été le trait d'union de 
l'extrême Asie avec les pays que baigne la Méditerranée. 



— 264 — 
Voici enfin la dernière devise, elle est encore nilotique. 

Si Misra ne vient pas avec son Nil coulant à plein bord, il 
n'y a aucun bienfait à attendre d'un Nil qui vient en Thout. 

C'est-à-dire que la crue doit se faire en Misra et non en Thout, car 
si elle se fait en Thout elle baisse plus tard et retarde les semailles 
au détriment de la récolte. (1) 

Ces aphorismes, je crois pouvoir l'affirmer, n'ont jamais été 
reproduits dans aucun recueil populaire ou autre ni mentionnés 
dans aucun des ouvrages traitant de l'Egypte et de ses habitants. 

En outre de ces devises, voici encore quelques aphorismes popu- 
laires se rapportant à l'astronomie ou à l'hygiène, que je crois être 
également inédits. 

JIAaUI £*l+\ <kiJI CJjJ «LtUaJl CJuj \>JS\ -^4^ kl 

Lorsque les Pléiades apparaissent, que le fruit du Hinna 
(Lawsonia inermès L. drogue : Schweinfurth 76. Illustration de 
la flore d'Egypte, Mémoires de l'Institut égyptien, tome II, 1889) 
fleurit et que le Nocta descend {17 Thout 26 septembre) on est 
garanti contre les maladies et les épidémies. 



(1) Je dois à l'aimable obligeance de M. Youssouf bey Messarra la liste ci-après des mois 
syriens avec les divises qui les accompagnent parmi les peuples de Syrie. 



Février 
Mars 



jLjl^Jj^. ûLn*' Avril 

jUJ'iM^- jU Mai 

oU~A'lJï/f-J oLrJ»- Juin 

jJ>3\(3-[l\J&~> jy. Juillet 

« — ! L^JH *SJI AOÙt 



J^.« y ^J 2 lL 4Jj.ip JjL ' Septembre 



Octobre 
Novembre 

Décembre 
Janvier 



(fl \Jî3 I j jIa V en»' \y 

<]/jul> est le pluriel de Lfj~~> qui se dit Jj't/ % y^ J pour octobre et ^ {j^LS pour 
novembre cn»'>j5 égalementest le pluriel de ùj>o qui pour décembre est Jj\ùj?o et pour 
janvier (jL*jy5 



— 265 — 

Lorsque le soleil ent"e dans le signe du bélier (mois de 
mars) tu dis à l'agriculteur ; prépare le chameau pour (le 
transport de) ta récolte. 

Voilà de l'astronomie et de l'hygiène populaire appliquées à 
l'agriculture et à la vie ordinaire de l'habitant de cette vallée du 
Nil. Si à tout cela vous ajoutez que le fellah distingue sa droite et 
sa gauche suivant la rose des vents, et que pour désigner sa droite 
il dit l'Est j,l et pour désigner sa gauche il dit Ouest jji que 
pour désigner le Nord de l'Egypte ou le Nord en général il dit <£j£. 
« vers la mer » que pour désigner le Sud il dit ^J vers la Kibla 
de la Mekhe, vous tomberez d'accord avec moi qu'il a dû depuis 
bien longtemps entendre parler d'astronomie ; en effet, pas un 
fellah ne se trompe de nos jours sur la direction astronomique de 
son Nil, puisque c'est ce fleuve qui lui sert à reconnaître les quatre 
points cardinaux en les indiquant par la direction générale de son 
courant. 

Depuis 1875 un décret a introduit dans ce pays le calendrier 
Grégorien avec les noms des mois dérivés du latin que le peuple a 
transformés d'après les inflexions de la langue arabe ainsi qu'il 
suit : 



Yenaïr 


^ 


Fébraïr 


JJ 


Mart 


ilijXfi 


Abril 


Jx 1 


Mayo 


$>L» 


Younio 


j„j> 


Youlio 


jSy 


Awoustos 


, r Ja~«c' 


September 


j^- 


October 


jjê\ 


November 


j*-j> 


Dicember 


*_£•-.> 



Ce qu'aucun des conquérants qui se sont succédé en Egypte 
depuis vingt-cinq siècles à dater de Cambyse jusqu'à nos jours, 



— 266 — 

n'avait ni exécuté ni même entrepris, a été fait par décret à la suite 
de la conquête pacifique de ce pays par le commerce et par les 
marchands de l'Europe moderne. 

Aujourd'hui toutes les transactions de l'Etat se datent d'après le 
calendrier Grégorien, l'ère de la nativité du Christ servant par 
conséquent à marquer l'année. De la sorte tous les contribuables, 
c'est-à-dire tous les Egyptiens, sont familiarisés avec ce calendrier. 
Les musulmans continuent toutefois de se servir de l'année datant 
de l'hégire et divisée en mois lunaires, comme année religieuse et 
civile dans tous les rapports qui ont lieu entre eux (1). 

(O A propos de l'année lunaire permettez-moi de consigner ici les appellations par lesquelles 
on désigne quelquefois les mois arabes. 

Cette manière de désigner les mois s'appelle en Egypte '■— ~UI Jli« I Formules pour les 
femmes. Il est honteux et de la plus grande inconvenance pour un lettré de s'en servir. 

Chawal J'_^~ -U»Jl^_« Mois de la fête; c'est le 10 e mois arabe lunaire. Mais les 

femmes, les enfants et la grande généralité du peuple illettré le tiennent pour le premier mois 
de l'année : 1° Parcequ'il vient immédiatement après le mois du jeûne de Ramadan ; 2° Que c'est 
le mois où chacun doit s'habiller de neuf. Le 1 er Chawal, en quelque sorte, est le Premier de 
l'an ou la Noél pour les chrétiens ; on se fait des visites, on offre des douceurs à ses amis, on 
donne des élrennes et on fait des largesses aux pauvres. Cette fête est encore appelée J&**& '■*;;*' 
la petite fête. 

Zilcada o-UaJI [)* __ Jl«c j/^JL-U, Entre les deux fêtes; c'est-à-dire, mois compris entre 
la fête qui termine le jeûne, dans le mois écoulé,et la fête du sacrifice qui tombe le 10 du mois 
suivant. 

Zillegge <^'jù __ ^OvJI-L»J \rf~* Mois de la grande fêle. La fête du sacrifice qui a 
lieu le 10 de ce mois. 

Mouharrem fj^" J_^-~>£/f~» Mois de V Acharna qui a heu le 10 du mois de Mou- 

harrem. C'est la fête en commémoration de la mort de Hussein petit-fils du Prophète, assassiné 
par ordre de Yezid fils de Mouawieh, à Kerbéla, en l'an 60 H 680 J.C. 

Safar j-Àya Jb-\<kj Retour de la caravane de la Mekke après avoir accompli le 

Hagg J-\ 

Rabi-el-Awal Jj2*'.*-»j ^.JiJj^» Naissance du Prophète, qui tombe le 12 de 

ce mois. 
Rabi-el-Tani (juJI*— , j n~.A-ui^«« Naissance de Hussein , petit-fils du Prophète. 

Gamad Awel Jj'jl^) , . 

. — . > (^riL^-l Les deux Djemades et l'on compte 60 jours. 
» Akber_/- bUH 

Redgeb-Cbaban-Ramadan jL*2.«j <jL»-^ *_*>j s'emploient comme dans le calendrier. 
Souvent lorsqu'il nait un enfant dans le cours d'un de ces mois on lui donne le nom du mois 
où il est né. Aussi on rencontre beaucoup de 0\~^»j Ol**^* i — >j parmi le peuple. 

Quelquefois on rencontre aussi des personnes s'appelant Mouharrem fj£- mais c'est plus 
rare en Egypte. Les personnes portant ce nom sont généralement des étrangers ou d'origine 
étrangère à l'Egypte. 



— 267 — 

Les coptes se servent comme année religieuse de l'année copte et 
de l'ère des martyrs, et tous les Egyptiens quelle que soit leur re- 
ligion se servent de la même année comme année agricole ou 
nilotique. 

Permettez-moi, en terminant, de faire des vœux pour que nos 
concitoyens Coptes continuent à conserver pieusement leur alrna- 
nach avec ses épliémérides où les traditions de la sagesse antique se 
trouvent résumées si naïvement. 

Quant au peuple égyptien en général, je n'ai nul espoir qu'il ap- 
prenne jamais que j'ai consigné dans votre bulletin quelques accents 
de la poésie de son àme, mais je souhaite qu'il conserve à tout jamais 
sa robuste santé, sa bonne humeur et son imagination poétique. 
J'espère qu'il restera toujours, grâce à son soleil, à son Nil et à sa 
terre, à ces dieux qu'ont adorés pendant tant de siècles ses arrière- 
grands-pères, le peuple le plus sain et le plus heureux du monde, 
tel qu'Hérodote l'a connu et tel qu'il avait été, d'après le père de 
l'histoire, dès l'antiquité la plus reculée. 



Note sur un dicton concernant les fours à poulets. 



Parmi les proverbes ou dictons populaires qui sont venus à ma 
connaissance, un m'a paru intéressant à noter à la suite de ce mé- 
moire. 

Il a rapport à une industrie égyptienne : l'art de faire éclore des 
poulets artificiellement dans les fours. 

Les fours à poulets sont en activité environ six mois de l'année. 
Ils commencent à produire en décembre et sont éteints vers la fin 
de mai ou au commencement de juin. 

Le dicton populaire que je vais rapporter divise ces six mois en 
trois périodes. 

La première période est de décembre et janvier, époque où les 
fèves sont en fleur ou en maturité, le dicton dit : 

Poulet de fève mange et urine, ou bien mange et engraisse. 



— 268 — 

C'est-à-dire, qu'en les faisant éclore à cette époque de l'année on 
a autant de chance de voir mourir que de conserver les poulets 
éclos. 

La seconde période selon notre dicton comprend février et mars 
à peu près ; époque où les mûres mûrissent. 

Poulet de mûre mange et meurt. o^jljrloyJl d^.-S' 

Voici une variante à cette seconde partie de notre dicton. 

Poulet de KhamineÇÏ) mange et se plaint: c'est-à-dire meurt de 
faiblesse ou de maladie. 

Cette variante me parvient de la moudirieh de Charkieh où les 
dattes sont très abondantes. 

Enfin pour la troisième période le dicton finit ainsi : 

Poulet d'abricot mange et engraisse et boit et prospère. 

Cette période d'abricot, qui tombe en avril et mai, est donc la plus 
favorable pour l'éclosion des poulets et pour leur élevage. En effet, 
ce sont les poulets éclos au mois de mai qui donnent les meilleurs 
bénéfices aux éleveurs. (2) 

Ce qui m'a semblé digne d'attention dans ce dicton, c'est que pour 
désigner les époques, le peuple emploie les noms de fruits ou de lé- 
gumes. D'un autre côté, les fèves, les mûres et lesabricots ne sont pas 
des fruits originaires de l'Egypte. Nous savons que ce légume et ces 
arbres sont importés et acclimatés en Egypte, comme d'ailleurs 
dans l'ouest de l'Asie et en Europe. 

Toutes ces plantes sont originaires de l'Asie orientale et importées 
en Occident par les Perses. 

Ces observations m'ont fait conclure que l'art de faire éclore des 
poulets artificiellement dans des fours, en Egypte, devait être un 
art importé et non un art découvert par les Egyptiens eux-mêmes. 

(1) Le Khamine est la datle, le fruit même du dattier lorsqu'il est tout petit, à peine formé» 
Les enfants du peuple aiment ce fruit à cet état, et ils en sont très friands à cause de son goût 
acidulé. Un peu plus tard le même fruit prend le nom de ^ Nini et lorsqu'il est mûr 
sucré et mangeable, on l'appelle i—bj Retib, 

(2) Dans les provinces de la Basse-Egypte on remplace partout dans le dicton le mot JJ^S-IS 
par ^\j» 



— 269 — 

Je me suis reporté aux mémoires de Rozière etRoyer. [Descrip- 
tion de l'Egypte, Tome V. Etat moderne, vol. I. Paris 1890). 

Dans leur savant Mémoire sur Vart défaire êclore les poulets 
en Egypte par le moyen des fours, ces auteurs ne se pro- 
noncent passur l'introduction de cet art en Egypte par des étrangers, 
ni sur sa découverte eu Egypte même, par les égyptiens. 

Je relève dans ce mémoire le passage suivant : Nous devons re- 
marquer cependant que cet art n'est pas tout à fait particu- 
lier à V Egypte. Les chinois, qu'on a voulu, à la vérité } faire 
instruire par une colonie égyptienne, le pratiquaient également 
et de temps immémorial, mais leurs fours et leurs procédés 
sont très différents. 

Nous savons aujourd'hui presque certainement que la croyance 
d'une colonie égyptienne allant en Chine instruire les chinois, doit 
être classée parmi les fables. Ce qu'il nous importe de retenir c'est 
que : 1° Les chinois pratiquaient de temps immémorial l'art de 
faire éclore des poulets artificiellement . 

Un peu plus loin, le même mémoire rapporte un passage tiré des 
Recherches philosophiques sur les anciens égyptiens par M. de 

Pauw, tome 1 er , page 202,, où M. de Pauw dit : « Aristote 

le plus ancien auteur qui ait parlé de la manière de faire éclore les 
œufs en Egypte ». 

2° Retenons ici qu' Aristote est le premier auteur qui ait parlé 
de cet art en Egypte. 

3° Enfin , Hérodote le père de l'histoire, et voyageur observateur 
et consciencieux, n'en avait rien dit clans ses voyages en Egypte. 

Si donc nous rapprochons ces deux derniers faits, nous pourrions 
déduire, il me semble, que la fabrication des poulets a été découverte 
ou importée, en tout cas pratiquée généralement en Egypte, entre 
le temps ou Hérodote visita l'Egypte (484-406 avant J.C.) et l'é- 
poque ou vivait Aristote (384-322 avant J.C). 

Observons que les Perses avec Cambyse ont fait la conquête de 
l'Egypte en 530 avant J.C. 

Si nous nous reportons à la première citation quej'ai rapportée du 
mémoire de Rozière et Royer, rien ne s'oppose à ce que cet art 
n'ait trouvé son chemin de la Chine vers l'Occident et en Egypte 
par le moyen des Persans. Les vers à soie, la fabrication du papier 



— 270 — 

et tant d'autres arts utiles, ont d'ailleurs suivi le même chemin, col- 
portés par les mêmes Persans. 

Justement entre les époques d'Hérodote et d'Aristote nous som- 
mes un peu après la conqu'te de l'Egypte par les Perses, 530 ans 
avant J.G., presque contemporain à la conquête de l'Egypte par les 
Grecs, 330 ans avant J.G. 

Cet art au temps d'Hérodote n'était pas sans doute assez développé 
s'il était déjà importé en Egypte, ou n'était pas même introduit, 
puisqu'il n'a pas attiré l'attention de l'illustre voyageur. 

Tandis que du vivant d'Aristote la pratique de faire éclore des 
poulets était, paraît-il, assez généralement répandue pour qu'il en 
ait eu connaissance et qu'il en ait parlé. 

Il me semble donc que nous pouvons déduire d'après tout ce que 
nous avons dit, que cet art fut importé en Egypte pas les Perses, qui 
l'avaient appris des Chinois ou d'autres peuples de l'Asie centrale, 
peu importe, entre les années 538 et 384, ou, pour être plus serré, 
entre les années 484, date de la naissance d'Hérodote et 384, date de 
la naissance d'Aristote. 

Revenons à notre dicton. En se servant des noms de fruits qui ne 
sont pas aborigènes, le peuple ne donne-t-il pas un état civil à cet 
art? Il me semble que oui ! 

L'abricotier, le mûrier et les fèves sont des importations persanes, 
il n'y a aucun doute à avoir là-dessus. 

Nous pouvons donc conclure, entendant ce dicton, 1° que l'art 
dont il parle est étranger à l'Egypte ; 2 J qu'il nous vient par l'en- 
tremise des Perses. 

Je crois avoir d'autre part démontré historiquement le bien-fondé 
de ces conclusions. 

Ce ne sera pas d'ailleurs la première fois que les falklores, les 
proverbes ou les dictons populaires, auront élucidé ou appuyé ou 
même mis à jour des questions historiques bien plus importantes et 
bien plus utiles pour la science que l'époque de l'introduction des 
fours à poulets en Egypte. 

YACOUB ARTIN 



- 271 — 

LISTE 

DES 

OUVRAGES REÇUS PAR L'INSTITUT ÉGYPTIEN 

PENDANT LE MOIS DE NOVEMBRE 



EGYPTE 



Journal officiel, lèlègraphos, Moniteur du Caire, Y Agriculture. 
Direction générale des Douanes. — Le Commerce extérieur de l'Egypte 
Amin Sami, directeur de l'école Nasrieh. — (statistique tirée du budget de 

1S91 et de la satistique de 1882). 
Ministère des Travaux publics. — Plan de Béni-Souef. 

AMÉRIQUE DU NORD. 

Cope Witehouse. — Mémorandum ofthe rayan project. 

AUSTRALIE 

Ferdinand von Mueller (baron). — Iconographie des plantes de l'Aus 
tralie, décade. 

BELGIQUE 

Envoi de l'Académie royale : 
Mémoires couronnés et mémoires des savants étrangers, in-4°, vol. 50 et 51. 
Mémoires couronnés et autres mémoires, in-8°, vol. 43, 44 et 45. 
Bulletin, 3 9 série, vol. 17-21. 
Annuaire, 1890-1891. 
Catalogue des livres de la bibliothèque (sciences morales et politiques, 

beaux-arts), 1 vol. 
Œuvres de Jean Lemaire des Belges. — V. 4. 
Notice sur Jean Lemaire des Belges. 

ESPAGNE 

Real Academia de la Historia. — Vol. 19, fasc. 5. 

FRANCE 

Annales industrielles. — 2« sem. 1891, liv. 18 à 20. 
Bibliographie de la France, 1891. — N°s 39, 44 à 46. 

Société d'encouragement pour l'industrie nationale. — Bulletin, 
octobre 1891 ; Résumés, 23 octobre 1891. 



— 272 - 

Société des ingénieurs civils. — Mémoires^ Septembre 1891 ; Résumés, 
16 octobre et 6 novembre 1891. 

Pharmacie centrale de France. —Journaux réunis, n ' 20 et 21. 

Faculté des lettres de Poitiers. — Bulletin, août 1891. 

Feuille des jeunes naturalistes. — Nov. 1S91. 

Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen. — Mémoires, 1890, 

Académie de législation de Toulouse. — Vol. 38 et 39. 

Académie de Stanislas. — Mémoires, 5 e série, vol. 8. 

Académie de Maçon. — Annales, 2e série, vol. 7. 

Bibliothèque de l'Ecole des hautes études — Bulletin : sciences mathé- 
matiques, 2 e série, vol. 14, oct.-déc 1890; vol, 15, janvier à août 1891; 
sciences naturelles, vol. 37 ; sciences philologiques, vol. 82, 83, 86, 87 (pre- 
mière partie) 88 (première partie). 

Société archéologique du midi de la France. — Bulletin, in-8°, n os 5, 6 et 7. 

Société académique indo-chinoise. — Bulletin, 2 e série, vol. 3. 

Société académique de Nantes. — Annales, I e série, vol. 1 et 2. 

Société d'anthropologie de Paris. — Mémoires, 2e série, vol. 4, fasc. 2; 
Bulletin, 4e série, vol. 1, fasc 2, 3 et 4 ; vol. 2, fasc. 1 et 2. 

Société académique franco-hispano-portugaise — Vol. 10, 3e et 4e tri- 
mestre 1890. 

Société bourguignonne de géographie et d'histoire. — Vol. 6 et 7. 

Sogiété d'émulation des Vosges. — Annales, 1891. Table de 1825 à 1859. 

Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc. — Mémoires, 
Vol. 9 et 10. 

Société des sciences phisiques et natlrf.llks de Bordeaux. —Mémoires, 
3 e série, vol. 5, 2e cahier; Observations pluoiométriques (1389-1890). 

Musée Guimet. — Annales, vol. IS ; Revue de l'histoire des religions, 
vol. 22, nos 2 et 3, vol. 23, nos i, 2 et 3, vol. 24, no 1. 

Arthur Rhoné. — Le Vandalisme à Paris (offert par l'auteur, membre 
correspondant). 

Envoi du Gouvernement français : 

Manuscrit de Léonard de Vinci, vol. 6. 

Mémoires de la mission française archéologique du Caire, vol. 3, 4 e fasc. ; 

vol. 5, 2 e fasc. ; vol. 7, 1 er et 2 e fasc. (La bibliotlièque a reçu, en outre, 

de M. Bouriant le vol. 2, qui manquait à sa collection.) 
Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes 

et assgriennes, vol. 12, livr. (12); vol. 13 et liv. (34). 
Edmond Paulin. — Les Thermes de Dioctétien (restauration des momu- 

ments antiques par les architectes pensionnaires de l'Académie de 

France à Rome). 
La Peinture décorative en France du X& au XVI e * siècle, Q* livraison et 

emboîtage, 
Marcel Dieulafoy. — L'Acropole de Su^e, 2e partie. 
Inventaire gênerai des richesses d'art de la France (provinces, monuments 

civils), vol. 5. 
Gerspach. — Les Tapisseries coptes. 
Augustin Couchy. — Œuvres complètes (édition de l'Académie des sciences), 

2" série, vol. 9. 



— 273 — 

Réunion des sociétés des beaux-arts des départements, \te session. 
Enquêtes et documents relatifs à l'enseignement supérieur, liv. 41. 

ITALIE 

Académie des Lixcei. — Actes, série 4; Sciences morales, vol. 9, mai à 

juin 1891 ; Comptes rendus, série 4, vol. 7, fasc. 7 et 8. 
Bibliothèque Victor Emmanuel. — Octobre 1891. 
Société de géographie de Rome. — Octobre 1891. 

JAPON 

Observatoire de Tokio. — Rapport de 1SSS. 2 p.; Rapport de 1889, l p. 

MEXIQUE 

Observatoiee de Mexico. — Bulletin mensuel, février 1890. 
Observatoire de Puebla. — Août 1891. 

RUSSIE 

Société des sciences expérimentales de Kharkor. — Travaux de la sec- 
tion médicale, 189!. 

SUISSE 

Société neuchateloise de géographie. — Bulletin, vol. 6. 



Institut Egyptien. 



— 274 — 



SÉANCE DU 26 DÉCEMBRE 1891 



Présidence de Yacoub Artin pacha, président. 



La séance est ouverte à 3 heures et un quart, 
Sont présents : 



LL.EE. Yacoub pacha Artin, président. 

( rÉNÉRÀX LâRMÉE PACHA 

D r Abbate pacha 
MM . G a vi llot , secrétaire généra l . 

Barois , trésorier-bibliothécaire 
J. B. Piot, secrétaire annuel. 
W. Abbate, 
Amici bey, 

Col. Chaillé-Long bey, 
D r Dacarogna bey, 
Albert Deflers, . 
Fakhry pacha, 

T. FlGABI, 

Franz pacha, 

Grand bey, 

Herz, 

Hélouis, 

Ibrahim bey Moustapha, 

W. Innés-, 

Nicour, 

Osman bey Ghaleb, 



vice-présidents. 



\ membres résidants. 






Peltier Bl \ . 

Sàbek be\ SABRI, ' 'nombres. 

SlCKERBERGER, 

D r BimseinsteiNj membre honoraire . 

MM. de Ortega-Morejon, consul général d'Espagne, le 
marquis de Reverseaux, ministre plénipotentiaire, chargé 
de l'agence et consulat général de France, le comte Zaluski, 
commissaire-directeur de la Caisse de la Dette publique, 
Herbert A. Hills, conseiller à la Cour d'appel mixte, Pru- 
nières, vice-président du tribunal mixte du Caire, Prompt 
et BoghosbeyXubar, administrateurs délégués des Chemins 
de fer égyptiens, Descos, secrétaire de légation à l'agence 
diplomatique de France, deux pères jésuites du Collège du 
Caire, le baron de Malortie, chef du bureau de la presse 
au Ministère de l'Intérieur, Gaillardot bey, chef de bureau 
au Ministère de la Justice, le comte R. d'Hulst, le professeur 
Schiaparelli, Masson, directeur du Crédit Lyonnais, Ca- 
zeau, ingénieur, Cope-AVithehouse, AVilson, correspondant 
du Times, et madame Prioley, assistaient à la séance. 

La lecture des procès-verbaux est renvoyée à la prochaine 
séance. 

M. le président donne la parole à S. E. le D r Abbate 
pacha pour sa notice nécrologique sur S. M. Don Pedro, 
empereur du Brésil (Voir annexe n° 1 à la fin du procès- 
verbal . 

En suite de cette lecture M. le D 1 ' Abbate invite l'assis- 
tance à se lever en signe d'hommage et de respect. 

Tous les assistants se lèvent en signe d'assentiment. 

M. le président invite M. Prompt à faire la eommunica- 



— 276 — 

tion annoncée à l'ordre du jour sur les Réservoirs d'eau dans 
la Haute-Egypte (Voir annexe n° 2 à la fin du procès-verbal). 

M. le président, au noin de l'Institut, remercie M. Prompt 
de sa très intéressante communication et demande si l'on 
a des observations à présenter sur la lecture qu'on vient 
d'entendre. 

M. le comte Zaluski pose à M. Prompt les deux questions 
suivantes : 

1° L'extension des terrains arables par la fertilisation 
de millions de feddans donnera-t-elle aussi des bras pour 
les cultiver ? 

2° L'augmentation de la production des cotons d'Egypte 
ne produira-t-elle pas une nouvelle baisse de leurs prix 
sur le marché ? 

M. Prompt répond qu'en augmentant les richesses d'un 
pays on augmente sa population. Qu'il est avéré que 
chaque ménage de cultivateurs égyptiens produit de 10 
à 12 enfants, dont un ou deux seulement survivent, tous 
les autres mourant en bas âge faute de soins et de res- 
sources pour les nourrir et les élever. Que cette horrible 
mortalité disparaîtrait avec le bien-être et la disparition 
de la misère. 

M. le baron de Malortie critique les données de M. 
Prompt au point de vue de l'outillage, qui, en Angleterre 
où l'on utilise la majeure partie du coton récolté en Egypte, 
n'est disposé que pour travailler une quantité relative- 
ment restreinte de coton égyptien, et fait remarquer, en 
outre, qu'une augmentation de production devra amener 
un abaissement des prix de vente. 



— 277 — 

M. Prompt réplique que dans la consommation générale 
du coton, l'Egypte entre pour une quantité relativement 
si minime que cette quantité peut être plusieurs fois 
centuplée sans que les cours en soient notablement 
atteints ; qu'en ce qui concerne l'outillage, le coton 
d'Egypte étant d'une qualité supérieure, les industriels 
sauront bien augmenter cet outillage, si besoin, pour 
pouvoir utiliser tout le disponible d'un coton avantageux 
à l'industrie, et qu'au surplus, le conférencier n'a pris le 
coton pour base de ses calculs qu'afin de les simplifier, 
mais que l'augmentation des produits de l'Egypte porterait 
aussi sur la canne à sucre, l'indigo, les céréales, etc. , sur 
lesquels la question d'outillage n'a rien à voir. 

Les observations de M. le baron de Malortie dégénérant 
en une sorte de conversation entre ce dernier et le confé- 
rencier, M. le président y met fin en rentrant dans le 
règlenientpar une invitation aux membres de l'Institut de 
demander la parole si l'un d'eux à des remarques à pré- 
senter ou des questions à poser au sujet de la lecture de 
M. Prompt. Personne n'ayant demandé la parole, on passe 
à la suite de l'ordre du jour qui porte la communication 
sur : Les Travaux égyptologiqucs non officiels pendant l'hiver 
dernier (Voir annexe n° 3 à la fin du procès-verbal). 

M. le président remercie M. le comte d'Huis t de sa 
communication et invite les membres de l'Institut qui 
auraient des observations à présenter, à prendre la parole. 

M. Barois proteste énergiquement contre l'accusation 
de négligence de la part du gouvernement égyptien pour 
assurer la conservation des monuments antiques. Bien 
avant l'incident malheureux de Béni-Hassan, des précau- 



— 278 — 

lions avaient été prises el des dépenses importantes avaient 
été faites pour protéger les monuments contre les inj ares 
du temps et contre les entreprises des malfaiteurs. Pour 
ne parler que de ces dernières années, M. Grand bey fut 
chargé, il a quatre ans, d'une mission spéciale pour faire 
le relevé des travaux nécessaires à la consolidation des 
temples de la Haute-Egypte, et, depuis lors, on n'a cessé de 
déblayer, de consolider et de munir de clôtures tous les 
principaux monuments. Une dépense de 1500 à 2000 livres 
a été consacrée chaque année à cet objet. On s'est préoc- 
cupé, tout d'abord, de consolider les monuments connus 
qui menaçaient ruine, on a muni de clôtures ceux qui 
pouvaient être dégradés et pourvu de gardiens les autres. 
Sans doute il reste encore beaucoup à faire, mais c'est de 
toute injustice de reprocher au gouvernement égyptien 
une impuissance ou une indifférence qui n'a jamais existé 
depuis quil y a eu en Egypte un service officiel de conser- 
vation des antiquités. 

S. E. le D r Abbate pacha appuie les déclarations de 
M. Barois sur les souvenirs personnels rapportés de son 
dernier voyage dans la Haute-Egypte. M. le vice-président 
Abbate pacha cite notamment les réparations faites au 
temple Est de l'île de Philœ, dont il a constaté de visu 
l'importance et le gracieux effet, et qui démontrent que la 
tâche que s'est imposée le gouvernement égyptien s'accom- 
plit, et s'accomplit avec intelligence, c'est-à-dire avec un 
réel sentiment artistique. 

S. E. Yacoub pacha Arti> remercie les visiteurs d'avoir 
honoré la séance de leur présence, puis l'Institut se forme 
en comité secret. 



— 279 - 

M. Barois donne tout d'abord lecture du rapport 
suivant : 



COMPTES DE L'INSTITUT EGYPTIEN 

pour l'année 1801. 



Recettes. 



Solde au 31 décembre 1890 L.E. 1 1.388 

Subvention du gouvernement » 393 .000 

Vente de bulletins » 2.578 

Vente de vieilles armoires » 6.20') 

Vente d'un ouvrage existant en double exemplaire 
à la Bibliothèque (un exemplaire de Buffbn) » 2.825 



Total des recettes L.E. 416.091 

Dépenses. 

/. — . Personnel et frais divers : 

1° Aide-bibliotbéeaire L.E. 175.500 

2° Farrache » 13.86U 

3° Frais résultant des travaux de réparation 
exécuté dans le local de l'Institut par le 

Ministère des Travaux publics » 13.890 

4° Frais divers » 14.918 



Total.... L.E. 218.168 

//. — Frais de publications : 

L Solde des Trais de publication du bulletin 
de l'année 1890. 

Impression L.E. 83.958 

Planches » 17.210 

Divers » 0.520 



L.E 101.688 
2° Frais de publication du bulletin de l'année 1891. 

Planches L.E. 5.698 

Total.... L.E. 107.386 



à reporter L.E. 107.386 



Report L.E. 107.386 

///. — Bibliothèque. 

1° Achat de livres L..E. 2.560 

2° Réparations d'armoires et achat de meubles 

neufs pour les livres » 42.155 44715 

Total des dépenses L.E. 370.000 

Récapitulation. 

Recettes L.E. 416.091 

Dépenses » 370.269 

Solde en caisse L.E. 45.822 

Somme qui est déposée à la Banque Ottomane au crédit de l'Ins- 
titut Egyptien. 

Grâce à la mesure libérale prise par le gouvernement, qui a bien 
voulu autoriser l'Imprimerie nationale de Boulaq à imprimer gra- 
tuitement notre bulletin, nous avons pu, cette année, pour la 
première fois, consacrer une somme assez importante à l'améliora- 
tion du mobilier de notre bibliothèque. 

D'autre part, le Ministère des Travaux publics a fait exécuter 
dans le local de l'Institut des travaux de réparation et d'améliora- 
tion devenus bien nécessaires. Ces travaux ont entraîné pour nous 
quelques dépenses supplémentaires par le paiement d'une indemnité 
de logement que nous avons dû allouer pendant quelques mois à 
notre aide-bibliothécaire. 

Notre bibliothèque s'est accrue cette année de 382 volumes en- 
voyés gratuitement, soit par des sociétés savantes, soit par des 
gouvernements étrangers. Elle compte maintenant environ 7000 
ouvrages, formant un total de 18000 volumes, non compris les 
journaux. 

Sur la proposition de M. le président, des remerciements 
sont votés par acclamation à M. le Trésorier bibliothécaire. 

Il est procédé ensuite, au scrutin secret, aux élections 
des membres du Bureau et du Comité de publication. 

Sur 24 votants, sont élus au premier tour da scrutin. 



— 281 — 

Président : 
S. E. Yacoub pacha Artin, par 17 voix. 

Vice-présidents : 

S. E. le D r Abbate pacha, par 18 voix. 

S. E. le général Larmée pacha, par lk voix. 

Trésorier bibliothécaire : 
M. Barois, par 19 voix. 

Secrétaire annuel : 
M. J. B. Piot, par 13 voix. 

Membre du comité de publication : 
M. Grébaut, par 16 voix. 

Un second tour de scrutin a été nécessaire pour l'élec- 
tion des deux autres membres du comité de publication, 
aucun autre candidat n'ayant obtenu la majorité absolue 
au premier tour. 

A ce second scrutin, la majorité relative devant être 
suffisante pour la validité de l'élection, le comité de 
publication s'est trouvé complété par : 

M. Ventre bey, qui a obtenu 13 voix. 

M. Osman bey Ghaleb, qui a obtenu 11 voix. 

M. Gavillot, secrétaire général élu pour cinq ans en 
1889, n'était pas soumis à la réélection. 

En conséquence de ces votes, le Bureau de l'Institut 
égyptien est constitué pour l'année 1892, comme suit : 

Président : 
S. E. Yacoub pacha Artin. 



— 282 — 

Vice-présidents : 

S. E. le D r Abbate pacha, 

S. E. le général Larmée pacha. 

Secrétaire général : 
M. Gayillot. 

Trésorier bibliothécaire : 
M. Barois. 

Secrétaire annuel : 
M. Piot. 

Comité des publications, en outre des membres du bureau : 
MM. Grébaut, Ventre bey et Osman bey Giialeb. 

Après la proclamation de ces résultats, il a été donné 
lecture du règlement adopté sur le port de la médaille 
insigne adopté dans la séance de l'Institut du G juin 1890. 
et M. le président a rendu compte de l'accomplissement 
de la mission qui lui avait été confiée pour faire parvenir 
à S. A. le Khédive la médaille en or dont l'Institut 
égyptien a fait hommage au Chef de l'Etat. 

Puis une motion ayant été faite au sujet d'un cas où le 
port de la médaille insigne serait obligatoire, l'examen 
de cette proposition a été, sur la demande de son auteur, 
renvoyée à une prochaine séance. 

La séance a été levée à 5 heures. 



Annexe X° 1 à la séance du 26 décembre 1891 



NOTICE NÉCROLOGIQUE 

SUR 

S. M. DOM PEDRO EMPEREUR DU BRÉSIL 

PAR 

M. LE D 1 ' Abbate 



Dom Pedro d'Alcantara vient de mourir. Ce grand empereur était 
un philosophe et un libéral. Il a employé toute son énergie pour 
répandre l'instruction au Brésil. Profondément humanitaire, il a 
supprimé, dans ce vaste empire, la traite des n^irs et y a préparé 
l'abolition de l'esclavage. 

L'histoire l'a déjà nommé le Marc-Aurèle moderne ; mais ce n'est 
pas à ce titre seul que Dom Pedro nous appartient, c'est surtout, pour 
nous, comme membre honoraire de notre Institut, qu'il a, à deux 
reprises, honoré de son augr ste présence à Alexandrie en 1869, ici 
en 1874. 

Studieux, modeste, il s'intéressait aux travaux scientifiques et 
littéraires ; partout où il allait, Dom Pedro s'enquérait avant tout 
des réunions scientifiques, des cours et conférences où il pouvait 
prendre des notes, et le plus simplement du monde, comme un 
auditeur quelconque, il s'y rendait, prenait des notes sur son calepin 
et s'en retournait sans bruit après avoir coudoyé un professeur ou 
un étudiant qui auraient été bien étonnés d'avoir eu aussi près d'eux 
un empereur. 

Lors d'un de ses premiers voyages en Europe, il y a de cela quelques 
années, Dom Pedro s'était rendu à Milan. Là il s'enquerra de Manz^ni, 
dont il avait fait en espagnol une magistrale traduction de son 
immortel Cinq Mai. 



— 284 — 

Manzoni, honoré autant que surpris de cette visite inattendue, le 
combla d'éloges et lui dit que l'immortalité de ses bienfaits humani- 
taires serait la juste récompense de son œuvre. 

Dom Pedro lui répondit par ces mots : L'immortalité vous est 
acquise, car parmi tant d'œuvres de génie vous êtes l'auteur du 
Cinq Mai et des impérissables Promessi Sposi. 

Je ne répéterai pas ce que toute la presse a déjà dit au sujet de 
l'amitié qui liait Ddui Pedro avec des sommités européennes, et, 
spécialement en France, avec Biot et Victor Hugo. 

Le grand poète avait l'habitude de ne pas faire de visites ; l'em- 
pereur du Brésil informé déclara qu'il serait allé, lui le premier, 
frapper à sa porte. 

Le grand poète et le grand empereur échangeaient réciproque- 
ment des politesses et des félicitations. Le monarque termina l'en- 
tretien par ces mots à l'écrivain, qui, plusieurs fois, lui décernait le 
titre de Majesté et lui dit : Mon cher poète, ici, il n'y a qu'une Ma- 
jesté c'est Victor Hugo. 

Le seul hommage que l'Institut, qui a eu l'honneur de le compter 
parmi ses membres honoraires, est celui de se souvenir de cette 
grande figure historique, honneur de l'Institut égyptien, et honneur 
et gloire de l'humanité. 

Je vous invite à vous lever tous avec moi en signe d'hommage et 
de respect. 

(Marques générales d'assentiment. Tous les assistants se 
lèvent.) 

D r ABBATE 



Annexe N° 2 à la séance du 26 décembre. 



NOTE 

SLR LES 

RÉSERVOIRS D'EAU DANS LA HAUTE-EGYPTE 

PAR 

M. Prompt 



Dans la séance de l'Institut Egyptien du 6 février 1891, je vous ai 
exposé mes idées sur l'avenir de la vallée du Nil. Je vous ai entre^ 
tenu de trois questions principales : des réservoirs de la Haute- 
Egypte, du chemin de fer de Kéneh à Kosseïr, qui a pour principal 
but de mettre la Haute-Egypte en communication avec l'Arabie, à 
laquelle elle pourra vendre ses produits agricoles, et de la cana- 
lisation du haut Nil jusqu'à Khartoum pour ouvrir pacifiquement 
le Soudan au commerce de l'Egypte. 

Aujourd'hui, comptant sur la bienveillance avec laquelle vous 
avez bien voulu accueillir ma première communication, je viens 
vous parler seulement de la question des réservoirs de la Haute- 
Egypte. Cette question est incontestablement la plus importante de 
celles dont l'Egypte puisse s'occuper pour le moment. Mais je crois 
utile, avant tout, de vous soumettre un historique sommaire de 
cette affaire. x 

Dès mon arrivée en Egypte, en mai 1889, j'ai été frappé de cette 
circonstance que, depuis les temps immémoriaux, la population a 
toujours réclamé des réservoirs placés, soit dans la Haute Egypte, 
soit en amont du Caire, dans le but de corriger les hauteurs des 
crues excessives et d'augmenter le débit des basses eaux nécessaires 
à l'arrosement d'été (séfi). 

Il n'existait, par contre, à ce moment, aucun projet immédia- 



— m — 

tement réalisable dans la Haute-Egypte. M. Laraothe avait, il est 
vrai, appelé vivement l'attention publique par ses théories sur les 
cataractes. 

C'est lui, en effet, qui le premier a fait remarquer que les cata- 
ractes formaient autrefois des retenues d'eau qui constituaient une 
série de rés